‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 36 sur 50 · V. note · texte numérisé non relu

V. note

2. Le testanieiil de Poiiitiei', djitt' du 1''' oclolire [~'S,\, lut imprimé en I73(i (Dijon, Siiol, iri-V . licpidduil par MitsamI (.Vu/es cl documents, p. l71)-200;.

.NOTES POUR SERVIR A l'hISTOIHE SECRÈTE 8o

«... M. Lanlin. sous un extérieur niais et emprunté, cachait de la finesse et de l'esprit, mais il lavait dur, caustique et singulier. Il se ressentait de 1 éducation négligée que sa légitimité tardive avait occasionnée. Fils d'un père connu dans la république des Lettres, mais trop galant pour un magisti'al, il ne dut son état qu'à la faveur dun niariage subséquent. Il se piqua d'imiter la conduite et la galanterie de son père et ne se résolut de léj^^itimer son fils qu'à un âge fort avancé.

M. Lanlin avait quelque goût pour les Lettres ; mais ses talents littéraires n'égalaient pas ceux de son père ni ceux de son frère mort jeune, qui cultiva la poésie française avec succès. Les discours qu il a faits à l'Académie en qualité de pré-ident manquent de goût et d'éloquence. ■'

Il est question dan^ une note ultérieure du discours prononcé par M. Lantin. doyen du Parlement et premier directeur de la nouvelle académie, le jour de l'ouverture publique des conférences académiques (13 janvier 1741;. Discours -< dont il est resté copie sur le registre de r.Académie. Le style n'en est pas élégant et les pensées n'en sont pas brillantes ; mais il n'était pas orateur. Il parla de l'établissement nouveau et de l'utilité qu'on s'en promettait, justifia par des épigrammes le fondateur sur le choix des matières qu'il avait prises pour objet des conférences académiques et sur les autres parties de son plan, que le public avait blâmé d'avance » ' (N. 75).

Les autres directeurs de tn première Académie.

« On aura occasion dans la suite de faire connaître M. Vitte...

... M. Thomas, troisième directeur, était un homme au-dessous du

1. Claude Lantin était fils de J.-B. Lantin 1620-1693 , cliez qui s'était assemblée au xvir' siècle la première société littéraire ,v. note 1; Petitot, p. ;jl ; Galerie hourr/., II, p. 66-69 , et père de Lantin de Damerey, (v. p. 43). On remarquera la ressemblance des deux portraits tracés par R. ; mais ce n'est pas une raison pour confondre le père et le fils, comme l'a fait Milsand, qui, dans sa liste des académiciens de Dijon, l'ait Lantin (le Damerey doyen du Parlement. — Conseiller en 1692 'Petitot, p. 148). — Le « frère mort jeune » dont parle Rnirey est Jean-Bapliste Lanlin 1674- 1709), auteur de poésies françaises et latines iv. Galerie hou r;/., H, p. 69-70; Papillon, Bifjl. des auteurs de Bourgot/ne, p. 3H0-4).

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médiocre en loul ^eiire ; il tenait do l'éducation autant que de la nature la bassesse de ses sentiments et rij^norance des usages du monde. Incapable de cultiver les Sciences et les Lettres et de connaître leur utilité, il se plaisait à les mépriser et à les tourner en ridicule. On a mis en problème s'il avait de Tesprit, parce qu'il alFectait de paraître en manquer et de caclier son insuriisance sous un air simple, timide et niais ; mais la plate naïveté de ses railleries et de ses propos n'en imposait qu'aux j;cns [)eu connaisseurs. Un orgueil bas et cynique, une mécbancclé bourgeoise lui tenaient lieu d'esprit. Knfin, si on a pu le soupçonner d'en avoir, il l'avait si faible qu'il craignait les revenants, s'étant l'ait veiller assidûment par des gardes depuis la mort de sa femme '.

M. Quarré, procureur général du Parlement, quatrième directeur, avait quelques talents, du savoir et du mérite ; mais il était rusé, fourbe, hypocrite et impérieux-.

M. Burteur, maire de Dijon, cinquième directeur, avait de la bonhomie ; il eût peut-être fait paraître du bon sens et de la capacité s'il n'eût pas toujours été abruti par le vin •'. »

11 {■Jd) Conduite des premiers directeurs.

u ... Us résolurent de cacher leur insuflîsance sous la morgue de l'autorité M. Quarré prononça un jour ces paroles dignes de sortir de

1. Thomas iNicoIas\ d'abord maître à la Chambre des t^oniptes, ce cpii lui permit d'être leçu sans examen à une charge de conseiller (1710, Petitol, p. 183). Conseiller de 1710 à 1763 [Mercure dij., p. 39, note) ; mais Bulîev le fait mourir eu 1762 (Extrait de la Table des Reg. F. Baudot 243, 1". iW .

2. François Quarré, seigneur de Quintiii, conseiller; avocat général 1(107, procureur général 1709 (PeLilol, p. 2iV,V . Direcleur en 1740; reiiiplacé en cette (jualité (1749, date de sa mort, F. Baudot 243), par Genreau, avocat général. — Il élail le père de Louis Quarré de Quintin, qui avait reçu dès 1723 des lellres de provision pour le remplacer dans sa charge, qui sera à son lour directeur de l'Académie de 1702 à 1765 (N'. Milsand, A'(j/»'s c/ «/ocumen/s, liste tles directeurs), et mourra en 1768. V. F. dllarcouri I, copie du catalogue de la bibliothèque de M. Quarré de Quintin.

3. Jean-Pierre Burteur, conseiller 171 i^; résigna sa charge en 1736 ; niairt> (le Dijon de 1731 à 1730. Démêlés avec le Parlement,, puis avec le premier |)résident Fyot de la Marche (Claude Philibert', i|ui le fait destituer (Mercure dij., p. l'i-13, 37-38). — Son goût pour le vin est attesté notamment par l'art. 2(> du pseudo-calalogue des Ouvrages (/uoiit di^jà mia nu jour Messieurs de rAcud. de Dijon (par le procureur (louget) : h Bcnu)nlranccs à M'» les Directeurs de IWcad. sur rimpossiliililé de parler longtemps sans boire un coup, par M. lUuleiu' » (Milsand, Xoirs et docunvnts, p. .302).

NOTKS l'OUK SKIiVIR A l'hISTOHU-: SECRÈTE 87

la bouche d'un bâcha : « Messieurs, il nous Faut moins de science et plus dobéissance. »

lietntite de plusieurs u bons académiciens ».

■< M" Michaut, Joly, (^ocquard, Bodier, Jurain, Aublanc, pensionnaires, se retirèrent '.

M'"^ Loppin et Fabarel, honoraires, sans notilier leur retraite, ne sont jamais rentrés à l'Académie.

M' Loppin, dont on n'aura plus occasion de parler, connu depuis sous le nom de Montmort, devint président au Parlement de Dijon. C'était un homme plein d'honneur et de principes : il déclamait hautement contre le vice et les vicieux ; mais, ne montrant qu'une vertu sauvage dépouillée de tous les agréments qui peuvent la faire aimer et pratiquer, on écoutait ses discours comme les rêves d'un citoyen atrabilaire. Il avait en elFcl beaucoup tl'humeur et de singularité ; son esprit était petit et minutieux ; il traitait en grand les bagatelles, qui l'occupaient plus sérieusement que les allaires importantes. 11 était moins terme qu'opiniâtre. C'est avec cette opiniâtreté qu'il osa tenir léte à l'homme le plus accrédité et le plus impérieux (M. de Montigny, trésorier des Étatsi et prépara, en l'humiliant, la catastrophe qui délivra la Bourgogne de ce tyran.

M. de Montmort s'appliqua aux mathématiques pendant plusieurs années ; c est à ce titre qu'il fut reçu académicien ; mais ses atîaires domestiques et les occupations de la magistrature lui tirent abandonner celte science, qui exige dans ceux qui la cultivent une justesse et une précision dont son esprit n'était pas doué.

Il porta la singularité jusque dans ses amours. Il se moquait de sa taille et de sa figure, et, se jugeant peu propre à être galant, il se borna pendant sa jeunesse à des amours crapuleux. On attribue sa mort et l'imbécillité où il tomba à des excès qu'il fit pour guérir sa femme, qu'il estimait d'une jalousie trop bien fondée "-. »

13 (JS)

" Les sieurs Raudot, P'ournier, Chaussier, Liébaul, Melot, peiision-

i. Aublanc, vicaire de Noire-Dame de Dijon, P. 17 il. — Bodier, [)rèlre, P. lii janvier t7U iMilsand . Il sera question plus loin des autres.

2. Gerniain-Aimc Loi)|)in de Montmort 1708-1767), conseiller 17;M, président 1752 (Des Marches, p. lOi. Il était parent de M. de Brosaes, (jni rappelle <' ami intime des lignes droites ». Il l'accompagna en Italie i Koissel, Le pi-ésidenl de Brosses, p. 39i, II. 1740 f^Milsand;.

S8 BICHAHD l>K RIFFKY

iiaires, ne restèrent èi 1 Académie que pour jouir de la modique pension attachée à leur place, qui se trouvait doublée par la retraite de leurs confrères. I/ij^norance et la paresse dans laquelle ils ont croupi ont prouvé qu'ils étaient indij^nesdu nom d académiciens. MM. Cliaussier, Melot et Liébaul, s il est permis de les justilier, sont moins condamnables : ils élaienl ignorants de bonne loi, avaient de la bonhomie sans aucune prétention. (]edernier enseignait aux étrangers les langues, le droit, les mathématiques, sans savoir aucune de ces sciences. Pour les sieurs Kaudot et Fonrnicr. ils joignaient I insolence à Fignurance "... »

Les premiers honoraires furent : « M. Loppin, M. Lantin, fils du doyen du Parlement. M. de Builon, trop digne de celte place, mais qui, étant absent, ne pouvait la remplir suivant rintention du fondateur, M. Taphinon, agrégé de l'Université, avocat et littérateur médiocre..., M. Fabarel, chantre tie la cathédrale..., M. de Repas, niépartiste à Notre-Dame, directeur de dévotes et prédicateur médiocre, — et, depuis (1747), M. Léauté, curé de la paroisse S' Jean. »

M. Taphinon^ <( avait été misa la Bastille sous le prétexte d'une correspondance avec le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne, lors de sa conjuration; mais le véritable sujet de sa détention fut le crédit d'une famille puissante, qui craignit les suites d'une intrigue avec une femme de qualité, du fils de laquelle il était précepteur à Paris ». — [Une note ultérieure rend compte du discours qu'il prononça le jour de l'ouverture des conférences académiques (13 janvier 1741)] : « Il se perdit dans les nues avec la fumée de l'encens dont il parfuma les mânes du fondateur; mais, à l'exemple de Piudare, qui chantait les

1. Chaussier (Denis^ médecin, né au Val-Suzon en ITtHt, P. 1740 Milsand). Mort en 1781 (F. Baudot 243, f. 47).

Melot, médecin, P. 17iO (Milsand).

Liéliaut, vicaire de Saint-Nicolas, mort on !7()3, P. 1740 [iLid.).

Flaudot (Pierre), médecin, né à Avidloii l'i» 1712, P. t7W, V. ^vétéiHH) 17*J1 {ibid.).

Fournier (Nicolas), médecin, né à M()iit[)cllii'r, iiu)il en 1782; P. 1.3 avril 1741 (ibid.).

On re[)arlera d'eux dans la suite des notes.

2. .Vvocal au Parlement de liourgogne, né à Moiithard, moil à l)ijt)n en 1746. lia laissé plusieurs discours pour le [)rix délotiuenee de l'.\oadonno française et une traduction des Fetlres de Cicéron »•! Hrulns iC.ilrrir Loitryuiynonne, 111, p. 209-211).

NOTES POUR SERVIR A l'hISTOIHE SECRÈTE 89

louanges des dieux quand son héros ne lui fournissait plus de matière, il se jeta brusquement sur Téloge de la ville de Mnntbard sa patrie, anciennement celle des plus fameux bardes, qui n'était pas alors connue comme elle Ta été depuis par la célébrité que lui a donnée M. de Bulfon» (N. 75).

— '( M. l'abbé Fabarel ' est l'homme le moins propre poui létat ecclésiastique; sans mœurs et sans honneur, il a passé la plus grande partie de sa vie dans la débauche et dans l'intrigue. Son esprit ne peut rester tranquille : il n'est rien dont il ne cherche à se mêler; il oblige l'un et dessert l'autre, fait sa cour aux dépens d'autrui. Aussi dangereux ami qu'ennemi, il sait s'introduire par souplesse dans les familles; mais bientôt il y règne en tyran, y souille le feu et la discoixle, et liait par se faire chasser quand il a fait tout le mal dont il est capable... Il a fait un voyage en Italie avec M. le premier président de la Marche, qui le connaît et le méprise, mais qui ne peut s'en passer... »

M. de Repas - : « simple méparliste d'une paroisse de Dijon ; il avait acquis quelque réputation dans la Chaire par les intrigues des dévotes qu'il dirigeait et le défaut d'orateurs sacrés qui pussent l'eifacer. L'oraison funèbre de jNI. le Duc, qu'il prononça à la S^'' Chapelle, dans laquelle il parla maladroitement des amours de ce prince, parut aux connaisseurs une déclamation peu digne du sujet. Un discours moralement bouffon sur le vin, prononcé à l'Académie et imprimé à sa honte, qui lui attira la censure de son évêque, détrompèrent [sic) le public sur ses prétendus talents... Les dévotes l'accablaient de présents qu'il avait la complaisance de recevoir. Sur le besoin qu'il témoigna un jour avoir d'une culotte, il en reçut douze de velours dans la semaine... Un mari, peu satisfait de la fréquence des pieuses libéralités de sa femme, qui avait commandé un calice ciselé pour lui en faire présent, eut l'adresse de substituer dans l'étui une seringue à la place du calice... » (N. 297).

1. H. 6 août 1740 (Milsand). Ou a vu (note 15) que, sans notifier sa l'elraite, il avait cessé de venir à rAcadémie. Il essaiera plus tard d'y rentrer (v. H. S. page 65), et y rentrera effectivement en 1775 (¥. Baudot 243, f. 39). V. F. Baudot 9, la liste des lectures faites par lui à l'Académie.

2. (ou Derepas), chanoine de l'église Notre-Dame, mort en 1758 (Girault, Essais sur Dijon), p. 312; F. Baudol, 243. 11 avait aussi prononcé l'oraison funèbre de Louis XIV (Bibl. Dijon, Fonds Juigné, n" 4i-, cité par Deberre, p. 220). A l'Académie de Dijon, il lut des discours sur les bienséances, les maladies de l'espril, les chagrins de la vie, la critique, le plagiat, la cause des erreurs dans la recherche de la vérité... (Girault, p. 312-3).

ItlCIlAltlt UK lu i'Fi;v

i> M. MaublaïK'dc Marlenel ' .se picjua rravoir rendu un grand service à l'Académie en lui procuranl M. Léauté -, doyen de Saint-Jean, pour honoraire. Il devait sentir que celle place convenait moins à son étal que celle d'académicien ordinaire. M. Léaulé passait pour savoir les lanjiues antiennes. 11 s'adonna à la physique, mais, portant un espi'il systématique dans l'élude qu'il en lil, il travailla peu à découvrir la vérilé... Il axait de la douceur et de la politesse, mais aucune supériorité ni élévation dans l'esprit. I.e sien se ressentait d'une éducation bourgeoise. Il mourut en 1761 •' par la maladresse d'un chirurgien académicien ' qui, dans l'opération de la taille, lui occasionna une héniorraj^ie par la section d'une veine. L'Académie lui accorda des regrets et fil l'aire son éloge dans une de ses séances publiques par M. l'abbé Richard ».

l'M. Fournier, étranger qui à ce titre était exclu par le fondateur, fui choisi à la recommandation de M. \'itte, dont il était devenu médecin '^ ».

i< Le fonds des pensions n'était que de ()30 livres, à partager entre les douze pensionnaires... Elles furent réglées par la délibération qui abolit le concours pour les priv. Ce fonds a plus que doublé au bout de vingt années. »

Aux abus dont il a été question plus haut (notes '1 et 8) on peut

ajeuler encore : " les querelles perpétuelles des médecins, nation

iii(|uiéte, a\i(le, curieuse et doniiiiantc, (.(ui la plupart pour leur

lâche académique lisaient les cahiers cpi'ils avaient apportés des écoles ;

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