Ici finissent les notes de Rulfey
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[En cette même année 1769, le prince de Condé, comme trois ans auparavant, assista à la séance publique de l'Académie !. Ce fut à cette séance que le plus ancien directeur présenta à ce
prince le premier volume des Mémoires de l’Académie. |
Malheureusement ce volume, quoique tardif, fut imprimé avec plus de précipitation que la prudence ne l'erigeait pour sa perfection. Des brouillons accrédités qui dominaient l’Académie se firent un ridicule point d'honneur d'en accélérer l'impression pour pouvoir le présenter au prince protecteur pendant les États, ce qui occasionna plusieurs fautes grossières lant dans l'impres-
sion que dans la rédaction ?.
| Là encore les sages conseils de M. de Ruffey ne furent pas écoutés. — Les ouvrages lus dans cette séance furent moins goûtés que ceux que le prince entendit en 1766 : ils étaient plus savants et plus méthodiques, et par conséquent moins agréables 5. L'assemblée fut aussi brillante. Le prince, harangué par M. de Ruffey à son arrivée à Dijon, le fut à son départ par M. Guyton de Morveau, avocat général.
M. de Ruffey estime que la protection d'un prince du sang est pour une académie plus glorieuse qu'utile. Un protecteur d'un rang moins élevé a chance de prendre plus d'intérêt au sort de la compagnie qui l'a choisi, et de justifier ce choix par ses services. Puis l’Académie ne peut guère s'adresser directement à un prince, et dès lors]
quoi de plus humiliant pour un corps respectable que d'être forcé de faire la cour à des subalternes et d'essuyer leur caprice el souvent leur insolence ? Les philosophes ont de la peine à s'asservir à des bassesses qui sont tournées en habitude parmi les
gens de la Cour el {ous ceux qui aspirent à la fortune.
26 novembre 1769 (Milsand, Nofes el doc., p. 250). Dijon, Causse, 1769. V. page cer la liste des « Errata ». V. Milsand, Notes el doc., p. 250.
[Après tant de services rendus à l'Académie, M. de Ruffey était en droit de jouir tranquillement du fruit de ses travaux. C'était le devoir de l'Académie d’honorer uniquement de sa confiance ceux qui par leurs services s'étaient acquis le droit de la mériter. Cette Compagnie, pour son malheur, se conduisit autrement. Composée d'honoraires qui venaient rarement aux séances et de pensionnaires qui n'écoutaient que leur amour-propre, leur intérêt et leurs affections particulières, elle sut mauvais gré à M. de Ruffey de son amour pour la vérité et le bon ordre, qui lui faisait
démasquer les petites intrigues et les petites vues.|
M. Maret, médecin, homme hardi, entreprenant et sans principes, d'un espril inquiel, sans cesse agité par une imagination fougueuse et toujours livré à l'enthousiasme, crut devoir profiter des dispositions de l’Académie pour salisfaire son amour-propre et sa passion de dominer. Il fit l'odieux projet de s'emparer de l'autorité.
(Il chercha à supplanter M. de Ruffey, qui seul pouvait s'opposer à la réussite de ses projets ambitieux. Par ses mensonges et ses ‘intrigues 1l travailla à augmenter les sentiments de hæune et de défiance que les directeurs avaient conçus contre M. de Rulfey. Ilne négligea aucune occasion de le rendre odieux aux pensionnaires ; il s'intrigua pour s’attirer les relations et la correspondance des académiciens étrangers et pour les indisposer contre lui.
M. de Rulffey s'en plaignit par lettres à M. Maret lui-même; mais loin d'en recevoir des excuses, 1l en essuya des insolences : M. Maret osa le taxer de prévention et d'injustice. Il riposta par un mémoire détaillé de tous les sujets de plante qu'il avait contre le secrétaire. Celui-ci lui répondit qu'il avait fait un portrait bien hideux de son caractère et de sa conduite, et lui proposa de prendre l'Académie pour juge. M. de Ruffey se serait indignement compromis en acceptant cette proposition.
M. Maret en avait trop fait pour reculer. Mais, pour le seconder et pour appuyer l'autorité qu'il usurpait, 1l choisit M. Gelot,
le chargeant de tout ce qu'il y avait d'odieux et de malhonnête
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dans les projets qu'il voulait faire réussir. Leur insolence n'eut plus de bornes : ils disposaient à leur gré des places, des prix, des fonds même de l'Académie; le président! n'était plus écouté et bientôt n'eut plus ni erédit, ni considération, ni autorité.
Enfin M. de Rufley,]
ne voyant ni remède aur maux présents ni espérance de rélablir le bon ordre entièrement détruit, prit la sage résolution
de se démettre de la place de vice-chancelier.
[Une insulte qu'on lui fit acheva de le décider : M. Maret lui refusa, pour les académies dont il faisait partie *, quelques exemplures des Mémoires imprimés que l’Académie s'était réservés pour en faire des présents.
La mort de M. Vitte, qui survint sur ces entrefaites et occasionna des changements dans la direction de l’Académie *, fit aussi reconnaitre la mauvaise administration qu'il avait faite des sommes données à l’Académie par le fondateur, ce qui autorisa cette Compagnie à demander des dommages et intérêts considérables à ses héritiers. M. de Ruffey, mécontent et las, résolut de ne prendre aucun intérêt dans cette affaire. Il partit pour Paris.
Pendant son absence, l'Académie fut vivement inquétée par le commis des fermiers généraux pour le paiement des droits d'amortissement de la fondation de M. du Terrail. M. Maret, qui ne doutait de rien, oubliant ou feignant d'oublier les mécontentements quil avait donnés à M. de Ruffev, lui écrivit à Paris pour le prier d'agir auprès des fermiers généraux et du prince de Condé. M. de Rulfey ne fit aucune réponse à cette lettre ni à plusieurs autres, et, s'il s'occupa quand même de cette affaire, ce
ne fut pas avec son zèle ordinaire : l'ingratitude de l’Académie
1. C'est-à-dire le chancelier (Poncet de la Rivière, de 1764 à 1772).
2. Ces académies étaient celles de Besançon, Pau, Villefranche et Châlons-sur-Marne (v. n. 47).
3. Fleutelot de Béneuvre, sous-doyen et deuxième directeur depuis 1762, devint doyen et premier directeur. Mairetet de Minot devint deuxième directeur. En cette même année 1769, Raviot devint cinquième directeur à la place de Rousselot.
HISTOIRE SECRÈTE DE L'ACADÉMIE DE DIJON Raul
l'avait fort ralenti. Heureusement pour l'Académie, M. Le Goux lui prêta la somme suffisante pour satisfaire les fermiers généraux !. I fit plus encore : n'ayant pu réussir à fonder les prix de l’École de dessin, il employa les fonds qu'il destinait à cet objet à l'achat du terrain propre à former un jardin des plantes ?.
Mort de M. du Terrail ?. M. Maret écrivit à M. de Ruffey pour le complimenter au nom de l’Académie sur ce triste événement ; mais M. de Ruffey, doutant de la sincérité de ce compliment, ne fit point de réponse à cette lettre, se réservant de le faire de vive voix à son retour.
Occupations de M. de Ruffey à Paris : malgré tout, il reste attaché aux intérêts de l'Académie et travaille à lui être utile]
en formant des liaisons avec les plus savants académiciens et autres personnes célèbres el s'instruisant auprès d'eux des choses relalives aux matières académiques. Il fit présent à plusieurs du volume des Mémoires de l’Académie de Dijon, s'empressa d'assister aux séances publiques des diverses académies, fréquenta souvent la Bibliothèque et Le Cabinet d'histoire naturelle du Roi, visita les plus célèbres cabinets de tableaux el les monuments où l’on peut puiser des connaissances utiles aux sciences, aux arts el aux belles-lettres.
A son retour de Paris, M. de Ruffey s'occupa du projet de
donner sa démission de la place de vice-chancelier.
[IL choisit pour la donner le jour où M. Raviot', nouveau
4. V. F. Baudot, 243, f. 35 : « Emprunt de 850 livres pour payer le droit d'amortissement. »
2. Ibid. — V. L'acte de donation, souscrit par Guyton de Morveau el Maret, fut passé le 13 février 1773 par le notaire Béguillet (F. Baudot, 9, p. 167, compte rendu de la séance du 19 février : remerciements de l’Académie à M. Legouz). V. Milsand, Notes ef doc., p. 340 et suiv., le récit de la translation des cendres de L. au Jardin botanique, où elles sont encore avec son buste.