M. Iloin 1 V. noie
2. Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-I81S), gouverneur de Bourgogne jusqu'en 1789. Il venait de se distinguer à Johannisberg et il Friedberg. C'est lui cjui [)lus tard sera le chef de la fameuse armée d'émigrés connue sous le nom d'armée de Condé. \' . dans le Mercure dij. i passiiii), le récitde ses visites à Dijon et des fêtes données en sou honneur. L'abl)é Deberrc a cité, d'après les mss. de Rulfcy (mais on la trouvait déjà dans le 1*^^'' volume des M/^'nioires de VAcad., p. 3Gi>), la fable allégorique : « La Vigne et le Laurier » que RufTey lut en son honneur à la séance publique du tS juillet 1 ~W>.
i\'2 Hicii Ani> m; riiffey
[Cet honneur acheva de détruire les préjugés désavantag-eux du public. D'autres suivirent : la récejjtion de M. le mar(piis de la Tour du Pin, conmianilanl rn lîoui-<^-oj^ne (120), et celle de M. Anu'lol , iiiU'udanl 121 . Ils furent reçus solennellement el l'on admira rélo({uence de leurs discours (122).]
.]/. (le liii/fcij itvHit procun'' ii VAciidémie des mojuJircs disfin- (jiK's, (les honneurs, des dons de toute espèce; mais elle manquail encore de rerenus pour se soutenir avec décence... Il avait depuis lon<i temps des vues à ce sujet; mais diverses circonstances, l'envie et la malice des ennemis de VAcadihnie en avaient retardé Veffet. Il avait pensé qu'en excitant la libéralité de quelques qens de lettres opulents et (jénéreur pour un objet qui donnerait à leur nom el à leur mémoire une illustration éternelle, il pourrait parvenir à en tirer un fonds qui formerait des revenus à l'Académie. Il trouva dans sa famille cet homme de lettres généreux (123).
M. le marquis du Terrait, par amitié pour M. de Ruffey, se détermina à donner à l'Académie de Dijon, dont il était honoraire, une somme de dix mille livres pour fonder un prix de la valeur de jOO liv/-es. Par cette libéralité l'Académie put appliquer à ses besoins communs les 300 livres de l'ancien pri.r, qui n'était pas fondé, et JOO liv/-es restant du revenu du fonds de M. du Terrait...
[M. de Rulïey eut l'adresse d'y joindre d'autres revenus mal employés; bref il lui procura ainsi plus de GOO livres de rente.]
M . de Ru/feji essui/a dans la suite de cette a/faire toutes les contradictions possibles ; il a eu des peines infinies pour arracher quelques marques de reconnaissance à l'éqard de M. du Terrait (124 1. Sa fermeté et sa constance ont triomplié de tous les obstacles; mais en derrait-on trouver (/uand on fait le bien '.*
j Un des plus grands vint de M. île l"'onlelli', à (jui M. de HulVev avait cédé la place tle chancelier, et tjui ne lui en savait aucun
HISTOIRE SECRÈTE DE T>'a<:ADÉMIE DE DIJON 63
gré. Il était à Paris lors de sa nomination, où il resta plus de deux années en qualité de député du Parlement. A son retour, jaloux des succès de M. de Ruiï'ey, il ne daigna pas venir présider à l'Académie, et il était encore à Paris quand, les trois années expirées, on procéda à de nouvelles élections. Son absence perpétuelle le fît oulilier pour être continué dans la place de chancelier, à laquelle fut nommé M. de Villeneuve. Il attribua cet oubli à M. de RuIVej; son envie et sa jalousie redoublèrent quand il apprit la donation faite à TAcadémie.
Il ne pouvait en faire infirmer l'acte, enregistré pendant son absence ; mais ({uand l'Académie sollicita des directeurs l'approbation des statuts et qu'il fut question d'appliquer à son profit la valeur de l'ancien juix, alors il s'intrigua pour tracasser. Il s'arma de motifs respectables : la gloire du fondateur, le respect dû à ses volontés : avec ces grands mots il séduisit les sots et les ignorants; les femmes même voulurent s'en mêler (125); il alla troubler l'inertie de M. Vitte, il s'appuya auprès de M. Fleutelot de l'autorité d'un magistrat qui en jugeait sur son rapport 1 126j ; il fit des mouvements pour faire agir le Parlement ; mais il y avait perdu son crédit : ce corps ne A^oulut pas s'en mêler.
Pour concilier les avis opposés, un parent de M. de Fontette 1 127) proposa à M. de Terrail de consentir qu'on donnât alternativement son prix et le prétendu prix du fondateur. Mais M. du Terrail, instruit par M. de Ruffey de toutes ces tracasseries, refusa, sur son conseil, de se départir de ses droits et des engagements contractés avec l'Académie; il fit réponse en conséquence à M. de Brosses.]
Une contradiction plus fâcheuse à l'Académie et plus difficile H supporter lui vint de la part des fermiers généraux (128). Ils lui firent la demande d'une somme de '2.iS'2 livres pour un prétendu droit d'amortissement de la somme de 10.000 livres donnée par M. du Terrail pour la fondation du prix. Quoique ce droit ne soit réellcniont dû que dans le cas d'acquisitions de
()4 KlClIAhl» IH: RUFFEY
fonds 1)111' (jrns de main-morte pour (lôdomnuKjer le roi de la jK'r/c (/ni/ fui/ de ses droits dans les mn/u/ions, l'avidité de ees fermiers pré/einlail /'(•tendre jns(ine sur /es donations faites en anfent. L Aead('mie fit dresser des in(''tnoires reniplis de raisons solides jtour (h'truire cette in Juste jm'tention , qui furent envoijés à M. de dourteilles, infendant des /inanees jjour cette partie. M. de liu/fei/ s'adressa à M. le marquis de Pau/nn/ (129), menihre de /'Acadihnie et J)eau-frère de M. de dourteilles, dont les talents et l'amour pour les Lettres et les Sciences sont connus.
[On convint dune transaction : moyennant un échang-e que ferait 1" Académie de contrats sur la BourjJ'o^ne, ({u'elle avait ac([uis, contre un contrat sur l'Hôtel de Ville, exempt de ces droits, elle ne serait plus intjuiétée. Malheureusement M. de Courteilles mourut avant d'avoir t'ait rédif^er sa décision, et les fermiers généraux en ont protité pour renouveler leur demande, (ju'ils veulent bien, disent-ils, ])ar g-râce, réduire de moitié. Ils ont même surpris un arrêt du Conseil qui condamne l'Académie. Malg-ré les nouvelles démarches de M. de Hulîeyf elle est encore dans lincertilude de leur succès.]
.M. du Terrail s'(Uait imtnortalisé par le bienfait le plus itnportant qu'il pût rendre au.r Lettres et surtout à l'Académu' dans les circonstances où elle se trouvait ; il avait droit à toute sa reconnaissance; mais on l'enf/af/ea peut-ètî'c mahjré lui à en e.riqer une marque qu'on ne put lui refuser, quelque répuqnance (fu'o/i eût à la lui accorder. L'ahhé Le Blanc (130), poète et litt('rateur, connu par plusieurs ouvra(/es et surtout par ses tentatives inipu'issantes pour obtenir une place à l'Académie Française, ne vit pas plus t(U l'Académie de Dijon acquérir de la célébrité qu'il co/K-uf le dessein d'en devenir membre.
[On lui aurait volontiers accordé une place d'académicien non ré.sidanl ; mais il voulait être honoraire (131). L'Académie, depuis sa réforme, n'accordait phis ces placi's (pi'à di's personnes d'une naissance el il'un rang distingué et aux mend)res des liois
HISTOIRE SECRÈTF: DE L'ACADÉMrE DK DIJON Go
académies de Paris. Néanmoins l'abbé Le Blanc, tirant parti tle la fondation de M. du Terrail, engag'ea celui-ci à demander pour lui une place d'honoraire. L'Académie fut fort eml^arrassée. Elle s'en tira ingénieusement en envoyant à M. du Terrail une patente académique pour qu'il la remplît lui-même. C'est à ce titre humiliant que l'abbé Le Blanc fut admis parmi les honoraires. Plusieurs autres personnes d'un état médiocre ont indiscrètement ambitionné ce titre : un professeur de mathématiques (132j, un garde du corps (133), des avocats il34i, de simples ecclésiastiques il35 , et parmi ces derniers un honoraire de l'ancienne académie (136), qui l'avait (juittée depuis vingt ans et qui, ayant rendu un service important, fut décoré du même titre dans la nouvelle; mais voulant conserver son droit d'ancienneté (137), il s'est privé de l'honneur que l'Académie lui avait accordé par reconnaissance. Le service rendu à l'Académie par cet ecclésiastique consistait en ce qu'il s'était démis en sa faveur d'une ancienne tour où il s'était proposé de faire des observations astronomiques (138); mais il n avait trouvé personne pour le seconder. L'Académie n'eut pas de peine à obtenir du prince de Condé un brevet de concession de cette tour, où elle se propose dans la suite d'établir un observatoire.]
Après tant d'obstacles et de contradictions..., l'Académie fut amplement dédommagée de toutes ces infortunes ajjparentes par les honneurs dont elle fut comblée pendant l année 1166.
Le prince protecteur de V Académie étant venu à Dijon pour y tenir les Etats de sa province, elle eut l honneur de le haranguer à son arrivée et à son départ (139); // daigna présider son assemblée publique, composée des personnes les plus distinguées de la Bourgogne, de l'un et de l'autre sexe, et, de la main dont il venait de foudroyer les ennemis de l'Etat, il couronna l'auteur gui avait remporté le prix (140 .
Le buste du prince (141), sculpté par un artiste habile, faisait le principal ornement de la salle d'assemblée qui retentit de ses louanges (142).
M. L.\NGE. — Histoire secrète. 5
(W) lilCIlAlîh DM IllIFFKV
[Il promit à l'Acadéniu' do t"airi> poi-tor à son suisst' la Hvi'ée (le la maison (lo Gondé 143), l'I di' lui envoyer son liorlrail (144i. Mauvaise' inspiration do M. Mait'l et do l'ancien évê(jue de Troyes, (pii niampièicnl l'occasion <K' laii'e valoir auprès du prince le don d'un lahleau alléj^-oriipie, |)einl par un l'ameux peintre en miniature [IA5). Ce tableau, laissé sur une table, devint la proie d'un valet de chand)re, et à peine le prince sut-il (pi'il en était le possesseur.
Le buste dont on parle plus haut était le présent d un citoyen généreux ' (pii ne cesse de combler l'Académie de ses bienfaits. Outre le buste du prince de Condé. il a donné ceux des maréchaux de Vauban et de Chamilly, ceux du président Jeannin, de Bossuet, de Fevret, de \n)ltaire, de Crébillon. de Rameau et île Piron (146). Le buste du j)rési(lent Bouhier a été otîert à lAcadémie par le président de Bourbonne (147), son petit-lils, orné d'une magnifique gaine. L'Académie l'en remercia et le pria d'accepter une place d'honoraire, dont ses talents le rendaient digne. Eniin elle se fil un plaisir de })laeer |)armi tous ces l)ustes celui de son bienfaiteui-, dont le sieur Attirt't lui fit présent. Elle le lit décorer d une gaine sculptée avec art, chargée dune inscription, des armes des Le Goux et des symboles d'histoire naturelle dont il avait donné un luagnilicpie cabinet, dans lecpud ce buste fut placé (148).]
Pendant cotio tenue des Ktnts... elle eut le désiui rénient de recevoir j)res(/ue inubjré elle un poète 149 i '/ni, pour se jirésenler à i Académie, nhusa du nom du prince de (Jondé, ([u' il avait cru célébrer dans un poème alléi/orique. M. de Ihi/fei/, (/ui connaissait ce sujet ...^ ne put empêcher sa réception ... Ceu.r qui lavaient introduit à l Académie furent les premiers à rouijir de leur choix et à sollicite/-, (/uelqurs an/iées après, la radiation de son nom.
Il n'a pas été le seul (/ni se soit rendu indi(/ne du nom d'académicieit 150 . Moins de complaisance dans l'ad/nission des
i. M. l.c (ioiix. \. II. 141.
sujets auniit fourni à l'Académie moins d'occasions d'exercer sa sévérité.
[Mais, en dépit de M. de Ruftey, plusieurs académiciens, et surtout le secrétaire, préféraient à l'honneur de l'Académie le petit avantagée d'olîliger leurs protég-és (151).]
M. de Ruffey mit en œuvre jjlusieurs moyens pour affranchir la Compagnie de la persécution de la médiocrité (152). Celui qui réussit le mieux fut le règlement c/u' il fit faire au commencement de la réforme, r/ui statuait que les associés non résidents seraient tenus d'envoi/er au moins un ouvrage à l'Académie dans l'espace de trois années, à peine de radiation de leur nom. Cette saqe loi réprima les prétentions de plusieurs de ceu.r qui ne cherc/taient que Vhonneur d'un vain titre sans travailler à le mériter (153), et délivra l^ Académie de plusieurs sujets au-dessous du médiocre (154 . La mort et quelc/ues événements favorables lui en enlevèrent plusieurs autres 155), quelle jugea peu dignes de ses regrets.
Si M. de Ruffeij travailla à éloigner de l'Académie les personnes peu dignes d'y être adinises, il s'appliqua encore avec plus de soin à lui procurer tous ceux qu'il cî'oy ait pouvoir V honorer ou lui être utiles. Il lui procura plusieurs illustres Bourguignons (156j. Un d'entre eux, de l'Académie Française H57), le compromit avec le chancelier de V Académie de Dijon, pour lequel il s'était toujours piqué d'avoir de grands ménagements ' mais, suivant le système c/u' il a toujours suivi, il se crut obligé de préférer le bien public au bien particulier.
[Cependant il persévère dans le dessein de procurer à l'Académie un état fixe et une constitution immuable. Il profite des heureuses dispositions qu'il trouve en M. Fleutelot, deuxième dii-ecteur, ébranlé malgré son indécision et sa défiance, et en M. Gauthier, troisième directeur, déterminé à ne rien faire que de concert avec M. Fleutelot. Celui-ci consent enfin à faire de nouveaux statuts et indique chez lui des conférences pour y travailler.]
()8 luciiAnn m: luii r.v
// on c.rchif M . (ielol, dont l'csprif hardi et iii(Jôj)Oii(hnt lui élail siisj}C(f. H iiurail (Irsirr en exclure aiis.si Xf. de /iaffei/ ; mais il se Irouvail à la lèle de l' Académie et) l'absence du clhi/icelier : ,iinsi il (leveitail nécessaire. M . hleutehil , f/ai se dt'/iai/ de ses linijn-es lumières, lui opposa M . de lumlet/e, (/u il choisi/ pour seco/id d'au/an/ plus rolon/iers t/u'il n'éhiil jtas ;imi de M. de Ihi/fei/.
Celui-ci travailla avec M. Mare/, secré/aire de l' AcaiW'mie, à préparer les ma/ériau.c nécessaires pour faire une opéra/ion solide et utile.
[Ils dressèrent un j)r()jet de règlement académique, (ju'ils présentèrent à Texamcn de M. Fleiitelot et de son conseil. M. Fleutelot fit peu d'objections; M. de Fontette, malg^ré Tcnivie qu'il en av;ùt, trouva })eu d'articles essentiels à réformer : il s'attacha à f{uek{ues oliservations grammaticales et à chano^er la tournure de ({uel(jues phi-asi's. 1^'nfin cet examen se termina 150). M. de Rutl'ev vit avec plaisir la iin de ces fatig-antes conférences : il eut besoin de toute la patience à la(|uelle il s'était volontairement résigné pour essuyer en silence les désagréments ([u'atVectèrent de lui causer des gens (|u'une basse jalousie animait contre lui 159 .j
L'assemhlée (U's pensionnaires fu/ des plus /umul/ueuses... L'icfnorance et la paresse allaient être proscrites : un des plus zélés sectateurs de ces vices il60).s-"// déslionora par la bassesse et l'indécence de ses sentiments et de ses propos... Queh/ucs observations va<fues et mal différées furent le résultat de cette assemblée; ils chanfèrent le ])lus ancien d'entre eu.r H6l) d'en faire le rnjtjior/ à la séance tp-nérale de l'Académie.
(le//e séance si loïKj/emps (h'sin'c par les bons ucadétnicietis se tint enfin.
|L'orateiu' des mécoideids put à pt'ine lire (piehpies phrases décousues, v[ il hd si maladroit (pi'il cho(|ua personnidlemenl son pi'oti'cteur, ce (pii foui'nit une occasion favorable d augmenter les reveiuis de l'Académii' aux dépens di- ceux dont il était
HISTOIRE sECuiVrfc; de i."ai;ai)é.mie de dijo.n 61)
chargé de soutenir les intérêts (162 . Un académicien (jui avait toujours montré du zèle et du désintéressement 163 se démasqua dans cette séance et perdit par sa mauvaise conduite 1 estime que M. de RutTey avait toujours eue pour lui.]
Après beaucoup de discussions, on sacrifia à la paix et à l'iniportunité quelques articles peu importants (164); tous les autres furent authentir/uenienf confirni''s et sir/ne's par toute l Académie et ses directeurs (165 .
- [M. de Rufley sapplaudit de ce coup d'autorité, ([ui liumilia les brouillons et les insolents et ol)ligea les paresseux au travail annuel. Leurs [iroducfioiis. il est vrai, turent peu dig-nes dune bonne Académie, et plusieurs employèrent la ruse et l'adresse pour éluder la loi ; mais du moins aucun n'osa plus l'enfreindre, et, les nouveaux pensionnaires n'ayant pas la même indulg^ence à espérer sur le mérite de leurs ouvrages, on était assuré quil ne se présenterait plus de sujets indig-nes du nom d académicien. M. de RutFey est réélu vice-chancelier. Il ne s'y attendait pas; mais, l'ancien évèque de Troyes ayant été réélu chancelier, on nosa donner au vice-chancelier un successeur.]
M. de lîu/fei/ fut moins flatté de cet honneur que de l occasion qu'il lui procurait de continuer à consacrer ses services à l'Académie... La t/loire d'être utile à une Co/npaqnie dont il était un des chefs le dédomniaf/eait de i ingratitude de ses membres et des désagréments qu il en essut/ait chaque Jour.
L'Académie manquant de plusieurs choses nécessaires au progrès des Sciences et des Arts, .1/. de Ru/fei/ en avait dressé une liste raisonnée, à dessein d'exciter en sa faveur la générosité des acadcm'iciens patriotes. M. de la Tour du Pin... y vit le titre d'un livre rare et précieux (166)... qu'il tenait de la fnuni/icence du roi des Ueu.r-S'iciles ; sa générosité le détermina à s'en détacher en faveur de l Académie.
[Un académicien })ensionnaire 167j aug-menta sa Ijibliolhèque
70 i;i(;ii\iii) hi; m ifi:v
de cinquante volumes. La hil)liolliè(|iu' de 1 Académie, dont le Tonds avait été donné par le fondateur, avait été considérablement auj^mentée tant par des achats de livres choisis rpie par la libéralité di's académiciens et des savants étrangers. Mais elle a toujours été mal rangée ; plusieurs bons livres ont été perdus (168).
Le nom des bienfaiteurs fut inscrit sur un tableau qui fut placé dans la salle de l'Académie, tant j)our faire honneur à leur générosité (pie pour exciter par leur exemple tous les académiciens riches à les imiter. Pour témoigner sa reconnaissance à M. du Terrait, l'Académie lui demanda son portrait, (|u'elle a fait jilacer à côté de celui du fondateur.]
Quelque prcvojiHuce et quelque prudence que M. de liuffei/ ait toujours apportée clans le qouvernement de l' Académie..., il éprouva quil est des événements au-dessus de la prudence humaine. Celui dont on va parler ferait plutôt le sujet d'un conte que d'une histoire sérieuse, si les suites c/u'il a eues et la célébrité r/ue les mauvais plaisants lui ont donnée n'avaient influé sur le sort de l'Académie.
[Le logement (|u "occupait l'Académie faisait partie de la maison décanale ; les doyens du Parlement ne l'avaient jamais habitée et l'avaient louée à bas prix. Cette maison se trouvant vacante, un particulier riche (169i proposa den augmenter le loyer et d'y faire les avances des réj^arations, à condition (pie l'Académie se dispenserait d'entrer par la porte principale 170i. En échange de cette renonciation, M. de HutVey obtint la cession à l'Académie de ([uel({ues galetas, où l'ut placée la collection d'histoire naturelle. La nouveauté de ce présent attiia dans ce cabinet, pendant (juel(|ues mois, un concours des personnes les plus distinguées, et surtout des dames. M. de Ruiïey se donnait la peine d'y introduite les curieux. Leur nombreux concours, et surtout celui des dames, déplut au sauvage locataire : \\ eu lit des plaintes. M. de UulVey, compatissant à sa faiblesse, s abstint d'aller si souvent à r.Kcadémie pour contenter les curieux.
IIISTOIUK SKCRÈTE DE F.'aCA DEMIE DE DIJON 71
Sur ces entrefaites, un otTicier général (171) connaisseur en histoire natui'elle, et recommandé par M. de la Tour du Pin, désira voir le cabinet. M. de Rulïev s'empressa de l'accompagner, avec un homme de lettres de Dijon. Le visiteur s'absenta un instant; on s'en aperçut à peine... L'Académie était alors en vacances, A la rentrée M. de Rult'ey apprit avec le plus grand étonnement que les domestiques de M. Bernardon s'étaient plaints que l'étranger (jui était venu à l'Académie était descendu dans la cuisine de la maison, oîi il s'était servi d'une casserole pour soulager un besoin pressant.
M. de Rutl'ey, au désespoir de cette aventure, recommanda le plus grand secret. Elle fut cependant rendue pul)li(jue par l'indiscrétion d'un médecin 172 », et amusa la ville pendant plusieurs mois. M. Bernardon la connut aussi, mais la prit au tragi(|ue. Il résolut de ne permettre l'entrée de l'Académie que le vendredi, jour de ses asseml)lées. M. de Rulïey, ([ui ignorait sa colère et ses intentions, s'étant présenté comme de coutume pour entrer à l'Académie, reçut l'alfront de se voir refuser par les domestiques d'un locataire l'entrée d une maison où, par sa place, il avait plus de droit que lui-même.
Il en fit à l'Académie des plaintes amères. Il fut résolu de demander raison au doyen, cpii était tenu de fournir à l'Académie un logement commode, honnête et décent. Mais le doyen se rejeta sur les directeurs, cjui avaient fait le Ijail du locataire. Pour ne pas s'embarquer dans une ailaire aussi compliquée, l'Académie nomma l'évêque de Ti^oyes et M. Guyton de Morveau pour négocier avec M. Bernardon. Mais on ne put lui faire admettre qu'en l'absence du chancelier le vice-chancelier eût les mêmes droits. 11 est d ailleurs probable que révê({ue de Troyes fut fort aise de ne pas réussir et de donner à M. de Rulïey cette B-spèce de désagrément [)our le punir de l'avoir li'o[) ])ien remplacé (173).]
M. (le Hufjpij, iiliiindonnc pur son corps et pur les direvleurs dans une affaire f/ui ref/anhii/ jilus l'honneur et l'aranlnf/e de
72 ItlCllAllh l»i: Ul'FKKY
VAcadcinic que lui-inènio, no ju'jon pus ;) propos ilnllor plus loin et se proposa d'altcndre lu fii} d'un hnil qui dôshonornil ccu.r (/ui !i avaient pris jjarf .
[La sottise de M. Boriiardoii n'en trouva pas moins des admirateurs (174 . M. de Hull'ev ne s'est veng-é d'eux cjue par le mépris, j
L'Académie, dans ce temps, reçut trois associés faits pour l'illustrer et l'honorer, dont deux étaient Bourr/uif/nons : M. le clieralier de Bou/fïers il75), connu par les grâces et la légèreté de ses poésies, M. (ireuze (176 , si célèbre par le naturel et la vérité de ses tableaux, et M. de Clugni/ [117], intendant de marine à Brest. (Vest à ses soins qu'on est redevable du rétablissement de l'Académie de marine; il a fait à l Académie de Dijon des présents de morceaux précieux d'histoire naturelle, dont elle a enrichi son cabinet.
[Mal<çré les elTorts obstinés de M. de RufTey pour o])tenir (juon fixât le noml>re des étrangers, des vues personnelles et l'amourpropre des académiciens pensionnaires s'étaient opposés à la confection d'un aussi sage règlement.]
Quoiqu'il dût appartenir exclusivement au président de proposer les sujets à recevoir, un homme qui lui-même aurait été refusé s'il n'avait pas été reçu dans l'ancienne académie (178) s'avisa de proposer de recevoir un mathématicien d'Auxerre (179^. qui lui était recomtnandé par un avocat de cette ville. Ce procédé irrégulier révolta l'Académie, qui fit examiner sévèrement les ouvrages du jtroposé, et lui donna l'crclu ion.
[Les cabales, Tamour-propre, les petites passions se faisaient également sentir dans le jugement des prix ,180 .i
Celui de 176."^. dont le sujet regardait le canal de Bourgogne, fut adjugé à l'ingénieur de cette province il81 , dont l'ouvrage était inférieur à celui qui nObtint (fue l'accessit, parce que ce dernier, dans la querelle des Elus et du l^arlcmenl, avait montré
IIISTOIRt: SECRÈTE DE l'acADÉMIE DE DIJON 73
piibUqueinenl une partialité quiavait dcphi :) cette Compagnie 182 . Le prie de f/OO, dont le sujet était l'éloife du chevalier Bayard (183 , supérieurement traité par M. Gaillard, de l'Académie des Belles-Lettres, fut donné à un oraforien (184) dont le style diffus charma et enthousiasma le secrétaire. Son rapport, trop favorable à ce rhéteur, entraîna la multitude contre l'avis des commissaires. L'Académie, pour réparer cette injustice, mit M. Gaillard au nombre de ses honoraires.
[Nouvelle manque de patriotisme donnée par M. Le Goux :]
C'est à ses soins et à ses sollicitations que la Bourffoqnc fut redevable de l'établissement de l'Ecole de dessin. Il l'avait protégée dans son berceau et lui procura ensuite la protection des Etats de la province. Il forma le projet d'y fonder des pri.r (185 , fit frapper des médailles pour les vainqueurs et désira que l'Académie en fût le jur/e. Ce projet eut son exécution la première année.
! Mulheureusement M. Le Goux mécontenta les Elus en négligeant de les consulter. Aussi les moyens de conciliation imaginés par M. de Ruifej échouèrent-ils tout à la fois par la maladresse de M. Le Goux et par l'hostilité des Elus 186 . M. Le Goux eut lieu de s'en aparcevoir ({uand il voulut faire une seconde distribution de prix à l'Ecole de dessin. M. de Voges, professeur de cette école ,187 , avait ordre des Elus d'empêcher les élèves de composer.
^L Le Goux s'en plaignit, pendant l'Assemblée des Etats, dans la Chambre de la noblesse ; il porta même ses plaintes au prince de Condé, ([ui lui fit une réponse vague et polie, puis, instruit par le secrétaire des Elus, M. de Blancey il88), le paya d'une défaite (189i. M. Le Goux abandonna son projet, (pioi([u'il eût fait à cette occasion des dépenses considérables pour la gravure des coins des médailles des j)rix ([u il avait eu dessein de fonder 190 '.
1, Ici finissent les notes de Rulîey.
7i liiciiAKLi i)i: lu KFi;v
[En c'clli' inèino ;mnéo I7()!l, le [)riiKH' do Coudé, comiiu" trois ans auparavaal, assista à la séance i)ul)li((ue de IWeadéniie '. Ce fut à celle séance ([ue le })lus ancien directeur présenta à ce j)rince le premier volume des Mémoires de l'Acadéniie.J
Mnlheiirouseinent ce volume., quoique tardif, fui iiuprimc avec {dus (le précipilation que la prudence ne Ve.riqeail pour su perfection. Des hrnuillons accrédités qui dominaient r Académie se frcnl un ridicule point d'honneur d'en accélérer l'impression pour pouvoir le présenter au prince protecteur pendant les États, ce qui occasionna plusieurs fautes (/rossières tant dans iimj)ression que dans la rédaction -.
[Là encore les sag-es conseils de M. de Ruirej ne furent pas écoutés. — Les ouvrag-es lus dans cette séance furent moins goûtés (jue ceux que le prince entendit en 1766 : ils étaient plus savants et ])lus méthodiques, et par conséquent moins agréables ^. L'assemblée fut aussi brillante. Le prince, harangué par M. de Ruiïev à son arrivée à Dijon, le fut à son dé])art j)ar M. Cuvton de Morveau, avocat général.
M. de Hulfey estime (pie la protection d'un prince du sang est pour une académie plus glorieuse (pi 'utile. Un protecteur d'un rang- moins élevé a chance de prendre plus d'intérêt au sort de la compagnie ({ui l'a choisi, et de justifier ce choi.v par ses services. Puis l'Académie ne peut g-uère s'adresser directement à im j)rince, et dès lorS|
(fuoi de plus humiliant pour un corps respectable que d'être f)rcé (II.- faire lu cour à des suhalternes et d'essuip'r leur caprice et soiKHUit leur ins(dence'* Les philosophes ont de la peine à s asseriu/' à des ha.ssesse.s (jiii sont tournées en hahit ude par/ni les (/eus de la (lour et tous ceu.r (/ui as/)ii-ent à la fortune.