CHAPITRE XXVI
La cène.
S'étant mis ensuite a table pour faire la Pàque avec ses douze apôtres , Jésus leur dit , pendant qu'ils mangeaient : - En vérité, quelqu'un de vous me trahira. — Maître , est-ce moiï lui demanda Judas. — Vous l'avez dit , répondit le Christ.
Or, pendant qu'ils étaient encore assis, Jésus prit du pain, le bénit , le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. » H prit aussi une coupe, rendit grâces, et la leur donna en disant : ■ Buvezen tous, car ceci est mon sang, le sangde la nouvelle alliance qui sera répandu pour la rémission des péchés. »
Peu après, il se troubla , et dit encore : ■ En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira. •■ Et les apôtres se regardaient l'un l'autre, mais ils ne savaient de qui il voulait parler. Jean avait à ce moment la tête appuyée sur le sein du Christ. Pierre lui fit signe de demander quel était l'apôtre qui trahirait son maître, et Jésus répondit au disciple bien-aimé : " C'est celui à qui je vais donner un morceau de pain trempé. » Il le donna à Judas Iscariote, et aus-
tût celui-uî quitta la table et s'en alla, excité par le mauvais esprit qui était entré dans son cœur. Comme il sortait, Jésus lui dit : « Faites vite ce que vous faites ; » ce qui fut interprété par les autres apî>lres comme s'il eût dit d'acheter les choses nécessaires à la solennité, ou de donner quelques aumônes aux pauvres; car il était chargé de la bourse commune.
Quand Judas fut sorti, Jésus dit : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. » Et s'adressant à ses disciples : « Enfants, je n'ai plus que peu de temps a rester avec vous. Vous me chercherez ; mais, comme je le disais aux Juifs, vous ne pouvei venir où je vais maintenant. Je vous fais un dernier commandement : Aimei-vous les uns les autres; aimez-vous comme je vous aï aimés. — Seigneur, où dune allez-vous? lui demanda Simon-Pierre : pourquoi
LA PASSION
ne puis-je vous suivre maintenant ? je donnerais ma vie pour voua. » Jésus lui répondit » : En vérité, en vérité , je vous le dis , le coq ne chantera point que vous ne m'ayez renoncé trois fois. »
Pendant le reste du repas , Jésus les entretint longuement de la confiance qu'ils devaient avoir dans la Providence et dans sa bonté pour eus. Il promit de leur envoyer un consolateur après son départ , et finit en priant pour sa glorification et pour le salut de bes neutres el de tous les élus, a Mon Père, dit-il en joignant lesmainset en levant les yeux au ciel, l'heure est venue , glorifiez votre Fils afin qu'il voua glorifie. Rendez-moi maintenant tenu gloire que j'avais en vous avant que le monde existât. J'ai fait connaître votre nom aux hommes que vous m'avez donnés; e'est pour eux que je prie. Père saint, conservez-les , afin qu'ils soient un comme nous sommes un : je ne vous demande pas de les ùter du monde , mais de les garder du mal et de les sanctifier dans lavérité. Je ne prie pas seulement pour eux, mais Jour tous ceux qui doivent croire en moi par leur parole. Pire saint, je désire que là oii je suis, ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi, pour contempler la gloire que vous m'accordez ; car je leur ai fait connaître votre nom. Je le leur répéterai sans cesse , afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et qu'ils soient un et en nous , comme loi , Père, tu es en moi et moi en toi.»
Après cette prière, Jésus sortit de la ville, suivi de ses disciples, passa le torrent de Cédron, et se rendit Ma montagne des Oliviers, dans un jardin nommé Gethsémani , que Judas Iscariote connaissait, parce que le maître y était venu souvent.
Quand Jésus fut arrivé en cet endroit, il dit aUx apôtres de l'attendre jusqu'à ce qu'il eût fait sa prière; et prenant avec lui Pierre , Jacques et Jean , il marcha quelque