CHAPITRE V
■ Malheur à loi , Moab ! et toi , peuple de Kémos , tu es perdu ! tes enfants se sont enfuis, tes filles sont devenues les capiivos do Sélum cl des Amorrhéens!
■ Mais leur joug aété brisé, car deHesbon jusqu'à Desbon nous avons tout détruit. Nous avons tout ravagé jusqu'à Nophah ! nous avons tout ravagé jusqu'à Médéba! »
Balac, roi de Moab et de Madiaii, recourut à diverses armes : il appela près de lui, pour maudire Israël, Balaam, devin et prophète d'un grand renom. Séduit par les riches présents du roi, Balaam monta sur son ânesse et se mit en chemin. Mais, dans une gorge étroite, un ange tenant une épée nue à la main , se présente au-devant de l'âne qui recule effrayé. Balaam , pour qui l'ange était invisible , presse en vain et frappe sa monture. « Pourquoi me frapper t » dit une voix qui parait sortir de la bouche de l'âne , « ne t'ai-je pas toujours fidèlement servi? » et en même temps les yeux de Balaam s'ouvrirent; il vit l'ange et se prosterna à ses pieds. « Poursuis ton chemin , lui dit le messager du Très- Haut, va, mais tu ne diras que ce qui te sera inspiré. ■ Balaam, arrivé près de Balac et conduit sur les hauts lieux consacrés à Baal, y fit élever sept autels sur chacun desquels il immola un veau et un bélier; puis, saisi de l'esprit de Dieu , il s'écria : « Balac m'a fait venir d'Aram, le roi de Moab m'a appelé des montagnes de l'orient. Viens , m'a-t-il dit, maudis Jacob, viens et lance l'anathème sur Israël. Comment lancerais-je l'anathème sur celui que Dieu n'a pas réprouvé? De la cime des monts je contemple ces tribus; du haut des collines je les vois ot les comprends; le voila donc ce peuple qui demeure seul au milieu des nations! Ah I qui dira le nombre des enfants d'Israël? — Que fais-tu î s'écria Balac, je t'ai appelé pour maudire, et voilà que tu bénis! »
Il espéra que l'esprit de Dieu ne le suivrait point, et il le conduisit sur une autre montagne ; mais Balaam s'écria encore : - Le Seigneur m'a conduit ici pour bénir; Jéhovao,
son Dieu, qui l'a tiré d'Égypte , est avec lui. Regarde ce peuple : comme un lionceau il se lève, comme le lion il se dresse; il ne se recouche point qu'il n'ait dévoré sa proie. "
Du sommet de la montagne de Phogor, où Balac voulut aussi le conduire, Balaam découvrit tout le camp d'Israël, et s'écria dans un transport divin : « Que tes lentes sont belles, ô Jacob! que tes demeures sont brillantes, 0 Israël! Elles semblent une forêt touffue, un jardin de délices près d'un fleuve, un bois de cèdres au bord des eaut. Que bénis soient cens qui te bénissent, et que quiconque te maudira soit maudit! Une étoile sortira de Jacob; un homme s'élèvera dans Israël; il brisera les chefs de Moab; il écrasera les enfants de Jetri. L'idumée deviendra son domaine ; l'héritage de Séir passera en ses mains. Amalec, toi, le premier des peuples, la destruction sera ton partage. »
Balaarn n'avait pu maudire, mais il donna a Balac un conseil perfide, et bientôt tout Israël, séduit par l'impureté des filles de Moab et de Madian, retomba dans l'idolâtrie, et le Seigneur fit périr vingt-quatre mille coupables. L'acte de Phinéès, fils d'Éléazar, qui poignarda ensemble un Hébreu et une femme madianite, apaisa sa colère, mais l'anathème fut prononcé contre ces peuples corrompus, et mille hommes de chaque tribu, envoyés contre eux, incendièrent les villes, passèrent les habitants au fildel'épée, et dévastèrent le pays. Cinq rois, et avec eux Balaam, périrent dans ce massacre.
Après cette sanglante exécution, Moïse fit faire un second dénombrement d'Israël, et l'on reconnut que la menace du Seigneur était accomplie : la génération sortie d'Egypte i> T c\ istait plus; lo terme marqué aux courses du peuple approchait. Moise, averti de sa fin prochaine, choisit par l'ordre de Dieu Josué, fils de Nun, pour lui succéder. Il le présenta au peuple et au pontife; il lui imposa les mains et lui donna une partie de sa sagesse , pour que le peuple eût confiance en lui.
Moise permit ensuite aux deux tribus de Gad et de Rubea