‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 29 sur 50 · DES SCIENCES, ARTS ET HELLES-LETTRES DE DIJON · texte numérisé non relu

DES SCIENCES, ARTS ET HELLES-LETTRES DE DIJON

L'étahlissemenl d une Académie A Dijon fui lonr/femps l'ohjef des vœu.r de tous les (jens de ("lires de la Bour;f or/ne (1 ; mais à peine fut-il formé que, bien loin de répondre à ce que le public devait en attendre et de contribuer à la célébrité d'une ville et d'une province si fécondes en qrands hommes, il eut le malheur de tomber dans l'avilissernenl et le mépris.

Les vices de constitution delà nouvelle Académie {2 . les fausses mesures que prirent ceu.r qui étaient destinés à la diriger (3), le ifénie des citoyens peu favorable à tout établissement utile (4), écartèrent les sujets académiques (5 , étouffèrent l'émulation, abaissèrent les esprits, rétrécirent les idées, et réduisirent ce corps, dès sa naissance, à l'état de lanqueur dans lequel il a subsisté pendant vinqt années.

Développons en peu de mots les causes de cet événement .

Monsieur Pouffier, doyen du Parlement , fondateur de I Académie de Dijon 6). jalou.r de décorer sa place de dot/en, sollicita les faveurs de la Cour pour i/ attacher une pension perpétuelle. La modicité de celle qui lui fut offerte, ne répondant pas à la haute idée qu'il s'était faite de sa place, révolta son amourpropre : il la refusa, et résolut dès lors d'employer une portion considérable de son patrimoine pour rendre la place de doyen plus utile et plus honorable en lui assurant après sa mort la propriété de sa terre d'Aiserey ', de sa maison de Dijon', et d'autres

1. Sur la grand'route de Dijon à S'-Jeau-de-Losne. Le clocher et une partie du village étaient du l)ailliage de S'-Jeau-de-Losne ; le reste formait deux seigneuries, dont lune appartenait à M. Bouillel, procui-eur général à la Chambre des Comptes; l'autre, plus considérable, est celle dont il est question ici. (Château agréable, jardins bien entretenus. Bossuet, dont le père était en partie seigneur d'Aiserey, y avait été nourri et élevé dans son enfance Courtépée, Description de Bourgogne, éd. 1847, II, p. lo6).

2. Au coin de la rue du Vertbois (auj. rue Poulfier} et de la rue S'-Nicolas (rue Auguste-Comte).

'•" RK.lUUIi hi; lu FFKY

/liens ', <•/ Cl) nnininnni les doi/c/is du PiirlenionI ses successeurs premiers direc/eurs de l'Acndé/uie (ju'il roulai f fonder dnns su pairie.

MalliourouscnuMil un doyen au Parlemenl u"a pas toujours les connaissances nécessaires pour bien dirip^er un corps académique. M. Pout'fier aui ait |)rudeninient lait de consultei- des <>;ens éclairés, (juil aurait trouvés dans sa patrie (7), Aussi le plan (|u"il traça n'était-il ({u'une es([uisse informe 8). On a prétendu ([ue M. Lantin. doyen successeur de M. l-*out"lier, en avait aperçu les. défauts; mais, comme il avait été lennemi et souvent le contradicteur au Palais de ce mag^istrat. (jui venait de le priver des revenus attachés au doyenné, il n'eut pas la générosité de les faire connaître aux autres directeurs (9).]

// cacha ses petites idées de vengeance sous le voile du zèle, de la reconnaissance et du respect du aux volontés du fondateur. Les autres directeurs ilO), manquant de pénétration et d'e./périence dans les uiatières académir/ucs, adoptèrent ces spécieuses maximes et, sacrifiant sans le savoir le hien public aux préjugés, résistèrent opiniâtrement à toutes les représentations qui leur furent faites par des personnes plus éclairées et moins prévenues...

... Une Académie fondée sous de si fâcheux aus/)ices jiouraifelle avoir le plus léger succès, et pouvait-elle ne j)as s'éloigner de plus en ])lus du but auquel elle était destinée ? Aussi la paresse, l'ignorance, le (U'couragement ne tardèrent pas à ,^'en emparer; les prétentions et /a conduite des premiers directeurs ill^ contribuèrent à favoriser l invasion de ces fléau.r des Lettres et (h's Sciences... Iniquement occupés de l'étude et de la jiratique des lois, concentrés dans cette sphère et remplis de préjugés désavantageux aux Lettres et au.r Sciences, (fu'ils regardaient comme inutiles, ils se trouvèrent (h'placés à la tète d'une académie dont ils ignoraient jusffu au langage .. . lisse crurent en état de juger

t. Notaninienl 42.000 livres irai^^enl comptanl.

HISTOlRt; SECRÈTt: HE i/acAOÉMIE DE DTJON 41

des matières de' phi/siquc ot de médecine el de décerner des prix sur ces sujets, dont ils n'avaient pas les premières notions, parce que le fondateur leur en avait attribué le droit, et s'accoutumèrent à regarder comme ennemis tous ceu.r (fui, aspirant à être de vrais académiciens, refusaient de plier sous le jouçf d une autorité abusive et mal entendue, (.'es maximes despotiques révoltèrent le public et les gens de lettres, et éloijfnèrent de l'Académie tous ceux qui auraient ('té capables de Vbonorer par leurs /nérites et leurs talents. Plusieurs bons académiciens se retirèrent sous divers prêtâtes (12). b^a jilupart de ceux qui restèrent à l'Académie y demeurèrent moins par amour pour les Sciences et les Lettres que par des motifs d'intérêt ou de convenance, ce (/ui ne fait pas l'éloffc de leur façon de penser (13).

La politique des premiers directeurs pour maintenir et assurer leur prétendue autorité fut de n'admettre à l'Académie que des personnes al tacbées au Parlement , d'un état in férieur au leur ou d un état subalterne : en sorte ([ue les places d'bonoraires il4i, ([ui auraient dû na/urellemenf être remplies par les (jens de lettres de l'état le plus distingué, suivant l'usa(je des bonnes académies, le furent en plus (fraude partie par des avocats, de simples ecclésiastiques et autres personnes à y>e?/ près é(/ales à celles (fui composaient le corps des pensionnaires.

Comme toutes les places de l'Académie se donnaient sans cho'ix par les directeurs au premier (jui les leur demandait ou r/ui les leur faisait def)iander (15), les médecins s'i/ introduisirent en (jrand nombre. L'appât de la modufue penswn (16i (fui se distribuait tous les ans en attira jjlusieurs. La classe de Médecine étant remplie, ils eurent le crédit de s'if introduire sous le titre de physiciens et remplirent aussi celle de Physi(fue : en sorte qu'une société acad('mi(fue destinée au.r Lettres et au.r Sciences devint une académie de Médecine.

De cette constitution /nonsfrueuse et d un, (fouverncmcnl aussi anti-académique naquit une multitude d'abus [il (fui se succédèrent les uns au.r autres el s'accumulèrent à la boule (b's Lettres, au f)oinl (b' rendre ce corps aussi méprisé (/u il était méf)risahle.

i2 lUC.HARD DE Rl'FFMV

Il se sernit bientôt (létruit s'il /invait pas été doté par le fondateur, qui avait sacrifié quarante mille francs n cet objet . L'Académie dut sa conservation à un vil intérêt.

Il v uvail copendant j^armi les académiciens plusieurs sujets (lij^iu's d'un meilleur sort (^18); mais le bon g-rain était étouffé par l'ivraie. 1 /empire ([ue les directeurs avaient tyrannicjuement usurpé s'alVaiblit insensiblement après la mort de MM. Lantin et Quarré et dégénéra en faiblesse et en abandon. M. \'itte parvint au doyenné; les quatre autres directeurs il9i sennuyant de venii- à l'Académie, toute la direction de ce corps se trouva réimie dans M. ^'itte.|

-l/. Vittc ' avait de la probité, de la candeur et de la bonhomie ; ses mœurs étaient douces et honnêtes; son esprit était petit et borné; son âme était faible et sans aucune élévation. Il rachetait ces défauts par une mémoire prodigieuse que Vàffc n'avait pu affaiblir, et crut devoir 1/ suppléer par une opiniâtreté invincible dont il se faisait gloire : les meilleures raisons l'affermissaient dans ses préjugés. L'avarice fut sa pa.Hsion dominante ; il eut l'art de la cacher au public par des dépenses momentanées dans des occasions d'éclat ; mais l'Académie, qui en a ressenti les fàcheu.r effets {20), a le plus grand lieu d'en être convaincue.

t'e fut sous la direction d'un tel homme que l' .[cadémie a été forcée de languir pendant plus de vingt années. Incapable de sentir la honte du corps qu'il dirigeait, /dus il s'avilissait, plus il le trouvait analogue à sa façon de voi/-ef de penser., qu'il crogait la meilleure...

Il alléguait le danger d'innover et le respect dû aux volontés (lu testateur; mais il avait d'autres motifs ,21 1. . . Il s'est opposé tant (ju'il a vécu à ce (jue l'Académie eût un chef littéraire [)oui' g-uidei- le travail el les études, un secrétaire i 22j pour rédiger et

t. Jacques N'illc tli«l-l76y , cotisfilloi-, 170+ l'olilol, (lontinuution dr riiistoire (lu Parlement de Huiiryuyne, de l^ailiot 1733 , p. ITO),

HISTOIRE SECRÈTE DE i/aCADÉMIE DE DIJON i3

exécuter, quelques fonds pour les dépenses communes de nécessité et de décence, trois choses absolument nécessaires pour le maintien dune bonne constitution académique.]

En l absence des directeurs, l'Académie était présidée par les honoraires. Il n'en restait que deux à Dijon des six de la première nomination, dont M. Lan tin de Damerei/ ', /ils du doi/en du Parlement, était le seul qui fût d'un état propre à occuper cette place. Il avait de l'esprit naturel, mais une éducation négliçjée l'avait rendu sombre et caustique et avait rétréci ses idées. Il avait des mœurs sans aménité, plus d'érudition que de science. L'usage du monde n'avait pas for/né son qoùt ; sa probité était dure et austère ; il s était fait un principe de ne jamais plier.

Un homme de ce caractère à la tète de l'Académie était peu propre à tirer ce corps de l'état déplorable où il était tombé...

[Insuccès des séances publiques de lAcadéinie. Mauvais discours qui s'y lisaient (23 ). 11 faut en excepter quelques ouvrag'es des meilleurs académiciens, qui étaient toujours frappés au bon coin (24).]

Dans l'une des séances publiques on distribuait chaque année un prix de la valeur de trois cents livres. Le premier fut juqé avec équité et fut remporté par M . Fromageot , professeur en Droit, bon littérateur et bon critique (25); mais pendant quinze années presque tous les prix, surtout ceu.r de médecine et de physique, furent donnés par faveur et par intrigue à des gens qui prêtaient leur nom a un médecin de l'Académie (26), auquel ils abandonnaient la valeur du prix. Les directeurs, principaux

1. L'autre était M. de Repas iv. note 14). J.-B. Lantin de Damerey, fils du doyen du Parlement (v. note 9). Auteur d'un supplément au gUjssaire du Roman de la Rose (Dijon, Sirot, 1737, in-12), des éloges de Rabelais et de M. Pouffier, et de deux discours prononcés à l'Académie de Dijon, l'un sur le Luxe (12 déc. 1749, impr. à 1)., veuve Sirot, 1750, in-4), l'autre sur la Tolérance (12 déc. 17")5, impr. ibid., 1756). Mort en 1756. (Galerie Bourijuignonne, par Ch. Muteau et J. Garnier, Dijon et Paris, 1858 (3 vol.), II, p. 70). Un autre discours l'ut prononcé par lui, le 25 août 1743, pour la distribution du prix de morale. Impr. à Dijon, veuve Sirot, 1743.

juges, se /irèf.iic/i/ ;) celte iiuligne manœuvre soif par Kfiiomnee, soif jtftr séduction, soif pur In crainte de déphiire ;) ii/i ho/n/ne (jni priifessutt un nrt qui donne le droit de se ren</er ini})unétnent .

Toutes ces c/ioses aninues du public cont rihuaient ;) nut/rnenfer son rnéjtris pour l'Acnde/nie et à jtorter nu comble Inrilissement de ce corps. Il n'étnit encore connu que dnns In Bounpxjne ; mnis un érénemenf si/i(/ulier nrriré en il.^O le fit connnîfre dnns toute l'Europe.

C'est le pri.r remporté par Jean-Jacques Rousseau [21], devenu depuis si fnmeu.r pnr sa !¥in<fularité et les malheurs qu'elle lui a occasionnés. Cn esprit fnu.r de l'Académie (28 1 proposa ce problème : Si les nrts et les sciences ont contribué à épurer les ntœurs. Il fut adopté sans réflexion et donné nu public pour su/et du prix de il 50.

L ouvrage de .M . Rousseau, de (îenève, fut trouvé si suj)érieur à fous les autres qui furent présentés qu'il emporta unanimement les suffrages. Son éloquence séduisit et contribua à voiler les paradoxes (btnt il était rempli. Aucun des juges du prix n'était capable de les apercevoir, de les développer, et de j)révoir les conséquences de leur Jugement .

('e jugement , qin)ique fondé sur ré([uité, nrmn tout l empire littéraire contre I Acadé/nie de Dijon 29 . /.<■••< snrcasnies les plus injurieu.r rnccnblèrent de toutes parts, et cette querelle se renouvelle encore tous les jours, lorsque l'occasion s'en présente. On a jngé l Acadéniie trop sévèrement . Si son état et sn constitution eussent été plus connus, on l'nurnif blâmée avec moins d'acharnement ; son sort nurnit e.rcité plus de pitié ifue d envie. Il i/ avait en effet dnns sa conduite de l'ignorance, de la gaucherie, <le l imprudence, île l'inconséquence, mais sûrement aucune prétention, aucune /tinuvnise foi ni nucune mnlice.

\ ers ce temps un litférnteur ntfnqun l'Acnib'/nie snns ménageme/it dans le supplément de Mordri 30 1. Sur (h's mé/noires peu fidèles (31 i et dictés pnr l'envie, il en fit un tnblenu sntirique et apprit au public fous les détails qui pouvaient contribuer à l'humilier et à ht chniyer de ridicule. /.'. [endémie lui répondit, mais se

HISTOIRE SECRKTE DE I. ACADEMIE DE DIJON 'lO

(ïé fendit si faihloiuent quelle ne put jamais forcer le litférafeur non seulement à se declire, mais même à lui donner la plus léifère satisfaction ('32 .

[En 175(i les revenus de 1 .Vcadémie doublèrent : le fondateur lui avait laissé une somme de vin^^t mille livres pour Taug-mentation des prix, qui ne devait porter intérêt que ving't ans après sa mort ; ces vingt années étaient expirées. Mais M. Vitte haïssait trop l'Académie et s'y intéressait trop peu pour employer cette somme k son profit. Les pensionnaires de l'Académie surent profiter de la néi^ligence des directeurs (33) : ils s'emparèrent sans droit ni formalité des nouveaux revenus, qu'ils partagèrent entre eux et dont ils ont toujours joui... Le fondateur de l'Académie avait ordonné que le doyen du Parlement serait tenu de la loger et meubler dans la maison décanale, ou, à son clioix, de lui fournir un logement commode, honnête et décent. M. Vitte logea l Académie dans la maison décanale, mais ne la logea pas décemment.'

Ine salle obscure tapissée d'une vieille herr/ame, dont la cheminée à hotte était recouverte de lambeaux de la même tapisserie, et le plancher noirci par la fumée haJjituelle qui en exhalait ; des fauteuils d emprunt à bras de bois, dont la dureté et l'incommodité annonçaient l'oriqine la [dus reculée, furent le logement et les meubles que M. Vitte destina aux muses de la Bourgogne. Ce galetas fut leur tenrple pendant vingt années, pendant lesquelles il emplofja l'argent du fondateur à décorer la maison seigneuriale d'Aisereij . L'Académie l'avait souvent prié inut'demeni de rendre ce logement plus décent.

M. de Fontette (34), conseiller au Parlement , étant parvenu par son rang à la pjlace de troisième directeur de l'Académie, eut

honte de siéger dans ce manoir Sollicité par l'Académie, il

promit d employer son crédit auprès du doyen du Parlement pour l'engager à faire usage des fonds destinés à la décoration de la maison décanale et rendre le logement académique moins inih'cent .

iC» mciiAun ni', m pki:v

11 ohlinl ainsi trois mille livres ; encore rAcadémii" en duleile laire l'avance. La salle d'assenihléi' t'iil boisée, phil'onnée et décorée ; mais M. de Fontette exigea (inOn se servît tle ses ouvriers. . .

Raisons de la mauvaise volonté que M. Vitte témoignait ;i l'Académie, ainsi que M. Thomas. Ils ne lui onl jamais ])ardonné de les avoir forcés de restituer l.'iOO livres sur les i.iOO auxquelles s'élevait en 1740 la dotation faite par \v fondateur en ITIÎO. Parmi les autres directeurs quelle a eus depuis son établissement, deux seulement, M'" Gauthier et Pîdaiseau ', lui ont donné des mai'f[ues non é([uivoques de leur zèle et de leur bonne volonté ; malheureusement ils n'ont été ([ue directeurs triennaux.

Un intrigant île l'Académie (35 crut lui rendre un service important en lui procurant la correspondance d'un jj^entilhomme de Franche-Comté i36i, parent du fondateur.]

MaUjvc l'état de langueur où l'Académie f/émissait, plusieurs de ses me/nhres lui acquéraient dans les provinces étrançfères une réputation dont elle était privée dans sa patrie. M. Barheret remporta un pri.r de phi/sique à l Acadé/nie de Bordeaux (31), M. Fromageot celui d'éloquence à l'Académie de Montauhan pendant deu.r années consécutives 38), ('/ M. Iloin fut reçu avec applaudissement associé regnicole de l'Académie de Paris (39). Leur succès aurait dû exciter quelque émulation dans i Académie; mais elle // était entièrement éteinte. De j)lus de trente séances qui se tenaient dans l'année, il n'y en avait pas le tiers où l on fît quelc/ues lectures d'ouvrages, dont jamais il ne se faisait d'extrait : à peine en retenait-on le titre, tellement que le registre acadé-

1. Piorro-Fian^ois Gaulliier il725-179;J . Conseiller 174S (Dos Marches, Ilistuirc (lu Parlement de linurfjogne f/c 1733;) 1790 i^Chalon-s. -Saône, I851\ p. 72 . — Dirccicur do l'Acad. 17t'>() (Milsaïul, Xvtrs cl docuinents, v. snprà, p. 2, noie 4.)

Philippe Barhuol de Palaisean (i7.'i(»-18i;i;. Conseiller 1751 (Des Marches, p. 78). Directeur de l'Acad. 176î» iMilsand, ibid.). Le 22 décembre 1701», Hull'ey propose à l'Académie de lui oilVir une médaille afin de le remercier de (( son zèle pour riioinuMir el l'intérêt de la ("ompaj^uit» « Bej>'. tle l'Aead. V, 1"° il H).

HISTOIRE SECRÈTE DE i/aCADÉMIE DE DT.ION 47

inique qui confienf le retenu rie vinqt années n';i pas cent paqes d'éeriture (40).

[ L'Académie eut pendant quinze ans un copiste gag"é. et, lorsqu'elle sentit la nécessité absolue d'avoir de véritables secrétaires, le doyen refusa de les reconnaître. Us en firent les fonctions sans oser en prendre le titre. Ces secrétaires étaient gens de mérite ; mais lun d'eux 41) ne survécut pas longtemps à sa nomination. Son confrèrei42 fit son éloge dans une séance publique et introduisit pour la première fois cet usage reçu dans toutes les académies, qui cependant est devenu abusif par sa généralité (43). On regrette cet abus, comme aussi la trop grande facilité des académies de province à accorder le titre d'académicien : c'est ainsi que l'on diminue le mérite des académies et la considération du public pour ces corps littéraires.]

L' Académie de iJijon n arail rien à craindre pour lors d'un tel abus... Elle fui encore plusieurs années à se borner au désir de changer son éf a f contre un meilleur... Un heureur hasard pour les Lettres et les Sciences prépara insensiblement cet événement,

•M. Richard de Paiffey (44i, président à la Chambre des (]omptes de Bourgogne, se détermina en I7o0, en rebâtissant sa maison, de construire une vaste galerie pour y placer sa bibliothèque, dont il faisait son amusement et sa principale occupation (45). Il était en relation avec les gens de lettres les plus distingués (46). Il aurait été flatté de consacrer ses talents et ses travaux au service de l'Académie ; mais il partagea avec les présidents Boulîier et De Brosses l'honneur d'être oublié ;^47-8)].

// savait se suffire à lui-même : ses livres, ses ouvrages, et le commerce de quelques amis spirituels et éclairés, lui procuraient un bonheur qu'il n'aurait pas trouvé dans le tourbillon de la société vulgaire, auquel il ne se livrait que jiar devoir et par bienséance (49).

Au commencement de l'année /7,)t^, ;/// homme de lettres (50).

48 iiiciiAHi» WK nvrvvA

rhiiniK' (le lu hriiuti' du r;iiss(>;iii de In /)ihli<)/ lirt/iic de M . de /iii/l'ci/, jn-()jti)s:i ,7 Ic.r cm/de du /trrsidcnl Hoiiliicr \5i) d i/ Icnir chiK/tic scmninc une nsscnihlrc où I On disriilcntil los poiitls les j)lus in/éressnn/s de ht lillorulurc cl dos sciences, cl au cluuuii lirnil SOS onrraffos, doiil on fornil iino jndicioiiso crilit/iio. Quoi- (/u lin Ici jirojol fïulliil heHucoiip le (joùl de M. de lUi/foi/ pour les Leilres et les Sciences, il ne se rendit pus d abord ii cette invitation, voulant auparavant en coinhiner la possibilité et s'assurer du suffraijo et du consentement de ceu.r qui lui paraissaient capables de former cette société (52 .

de préliminaire rempli, on prit Jour pour tenir la première asse/jiblée. Après un diner où M. de liu/fey avait invité tous les sociétaires (53), on s'assenibla dans sa galerie, on dressa des règlements ', et l'on donna dans cette séance à cette société la forme la plus académic/ue. Le choi.r des sujets, leur goût, pour les Sciences et les Lettres, leur ardeur pour le travail, leur émulation, les bons ouvrages qu'on ij lisait fréquemment, le zèle du président et du secrétaire (54), tout concourut à lui procurer des succès rapides et à faire connaître avantageusement cette société no/i seulement dans la Bourgogne, mais encore à Paris et dans les provinces (55).

Cette société littéraire a subsisté environ di.r années (56), dont les six jtromières ont eu le sort le jtlus beureu.r et le plus florissant ; /nais la mort de jilusieurs de ceux qui la composaient, l'absence et les voyages (h' quelc/ues autres (57), /(' relàche/nent dans le travail, et plusieurs autres causes ;58i en occasionnèrent la dissolution.

Pendant la durée de cette société, M. de Ruffei/ , qui en était le c/ief, cherchait à // introduire des personnes capables </'// culliver les Sciences avec avantage. Quoic/ue l'Académie l'eût regardée avec un (cil d'envie et c/ue .ses directeurs en eussent parlé avec aigreur, il non avait jtas moins d'esti/ne p<nn' les bons acath'mi-

1. Ces rc'filt'iUL'uls si' Irouvenl on lèto du [nviuior ilos rof^istres clo Ih Sociétr lilléraire (nis, l(>28). Ils i'outicMimMi( 2(i arlirles; 10 autres «rticles furi'iil ajouU's (l('|)iiiN.

HISTOIRE SECRÈTE DE I>'aCADÉMIE DE DIJON 49

ciens cf ne dérlaif/naif pas d'assister souvent à leurs séances publiques. Il engaffea MM. Barheret et Hoin d'accepter des places dans la Société. Flattés de ce choix et de davantage de pouvoir briller en J>onne compagnie et parmi des connaisseurs, ils se piquèrent d'i/ t l'a railler avec plus d'assiduité et d'émulation que pour l'Académie même. Ils furent charmés du bon ordre, du bon ton, de la politesse qui régnait dans la société dont ils étaient devenus les membres^ des égards qu'on leur témoigna et des choses utiles et agréables qu'on g traitait.

Le rapport avantageux qu'ils en firent à l'Académie contribua à 1/ exciter quelque émulation, ce qui l'engagea à se nommer des secrétaires, jnalgré l'opposition de M. Vit te, et à offrir à M. de Fontette, après qu'il eut achevé sa direction triennale, une place d'académicien honoraire vacante pjar la mort de M. Lantin, espérant qu'il pourrait leur aider à relever l'Académie et faire goûter aux directeurs, sur l'esprit desquels il avait du crédit, les principes du gouvernement académique qui avaient contribué à donner de la célébrité à la société qui s'a.'^semblait chez M. de Buffey, dont M. de Fontette était un des membres. Ils eurent lieu dans la suite, en le connaissant mieu.r, de Juger que leur espérance était mal fondée.

L'Académie, ou du moins les bons académiciens, étaient las et humiliés de son état; ils désiraient ardemment d'en sortir; mais ils n'avaient c/ue de la bonne volonté : l'expérience leur avait montré leur insuffisance pour une pareille entreprise .s- '//s ne mêlaient à leur secte quelqu un capable de la conduire et de l'exécuter. Ils jetèrent les yeux sur M. de Buffey : ils connaissaient sa fermeté, son zèle et .son amour pour les Lettres et les Sciences : ils lui firent offrir par M. de la Mare, directeur, une place d'académicien honoraire vacante.

[M. de Rutîey hésite. Mais l'Académie lui députe deux académiciens (jui lèvent ses doutes sur la discipline de ce corps. L'honneur de rendre un service important à sa patrie le décide. Il est reçu le IG lévrier 17o9 et prononce un discours de réception (59 , usajj^e (jui depuis a été conslanunent suivi.

M. Laxoi;. — Histoire secrète. A

î)0 uiciiAïut m-; itri'i'KV

MM. N'illo ol Thomas l'urcMil forcés de dissiiniilcr loui' niécontontoinonl et do rôpoiulro aux polilesscs prévcnaiilos dont M. de lUillov ci'ul de\()ir U's combler. |

// s'iijipiufun jx'iuLnil plus (l'une ii/iiK'c H coiuiiii/rc I Acndrmic, i) l'Iudior SOS intérris ol n coinltiiior ses nvaiila(fcs avtinl do tniviiiUor nu jt/iiN do In /-('for/iui/ion jtrojo/ôo.

Il se confenifi soulouionf d'e/x/nt/or l'Académie à choisir quelr/ues honoraires (601 dont les talents lui étaient connus ou c[ui pouvaient être utiles à la Compagnie, et de lui conseiller do dirif/er ses travaux sur dos matières relatives ou utiles à la Jlourç/oi/ne^ dont il fut formé une délibération c./presso.

|I1 persiste d'ailleurs à emplovei' vis-à-vis dos directeurs toutes les voies de politesse j)()ssil)les, leur fait parler ou leur parle luimême du projet de donner une meilleure forme à l'Académie. Sur cin([ directeurs, trois se récusent, ne voulant rien faire sans le consentement de M. ^'itte ; M. Thomas témoigne la plus grande réj)ug"nance à rien innover. M. \'itte paraît d'abord mieux disposé : il accepte ([u on lui communi(|ue le projet des nouveaux règlements. Joie de l'Académie : des commissaires (61) travaillent sans relâche avec M. de Rulley à cet ouvrage important. Mais M. Vitte change d'avis, sous riniluence de (jLiel([ues académiciens (62), mauvais sujets dont l'ignorance et la paresse sont alarmées par la réforme ([u'on projette. Parmi eux se trouvait son médecin '. Ce faux frère lui insinua (jue l'Académie avait dessein de se soustraire à lautorité des directeurs et de détruire le plan du fondateur. Aussi, ([uand M. Maret vint conuiumi([uer à M. \'itte le nouveau projet de règlements, il en fut très mal re^-u. M. 'Vitte déclara qu'il ne voulait eidendre parlei- de rien : l'Académie était la maîtresse de faire tout ce (pii lui plairait, mais il ne voidait aucunenumt s'en mêler...

On le prit au mot. Par le conseil de M. de l{iille\ , 1 .Vcadémii> lit enregistrer le ra|)port de M. Maret l't si" passa du eonscMile-

Page 1