V. Milsaïul, .\olcs cl dor., p. 2'M
HlSTOinE SECRÈTE DE l,'ACAnÉ:\(IE DE DIJON 75
î^ Après tant de services rendus à T Académie, M. de Ilutîey était en droit de jouir tranquillement du fruit de ses travaux. C'était le devoir de 1 Académie d'honorer uniquement de sa confiance ceux qui par leurs services s'étaient acquis le droit de la mériter. Cette Compag^nie, pour son malheur, se conduisit autrement. Composée d'honoraires qui venaient rarement aux séances et de pensionnaires qui n'écoutaient ([ue leur amour-propre, leur intérêt et leurs affections particulières, elle sut mauvais gré à M. de Ruffey de son amour pour la vérité et le bon ordre, qui lui faisait démasquer les petites intrigues et les petites vues.j
M. Maret, médecin, homme har'di, entreprenant et sans principes, d'un esprit inquiet, sans cesse aç/ité par une imagination fougueuse et toujours livré à V enthousiasme , crut devoir profiter des dispositions de l'Académie pour satisfaire son amour-propre et sa passion de dominer. Il fit l'odieu.r projet de s'emparer de r autorité.
[Il chercha à supplanter M. de Ruffey, qui seul pouvait s'opposer à la réussite de ses projets ambitieux. Par ses mensonges et ses intrigues il travailla à augmenter les sentiments de haine et de défiance que les directeurs avaient conçus contre M. de Ruil'ey . Il ne négligea aucune occasion de le rendre odieux aux pensionnaires; il s'intrigua pour s'attirer les relations et la correspondance des académiciens étrangers et pour les indisposer contre lui.
M. de RuIVey s'en plaignit par lettres à M. Maret lui-même; mais loin d en recevoir des excuses, il en essuya des insolences : M. Maret osa le taxer de prévention et d'injustice. Il riposta par un mémoire détaillé de tous les sujets de plainte qu'il avait contre le secrétaire. Celui-ci lui répondit qu'il avait fait un portrait bien hideux de son caractère et de sa conduite, et lui proposa de prendre l'Académie pour juge. M. de Ruil'ey se serait indignement compromis en acceptant cette proposition.
M. Maret en avait trop fait pour reculer. Mais, pour le seconder et j)our appuyer l'autorité qu'il usurpait, il choisit M. Gelot, le chargeant de tout ce (pi'il y avait d'odieux et de malhonnête
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dans los proji'ls (|uil voulait faire réussir. Leur iiisoKMicc n"i>ul plus (k' boriu's : ils disposaitMit à leur «^ré des [)laces, des prix, des fonds mèuie de T Académie ; le président' n'était |)lus écouté et bientôt n'eut plus ni crédit, ni considération, ni autorité. Kniin M. de Uulley,]
ne roi/itiif ni rcni'''(lo ;ni.r inini.r prcsonts ni cs/icnincc de rélahlir le bon ordre cn/ièrenienf de/rui/..., prit la saffe résolution de se dérnef/re de lu place de vice-chnncelier.
[Une insulte cpion lui lit acheva de le décider : M. Maret lui refusa, pour les académies dont il faisait partie-, ([uehjues exemplaires des Mémoires imprimés (jue lAcadémie s'était réservés pour en faire des présents.
La mort de M. Vitte, (jui survint sur ces entrefaites et occasionna des changements dans la direction de l'Académie '\ fît aussi reconnaître la mauvaise administration ([uil avait faite des sommes données à l'Académie par le fondateur, ce qui autorisa cette Compag-nie à demander des dommages et intérêts considérables à ses héritiers. M. de lluHey, mécontent et las, résolut de ne prendre aucun intérêt dans cette affaire. Il partit pour Paris.
Pendant son absence, l'Académie fut vivement incjuiétée par le commis des fermiers généraux pour le paiement des droits d'amortissement de la fondation de M. duTerrail. M. M;u"et, (jui ne doutait de rien, oubliant ou feignant d'oublier les mécontentements (juil a\ait donnés à M. de lUillev, lui écrivit à Paris pour le j)rier d'agir auprès des fermiers généraux et du prince de Condé. M. de Kulîev ne fit aucune réj)onse à cette lettre ni à plusieurs autres, et, s'il s'occupa (juand même de cette affaire, ce ni' lid pas avec son zèle ordinaire : l'ingratitude de l'Académie
1. (]'esl-i,i-(lii(' If clKmcclifi' i l'oiiccl de la IJixiric, de I7t)4 :i t772\
2. Ces académies rlaicul celles .le iU-saïu-Dii, l'an, N'illelVam'Iie el CliàloMS-sur-Manic ( V. n. m .
3. l''loulolo( de Béneuviv, soiis-doyiMi et deuxième direehnir de|»iiis 17(12, doviiil doyen et preiiiiei- direcioui-. Mairelel de Miiiot devint deuxième
(iirect(Hu-. Kn eeLle même année 17()!), liaviol devint ein(|uième direeleur à la plaee de Housselot.
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lavait fort ralenti. Heureusement pour rAcadémie, M. Le Goux lui prêta la somme suffisante pour satisfaire les fermiers généraux '. Il lit plus encore : n'ayant pu réussir à fonder les prix de l'Ecole de dessin, il employa les fonds qu'il destinait à cet objet à l'achat du terrain propre à former un jardin des plantes '-.
Mort de M. du Terrait '. M. Maret écrivit à M. de Ruffey pour le complimenter au nom de l'Académie sur ce triste événement ; mais M. de Rufîey, doutant de la sincérité de ce compliment, ne fît point de réponse à cette lettre, se réservant de le faire de vive voix à son retour.
Occupations de M. de Rulïey à Paris : malg-ré tout, il reste attaché aux intérêts de l'Académie et travaille à lui être utile]
en fonnanf des liaisons avec les plus savants académiciens et autres personnes célèhres et s instruisant auprès d'eux des choses relatives aux n\atières académiques. Il fit présent à plusieurs du volume des Mémoires de l Académie de Dijon, sempt^essa cf assister aux séances publiques des diverses académies, fréquenta souvent la Bibliothèque et le (Jabinet d'histoire naturelle du Roi, visita les plus célèbres cabinets de tableaux et les monuments où l'on peut puiser des connaissances utiles aux sciences, aux arts et aux belles-lettres.
A son refour de Paris, M. de Ruffey s'occupa du projet de donner sa démission de la place de vice-chancelier.
[Il choisit pour la donner le jour où M. Kaviot ', nouveau
1. V. V . B;nulf)l, i't'.i, f. '.V-') : " Emprunt de 8o() livres pour payer le droit d'amorlissemeul. •<
2. Ihid. — V. L'acte de donation, souscrit par Guylon de Morveau et Maret, fut passé le 13 février 177.3 par le notaire Béguillet (F. Baudot, 9, \). 107, compte rendu de la séance du 19 février : remerciements de rAcadémie à M. Legouz). V. Milsand, Notes cl doc, p. 340 et suiv., le récit de la translation des cendres de L. au Jardin botani([ue, où elles sont encore avec son buste.