‹ Histoire Secrète de l'Académie de DijonChapitre 36 sur 52 · M. Hoin (v. note · texte numérisé non relu

M. Hoin (v. note

Louis- -Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818), gouverneur de. St ed jusqu’en 1789. il venait de se distinguer à Johannisberg el à Pricdbers: C'est lui qui plus tard sera le chef de la fameuse armée d’émigrés connue sous le nom d'armée de Condé. V. dans le Mercure di. (passim), le récitde ses visites à Dijon et des fêtes données en son honneur. L'abbé Deberre a cité, d'après les mss. de Ruffey (mais on la trouvait déjà dans le 1*" volume des Mémoires de l'Acad., p. 365), la fable allégorique : « La Vigne et le Laurier » que Ruffey lut en son honneur à la séance publique du 18 juillet 1766.

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[Cet honneur acheva de détruire les préjugés désavantageux du public. D'autres suivirent : la réception de M. le marquis de la Tour du Pin, commandant en Bourgogne (120), et celle de M. Amelot, intendant (124). Ils furent reçus solennellement et

l’on admira l’éloquence de leurs discours (122).]

M. de Ruffey avait procuré à l’Académie des membres distinqués, des honneurs, des dons de toute espèce; mais elle manquait encore de revenus pour se soutenir avec décence.. Il avait depuis longtemps des vues à ce sujet; mais diverses circonstances, l'envie et la malice des ennemis de l’Académie en avaient retardé l'effet. Il avait pensé qu'en ercitant la libéralité de quelques gens de lettres opulents el généreux pour un objet qui donnerait à leur nom et à leur mémoire une illustration éternelle, il pourrait parvenir à en tirer un fonds qui formerait des revenus à l'Académie. Il trouva dans sa famille cet homme de lettres qénéreux (123).

M. le marquis du Terrail, par amitié pour M. de Ruffey, se détermina à donner à l’Académie de Dijon, dont il était honoraire, une somme de dir mille livres pour fonder un prix de la valeur de 400 livres. Par cette libéralité l'Académie put appliquer à ses besoins communs les 300 livres de l’ancien prir, qui n'était pas fondé, et 100 livres restant du revenu du fonds de M. du Terrail.….

(M. de Ruffey eut l'adresse d'y joindre d’autres revenus mal

employés; bref il lui procura ainsi plus de 600 livres de rente.|

M. de Ruffey essuya dans la suite de cette affaire toutes les contradictions possibles ; il a eu des peines infinies pour arracher quelques marques de reconnaissance à l'égard de M. du Terrail (424). Sa fermeté el sa constance ont triomphé de tous les

obstacles; mais en devrait-on trouver quand on fait le bien ?

[Un des plus grands vint de M. de Fontette, à qui M. de Ruffey avait cédé la place de chancelier, et qui ne lui en savait aucun

gré. Il était à Paris lors de sa nomination, où il resta plus de deux années en qualité de député du Parlement. À son retour, Jaloux des succès de M. de Ruffey, il ne daigna pas venir présider à l'Académie, et il était encore à Paris quand, les trois années expirées, on procéda à de nouvelles élections. Son absence perpétuelle le fit oublier pour être continué dans la place de chancelier, à laquelle fut nommé M. de Villeneuve. Il attribua cet oubli à M. de Rufley; son envie et sa jalousie redoublèrent quand il apprit la donation faite à l’Académie.

Il ne pouvait en faire infirmer l'acte, enregistré pendant son absence ; mais quand l'Académie sollicita des directeurs l’approbation des statuts et qu'il fut question d’appliquer à son profit la valeur de l'ancien prix, alors il s'intrigua pour tracasser. Il s’arma de motifs respectables : la gloire du fondateur, le respect dû à ses volontés : avec ces grands mots il séduisit les sots et les ignorants; les femmes même voulurent s'en mêler (425); il alla troubler l'inertie de M. Vitte, il s'appuya auprès de M. Fleutelot de l'autorité d’un magistrat qui en jugeait sur son rapport (126) ; il fit des mouvements pour faire agir le Parlement ; mais il y avait perdu son crédit : ce corps ne voulut pas s’en mêler.

Pour concilier les avis opposés, un parent de M. de Fontette (427) proposa à M. de Terrail. de consentir qu'on donnât alternativement son prix et le prétendu prix du fondateur. Mais M. du Terrail, instruit par M. de Ruffey de toutes ces tracasseries, refusa, sur son conseil, de se départir de ses droits et des engagements contractés avec l’Académie; 1l fit réponse en conséquence

à M. de Brosses.)

Une contradiction plus fâcheuse à l'Académie et plus difficile à supporter lui vint de la part des fermiers généraux (128). Îls lui firent la demande d'une somme de 2.139 livres pour un prétendu droit d'amortissement de la somme de 10.000 livres donnée par M. du Terrail pour la fondation du prix. Quoique

ce droil ne soil réellement dû que dans le cas d'acquisitions de

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fonds par gens de main-morte pour dédommager le roi de la perte qu'il fait de ses droits dans les mutations, l’avidité de ces fermiers prétendait l’étendre jusque sur les donations faites en argent. L'Académie fit dresser des mémoires remplis de raisons solides pour détruire cette injuste prétention, qui furent envoyés à M. de Courteilles, intendant des finances pour celte partie. M. de Ruffey s'adressa à M. le marquis de Paulmy (129), membre de l’Académie et beau-frère de M. de Courteilles, dont les talents et l'amour pour les Lettres et les Sciences sont connus.

[On convint d’une transaction : moyennant un échange que ferait l’Académie de contrats sur la Bourgogne, qu'elle avait acquis, contre un contrat sur l'Hôtel de Ville, exempt de ces droits, elle ne serait plus inquiétée. Malheureusement M. de Courteilles mourut avant d'avoir fait rédiger sa décision, et les fermiers généraux en ont profité pour renouveler leur demande, qu'ils veulent bien, disent-ils, par grâce, réduire de moitié. Ils ont même surpris un arrêt du Conseil qui condamne l’Académie. Malgré les nouvelles démarches de M. de Ruffey, elle est encore

dans l'incertitude de leur succès. |

M. du Terrail s'étail immortalisé par le bienfait le plus important qu'il pül rendre aux Lettres et surtout à l’Académie dans les circonstances où elle se frouvail ; il avail droit à toute sa reconnaissance; mais on l’engagea peut-être malgré lui à en eriger une marque qu'on ne put lui refuser, quelque répugnance qu'on eût à la lui accorder. L'abbé Le Blanc (430), poète et litléraleur, connu par plusieurs ouvrages et surtout par ses tentalives impuissantes pour obtenir une place à l’Académie Française, ne vit pas plus {ôt l'Académie de Dijon acquérir de la célébrité qu'il concut le dessein d'en devenir membre.

[On lui aurait volontiers accordé une place d'académicien non résidant; mais il voulait être honoraire (1431). L'Académie, depuis sa réforme, n'accordait plus ces places qu'à des personnes

d'une naissance et d’un rang distingué et aux membres des trois

académies de Paris. Néanmoins l'abbé Le Blanc, tirant parti de la fondation de M. du Terrail, engagea celui-ci à demander pour lui une place d’honoraire. L'Académie fut fort embarrassée. Elle s'en tira ingénieusement en envoyant à M. du Terrail une patente académique pour qu'il la remplit lui-même. C'est à ce titre humiliant que l'abbé Le Blanc fut admis parmi les honoraires.

Plusieurs autres personnes d’un état médiocre ont indiscrètement ambitionné ce titre : un professeur de mathématiques (132), un garde du corps (133), des avocats (134), de simples ecclésiastiques (135), et parmi ces derniers un honoraire de l’ancienne académie (136), qui l'avait quittée depuis vingt ans et qui, ayant rendu un service important, fut décoré du même titre dans la nouvelle; mais voulant conserver son droit d'ancienneté (437), il s'est privé de l'honneur que l’Académie lui avait accordé par reconnaissance. Le service rendu à l'Académie par cet ecclésiastique consistait en ce quil s'était démis en sa faveur d'une ancienne tour où il s'était proposé de faire des observations astronomiques (138); mais il n'avait trouvé personne pour le seconder. L'Académie n'eut pas de peine à obtenir du prince de Condé un brevet de concession de cette tour, où elle se propose dans la suite d'établir un observatoire. |

Après tant d'obstacles et de contradictions... l'Académie fut amplement dédommagée de toutes ces infortunes apparentes par les honneurs dont elle fut comblée pendant l'année 1766.

Le prince protecteur de l'Académie étant venu à Dijon pour y tenir les États de sa province, elle eut l'honneur de le haranquer à son arrivée et à son départ (139); il daigna présider son assemblée publique, composée des personnes les plus distinguées de la Bourgogne, de l’un et de l’autre sexe, et, de la main dont il venait de foudroyer les ennemis de l'État, il couronna l'auteur qui avait remporté le prix (140).

Le buste du prince (4414), sculpté par un artiste habile, faisait le principal ornement de la salle d'assemblée qui retentit de ses

louanges (142).

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[II promit à l’Académie de faire porter à son suisse la livrée de la maison de Condé (143), et de luienvoyer son portrait (144). Mauvaise inspiration de M. Maret et de l’ancien évêque de Troyes, qui manquèrent l'occasion de faire valoir auprès du prince le don d’un tableau allégorique, peint par un fameux peintre en miniature (445). Ce tableau, laissé sur une table, devint la proie d'un valet de chambre, et à peine le prince sut-il qu'il en était le possesseur.

Le buste dont on parle plus haut était le présent d’un citoyen généreux ! qui ne cesse de combler l’Académie de ses bienfaits. Outre le buste du prince de Condé, il a donné ceux des maréchaux de Vauban et de Chanully, ceux du président Jeannin, de Bossuet, de Fevret, de Voltaire, de Crébillon, de Rameau et de Piron (146). Le buste du président Bouhier a été offert à l’Académie par le président de Bourbonne (147), son petit-fils, orné d'une magnifique gaine. L'Académie l'en remercia et le pria d'accepter une place d’honorure, dont ses talents le rendaient digne. Enfin elle se fit un plaisir de placer parmi tous ces bustes celui de son bienfaiteur, dont le sieur Attiret lui fit présent. Elle le fit décorer d'une gaine sculptée avec art, chargée d'une inscription, des armes des Le Goux et des symboles d'histoire naturelle dont 1l avait donné un magnifique cabinet, dans lequel

ce buste fut placé (148).|

Pendant cette tenue des États. elle eut le désagrément de recevoir presque malgré elle un poèle (449) qui, pour se présenter à l'Académie, abusa du nom du prince de Condé, qu'il avait cru célébrer dans un poème allégorique. M. de Ruffey, qui connaissail ce sujel..., ne put empêcher sa réception. Ceux qui l'avaient introduit à l’Académie furent les premiers à rougir de leur choix et à solliciter, quelques années après, la radiation de son nom. |

Il n'a pas été le seul qui se soit rendu indigne du nom d'aca-

démicien (450). Moins de complaisance dans l'admission des

M Le Goux, 00.141

sujets aurait fourni à l’Académie moins d'occasions d'exercer sa sévérité.

(Mais, en dépit de M. de Ruffey, plusieurs académiciens, et surtout le secrétaire, préféraient à l'honneur de l’Académie le petit avantage d'obliger leurs protégés (151).]

M. de Ruffey mit en œuvre plusieurs moyens pour affranchir la Compagnie de la persécution de la médiocrité (152). Celui qui réussit le mieux fut le règlement qu'il fit faire au commencement de la réforme, qui staluait que les associés non résidents seraient lenus d'envoyer au moins un ouvrage à l’Académie dans l'espace de trois années, à peine de radiation de leur nom. Cette sage loi réprima les prétentions de plusieurs de ceux qui ne cherchaient que l'honneur d'un vain litre sans travailler à le mériter (153), el délivra l’Académie de plusieurs sujets au-dessous du médiocre (454). La mort et quelques événements favorables lui en enlevèrent plusieurs autres (155), qu'elle jugea peu dignes de ses regrets.

Si M. de Ruffey travailla à éloigner de l’Académie les personnes peu dignes d'y être admises, il s'appliqua encore avec plus de soin à lui procurer tous ceux qu'il croyail pouvoir l'honorer ou lui être utiles. Il lui procura plusieurs illustres Bourquignons

(456). Un d’entre eux, de l’Académie Française (157), le compro-

mil avec le chancelier de l’Académie de Dijon, pour lequel il

s'élail toujours piqué d'avoir de grands ménagements; mais, suivant le système qu'il a toujours suivi, il se crul obligé de préférer le bien public au bien particulier.

[Cependant il persévère dans le dessein de procurer à l’Académie un état fixe et une constitution immuable. Il profite des heureuses dispositions qu'il trouve en M. Fleutelot, deuxième directeur, ébranlé malgré son indécision et sa défiance,: et en M. Gauthier, troisième directeur, déterminé à ne rien faire que de concert avec M. Fleutelot. Celui-ei consent enfin à fre de nouveaux statuts et indique chez lui des conférences pour y

travailler. |

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Il en erclut M. Gelot, dont l'esprit hardi et indépendant lui élail suspect. Il aurail désiré en exclure aussi M. de Ruffey ; maïs il se trouvait à la tête de l’Académie en l'absence du chancelier : ainsi il devenait nécessaire. M. Fleutelot, qui se défiait de ses propres lumières, lui opposa M. de Fontette, qu'il choisit pour second d'autant plus volontiers qu'il n'étail pas ami de M. de Ruffey.

Celui-ci travailla avec M. Maret, secrétaire de l’Académie, à préparer les matériaux nécessaires pour faire une opération solide

et utile.

[Ils dressèrent un projet de règlement académique, qu'ils présentèrent à l'examen de M. Fleutelot et de son conseil. M. Fleutelot fit peu d'objections; M. de Fontette, malgré l’envie qu'il en avait, trouva peu d'articles essentiels à réformer : il s’attacha à quelques observations grammaticales et à changer la tournure de quelques phrases. Enfin cet examen se termina (150). M. de Ruffey vit avec plaisir la fin de ces fatigantes conférences : il eut besoin de toute la patience à laquelle il s'était volontairement résigné pour essuyer en silence les désagréments qu'aflectèrent de

lui causer des gens qu'une basse jalousie animait contre lui (159).]

L'assemblée des pensionnaires fut des plus tumultueuses… L'ignorance et la paresse allaient être proscrites : un des plus zélés seclateurs de ces vices (160) s y déshonora par la bassesse et l’indécence de ses sentiments el de ses propos. Quelques observalions vagues el mal digérées furent le résultat de cette assemblée ; ils chargèrent le plus ancien d'entre eux (464) d'en faire le rapport à la séance générale de l'Académie.

Cette séance si longtemps désirée par les bons académiciens se {int enfin.

[L'orateur des mécontents put à peme bre quelques phrases décousues, et il, fut si maladroit qu'il choqua personnellement son protecteur, ce qui fournit une occasion favorable d'augmen-

ter les revenus de l’Académie aux dépens de ceux dont il était

chargé de soutenir les intérêts (162). Un académicien qui avait toujours montré du zèle et du désintéressement (163) se démasqua dans cette séance et perdit par sa mauvaise conduite l’estime que M. de Ruffey avait toujours eue pour lui.|

Après beaucoup de discussions, on sacrifia à la pair et à l’importunilé quelques articles peu importants (164); tous les autres furent authentiquement confirmés el signés par toute l'Académie et ses directeurs (165).

(M. de Ruffey s'applaudit de ce coup d’autorité, qui humilia les brouillons et les insolents et obligea les paresseux au travail annuel. Leurs productions, il est vrai, furent peu dignes d’une bonne Académie, et plusieurs emplovèrent la ruse et l’adresse pour éluder la loi; mais du moins aucun n’osa plus l’enfreindre, et, les nouveaux pensionnaires n'ayant pas la même indulgence à espérer sur le mérite de leurs ouvrages, on était assuré qu'il ne se présenterait plus de sujets indignes du nom d'académicien.

M. de Ruffev est réélu vice-chancelier. Il ne s'y attendait pas; mais, l’ancien évêque de Troyes ayant été réélu chancelier, on

n osa donner au vice-chancelier un successeur. |

M. de Ruffey fut moins flatté de cel honneur que de l'occasion qu'il lui procurait de continuer à consacrer ses services à l’Académie... La gloire d'être utile à une Compagnie dont il élail un des chefs le dédommageail de l'ingralitude de ses membres et des désagréments qu'il en essuyail chaque jour.

L'Académie manquant de plusieurs choses nécessaires au progrès des Sciences el des Arts, M. de Ruffey en avait dressé une liste raisonnée, à dessein d'exciler en sa faveur la générosité des académiciens patriotes. M. de la Tour du Pin... y vil le litre d'un livre rare el précieux (166)... qu'il tenait de la munificence du roi des Deuxr-Siciles ; sa yénérosilé le délermina à s'en déla-

cher en faveur de l’Académie.

[Un académicien pensionnaire (167) augmenta sa bibliothèque

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de cinquante volumes. La bibliothèque de l'Académie, dont le fonds avait été donné par le fondateur, avait été considérablement augmentée tant par des achats de livres choisis que par la libéralité des académiciens et des savants étrangers. Mais elle a toujours été mal rangée; plusieurs bons livres ont été perdus M6Br re ;

Le nom des bienfaiteurs fut inscrit sur un tableau qui fut placé dans la salle de Académie, tant pour faire honneur à leur générosité que pour exciter par leur exemple tous les académiciens riches à les imiter. Pour témoigner sa reconnaissance à M. du Terrail, l'Académie lui demanda son portrait, qu'elle a fait placer à côté de celui du fondateur.|

Quelque prévoyance et quelque prudence que M. de Ruffey ait toujours apportée dans le. qouvernement de l’Académie, il éprouva qu'il est des événements au-dessus de la prudence humaine. Celui dont on va parler ferait plutôt le sujet d'un conte que d’une histoire sérieuse, si les suites qu'il a eues et la célébrité que les mauvais plaisants lui ont donnée n'avaient influe sur le sort de l’Académie.

[Le logement qu'occupait l’Académie faisait partie de la maison décanale; les doyens du Parlement ne l'avaient jamais habitée et l’avaient louée à bas prix. Cette maison se trouvant vacante, un particulier riche (169) proposa d'en augmenter le loyer et d'y faire les avances des réparations, à condition que l’Académie se dispenserait d'entrer par la porte principale (170). En échange de cette renonciation, M. de Ruffey obtint la cession à l'Académie de quelques galetas, où fut placée la collection d'histoire naturelle, La nouveauté de ce présent attira dans ce cabinet, pendant quelques mois, un concours des personnes les plus distinguées, et surtout des dames. M. de Ruffey se donnait la peine d'y introduire les curieux. Leur nombreux concours, et surtout celui des dames, déplut au sauvage locataire : il en fit des plantes. M. de Ruffey, compatissant à sa faiblesse, s’abstint

d'aller si souvent à l’Académie pour contenter les curieux,

Sur ces entrefaites, un officier général (471) connaisseur en histoire naturelle, et recommandé par M. de la Tour du Pin, désira voir le cabinet. M. de Ruffey s'empressa de l’aecompagner, avec un homme de lettres de Dijon. Le visiteur s'absenta un instant; on s’en aperçut à peine... L'Académie était alors en vacances. À la rentrée M. de Ruffey apprit avec le plus grand étonnement que les domestiques de M. Bernardon s'étaient plants que l'étranger qui était venu à l'Académie était descendu dans la cuisine de la maison, où il s'était servi d’une casserole pour soulager un besoin pressant.

M. de Rulley, au désespoir de cette aventure, recommanda le plus grand secret. Elle fut cependant rendue publique par l’indiscrétion d'un médecin (172), et amusa la ville pendant plusieurs mois. M. Bernardon la connut aussi, mais la prit au tragique. I résolut de ne permettre l'entrée de l’Académie que le vendredi, jour de ses assemblées, M. de Ruffey, qui ignorait sa colère et ses intentions, s'étant présenté comme de coutume pour entrer à l’Académie, reçut l’affront de se voir refuser par les domestiques d’un locataire l'entrée d’une maison où, par sa place, il avait plus de droit que lui-même.

Il en fit à l'Académie des plaintes amères. II fut résolu de demander raison au doyen, qui était tenu de fournir à l'Académie un logement commode, honnête et décent. Mas le doyen se reJeta sur les directeurs, qui avaient fait le bal du locataire. Pour ne pas sembarquer dans une affaire aussi compliquée, l’Académie nomma l’évêque de Troyes et M. Guyton de Morveau pour négocier avec M. Bernardon. Mais on ne put lui faire admettre qu'en l'absence du chancelier le vice-chancelier eût les mêmes droits. Il est d’ailleurs probable que Pévêque de Troyes fut fort aise de ne pas réussir et de donner à M. de Ruffey cette espèce de désagrément pour le punir de l'avoir trop bien remplacé (173).]

M. de Ruffey, abandonné par son corps el par les directeurs

dans une affaire qui regardait plus l'honneur et l'avantage de

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l'Académie que lui-même, ne jugea pas à propos d'aller plus loin et se proposa d'attendre la fin d'un bail qui déshonorait

ceux qui y avaient pris part.

[La sottise de M. Bernardon n'en trouva pas moins des admi-

rateurs (174). M. de Rulfey ne s'est vengé d'eux que par le mépris.|

L'Académie, dans ce temps, recul (rois associés faits pour l'illustrer et l'honorer, dont deux étaient Bourquignons : M. le chevalier de Boufflers (475), connu par les grâces et la légèreté de ses poésies, M. Greuze (176), si célèbre par le naturel el la vérité de ses tableaux, et M. de Clugny (477), intendant de marine à Brest. C’est à ses soins qu'on est redevable du rétahlissement de l’Académie de marine ; il à fait à l’Académie de Dijon des présents de morceaux précieux d'histoire naturelle, dont elle

a enrichi son cabinet.

(Malgré les ellorts obstinés de M. de Ruffey pour obtenir qu'on fixàt le nombre des étrangers, des vues personnelles et l'amour-

propre des académiciens pensionnaires s'étaient opposés à la

confection d’un aussi sage règlement. ]

Quoiqu'il dût appartenir exclusivement au président de proposer les sujets à recevoir, un homme qui lui-même aurait été refusé sil n'avail pas été reçu dans l’ancienne académie (478) s'avisa de proposer de recevoir un mathématicien d'Aurerre (479), qui lui étail recommandé par un avocat de cette ville. Ce procédé irrégulier révolla l’Académie, qui fit examiner sévèrement les

ouvrages du proposé, et lui donna l’erclu ion.

[Les cabales, l’amour-propre, les petites passions se faisaient également sentir dans le jugement des prix (180).|

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