I. M. l'OiiniiiM
ment des directeurs : l'article 47 de ses lettres patentes (63) lui accordait d'ailleurs la permission de faire les nouveaux règlements nécessaires à son bien. Fondée sur un autre article des premiers statuts (64\ elle se choisit des oiliciers et fît signer les nouveaux statuts à tous ses membres ; les mal intentionnés n'osèrent refuser (65).
Nouvelles considérations sur la nécessité et l'urgence de cette nomination d'officiers fixes, un chef littéraire et un secrétaire (66). M. Michaut fut choisi pour remplir cette dernière place.]
Les talents qu'il avait montres dans les fonctions de secrétaire de la Société' de M. de Ruffeij déterminèrent les suffrages en sa faveur; mais son indolence naturelle et l'inconstance de son esprit l'empêchèrent de justifier le choix de l'Académie :
Tel brille au second rang (/iii s'éclipse au premier.
Par ménagement pour MM. les directeurs et pour ne pas blesser la délicatesse du Parlement dont ils étaient membres, l'Académie jugea qu'il était prudent de ne donner aux présidents littéraires qu'elle voulait choisir aucun nom qui pût désigner quelque autorité : elle leur donna les itoms modestes de chancelier et de vice-chancelier, à l'e.remple de plusieurs académies (67).
Reconnaissante des obligations qu'elle avait à M. de Buffei/..., elle lui offrit la place de chancelier... ; niais, pour ne pas exciter de jalousie, par amour du bien public et par intérêt pour la Compagnie, il la refusa et se contenta de la place de vice-chancelier, où il espérait pouvoir lui rendre de plus grands sei'vices, et demanda que M. de Fontette, conseiller au Parlement, son ancien, fût nommé chancelier .
M. de Fontette était alors à Paris, délégué par le Parlement de Dijon pour solliciter le fameux procès que cette compagnie a eu contre les Elus de la province (68j. Comme son retour ne paraissait pas procliain, M. de Buffeij crut qu'il n'était pas prudent de l'attendre pour terminer ce qu'on avait si heureusement commencé.
52 HK.llAUl) \)l] ItlTFl'EV
I il iiavdr néanmoins toutes sortes de niénncfements îi l'éuard des directeurs; il travaille sur ce principe <[ui> tout l'honneur que l'Académie pourra acipiérir rejaillira sur eux. Aussi bien elle contribuera adonner anx jeunes mai^isli'als de 1 amoui' pour le travail ; elle est propre à t'oi-nu^r des orateurs j)our le i)arreau en donnant de la justesse et de la précision à leur esj)rit, de la perfection à leur style et à leur }^où(.|
L'Acndémio, n(fissnnl jmr vos principes, se proposa, pour acquérir de la considéralion cl de la protection , d'admettre dans son corps les illustres Iiourt/ui(jnons de tous états (jui honoraient les provinces et la capitale i69i. -1/. de Voltaire, ann de M. de Ruffei/, lit riionneur à cette co/npa(/nie d'accepter une place d'honoraire (70). Pour' se concilier la bienveillance du Parlement, elle projeta de recevoir académiciens tous les magistrats de ce corps f/ui auraient le f/oùt des Lettres et des Sciences (11).
Plusieurs préjuifés défavorables s'opposaient souvent aux vues patriotiques et au zèle, de M. de Buff'eij. Il en régnait un depuis lon(f temps, d'autant ])lus nuisible à l'Académie qu'il tenait à sa constitution fondamentale. Le fondateur avait ordonné (fu'elle serait présidée par les directeurs, à défaut l'un de l'autre. Les trois premiers étaient des conseillers ; ntais le r/uatrième était un ojjicier du pan/uet et le cinquième le maire de Dijon, que le Parlement regardait comme fort inférieurs en dignité à ceu.r de son ci>r])s, ce qui fomentait un pcéjugé (fui éloignait de l'Académie les officiers du Parlement et surtout les présidents, et même les personnes distinguées des autres états. Il était de la plus grande importance de le détruire et de trouver quelqu'un qui pensât assez bien et assez noblement pour s'élever au-dessus de l'opinion vulgaire, et qui eût assez d'amour pour les Lettres pour la braver. M. de liuffei/ sut trouver ce p/iilosoplie courageu.r ilans la personne de .17. le présiihnU de Brosses \12\.
La récej)tion de .17. de liros.scs fit la plus g riuuh' sensation dans le public en faveur de l Wcadémie. 1-^llc détermina l'ancien ('vè</ue (h' Troi/es, résidant nouvellement à Dijon, connu à la (lour par son éloquence 73),./ accepter une place d'honoraire. M. de Puffei/
HISTOIRE SECUKTE DE l'aCAI)É.A[IE DE DIJON 53
répondit à son discours de réception et introduisit pour la première fois cet usa(fe observé dans les Académies de Belles-Lettres de pjrovince, et à Paris dans la seule Académie Française.
[Cette réception en amena d'autres. M. le nianjuis d'Anlezy, commandant en Bourg'ojjne, et M. de Villeneuve, intendant de cette province, y assistant, l'Académie profita de leur présence poui' leur ollrir des places d'honoraires, qu'ils voulurent bien accepter (74). Us furent reçus séance tenante, ce ([ui empêcha les mauvais esprits de les influencer i75).
L'Académie venait de s'engager d'honneur à détromper le public prévenu contre elle. Sur le conseil de M. de RulFey, elle invita à sa séance pul)li([ue tous les membres du Parlement et les personnes de la ville les plus disling-uées. La séance fut brillante : on avait fait pour les lectures un choix des meilleurs ouvrages, <[ui furent retouchés avec soin, et l'Académie, pour la première fois, se montra digne de son nom (76).
Cet événement fît connaître la nécessité de chercher un lieu plus vaste pour tenir les séances publiques. Un des directeurs (77) otïVit ime salle de l'Hôtel de Ville, que l'Académie accepta avec reconnaissance. Elle crut toutefois devoir demander son consentement à M. Vit te, (jui le refusa. Mais M. de Rutl'ey pénétra aisément la raison de ce refus : on fît dire à M. Vit te qu'il ne lui en coûterait rien, et il consentit à tout.
D'autre part, ^T. de Rulfev ollVit à l'Académie de faire toutes les avances nécessaires. Il se chargea de la décoration de la salle de l'Hôtel de Ville où se tint la séance de rentrée ; plus de quatre cents personnes y assistèrent (78). Mais la dépense de cet appareil déplut à plusieurs pensionnaires, et plus encore l'achat que fit M. de Rulfey d'un beau poêle de faïence pour la salle d'assemblée... Ces petitesses le déterminèrent à ne plus leur proposer aucune dépense et à payer désormais de ses deniers toutes celles qu'il conviendrait de faire pour terminer et soutenir l'ouvrag-e qu'il avait si heureusement commencé.]
// aoait besoin de courat/e et de fermeté pour vaincre tous les
3i RICHARD DR RLFFKY
()hs/;irU's f/ui s'iipposMicn/ à sos projcfs, siir/otif niu/nnl trouve per.st)/ine qui osù( le seconder. L'envie cl iiijnorance armèrent les sots contre lui ; il eut à soutenir plus d une fois leurs attac/ues et leurs outratjes (79)... On s'efforçait de donner du ridicule au zèle qui le portait à relever et à soutenir l' Acndéinie ; on traitait de fanatisme le sacrifice qu il faisait de son temps ^ de son repos, de son an/ent, pour son service. Les plus modérés en plaisantaient avec lui. Le premier président du Parlement \%Q\ prenait surtout un plaisir siiK/ulier à toutes les tracasseries académiques. C'était un hotnmc de heaucoup d'esprit et fait pour briller à l'Académie par son éloquence naturelle, si la dujnité de sa place et encore plus son hu/neur peu sociable n y avaient fait obstacle.
[Il joua à M. de Rufl'ey le tour de l'inviter à dîner avec M'* Vitte et Thomas. Le dîner se passa en propos vag-ues et en politesses froides; mais après dîner M. delà Marche parla de l'Académie, par malice, et la bombe creva : M. de RufTey eut à soutenir l'assaut de ces deux vieillards, (jui l'accablèrent de bêtises et de platitudes. Il respecta leur âge et leur faiblesse.
Mais dans le sein même de l'Académie des orages violents s'élevèrent contre lui. M. Michaut fut appelé à Paris par le duc de la Vallière, à (jui l'on avait vanté ses talents pour le choix et la connaissance des livres et l'arrangement d'une bibliothècjue : il fallut le remplacer pendant son absence. M'^ Maret et lloin s'étant partagé les voix, M. de Ruifey, (jui présidait, proposa un nouveau scrutin, ([ui tut favorable à M. Maret (81). Dépit de M. Iloin, (jui fondait son droit siu- son ancienneté. M. de lîutfey lit tous ses elforts pour l'apaiser, mais n'en put venir à bout. Le bruit et les disputes (ju'il excitait dans les assemlilées scandalisèrent plusieurs académiciens, ([ui ne sont pas rentrés à l'Académie depuis ce temps (82). Il se présenta d'ailleurs une ciicoiistance dont il prolila pour se mettre à la tète des mécontents. M. Marlol, maire de Dijon ', étant mort pendant (jue 1 .Vcadémie
I. Il m- l'élait plus i v. iiole 77). Il avait élé ri'iuplaié par M. Houssflol, niailrc dt-s (ioiiipirs depuis 1745, secrétaire *'n eliel" des États, et vieouite inayeiii- de 170;i à [110 {Armoriai de lu Cli. dcx (^(unittcs, p. 277).
HISTOIRE SECRÈTE DE T.'aCADÉMIE DE DIJON 55
était en vacances, et M. de Rufley ayant suivi la pompe funèbre avec le secrétaire et une délég-ation de trois académiciens, M. Hoin et les mécontents trouvèrent mauvais que l'Académie eût été par députation à cette cérémonie sans leur en faire part. Ils s'en expliquèrent à la séance suivante, et, sur ce ({ui leur fut rapporté que M. Gelot v avait marché en robe à coté de M. de RufFey et que M. Michaut n'était ([u'k la cinquième place, ils projetèrent de le brouiller avec M. de Rulfey en lui faisant croire que celui-ci lui avait fait une injure. Le moyen réussit : M. Michaut vint faire une scène à M. de Rulfey et lui tint beaucoup de propos (jui confirmèrent qu'il avait une tête des plus mauvaises. |
Les trois années prescrites pour le service des officiers étant écoulées, on fut dans le cas de procéder à une nouvelle élection.
M. de Rulfey indiqua pour la place de chancelier M. de Villeneuve, intendant de Dijon, dont le zèle patriotique pouvait rendre de grands services à la Compagnie (83 . Cet avis anéantit l'etTet de la brigue et entraîna la plus grande partie des sulfrages. M. de Rulfey fut réélu vice-chancelier (84). ■
Mort (le M. Thomas, second directeur. Il méritait peu de regrets, ce (jui dispensa l'Académie d'en témoigner. Il fut remplacé par M. Fleutelot de Beneuvre (85), qui depuis est devenu doyen. La haute réputation de lumières et d'équité (pi'il s était acquise au Parlement fit concevoir de grandes espérances à l'Académie et à M. de Rulfey, (jui s'empressa de le prévenir et de lui demander son amitié ; mais il le trouva froid et réservé, quoique poli.
M. Fleutelot ne tarda pas à avoir des doutes salutaires sur la valeur et 1 utilité des anciens règlements ; mais (piand M. de Rulfey lui envoya un mémoire détaillé sur l'histoire et les intérêts de l'Académie, bien loin de l'en remercier, il se plaignit cpi'il lui avait voulu donner des leçons ; il écouta les discours des sots(pii regardaient M. de Rulfey comme l'ennemi des directeurs. Ses préjugés augmentèrent parle refus que lit M. de liulfey de le prendre pour arbitre des dilférends ({u'il lui supposait avecM. Hoin.
M. tU' Hulfey avail été insulté pai' un insolent, il s'était payé par si's mains hors (le lAcadéniie 86 : rarl)itrap^e devenait inutile. |
Mnhji'c loiilcs les I rtK-ttsscrics (j uc M . de liiiffci/ cssiii/ni/ , Il nr jn'nhiif pus tic riic les in/crc/s do i Acndcniie. Pour donner un hon (\rcrnp/o ol crciler In Hhôrniilc des (/eus de lettres en s;i faveur, il lui lit présent d'un inédaillier composé de plus de quinze cents nu'dnilles, In plupnrt iinpérinles, nvec le catnlo(/ue (/u'il en nrnit dressé [SD.
Lh comtesse de lîochec/touHrt, qui, non contente de protéger les Lettres et les Sciences, les cultive encore nvec nvnntnf/e ^i&\ nutj/nentn ce médnillier de si.r cents médailles, dont le tiers étnit d argent. Leur e.remple fut suivi par plusieurs per.^onnes dont M. de Ihiffey sut exciter la générosité (89) ; mais aucun ne la poussa plus loin r/ue M. Le (iour (90). Son zèle pour l'Académie l'engagea à lui faire présent d'un cabinet d'histoire naturelle d'un grand prix 91 . M. de lîuffey eut à se féliciter d'avoir procuré à cette Compagnie un cifoi/en r/ui Joignait à des talents décidés le patriotisme le plus noble et le pitis modeste : à peine voulut-il écouter le remerciement qu'il lui /if nu nom de l'Acndémie (92) ," // se dérobn tant qu il put au.r lémoignnges de sa reconnaissnnce ; il exigen d'elle un silence qu elle ne lui nccordn cjuà regret (93).
Tant de bienfaits répandus sur I Académie par le canni de .1/. de Huffeif auraient dû calmer la haine de ses enneniis. ou plutôt de ceux de la tiouvelle Académie. Ils regrettaient In Imntc et la crasse cle l'ancienne, comme les Israélites regrettaient les oignons d'Egypte, et., de même (juc les oiseaux de nuit qui ne se plaisent que dans les ténèbres, ils ne pouvaient soutenir la vue de sa gloire nouvelle, dont l'éclat les é/tloui.ssait . Leur haine, pour être impuissnnte, n'en étnit pns moins violente; il ne leur mnnqunit ([ue les occnsions de In fnirc éclnter nvec plus de succès.
[Ils cruriMit en avoir Irouxé iu»e. M. Micliaul, (pu ne se ^<^uvevnait plus ([ue par leurs e()nseils, négli^'-ea sa place de secrétaire : il ne faisait plus tlexlraits, ou n en faisait «pie mal de
HISTOIRE SECRÈTE DE l'aCADÉALIE DE DIJON 57
très courts. On s'était proposé, pour convaincre le public de lulilité de l'Académie, de faire imprimer un volume des meilleurs ouvrag-es, précédé de l'histoire de l'Académie. Cette histoire reji^ardait le secrétaire. M. de RutFey s'en serait volontiers charg-é : il l'aurait écrite avec plus de hainliesse et de noblesse ; mais, par ménagement pour M. Michaut, il n'avait pas voulu l'entreprendre. Or M. Michaut lit à grand'peine l'éloge de M. d'Anlezy, qui fut trouvé médiocrement écrit (94;. Enlin, M. de Ruifey reçut de lui une lettre qui contenait sa démission de sa place de secrétaire. Il est vrai que peu après, par la voix de M. Hoin, il fit part k l'Académie de son repentir, reprit (malgré l'avis de M. de Ruffey) ses fonctions de secrétaire et fit des excuses à M. de Kulfey qui, en ayant pitié, le reçut chez lui comme auparavant. Mais cette prétendue conversion ne" fut pas de longue durée. Quelques mois après, M. de Rufley l'ayant pressé de travailler à l'histoire de l'Académie, il répondit qu'il y travaillerait dans quinze ans. Ce mauvais propos lui attira quelques reproches, qu'il soulfrit si impatiemment que M. de Rutfey lui déclara qu'il renonçait désormais à son commerce. Ce fut pour lui un coup de foudre : il avait compris la table de M. de Ruffey dans ses arrangements économiques : il ne put supporter de s'en voir frustré. Le parti des mécontents profila de cette occasion pour achever de lui déranger la tète.
(Chargé, à l'instigation de leur cabale, de l'examen d'un mémoire de M. de Ruffey (sur la manière dont devaient se faire les réceptions des académiciens) (95), il demanda à faire son rapport. ]
// .se leva lotit à coup et prononça contre M. de Ra/fct/, avec un air et un ton cl'enerf/umène, une déclamation dictée j)ar l'envie et la fureur, remplie de paradoxes séditieui et d imputations calomnieuses (96). M. de Jiu/fei/ eut besoin de toute sa modération et de tout son respect pour la Co/npaijnie p(nir ne pas répondre à une insulte aussi qualifiée
Les mécontents triomphaient : ils avaient préparé ce coup à l'Hôtel Houitlet avec (juel([ues cuistres étrangers, ennemis de
HICHARD DK RliFKKY
V Acndômie (97) ; le libelle i/ avaif é/c lu (huis un dîner en présence d'une amie du maître de la maison (98j, f/iii aval/ eu la faiblesse de ne pas s'i/ opposer el . quoique pareni de M. de Jiu/f'ei/, la lâcheté de ne pas l'avertir de la trahison (/u'on lui préparait .
A la séance suivante, M. de /hi/f'ei/ voulut lire une réponse apohxfétique (99) au libelle de M. Michaut . Il en avait à peine lu quelques phrases qu'il /ut interrompu par les académiciens, qui le prièrent de ne pas continuer, disant qu'il n'avait pas besoin d apologie. Il eut la complaisance de se rendre à leurs instances; mais les brouillons firent nommer des commissaires (100) pour examiner les deux mémoires, prétendant les juçfer. En vain M. de Ruffey déclarait qu'il n'avait aucune prétention personnelle, que tout ce qu'il avait proposé n'était que pour le J)on ordre de l'Académie, auquel on aviserait dans un tenïps plus favorable : il eut le désagrément de se voir compromis avec l'insolent qui l'avait insulté, et Jugé tant bien que mal par l'Académie (101).
[Sur ces eiilrefaites, M. Michaut partit pour ses voyages ordinaires à Paris, et M. Maret reprit les fonctions de secrétaire.
Mais une nouvelle (juerelle éclata. M. Floin continuant à mettre le trouble dans l'Académie et à contrarier M. de UutVey, celui-ci lui écrivit une lettre détaillée sur rinvj^ularilé de sa conduite ; il lui rappelait les politesses dont il l'avait comblé et l'invitait à répiinu-r son humeur il02). M. Hoin lit part de cette U'ttic an plus n'rand sot de rx\cadémie, ({non y avait vivement drapé 1 103) ; celui-ci eut à son tour l'indiscrétion d'en parler ; brel" cette all'iiire lit beaucouj) de bruit, M. de Rutl'ey fut diversement jugé, (^uanl à M. lloin, il s'absenta (piehpie temps de l'Académie |)(»ur boudci' et ronger son fi-ein ; mais il fui bii'ulol rappelé |)ar ra|)pàl de sa j)ension. D'ailleurs ci'lte le^on lui a fait le |)lus grand bien ; elle a contribué à le reiulre plus sage et plus modeste. Mais cette conversion ne s'est opérée (pie dans la suite.
Démission et (lé|)art de M. de N'illeneuve, chancelier de l'.Vcademie. I.e cabale des inéctuilcnls en lessciil une maligne joie, et y trouve l'occasion de former un projet (pu, mi^'ux ciuiduit et
HISTOIRE SECRÈTE DE l/ACAnÉMIE DE DIJON 59
mieux concerté, aurait produit la perte de rAcadémie et l'aurait peut-être replongée dans son ancien avilissement.]
Il nvait pour but de faire noni/ner à la place de chancelier de l'Académie... M. Michaut^ homme vil, bas et rampant, dont ils auraient disposé à leur cfré et qui, étant devenu l'ennemi de M. de Ruffey, lui aurait donné tant de désagréments qu'il se serait prohahlement retiré de l'Académie.
Les conjurés, car c'était une véritable conjuration (104), cmploijèrent toutes les basses manœuvres du mensonge et de l'artifice, leurs amis, leurs pratic/ues, leurs connaissances, des femmes même (105), pour séduire les directeurs de l'Académie, qui, déjà la plupart indisposés contre M. de Ruffeij, prêtèrent l'oreille à la calomnie.
Cette conjuration se tramait chez M. Bouillet... Ils vinrent à
bout de séduire les esprits faibles de l'Académie ; mais, se défiant de la prolnté des bons acachhnic'iens, ils se (fardèrent de leur confier un projet dojit l'infamie les aurait révoltés. Il transpira cependant dans le public qu'il se tramait quelque chose contre l'Académie ; la j>lus indiscrète des femmes (106) était dans la confidence : elle ne put s'empêcher de dire qu'il arriverait dans peu de (jrands événements à l'Académie.
[M. de Rull'ey y faisait peu d'attention, vivant dans la sécurité qu'inspirent la probité et l'honneur, quand, le matin du jour où on devait procéder à la nouvelle élection, un académicien (107i lui rendit visite et lui dit que M. Michaut l'était venu voir pour obtenir sa voix ; il avait refusé de la lui donner, ainsi que de tenir le secret (pion voulait exiger de lui. M. de Rufïey fut étonné, mais non effrayé. 11 prit à l'instant son parti : la force de son courage et de son esprit furent le salut de l'Académie (^108). Il alla voir successivement vm des directeurs, de ses parents (109), un des séducteurs de celui-ci (110), et un académicien dont il connaissait la faiblesse (111) : aux deux premiers il fit honte de trahir l'Académie ; le troisième eut honte d'avoir été sé(kiit, l't piomit de ne pas aller à la séance. M. de liulïey se rendit ensuite à l'Aca-
(iO HiaiARD i)i: uu !• fi; V
demie ; il arriva axaiil riunirt' iii(li([uée, pour avoir le temps do s'aboucher avec les bons académiciens; un des plus zélés 112) arriva des premiers, (|ui devint lurieux au l'écit de la conjuration. M. de UuU'ev déclara ({ue le seul moyen de la i'aire échouer était de réunir les voix sur laneien évé([ue de Troyi's ill3), dont la présence, les talents et la dij^nité en imposeraieid aux direeteuis et même aux conjurés.
L'assemblée fut des plus nombreuses. 11 s'y trouva (piatre directeurs ,114i. M. Fleutelot, (jui [)résidait, ouvrit la séance par luie réclamation au nom de M. Vitte, absent, et des autres directeurs, contre les nouveaux statuts, faits sans leur participation ill5i. Il présenta ensuite la démission de M. Michaut pour la place de secrétaire, où M. Maret fut élu unanimement. Il proposa (ju avant de procéder à 1 élection du chancelier, on décidât comment se compteraient les voix des frères et celles des oncles et des neveux : proposition partiale et captieuse, ([ui fut décidée contre les règles même du Palais, à la pluralité des voix, en faveur de la cabale (116)...J
M. (le liu/fof/, en f/ua/i/i' de jirc/uier officier .de l Ac;uléiuic, prit In parole cl dcnionlrn l'iinporluncc de faire un bon c/ioi.r, ilil f/ii'i/ arai/ cic averti qu'il s'était formé une cabale en faveur de M. Michaut, (/ui avait hriijué la place de chancelier, (/u un tel homme, tant par sa basse naissa/ice (jue par sa personne, était indi<[nc de l'occuper, que ce serait déshonorer l'Académie que de le nommer, t/ue la classe des honoraires fournissait nombre de sujets ditjties de celte place honorable, tels (fue M. l ancien évèque de Troi/es, M'^ de hrosses^ (!œur<b'roi/ et Le (iou.r.
M. Peri-et appuxa ce discouis au nom de la classe des pensionnaires et (femauda (pie Texclusion fût donnée à M. Michaut pour avoir bri»;ué les voix. L'n directeur ill7i, ami de M. Michaut, réjîondit «pie c'était l'exclure ([ue de ne j)as le nommer, dépendant M. l'U'utelot reconnut (piil a\ail ele indi^'nement trompé. Il en eut honte, |)arl;( tout bas aux directeurs ipii étaii'nt à ses côtés et les lit revenir de toute pré\'ention.
HISTOIRE SECRÈTE DE l/ArADÉ:\nE DE niJON 61
Il y eut six voix pour M. Michaut (118) ; tout le reste fut en faveur de l'ancien évêque de Troyes. |
Les conjurés, quoiqu'au désespoir d'être pris pour dupes, se crurent obligés d'applaudir pour cacher leur /lonte et leur confusion et d'aller, au sortir de l'assemblée, se faire écrire chez Vévêque de Troi/es. Ils y menèrent même M. Michaut, qui les attendait impatiemment, à qui ils firent pjart de leur désastreuse aventure, et le consolèrent de la perte des honneurs c/u'ils lui avaient p répja l'és .
Le triomphe de l'Académie sur ses ennemis lui procura les plus qrands avantages. La honte dont il les couvrit, les railleries du public 1119), le mépris général des honnêtes gens humilia leur insolence et les jeta dans une telle consternation qu'ils n'ont plus osé depuis faire éclater leur haine réduite à l'imijuissance. Leur chef ' les abandonna, honteux de l'avoir été et des écarts où l'avait jeté son amour-propre. Il s'est comporté depuis d'une manière à faire oublier ses égarements.
Le nouveau chancelier chercha à signaler son zèle pour l'Académie par quelque service important. M. de Ruffey lui avait communiqué depuis longtemps combien il serait honorable pour cette Compagnie d'avoir pour protecteur le prince de Condé '^ ; mais en mè/ne temps il lui avait fait sentir avec quel secret cette affaire devait être conduite, de peur d'essui/er les oppositions des directeurs, jalou.r de leur rang et de leur autorité. Il profita de cet avis et se trouvant, aux Etats d'Autun, à portée de demander cette grâce, le prince de Comlé la lui accorda.