V. note
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(le n avoii" p;is mieux seroiuli' s's viu's, de s être Irop souvent contentés «l'un \;iin litre, (lavoir enlin, j^ai- indillerenee et ([uelquefois par jalousie, permis. \oii'e mc'me approuve'' les « tracasseries )«, les I. injustices », les « injures » qu'il a essuvées. Bref dans ces huit cents pa^es (écrites de sa main on a grand'peine k dêcouviir le nom d un confrtMV qu'il loue sans r(^serve. Et le contraste est si t"rap|iant d une telle sev(M'iti'' à l'éi^ard d autrui et des louanii^es indiscrètes (ju il se donne h lui-nu^me que ce n'est point, i-ertes, l'Histoire Seciète (pii lui \aiulra jamais une jilaco dans le Temple du Goùl.
A vrai dire elle serait mieux nommtH> : Apologie, ou Pan(^gyrique, du piésident de Rutley. jjuis(prentin c'est lui, toujoui's lui qui s'y montre au premier plan, et que les autres personnages ne lui servent proprement que de repoussoirs. Voilà sans doute aussi pourc[uoi on trouve dans ce document tant de longueuis, de répétitions, de déclamations oiseuses, pourquoi des incidents minimes s'v haussent aux proportions d'événements épiques. A la place des commérages par où l'auteur de l'Histoire Secrète prétend nous intéresser, nous aimerions certes mieux quelques renseignements précis sur les travaux de l'Académie, sur sa correspondance étrangère, sur la collaboration de ses membres à l'Histoire naturelle de Bullon ou à la (Collection académi(|ue ! Mais à entrer dans ces détails il eût perdu de vue son véritable objet, et que fût devenue sa « vengeance » ?
Aussi bien ne nous ))laignons j)as. |)uis(prenlin sans cette passion même il est probable que l'Histoire Secrète n'eût jamais été écrite, et ce serait dommage 1 L'esprit critique et satirique dont elle porte l'enqjreinte à chaque page, la verve drue, le ton mor- • dant, c'est justement ce (jui en lait le j)rix : moins j)artiale, elle serait sans doute moins vivante et moins amusante. Tout un petit monde passe là sous nos yeux, comme dans un album de portraits : la bourg;eoisie dijonnaise du milieu du xviii'' siècle, crayonnée de verve, peu flattée, mais singulièrement pittoresque. Si r « injustice " des hommes et leui' « ingratitude » ont aigri le piésideni de HidVe\ en moililianl son orgiieil. ont fait de lui un
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vieillard grincheux, atrabilaire, défiant, malveillant, par làmême elles l'ont rendu perspicace, habile à chercher, à trouver et à décrire les travers, les ridicules, les petites vues, les petits calculs, et tous les petits mobiles d'intérêt ou de vanité qui dirigent les i> petits esprits » dans une ville de province, au xYiii*^ siècle. Elles ont donné aussi à son style plus de mouvement et plus de chaleur.
Le style de Richard de Hulley, eût dit BulVon, c est Ihomme lui-même : style plein, robuste, haut en couleur, d'allure ferme et délibérée; d'ailleurs style « de robe >>, qui drape la pensée, qui létolle là où elle est maigre, qui retombe sur elle en plis majestueux, comme devait faire la robe rouge sur le corps frêle de M. de Brosses... Mais la démarciie solennelle d un ancien président de la Chambre des Comptes, d un vice-chancelier de l'Académie et d'un ami de Bullon n'exclut pas de l'Histoire Secrète la vivacité du ton, ni le choix juttoresque des termes et des tours, non plus que la causticité, et parfois la grivoiserie, d un compatriote de Piron.
Au reste, il avait beau médire de sa ville natale et des Dijonnais, Richard de Rutfey était l'un tl'eux, et lui-même le reconnaissait, le proclamait, quand il se faisait gloire de ses « sentiments patriotiques ». Jamais le dicton : « Qui aime bien châtie bien » ne fut, semble-t-il, mieux justifié. Et de cela aussi, sans doute, il est juste de lui tenir compte. En vin temps où le mot de centralisation n était pas encore inventé, mais où déjà la chose existait, où Paris exerçait sur toutes les provinces une attraction si puissante, où, pour ne parler que de la Bourgogne, Crébillon, Piron, Rameau, et même le président de Brosses, ne g^ardaient guère à leur pi-ovince qu'une afFection platonique, tenaient en réserve pour Paris les trésors de lem^ science ou les grâces de leur art, Richard de Rull'ey se tit honneur d'être Bovu*guig-non et de le rester. Avec son orgueil habituel, — mais cet orgueil ici est de la fierté, — il énumère les grands hommes qui ont illustré la Bourgogne et i)euplé les académies de Paris. Ailleurs, rendant hommage aux intentions du fondateur de l'Académie de
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Dijon, il roconnail qu elles unnoiicent « les sentimenls d'un bon citoven, zélé pour la gloire et liitilité de sa joatrie ' ». A notre tour rendons-lui justice : il s'est appliqué 'de toutes ses lorces à mériter le même éloge.
'- ^\)us êtes digne d'être heureux. . . », lui écrivait Hullon en 177i '. « Personne n ignore le bien et le très grand bien que vous avez fait à votre patrie en soutenant l'Académie prête à tomber. Tf)ut le monde connaît vos vertus, et vos amis encore plus que les autres savent que vous n'avez jamais eu que des intentions pour le bien •'. »
Faisons dans ces compliments la part d une affection indulgente : au demeurant, les bonnes intentions du président de RufTey et le service véritable qu il a rendu à sa patrie ne valent-ils pas qu elle lui en sache gré et lui donne dans son souvenir une place un peu plus flatteuse que lorsqu'elle ne voyait en lui que l'auteur de quelques « amusements » littéraires — et le malheureux père de Sophie de Monnier ?