CHAPITRE XXVI
personne, tant leur frayeur était grande; mais voici que Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Ne craignez point; allez dire à mes frères qu'ils se rendent en Galilée, c'est là qu'ils me verront. »
Pendant qu'elles allaient trouver les disciples , quelquesuns des gardes vinrent a la ville et rapportèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé. Ceux-ci délibérèrent aussitôt avec les anciens, et donnèrent une grande somme d'argent aux soldats en leur disant : « Publiez partout que ses disciples sont venus au milieu de la nuit et l'ont enlevé pendant votre sommeil. Si le gouvernement vient à le savoir, nous l'apaiBerons et nous vous mettrons en sûreté. » Les soldats firent ce qui leur avait été ordonné , et ce bruit qu'ils répandirent , dît l'apôtre Matthieu, dure encore parmi les Juifs.
Les apôtres avaient regardé comme un rêve le rapport des trois femmes. Cependant Simon-Pierre et le disciple bienaimé, plus vivement touchés des paroles de Marie-Madeleine, se rendirent au sépulcre. Ilsvirentle linceul; le suaire qu'on avait mis sur la tête du Seigneur était plié a part. Après s'être ainsi assurés par eux-mêmes de la vérité du récit , ils crurent à la résurrection de Jésus , et retournèrent chez
Mais Marie -Madeleine était restée près du sépulcre et versait des larmes. Comme elle se baissait pour regarder par l'étroite entrée du tombeau, elle aperçut deux anges, vêtus de blanc, assis à l'endroit où avait été le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds. Ils lui dirent : » Femme, pourquoi pleurez-vousî — C'est qu'ils ont enlevé mon Seigneur , répondit-elle, el je ne sais où ils l'ont mis. « En disant ces mots , Marie se retourna et vit Jésus debout , mais sans savoir que ce fût lui- Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleurez-vous, qui cherchez-vous ? " Marie, le prenant pour celui qui avait soin du jardin , lui répondit : « Si c'est vous qui l'avez enlevé , dites-moi où vous l'avez mis et je l'emporterai. «Jésus l'appela alors par son nom : «Marie, lui dit-il ; aussitôt elle se retourna et le reconnut. - Maître, » s'écria-t-elle eu étendant les mains; mais Jésus l'arrêta :
LA PASSION
■ Ne me touchez point , car je ne suis pas encore monlé vers mon Père. Allez trouver mes disciples et dites-leur de ma part : Je monte vers mon père et votre Père , vers mon Dieu et votre Dieu. <• Marie- Madeleine vint donc raconter aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur et leur répéta ses paroles.
Ce jour-là même, deux d'entre eux s'en allaient dans un bourg nommé Emmaiis , à soixante stades de Jérusalem , et parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé , quand Jésus vint les joindre et se mit à marcher avec eux'; mais ils ne le reconnaissaient pas. « De quoi vous entretenez-vous, leur dit-il , et d'où vient que vous êtes tristes? ■ L'un d'eux, appelé Cléophas , lui répondit: * Êtes-vous donc si étranger dans Jérusalem , que vous ne sachiez pas ce qui s'y est passé ces jours derniers? On a crucifié Jésus de Nazareth , prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant le peuple. Nous espérions qu'il rachèterait Israël, et cependant voici le troisième jour qui s'écoule sans nous apporter de nouvelles. Il est vrai que quelques femmes nous ont dit qu'arrivées dès l'aube a. son sépulcre , elles n'y avaient point trouvé son corps , mais que des anges leur avaient apparu tout à coup en leur annonçant que Jésus vivait. Quelques-uns des nôtres se sont alors rendus au sépulcre, et ontreconnu la vérité de ces paroles, mais pour notre maître , ils ne l'ont point trouvé. «
Jésus l'interrompit : « 0 insensés ! dont le cœur est tardif à croire tout ce que les prophètes ont annoncé ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? » Puis, commençant par Moïse , il leur montra dans toutes les Écritures ce qui avait été dit de lui.
En approchant du bourg d'Emmaùs, il annonça l'intention d'aller plus loin ; mais ils le retinrent en disant : « Le jour est déjà, sur son déclin , entrez avec nous. ■• Jésus-Christ s'assit donc à leur table , pri t le pain , le bénit , le rompit et le leur donna. Aussitôt leurs yeux s'ouvrirent, ils le reconnurent; mais il disparut devant eux. Alors ils se dirent l'un à l'autre : - N'est^il pas vrai que notre cœur était brûlant en nous lorsqu'il nous parlait dans le chemin et qu'il nous