‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 18 sur 50 · Statuts, art · texte numérisé non relu

Statuts, art

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seiico (le toule hiérarchio. qui évite les froissements franiourpi'opre, crée entre les membres de la Société une confraternité véritable.

Deux mois api'ès sa première séance. rét;il)lissenu'nt dune elasse d'associés compatriotes accroît encore son presli<^e, au détriment de l'Académie. Elle lui associe les plus illustres des Bouruuiernons en résidence à Paris, (^rébillon, BulTon, Rameau, l'abbé

Leblanc. Le (^>mpasseur de (^ourtivron, eten même temps, sous le nom d'associés correspondants, les plus savants hommes de la province, les Berryat, les Nadault, les Daubenton. les du Molin, les Gueneau de Montbeillard.

En revanche, pas de médecins : car il n'y a pas à la Société littéraire de classe de médecine ; il n'y a même point de classes du tout, (^'est dire que les statuts dressés par le président de Brosses n'assurent ni aux Lettres ni aux Sciences un rôle prépondérant '. On cherche écpiitablement à maintenir la balance é^ale entre les unes et les autres : à vrai dire, on ne fait pas entre elles une distinction radicale. On ne trace pas encore entre elles une lionne rigide de démarcation. Le sens même de ces mots : Sciences, Lettres, demeure flottant. « On appelle sciences humaines, écrivait Euretière, la connaissance des Langues, de la Grammaire, de la Poésie, de la Rhétorique et autres choses qu'on ap[)rend dans les Humanités. » Et inversement « Lettres se dit aussi de Sciences ~ ». Tels Rutley et ses collaborateurs ne distinguent pas entre les savants et les gens de lettres, entre les sociétés littéraires et les sociétés savantes '^ Et

1. Article 22 des Statuts : « Cliatuii sera atisolumeiit lihrt' en particulier (](.' clioisir selon son g^oût ou ses connaissanci's le genre ou la matière (|u"il voudra Iraiter, pourvu (pi'elU' ne soil pas de pur calcul onde pure théologie non historique. »

2. Dictionnaire de l-'urelière lliOdi, aux mots Sciences, Lettres. Furelière ajoute : " On appelle les Lettres humaines, et ahusivement les Helles- Leltrcs, la connaissance des poètes et des orateurs ; au lieu cpie les vraies Belles-Lettres sont la Physicpie. la (léomélrie et les sciences solides. ■■ — Définition curieuse et par où, dès la fin du xvii'" siècle, se manifeste le goût de plus en plus vif tpii incline les esprits vers les » sciences solides ".

I{. rèmoiii ce fragment de V/Iisloirr île I Arudomic : ^' On a lieu de s'étonner (|iic hi \ ille di- Dijon, pallie ilc tant de granils hommes el dil-

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s'ils se rendent compte de la diiFérence qu'il y a entre l'esprit littéraire et l'esprit scientifique, ils ne croient pas (|ue ces deux esprits soient inconipatilîles : ils se flattent de les faire fructifier ensemble dans leur Société. Que s'ils y ont assigné une place d'honneur à l'Histoire naturelle, c'est que cette science, plus qu aucune autre, satisfait leur éclectisme : moins aride que la géométrie ou (jue l'algèbre, plus « solide » que la poésie ou la rhétorique, elle participe à leurs yeux des unes et des autres : le génie de BufTon ne le prouve-t-il pas ?

Et pourtant, et c est là une dernière dilTérence entre les deux sociétés voisines, les membres de la Société littéraire étaient plutôt icomnu^ ce nom semblait 1 indiquer) des littérateurs. — disons des amateurs de Belles-Lettres, — que des hommes de science.. Défait, les Lettresy eurent la meilleure part K Le président de Brosses y donnait le ton, suivi du secrétaire Michault, de lavocat-poète Gocquard. do labbé Joly, de MM. de la Cour, Bouillet, Cieurderoy, Léaulté, Jehannin, etc. Seuls

lustres snvfinls, a'tiil pas été décorro dune académie dès le temps où des suriéd's savantes y cultivaient les Lotires avec autant d'ardeur que de succès. Il s'y forma sur la fin du siècle dernier plusieurs sociétés littéraires dont la principale composée de yens de lettres d'un mérite et d'une condition distinguée » (p. o).

1. L'abbJ Dehsrre est d"iin autre avis : « Si Ion parcourt, dit-il, le premier registre qui renferme les travaux de l'.Vcadémie (sic), il apparaît tout de suite que les Sciences y occupent le premier rang... n (p. 2"y.\). Peutêtre ne suftisait-il pas de parcourir ce registre, et il semble bien que M. D. ait été dupe des o apparences ». Nous avons fait un relevé exact des lectures et des communications qu'il signale, et notre conclusion a été tout autre. Par exemple, le président de Brosses lit son mémoire sur les fragments de Salluste et son portrait de Cicéron, un compte rendu de son Traité de la matière étymologique, son mémoire sur la découverte des Terres australes, un fragment de sa traduction de la Séniiramis de Métastase, etc.; Gocquard lit desé[)igrammes de l'Anthologie, un mémoire sur la coutume d'adorer la divinité, un autre sur la position donnée aux morts, un autre encore sur l'anoblissement par les femmes (il avait écrit ennoblissement, V. le ms. de son mémoire dans les OEuvres acad. de la Soc. littéraire, ms. 482 ', p. 79-83; et la discussion qui s'ensuivit lui fournit le sujet d'une dissertation cju'il lut à l'une des séances suivantes, le 11 avril 1753). Micliault disserte, non sans témérité, sur l'étymologie des mots en «âge «, lit sa vie du P. Oudin, un mémoii"e sur Pierre Palliot; Léaulté lit ses observations sur la Théogonie d'Hésiode et son discours sur les Muses; l'abbé Joly une épîlre morale en vers, et une dissertation sur

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I, ardillon, (Ir Toiirnav, BaihiMct cl railVi'v hii-nirmc scmhh'iil v avoii' lail ii la Physique et à l'Histoire naturelle une place supéiieuiH> ou l'j^ale à celles qu ils y faisaient aux Lettres '.

Lors([u'au bout tle quelques années la Société littéraire se fut dissoute et que l'Académie, comprenant elle-même la nécessité d'une réforme, offrit à Richard de UuiTey d'abord une place d'honoraiie, puis celle de vice-chancelier, ce fut encore « sa » Société (|u il lui proposa pour modèle. Les détails dans lesquels il est

les <''|)ili't's giccques altiibuées à Arislénèlo ; De Tournay un moinoire sur la vie et les ouvrages trAndré du Ryer; De la Cour un mémoire sur les Triomphes, un autre sur les (>onquèles du peuple romain; Bouillel une ode sur la Calomnie, des mémoires sur Tancienne chevalerie, sur le luxe, sur les lois somptuaires; Jehannin puîné, ime traduction en vers du premier livre du Paradis perdu, et une traduction en prose de l'Avis à un auteur, du comte de Shafleshury; Rufîey lui-même des odes, nouvellement traduites, de Ilaller, une épigramme de Métastase, une épître sur l'Esprit (UEuvres acad., p. 247), un petit poème sur Lekain. On discute la lettre de Maupertuis sur le progrès des Sciences; on compare le Calilina de Crébillon et la Rome sauvée de Voltaire. Entre temps seulement, et presque toujours pour terminer la séance, on fait une part à la Physique et à l'Histoire naturelle ; au demeurant la Société au excepté particulièrement dans le plan de ses études tout sujet de calcul algél)rique •> et se refuse à suivre Rameau dans ses réflexions u transcendantes " icité par Deberre, p. 2.'j6). Entre temps seulement on rend compte d'observations physi([ues détachées, tirées de diverses sources; M. de Brosses propose, mais sans succès, de faii-e des observations météorologicpies. Tout compte fait, nous sommes en présence de lettrés intelligents, ipii cherchent à se tenir au courant des jjrogrès chaque jour plus sensibles que leur siècle fait dans les Sciences : mais 'ils suivent ce mouvement, ils ne le dirigent pas; leur bonne volonté n'est pas soutenue par une véritable vocation scientificpu'.

t. Lardillon : Mémoires sur les fourmis, sur les elfets de la grêle, sur la façon de faire former des racines aux rejetons des arbres; Barberel : Mém. sur la formation de la grêle, sur l'action de l'air sur les corps immains ; RufTey : Mém . sur la variété des couleurs des aniuuuix domestiques; sur la maladie du blé appelée nielle; sur le livre |du P. de Lignac) intitulé Lettres ,î un Américain et critiipiant Vllist. nat. de Bufl'on (OEuvres acad. de la Soc. littéraire, ms. 482 ', p. 36-54) ; sur les cornes des animaux; sur une nouvelle machine hydraulique [ibid-, p. 207-209) ; sur la cause de la dureté des corps ; sur la graine de moutarde; sur plusieurs météores ignés cpii ont paru en Bourgogne pendant l'automne de 17.")3 ibiil., \>. i'.K)-197). — Pour les années suivantes signalons des mémoires de M. de Tournay, la lecture, faite par Bouillet, du Discours de du Molin pour servir d'introduction à l'étude de Vllist. naturelle [iltid., p. r);')-77), un mémoire sur le Chêne, par l)aub(>nton {ihid., p. lt')|-173\ et réloge de Berryat, par Michault iihid., p. 211-2101.

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entré lui-même sur les services qu'il lui rendit nous dispensent de les commenter : rappelons seulement que c'est à lui que rAcadémie dut des officiers fixes ; c'est lui qui proposa à cette compagnie de « resserrer les liens des gTands hommes bourguig^nons avec leur province » en créant des places d'associés <( compatriotes >» et « correspondants », et c'est ainsi que les Crébillon, les Rameau, les Daubenlon, les Sainte-Palaye entrèrent à l'Académie, et que Piron lui-même fut académicien ! C'est lui qui assura l'éclat des séances publiques en se chargeant de la décoration de l'Hôtel de Ville ; lui qui lit sentir au chancelier, l'ancien évêque de Troyes, Poucet de la Rivière, cond^ien il serait honorable pour l'Acadéniie d'avoir pour protecteur le prince de Condé ; lui qui, par ses démarches et par ses propres dons, excita en faveur de l'Académie la libéralité des gens de lettres et des « personnes distinguées » de la province...

D'autre part il n eut de cesse ({u'il n'eût doté l'Académie de nouveaux statuts, dont le résultat le plus important fut l'abolition des trois classes « ridiculement établies par le fondateur ' ».

Cependant il ne pouvait chasser de l'Académie tous les Il mauvais académiciens » (|ui s'y étaient introduits avant son élection, et qu'il ne méprisait pas moins pour la bassesse de leur origine {|ue pour la médiocrité de leurs talents. C'est pounjuoi il se garda bien d'abolir la distinction établie par le fondateur entre honoraires et pensionnaires : il ne fit au contraire ([ue la préciser en procurant à l'Académie des honoraires « d'un rang et d'vin mérite considérables », d'abord les anciens membres de sa chère Société ', et à leur tête M. de Brosses, ensuite d'autres présidents ou conseillers de cours souveraines, des prélats, un intendant, un commandant en chef en Bourgogne, un marquis de Paulmy, un marquis du Terrail, et d'autres encore ! Mais cette dualité même maintenait au sein de l'Académie une source permanente de rivalités et de jalousies secrètes.

i. V. note 158.

2. A rexco|)lioii loulefois de Cocquai-d et de l'abbé Joly, convaincus d'avoir jadis inspiré à l'abbé Goujet sa criti((ue de l'Académie dans le Supplénienl au Moréii.

l.N I linidcrio.N

Puroillrim-nl il éclioua diiiis leirorl (ju'il lit pour y assurer, connno auparavant dans la Société liltérairi', une place égale aux Lettres et aux Sciences. Il comptait suriétudt' des Lettres (« liunianiores litterae ») pour dégrossir un peu ces médecins et ces physiciens dont il déplorait la rusticité. Il prêchait d'exemple en leur lisant l'éloge de V^oltaire, son illustre ami, ou bien une fahle allégori(jue en Ihonneur du prince de Ccnidé, ou des traductions d'Horace, de Tibulle et de. Properce. A l'âge de quatre-vingts ans il leur lira encore des vers et des contes ! Il fera même devant eux l'éloge des grands hommes qui, « sentant la nécessité d'allier les Sciences et la Littérature, se sont fait un devoir et une gloire de la cultiver ' ». C'est une autre ([uestion de savoir si ses conseils étaient écoutés. Ici le doute n'est [)as possible. Certes le renfort ({u'apporta aux Lettres dans l'Académie de Dijon l'élection des principaux membres de la Société littéraire ne leur fut pas inutile -; mais encore y a-t-il lieu de croire (ju'ils ne montrèrent plus pour elles le même zèle : ils se contentèrent souvent de refaire à l'Académie les lectures qu'ils avaient faites dans la Bibliothè(jue du président de Ruifey •'. Des observations criti(jues, écrites de sa main, au sujet des « pièces de littérature » lues à l'Académie ' attestent la médiocrité de la plupart de ces essais. La démission (|u'il donna dès 1770 de sa place de vice-chancelier, puis la mort du président de Brosses, précipitèrent le déclin des Lettres, tandis que les Sciences, la Médecine surtout, allirmaient leur prépondérance par la voix et par la plume des Chaussier, des Fournier,

1. Analyse dviii » Essai sur la l.ilLéialiire ■■, lu par Rull'ev à l'Acadéuiio les i^» et -22 mars 1787 (Rogislres de rAc-adéniie). « Il veut non seulemenl faire connaître l'importance et l'étendue de la Littérature, mais encore rendre liommage à nos compatriotes et à ceux des memi)res de l'Académie qui se sont distingués dans les dilTérentes parties de la carrière littéraire... l''ontenelle, Mairan, d'Alenihorl, Maupt'rluis, Bull'on, Condorcet el plusieurs autres ont également brillé dans l'Aeadéniie l-'ranc^aise l'I dans celle des Sciences. C'est à la magie de son style enchanteur ipie M. de Huil'on doit une partie de sa gloire et du succès tle ses ouvrages... •■

2. 1'. n.iu lot 9; MilsanJ, Nutox ol flocum'^nls liste des lectures faites aux séances publiques; Mihn. de l'Acuii., tomes I vi II,

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