‹ Histoire Secrète de l'Académie de DijonChapitre 35 sur 52 · M. Fournier · texte numérisé non relu

M. Fournier

ment des directeurs : l’article 47 de ses lettres patentes (63) lui accordait d’ailleurs la permission de faire les nouveaux règlements nécessaires à son bien. Fondée sur un autre article des premiers statuts (64), elle se choisit des officiers et fit signer les nouveaux statuts à tous ses membres ; les mal intentionnés n'osèrent refuser (65).

Nouvelles considérations sur la nécessité et l’urgence de cette nomination d'officiers fixes, un chef littéraire et un secrétaire (66).

M. Michaut fut choisi pour remplir cette dernière place.]

Les talents qu'il avait montrés dans les fonctions de secrétaire de la Société de M. de Ruffey déterminèrent les suffrages en sa faveur ; mais son indolence naturelle et l’inconstance de son esprit l'empêchèrent de justifier le choix de l’Académie :

Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier.

Par ménagement pour MM. les directeurs et pour ne pas blesser la délicatesse du Parlement dont ils étaient membres, l’Académie jugea qu'il était prudent de ne donner aux présidents littéraires qu'elle voulait choisir aucun nom qui püûtl désigner quelque autorité : elle leur donna les noms modestes de chancelier el de vice-chancelier,, à l'exemple de plusieurs académies (67).

Reconnaissante des obligations qu'elle avait à M. de Ruffey…., elle lui offrit la place de chancelier... ; mais, pour ne pas exciter de jalousie, par amour du bien public el par intérêt pour la Compagnie, il la refusa et se contenta de la place de vice-chancelier, où il espérait pouvoir lui rendre de plus grands services, el demanda que M. de Fontette, conseiller au Parlement, son ancien, fât nommé chancelier.

M. de Fontette était alors à Paris, déléqué par le Parlement de Dijon pour solliciter le fameux procès que celle compagnie à eu contre les Élus de la province (68). Comme son relour ne paraissait pas prochain, M. de Ruffey crut qu'il n'était pas prudent de l’attendre pour terminer ce qu'on avail si heureusement com-

mencé.

[1 garde néanmoins toutes sortes de ménagements à l'égard des directeurs ; il travaille sur ce principe que tout l'honneur que l'Académie pourra acquérir rejaillira sur eux. Aussi bien elle contribuera à donner aux jeunes magistrats de l'amour pour le travail ; elle est propre à former des orateurs pour le barreau en donnant de la justesse et de la précision à leur esprit, de la per-

fection à leur style et à leur goût.|

L'Académie, agissant par ces principes, se proposa, pour acquérir de la considération et de la protection, d'admettre dans son corps les illustres Bourquignons de tous états qui honoraient les provinces et la capitale (69). M. de Voltaire, ami de M. de Ruffey, fit l'honneur à cette compagnie d'accepter une place d’honoraire (70). Pour se concilier la bienveillance du Parlement, elle projeta de recevoir académiciens tous les magistrats de ce corps qui auraient le goût des Lettres el des Sciences (71).

Plusieurs préjugés défavorables s'opposaient souvent aux vues patriotiques el au zèle de M. de Ruffey. Il en régnait un depuis longtemps, d'autant plus nuisible à l'Académie qu'il tenait à sa constitution fondamentale. Le fondateur avait ordonné qu'elle serail présidée par les directeurs, à défaut l’un de l’autre. Les trois premiers élaient des conseillers; mais le quatrième était un

<ofjicier du parquel el le cinquième le maire de Dijon, que le Parlement regardait comme fort inférieurs en dignité à ceux de son corps, ce qui fomentail un préjugé qui éloignait de l’Académie les officiers du Parlement et surtout les présidents, et même les personnes distinguées des autres états. Il élait de la plus grande importance de le détruire et de trouver quelqu'un qui pensäâl assez bien el assez noblement pour s'élever au-dessus de l'opinion vulgaire, et qui eût assez d'amour pour les Lettres pour la braver. M. de Ruffey sut trouver ce philosophe courageux dans la personne de M. le président de Brosses (72).

La réception de M. de Brosses fit la plus grande sensation dans le public en faveur de l'Académie. Elle détermina l'ancien évêque de Troyes, résidant nouvellement à Dijon, connu à la Cour par

son éloquence (73), à accepter une place d'honoraire. M. de Ruffey

répondit à son discours de réception et introduisit pour la première fois cet usage observé dans les Académies de Belles-Lettres de province, et à Paris dans la seule Académie Française.

[Gette réception en amena d’autres. M. le marquis d'Anlezy, commandant en Bourgogne, et M. de Villeneuve, intendant de cette province, y assistant, l’Académie profita de leur présence pour leur offrir des places d'honoraires, qu'ils voulurent bien accepter (74). Ils furent reçus séance tenante, ce qui empécha les mauvais esprits de les influencer (75).

L'Académie venait de s'engager d'honneur à détromper le public prévenu contre elle. Sur le conseil de M. de Ruffey, elle invita à sa séance publique tous les membres du Parlement et les personnes de la ville les plus distinguées. La séance fut brillante : on avait fait pour les lectures un choix des meilleurs ouvrages, qui furent retouchés avec soin, et l’Académie, pour la prenuère fois, se montra digne de son nom (76).

Cet événement fit connaître la nécessité de chercher un lieu plus vaste pour tenir les séances publiques. Un des directeurs (77) offrit une salle de l'Hôtel de Ville, que l'Académie accepta avec reconnaissance. Elle crut toutefois devoir demander son consentement à M. Vitte, qui le refusa. Mais M. de Ruftey pénétra aisément la raison de ce refus : on fit dire à M. Vitte qu'il ne lui en coûterat rien, et il consentit à tout.

D'autre part, M. de Ruffey offrit à l'Académie de faire toutes les avances nécessaires. Il se chargea de la décoration de la salle de l'Hôtel de Ville où se tint la séance de rentrée; plus de quatre cents personnes y assistèrent (78). Mais la dépense de cet appareil déplut à plusieurs pensionnaires, et plus encore l'achat que fit M. de Ruffey d’un beau poêle de faïence pour la salle d’assemblée... Ces petitesses le déterminèrent à ne plus leur proposer aucune dépense et à payer désormais de ses deniers toutes celles qu'il conviendrait de faire pour terminer et soutenir l'ouvrage

qu'il avait si heureusement commencé. |

Il avait besoin de courage et de fermeté pour vaincre lous les

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obstacles qui s'opposaient à ses projets, surtout n'ayant trouvé personne qui osàt le seconder. L'envie et l'ignorance armèrent les sots contre lui ; il eut à soutenir plus d'une fois leurs attaques et leurs outrages (79)... On s'efforçait de donner du ridicule au zèle qui le portait à relever el à soutenir l’Académie ; on traitait de fanatisme le sacrifice qu'il faisait de son temps, de son repos, de son argent, pour son service. Les plus modérés en plaisantaient avec lui. Le premier président du Parlement (80) prenait surtout un plaisir singulier à toules les tracasseries académiques. C'était un homme de beaucoup d'esprit el fail pour briller à l'Académie par son éloquence naturelle, si la dignité de sa place et encore

plus son humeur peu sociable n'y avaient fait obstacle.

[I joua à M. de Ruffey le tour de l’inviter à dîner avec M" Vitte et Thomas. Le diner se passa en propos vagues et en politesses froides ; mais après diner M. de la Marche parla de l’Académie, par malice, et la bombe creva : M. de Ruffey eut à soutenir l'assaut de ces deux vieillards, qui l’accablèrent de bêtises et de platitudes. IL respecta leur âge et leur fablesse.

Mais dans le sein même de l’Académie des orages violents s’élevèrent contre lui. M. Michaut fut appelé à Paris par le duc de la Vallière, à qui l’on avait vanté ses talents pour le choix et la connaissance des livres et l’arrangement d'une bibliothèque : il fallut le remplacer pendant son absence. M'° Maret et Hoin s'étant partagé les voix, M. de Ruffey, qui présidait, proposa un nouveau scrutin, qui fut favorable à M. Maret (81). Dépit de M. Hoin, qui fondat son droit sur son ancienneté. M. de Ruffey fit tous ses efforts pour l'apaiser, mais n’en put venir à bout. Le bruit et les disputes qu'il excitait dans les assemblées scandalisèrent plusieurs académiciens, qui ne sont pas rentrés à l'Académie depuis ce temps (82). Il se présenta d’ailleurs une circonstance dont il profita pour se mettre à la tête des mécontents. M. Marlot, maire de Dijon !, étant mort pendant que l'Académie

1. I ne Pétait plus (v. note 77). I avait été remplacé par M. Rousselot,

maitre des Comptes depuis 1745, secrétaire en chef des États, et vicomte mayeur de 1763 à 1770 (Armorial de la Ch, des Comptes, p. 271).

HISTOIRE SECRÈTE DE L'ACADÉMIE DE DIJON Do

était en vacances, et M. de Ruffey ayant suivi la pompe funèbre avec le secrétaire et une délégation de trois académiciens, M. Hoin et les mécontents trouvèrent mauvais que l'Académie eût été par députation à cette cérémonie sans leur en faire part. Ils s’en expliquèrent à la séance suivante, et, sur ce cu leur fut rapporté que M. Gelot y avait marché en robe à côté de M. de Ruffey et que M. Michaut n était qu'à la cinquième place, ils projetèrent de le brouiller avec M. de Ruffey en lui faisant croire que celui-ci lui avait fait une injure. Le moyen réussit : M. Michaut vint faire une scène à M. de Ruffey et lui tint beaucoup de propos qui con-

firmèrent qu'il avait une tête des plus mauvaises. |

Les trois années prescrites pour le service des officiers étant

écoulées, on fut dans le cas de procéder à une nouvelle élection.

[M. de Ruffey indiqua pour la place de chancelier M. de Villeneuve, intendant de Dijon, dont le zèle patriotique pouvait rendre de grands services à la Compagnie (83). Cet avis anéantit l'effet de la brigue et entraina la plus grande partie des suflrages. M. de Ruffey fut réélu vice-chancelier (84).

Mort de M. Thomas, second directeur, Il méritait peu de regrets, ce qui dispensa l'Académie d'en témoigner. Il fut remplacé par M. Fleutelot de Beneuvre (85), qui depuis est devenu doyen. La haute réputation de lumières et d'équité qu'il s'était acquise au Parlement fit concevoir de grandes espérances à l’Académie et à M. de Ruffey, qui s'empressa de le prévenir et de lui demander son amitié; mais il le trouva froid et réservé, quoique pol.

M. Fleutelot ne tarda pas à avoir des doutes salutaires sur la valeur et l'utilité des anciens règlements ; mais quand M. de Rulffey lui envoya un mémoire détaillé sur l'histoire et les intérèts de l'Académie, bien loin de l'en remercier, 1l se plaignit qu'il lui avait voulu donner des leçons ; 1l écouta les discours des sots qui regardaient M. de Ruffey comme l'ennemi des directeurs. Ses préjugés augmentèrent par le refus que fit M. de Rulfey de le

prendre pour arbitre des différends qu'il lui supposat avec M. Hoin.

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M. de Ruffey avait été insulté par un insolent, il s'était payé par

ses mains hors de l'Académie (86) : l'arbitrage devenait inutile.

Malgré toutes les tracasseries que M. de Ruffey essuyait, il ne perdait pas de vue les intérêts de l’Académie. Pour donner un bon eremple et exciter la libéralité des gens de lettres en sa faveur, il lui fit présent d'un médaillier composé de plus de quinze cents médailles, la plupart impériales, avec le catalogue qu'il en avail dressé (87).

La comtesse de Rochechouart, qui, non contente de protéger les Lettres el les Sciences, les cultive encore avec avantage (88), augmenta ce médaillier de sir cents médailles. dont le tiers était d'argent. Leur exemple fut suivi par plusieurs personnes dont M. de Ruffey sut exciter la générosité (89); mais aucun ne la poussa plus loin que M. Le Goux (90). Son zèle pour l'Académie l'engagea à lui faire présent d'un cabinet d'histoire naturelle d'un grand prix (91). M. de Ruffey eut à se féliciter d'avoir procuré à celte Compagnie un citoyen qui joignait à des falents décidés le patriotisme le plus noble el le plus modeste : à peine voulut-il écouter le remerciement qu'il lui fil au nom de l'Académie (92); il se déroba tant qu'il put aux témoignages de sa reconnaissance ; il exigea d'elle un silence qu'elle ne lui accorda qu'à regret (93).

Tant de bienfaits répandus sur l'Académie par le canal de M. de Ruffey auraient dû calmer la haine de ses ennemis, ou plutôt de ceux de la nouvelle Académie. Ils regrettaient la honte et la crasse de l'ancienne, comme les Israélites regretlaient les oignons d'Égypte, et, de même que les oiseaux de nuit qui ne se plaisent que dans les ténèbres, ils ne pouvaient soutenir la vue de sa gloire nouvelle, dont l'éclat les éblouissait. Leur haine, pour être impuissante, n'en était pas moins violente ; il ne leur man-

quait que les occasions de la faire éclater avec plus de succès.

[ls crurent en avoir trouvé une. M. Michaut, qui ne se gouvernait plus que par leurs conseils, négligea sa place de secrétaire : il ne faisait plus d'extraits, ou n’en faisait que mal de

très courts. On s'était proposé, pour convaincre le public de l'utilité de l'Académie, de faire imprimer un volume des meilleurs ouvrages, précédé de l’histoire de l'Académie. Cette histoire regardait le secrétaire. M. de Ruffey s’en serait volontiers chargé : il l'aurait écrite avec plus de hardiesse et de noblesse ; mais, par ménagement pour M. Michaut, il n'avait pas voulu l'entreprendre. Or M. Michaut fit à grand’peine l'éloge de M. d'Anlezy, qui fut trouvé médiocrement écrit (94). Enfin, M. de Ruffey reçut de lui une lettre qui contenait sa démission de sa place de secréture. Il est vrai que peu après, par la voix de M. Hoin, ül fit part à l’Académie de son repentir, reprit (malgré l'avis de M. de Ruffey) ses fonctions de secrétaire et fit des excuses à M. de Rulley qui, en ayant pitié, le reçut chez lui comme auparavant. Mais cette prétendue conversion ne fut pas de longue durée. Quelques mois après, M. de Ruffey l'ayant pressé de travailler à l'histoire de l'Académie, 1l répondit qu'il y travaillerait dans quinze ans. Ce mauvais propos lui attira quelques reproches, qu'il souffrit si impatiemment que M. de Ruffey lui déclara qu'il renonçaut désormais à son commerce. Ce fut pour lui un coup de foudre : il avait compris la table de M. de Ruffey dans ses arrangements économiques : il ne put supporter de s’en voir frustré. Le parti des mécontents profita de cette occasion pour achever de lui déranger la tête.

Chargé, à l'instigation de leur cabale, de l'examen d'un mémoire de M. de Rulfey (sur la manière dont devaient se faire les

réceptions des académiciens) (95), 1l demanda à faire son rapport. |

Il se leva lout à coup el prononça contre M. de Ruffey, avec un air el un (on d'énerqumène, une déclamation dictée par l'envie et la fureur, remplie de paradorres sédilieu:r el d'imputalions calomnieuses (96). M. de Ruffey eut besoin de toute sa modération et . de tout son respect pour la Compagnie pour ne pas répondre à une insulte aussi qualifiée...

Les mécontents friomphaient : ils avaient préparé ce coup à

l'Hôtel Bouillet avec quelques cuistres étrangers, ennemis de

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l'Académie (97) ; le libelle y avait été lu dans un dîner en présence d'une amie du maître de la maison (98), qui avait eu la faiblesse de ne pas s'y opposer et, quoique parent de M. de Ruffey, la lâcheté de ne pas l’avertir de la trahison qu'on lui préparait.

A la séance suivante, M. de Ruffey voulut lire une réponse apologétique (99) au libelle de M. Michaut. Il en avait à peine lu quelques phrases qu'il fut interrompu par les académiciens, qui le prièrent de ne pas continuer, disant qu'il n'avail pas besoin d’apologie. Ileut la complaisance de se rendre à leurs instances ; mais les brouillons firent nommer des commissaires (100) pour examiner les deux mémoires, prétendant les juger. En vain M. de Ruffey déclarait qu'il n'avait aucune prétention personnelle, que tout ce qu'il avait proposé n'était que pour le bon ordre de l'Académie, auquel on aviserait dans un temps plus favorable : il eut le désagrément de se voir compromis avec l'insolent qui l'avait insulté, et jugé tant bien que mal par l’Académie (104).

[Sur ces entrefaites, M. Michaut partit pour ses voyages ordinaires à Paris, et M. Maret reprit les fonctions de secrétaire. Mais une nouvelle querelle éclata. M. Hoin continuant à mettre le trouble dans l’Académie et à contrarier M. de Rulfey, celui-ci lui écrivit une lettre détaillée sur l'irrégularité de sa conduite ; 11 lui rappelait les politesses dont il l'avait comblé et linvitiut à réprimer son humeur (1402). M. Hoin fit part de cette lettre au plus grand sot de l'Académie, qu'on y avait vivement drapé (103) ; celui-ci eut à son tour l'indiscrétion d'en parler ; bref cette affaire fit beaucoup de bruit. M. de Ruffey fut diversement jugé. Quant à M. Hoin, il s'absenta quelque temps de l'Académie pour bouder et ronger son frein ; mais il fut bientôt rappelé par l'appàt de sa pension. D'ulleurs cette leçon lui a fait le plus grand bien ; elle à contribué à le rendre plus sage et plus modeste, Mais cette conversion ne s'est opérée que dans la suite. Démission et départ de M. de Villeneuve, chancelier de l'Académie. Le cabale des mécontents en ressent une maligne joie, et

y trouve l’occasion de former un projet qui, mieux conduit et

mieux concerté, aurait produit la perte de l'Académie et l'aurait

peut-être replongée dans son ancien avilissement.|

Il avait pour but de faire nommer à la place de chancelier de l’Académie... M. Michaut, homme vil, bas el rampant, dont ils auraient disposé à leur qré et qui, étant devenu l'ennemi de M. de Ruffey, lui aurait donné tant de désagréments qu'il se serait probablement retiré de l’Académie.

Les conjurés, car c'était une véritable conjuration (104), employèrent toutes les basses manœuvres du mensonge et de l'artifice, leurs amis, leurs pratiques, leurs connaissances, des femmes même (105), pour séduire les directeurs de l'Académie, qui, déjà la plupart indisposés contre M. de Ruffey, prétèrent l'oreille à la calomnie.

…. Cette conjuration se framait chez M. Bouillet... Ils vinrent à bout de séduire les esprits faibles de l’Académie ; mais, se défiant de la probité des bons académiciens, us se qardèrent de leur confier un projet dont l'infamie les aurait révoltés. Il franspira cependant dans le public qu'il se {ramail quelque chose contre l’Académie ; la plus indiscrète des femmes (106) était dans la confidence : elle ne put s'empêcher de dire qu'il arriverail dans peu

de grands événements à l’Académie.

IM. de Rulley y faisait peu d'attention, vivant dans la sécurité qu'inspirent la probité et l'honneur, quand, le matin du Jour où on devait procéder à la nouvelle élection, un académicien (107) lui rendit visite et lui dit que M. Michaut l'était venu voir pour obtenir sa voix ; il avait refusé de la lui donner, ainsi que de tenir le secret qu'on voulait exiger de lui. M. de Rulffey fut étonné, mais non effrayé. Il prit à l'instant son parti : la force de son courage et de son esprit furent le salut de l'Académie (408). Il alla voir successivement un des directeurs, de ses parents (409), un des séducteurs de celui-ci (410), et un académicien dont il connaissait la faiblesse (1414) : aux deux premiers il fit honte de trahir l'Académie ; le troisième eut honte d'avoir été séduit, et promit

de ne pas aller à la séance. M. de Ruffey se rendit ensuite à l'Aca-

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démie ; il arriva avant l'heure indiquée, pour avoir le temps de s'aboucher avec les bons académiciens ; un des plus zélés (1142) arriva des premiers, qui devint furieux au récit de la conjuration. M. de Ruffey déclara que le seul moyen de la faire échouer était de réunir les voix sur l'ancien évêque de Troyes (413), dont la présence, les talents et la dignité en imposeraient aux directeurs et même aux conJurés.

L'assemblée fut des plus nombreuses. Il s'y trouva quatre directeurs (444). M. Fleutelot, qui présidait, ouvrit la séance par une réclamation au nom de M. Vitte, absent, et des autres directeurs, contre les nouveaux statuts, faits sans leur participa ion (445). Il présenta ensuite la démission de M. Michaut pour la place de secrétaire, où M. Maret fut élu unanimement. Il proposa qu'avant de procéder à l'élection du chancelier, on décidât comment se compteraient les voix des frères et celles des oncles et des neveux : proposition partiale et captieuse, qui fut décidée contre les règles même du Palais, à la pluralité des voix, en faveur de la cabale (416)...

M. de Ruffey, en qualité de premier officier de l'Académie, prit la parole el démontra l'importance de faire un bon choir, dit qu'il avail été averti qu'il s'était formé une cabale en faveur de M. Michaut, qui avait briqué la place de chancelier, qu'un tel homme, lant par sa basse naissance que par sa personne, élail indigne de l'occuper, que ce serait déshonorer l'Académie que de le nommer, que la classe des honoraires fournissait nombre de sujets dignes de celte place honorable, tels que M. l'ancien évêque de Troyes, M" de Brosses, Cœurderoy et Le Gour.

(M. Perret appuva ce discours au nom de la classe des pensionnares et demanda que l'exclusion fût donnée à M. Michaut pour avoir brigué les voix. Un directeur (117), ami de M. Michaut, répondit que c'était l’exclure que de ne pas le nommer. Cependant M. Fleutelot reconnut qu'il avait été indignement trompé. I en eut honte, parla tout bas aux directeurs qui étaient à ses côtés et les fit revenir de toute prévention.

Il y eut six voix pour M. Michaut (118) ; tout le reste fut en faveur de l’ancien évêque de Troyes. |

Les conjurés, quoiqu'au désespoir d'être pris pour dupes, se crurent obligés d'applaudir pour cacher leur honte et leur confusion et d'aller, au sortir de l'assemblée, se faire écrire chez l'évêque de Troyes. Ils y menèrent même M. Michaut, qui les altendait impaliemment, à qui ils firent part de leur désastreuse aventure, et le consolèrent de la perte des honneurs qu'ils lui avaient préparés.

Le triomphe de l’Académie sur ses ennemis lui procura les plus grands avantages. La honte dont il les couvrit, les railleries du public (419), le mépris général des honnêtes gens humilia leur insolence et les jela dans une telle consternation qu'ils n'ont plus osé depuis faire éclater leur haine réduite à l'impuissance. Leur chef! les abandonna, honteux de l'avoir été et des écarts où l'avait Jeté son amour-propre. Il s'est comporté depuis d’une manière à faire oublier ses éqarements.

Le nouveau chancelier chercha à signaler son zèle pour l’Académie par quelque service important. M. de Ruffey lui avait communiqué depuis longtemps combien il serait honorable pour cette Compagnie d'avoir pour protecteur le prince de Condé? ; mais en même lemps il lui avail fail sentir avec quel secret cette affaire devait être conduite, de peur d’essuyer les oppositions des directeurs, jaloux de leur rang et de leur autorité. Il profita de cel avis et se trouvant, aux États d'Aulun, à portée de demander

cette grâce, le prince de Conilé la lui accorda.

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