Cette note a ét
reproduite par l'abbé Deberre avec deux légères inexactitudes (p. 249
5 et 11). C£. notre Introduction, p. 12 et suiv.
110 RICHARD DE RUFFÊY
rempli d'armoires grillées, ornées d'une architecture et d'une sculpture élégante. Le plafond est garni de morceaux curieux d'histoire naturelle, et les armoires du fond d’antiquités et d'instruments de physique et autres curiosités singulières. Les trumeaux sont couronnés de trois ‘médaillons en marbre, deux de Louis XIV et le troisième du premier Dauphin, qui passent pour être de la main du fameux Coysevox. Un médaillier de plus de 4.000 médailles antiques et des meilleures médailles modernes complète la décoration de cette bibliothèque. Trois autres cabinets lui servent de supplément, dont un est rempli de pièces curieuses d'histoire naturelle en tous genres. Outre plusieurs grands morceaux lels que le Dictionnaire Encyclopédique, l'Antiquité du P. Monfaucon !, Aldovrand ?, les Mémoires des Académies des Sciences et ceux des Belles-Lettres, on trouve dans cette Bibliothèque une collection de plus de 1.200 journaux et de plus de 2.600 pièces de théâtre, et plusieurs éditions princeps *. »
« M. de Ruffey a élé en relation particulière avec MM. de Buflon,
Daubenton, de Sainte-Palaye, d'Olvet!, Barthélemy *, Schæflin 6, et, à
Dijon, avec les présidents Bouhier et de Brosses. »
1. L'Antiquilé expliquée el représen.ée en fiqures (Paris, 1719-24, en 15 vol. in-fol.).
2. Ulysse Aldrovandi (4522-1605), auteur d’une grande /isloire nalurelle, en 13 vol. in-fol. (v. Journal des Savants, nov. 1668).
3. Cette note a été copiée par l'abbé Deberre avec la plus fâcheuse négligence (p. 250, 1. 20, 24, 31-32; p. 251, 1. 7-8). L'hôtel du président de R. était l’ancien hôtel des comtes de Neufchätel, situé rue Chapelote, aujourd'hui rue Berbisey, 33. C’est dans la bibliothèque décrite ci-dessus que R. réunit les membres de sa Société littéraire. La Bibl. de Dijon conserve (F. Baudot 107) un catalogue ms. d'une partie des livres qui composaient cette bibliothèque.
4. L'abbé d'Olivet (1682-1768), l’auteur de l'Histoire de l'Académie Française.
5. L'abbé Barthélemy (1716-1795), l'auteur du Voyage du jeune Anacharsis (1788). En 1769 il n'avait guère écrit encore que ses Réflexions sur l'alphabet et la langue de Palmyre (Â75%) el son Explication de la mosaïque de Palestrina (1760).
6. Schæpflin (1694-1771), professeur d'histoire et belles-lettres à l'Université luthérienne de Strasbourg, membre correspondant de l’Académie des Inscriptions; auteur de PAlsatia illustrata (Colmar, 4751-62, 2 vol.), des Vindiciae cellicae (1754), des Vindiciae lypographicae (1760), ete. V. la France lilléraire, 1, p. 401-2.
M. de Ruffey a accepté — non demandé — les places d'académicien de Besançon, Pau, Villefranche et Châlons-sur-Marne. Il estime que « toute demande directe d'une place d’académicien ne peut provenir d’un homme d'un véritable mérite et devrait être, dans une bonne académie, un titre d'exclusion. »
Sa place de président à la Chambre des Comptes était pour lui un motif d'exclusion « à cause des démêlés, de la rivalité et de l’antipathie qui ont toujours régné entre le Parlement et la Chambre des Comptes !. »
« M. de Ruffey, malgré les passions de la jeunesse, dont il n’a pas été exempt, a toujours eu un goût marqué pour l'étude et les sciences ; elles lui ont servi de consolation et de remède contre l'oisiveté. Comme il n'avait pas l'esprit et le jargon de la frivolité nécessaire pour paraitre agréable, réussir dans le monde et amuser les femmes qui y donnent le (on, ayant aussi peu de goût pour le jeu, qu'il regardail comme le passeport dessots, il a toujours préféré la retraite de son cabinet aux amusements des sociétés brillantes.
Forcé [d’ailleurs] par le dérangement des affaires de son père à les rétablir par une noble économie, il évitait volontiers les occasions de dépense que le commerce du grand monde rend nécessaires. Il s'était fait le système de ne se piquer de rien, en observant cependant les bienséances autorisées par l'usage.
Ami de la liberté et de la vérité, ennemi de toute contrainte et de toute bassesse, 1l souffrait impatiemment le commerce des sots et des gens peu spirituels; il les fuyait el ne prenait aucun soin de leur cacher l'ennui qu'il en essuyait : sa franchise sur leur compte allait souvent jusqu'à l'indiscrétion. Sa probité peut-être trop austère lui faisait tenir la même conduite à l'égard des malhonnètes gens, qu'il ne ménageait pas davantage, ce qui lui attirait des ennemis; mais il se croyait honoré de leur haine et s’applaudissait de leur avoir déplu.
Cette fermeté de caractère, l'honneur, le désintéressement, la
4. Sur ces démêlés, v. d’Arbaumont, Armorial de la Ch. des Comptes, P. XLVIN.
noblesse de sentiments dont il se piquait, vertus passées de mode dans
ce siècle mercenaire, rendaient M. de Ruffey peu propre à la société.
actuelle, où le vice même est préféré et trop souvent accueilli, pourvu qu'il sache amuser et se rendre utile. Ces vertus antiques lui donnèrent du ridicule et la réputation d'un homme singulier, qui prétendait s'élever au-dessus des autres et les critiquer par sa conduite. Elles lui procurèrent quelque estime, mais ne le firent point amer : 1l eut souvent lieu de s’en apercevoir, ce qui augmenta son goût pour la retraite et son amour pour les Sciences et les Lettres, qui ne lui offrirent que des agréments vrais et solides et une sûre ressource contre l'ennui ! ».
50 (/08) Un homme de lettres...
M. Michaut (v. note 60).
La Sociélé littéraire du président Bouhier :
« Il a tenu chaque semaine dans sa maison de doctes conférences pendant une quinzaine d'années ; elles n’ont cessé qu'à sa mort, arrivée le... 1746. Les gens de lettres qui formaient ces assemblées étaient M. Desforest; M. Léauté, trésorier de la cathédrale, homme profond dans les langues orientales, mais singulièrement savant; M. Bazin, conseiller au Parlement, bon littérateur ; son imagination peu réglée influa sur sa conduite et lui occasionna une mort cruelle causée par une chute de cheval ; les Pères Hennin et Oudin, Jésuites ; ce dernier était un excellent homme et d'une admirable simplicité ; il était fort savant et bon poète latin, quoique ses vers fussent un peu durs et quelquefois obscurs. MM. Michaut, Cocquard et Joly, chanoine de la Chapelote, furent admis en 1738 dans cette docte société ?. »
M. de Ruffey consulta MM. de Brosses, de la Cour, de Chamblane, de Fontette, Bouillet et Cocquard. |
1. Texte reproduit par l'abbé Deberre avec une grave erreur de ponctuation (p. 285, L. 26-29) et plusieurs inexactitudes (p. 286, 1. 5, 17, 20, 27.)
2. Cf. Deberre, 1" partie, ch. 1°". R. a laissé en blanc le jour et le mois de la mort de Bouhier (17 mars). L'hôtel de Boubhier était rue Saint-Fiacre (aujourd’hui rue Vauban, n° 12).
| Ye) A
nv
Outre les personnes nommées ci-dessus, on admit dans la Société littéraire M. Cœurderoy, président aux requêtes du Palais, MM. Jeannin el Espiard de la Borde, conseillers au Parlement, M. de Thésut, ci-devant chevalier d'honneur à la Chambre des Comptes, M. de Brosses de Tournay, frère du président et grand bailli de Gex, M. Léauté, doyen de Saint-Jean, M. l'abbé Joly, chanoine de la Chapelote, M. Lardillon, correspondant de l’Académie des Sciences. On a parlé ou on aura occasion de parler d'une partie de ceux qui composaient la Société littéraire de M. de Ruffey, comme ayant appartenu à J'Académie; quelques traits caractéristiques feront connaître les autres. »
M. Espiard de la Cour : beaucoup d'esprit et une heureuse facilité. Une éducation trop négligée avait influé sur ses mœurs : il s’abandonna à des excès qui ternirent sa réputation et avancèrent le terme de ses jours !.
« M. Jehannin, conseiller au Parlement, cultiva avec quelque avanlage les Lettres et la poésie. Il avait de l'esprit et du goût; quoique d’une humeur fort sérieuse, il aimait le commerce des gens enjoués et se laissa si fort dominer par la passion de l'amour que, par dépit amoureux, 1l fit la folie de se ruiner ?.
M. Jehannin de Chamblanc, conseiller au Parlement, neveu du précédent, possédait le germe de tous les talents, pour lesquels il avait les plus heureuses dispositions : il effleura toutes les sciences, mais, soit paresse ou inconstance, il n’en approfondit jamais aucune. Il avait la physionomie et l'humeur sombres et affectait en tout de la sin-
4. Pierre-Bernard-Philibert Espiard de la Cour (1715-1758). Conseiller en 1741. On a de lui un Recueil d'œuvres mélées et pensées philosophiques, Amsterdam, 1749 (Des Marches, p. 57). A la Société littéraire il lut un Mémoire sur les Triomphes, un autre sur les Conquêtes du peuple romain (impr. dans le Mercure de France, 1753 et 54) Ruffey lut son éloge à la séance du 27 avril ; cet éloge est conservé RME TE coupe a de la Société littéraire » (ms. 4821, f: 257-262).
Philibert Jehannin (1692-1756). Conseiller en 1717 (Petitot, p.217). [se démit de sa charge par la suite. On lui attribue une pièce en vers : « Le retour de Zéphire », divertissement mis en musique par J.-B. Capus el chanté le 7 mars 1728 ; Dijon, Ant. de Fay, 1728 (Galerie bourg., 1, p. 554). 11 écrivit d'autre part des poésies légères, une tragédie : « Mustapha », tirée de l'Illustre Bassa (M'ie de Scudéry), et une traduction en vers de l'opéra « Adrien » de Ta (Éloge de M. Jehannin, par M. de Ruffey, dans les OŒEuvres acad. de la Soc. lit., ms. 4821, p. 250- 254). A la Soc. lit. il lut, le 7 février 1753, une traduction en vers du premier livre du Paradis perdu
(ms. 1628, p. 103).
M. Lace. — Jlisloire secrèle. 8
114 RICHARD DE RUFFEY
vularité, à l'intention de se faire plus remarquer... Cependant aimable quand il voulait, ayant l'esprit orné et beaucoup de mémoire, ce qui rendait sa conversation fort agréable ; il la tournait toujours sur des sujets singuliers el sur les choses les moins connues des pays les plus éloignés... Il composa une nombreuse bibliothque de livres rares et singuliers et se refusait le nécessaire pour l'augmenter... Avec tous les talents pour briller dans une académie, il refusa constamment d'être de celle de Dijon, dou après sa réforme, lui paraissant plus
singulier de n'en pas être M. Espiard de la Borde, conseiller ne au Parlement de Dijon,
avait quelque apparence de talents : mais son esprit était aussi lourd que sa personne. Il était d'une abstraction et d'une gaucherie singulière et manquait absolument de goût. Il a composé un livre intitulé :
L'esprit des nations », où, à travers l'obscurité de la fumée, on
découvre quelques étincelles de génie ?.
M. de Brosses de Tournay : ...son frère ne lui avait même pas laissé sa légitime dans l'esprit et les talents. Il avait quelque faible leinture des arts, particulièrement de l'architecture. Il ne fut reçu dans la Société qu'à la faveur des talents supérieurs de son frère *.
Jean-Bapliste-François Jehannin de Chamblanc (1722-17..). Conseiller Dre résigna sa charge en 1761 (Des Marches, p. 59). «Doué, dit Foisset, de la sagacilé la plus singulière pour les eee énigmatiques, il toatle plus ou moins sérieusement à une paléographie universelle qui n’a jamais paru » (Le prés. de Brosses, p.129.) C'est de lui que provient le Cabinet d'his- Loire naturelle, composé de plus de deux mille articles (Girault, Essais sur Dijon, p. 460). Membre de la Société lit. de R., qui l'appelle Jehannin puiné, il y lut, le 19 juillel 1752, une traduction du livre du comte de Shaftesburv intitulé « Avis à un auteur » (ms. 1628, p. 53).] 1
2, François-Ignace Espiard de la Borde, prêtre (1707-1775). Conseiller clere en 1753 (Des Marches, p. N0). Essai sur le génie des Nations (1743, 2 vol.), réimprimé en 1753 sous le litre d'Esprit des Nations (La France littéraire, If, p.251 et 259).
3. Claude-Charles de Tournay, mortle 21 janvier 1793, est l’un des auteurs de l'Armorial de Bourgogne. I souffrait d'infirmités précoces rapportées des campagnes de Bohème. L'affection que son frère éprouvait pour lui se manifeste dans une lettre à lui adressée le 6 avril 1759 (Foisset, Le prés. de Brosses, p. 128, 560, 573). I fit pour la Société littéraire de nombreux mémoires, lus en 1753 et 54, et conservésdans les OEuvres académiques de cette Société, ms. 4821 : Mémoire sur la poussée des terres (f. 56) ; Nouvelle méthode de construire les corps (de bâtiment) pour la conduite des eaux plates ou jaillissantes-{f. 151) ; Extrait d'un mémoire sur les ouvrages en fer el en acier que lon commence à fabriquer dans la nouvelle manufacture d'Essonne (f.181) ; Notes et observations sur les armoiries (f.225) : Description d’une lampe de nouvelle construetion...(f, 211),
M. Lardillon était rempli de candeur et de probité. La lenteur minutieuse de ses idées et de ses expressions le rendait insipide et ennuyeux ; il ne s’attachaitqu'aux petites choses etaux petits détails. I s’appliqua à l'étude de l’histoire naturelle, mais ne s'éleva jamais au-dessus du grade d’apprenti-naluraliste. Par le crédit d'un académicien de ses amis, il obtint un brevet de correspondant de l'Académie des Sciences de Paris, dont il n'a jamais travaillé à se rendre digne par aucun bon ouvrage. Il faisait des vers sans poésie, mais toujours affectueux, polis et obligeants... ! »
54 (113) Secrétaire de la Société littéraire :
M. Michaut (v. note 60).
« Cette société étendit ses vues sur tous les objets qui pouvaient lui procurer de l'illustration et accélérer ses progrès et sa perfection. Elle admit dans son corps, sous le titre d’associés compatriotes, tous les illustres Bourguignons qui brillaient à Paris par leurs talents et, sous le titre d’associés correspondants, tous ceux qui cultivaient avec distinction les Lettres et les Sciences dans les diverses parties de la province.
Les associés compatriotes furent : MM. de Crébillon, de Buffon, de Courtivron, Rameau, Jurain, l’abbé Le Blanc, de Thésut.
Les associés correspondants furent: M. Nadault?, ancien avocatgénéral de la Chambre des Comptes, MM. Daubenton, MM. Le Tors (d’Avallon), Berriat (d'Auxerre), Gaudelan (de Beaune), du Molin (de Clugny). »
1. Le registre des Séances pour la première année de la Société littéraire (Bibl. de Dijon, ms. 1628) fait connaître et analyse les mémoires lus par ces membres de la Société au cours de cette année 1752-53. M. de la Cour a lu deux mémoires, l’un sur les triomphes (21 juin 1752), l'autre sur les conquêtes du peuple romain (19 déc. 1753); M. de Tournay un mémoire sur la poussée des terres (10 janvier 1753), et un autre sur André du Ryer (31 janvier); M. Lardillon plusieurs mémoires : sur les fourmis (14 juin 1752), sur les 12°, 17°, etc. pour servir deréponse au mémoire de Rameau sur l'identité des octaves (3 janvier 1753, conservé ms. 4821, f. 30-31), sur les effets de la grêle (28 février 1753), sur la façon de faire former des racines aux rejetons des arbres (2 mai ; conservé ms. 4821, f. 127-130), des observations sur le tonnerre et sur quelques matières inflammables (1°" août, ibid, f.177-180).
2, Nadault (Jean), sur lequel Ruffey n’a point laissé de notice (ilfut éluacad. N.R. en 1761), était né à Monthard en 1701 et fut avocat général à la Chambre
116 RICHARD DE RUFFEY
Nolices sur ceux de ces personnages qui n'ont pas été agrégés à
l'Académie après la dissolution de la Société. . M. Le Compasseur, seigneur de Courtivron : fils et petit-fils de deux présidents au Parlement, s'est donné le plus grand ridicule en s'étayant de faux titres pour se fabriquer une origine plus illustre. Ilse dit issu de la famille de Créqui-Montfort, ayant recours à la mauvaise foi el à l'imposture pour supprimer les originaux qui le gênent... Des dispositions pour les mathématiques lui procurèrent une place à l'Académie des Sciences de Paris. Il en accepta une dans la nouvelle société littéraire de M. de Ruffey ; mais se contentant d'un vain titre, ne daigna jamais assister à ses assemblées !.
M. Le Tors, lieutenant criminel à Avallon : quelques talents pour la littérature ; mais la Société littéraire a retiré peu de fruits de son associalion.
M. Berriat, médecin à Auxerre: bon physicien et bon naturaliste. À beaucoup contribué à l'établissement de la Société d'Auxerre
t à la rédaction de la Collection académique, dont les premiers volumes ont été imprimés à Auxerre par ses soins. Ses travaux altérèrent sa santé et ont contribué à avancer ses jours ?.
M. Gaudelan, chanoine à Beaune : lourd compilateur sans goût et sans méthode. À passé sa vié à amasser des matériaux pour l'histoire de Beaune. A été peu utile à la Société littéraire.
M. du Molin, médecin à Clugny fsie) : s'occupait d'histoire naturelle #.
des Comptes de 1730 à 1751, date à laquelle il résigna. Correspondant de l'Acad. des Sciences, il fut un des collaborateurs de Buffon el, sinon le fondateur de la Collection académique (comme l'écrit d° Arbaumont, p. 375-6), du moins un des meilleurs auxiliaires de Gueneau de Montbeillard ie cette vaste entreprise (v. Foisset, Le prés. de Brosses, p. 534-5). Son éloge par Nadault de Buffon (Dijon, 1881). |
Gaspard Le mes de Créqui-Montfort, marquis de Courtivron (4715-4785). Nombreux mémoires publiés dans la Collection de l'Acad. des Sciences. Parmi ses ouvrages on cite une méthode d’approximation pour la résolution des équations numériques (1744), un lraité d'optique (1752), ete. Son éloge par Condorcet, Acad. des Sciences, 26 avril 1786 (Paris,
Hérissant), el par Amanton (Dijon, Frantin 1835).
Berryat. Son éloge par Michault (lu à la séance du 13 mai 4754) est conservé dans les OEuvres académiques de la Soc. lit., 4821, £. 211-216. Les deux premiers volumes de la Collection académique parurent l’année de sa mort
1754), et le Discours préliminaire mis en tête du tome III lui attribue la première pensée de cette œuvre considérable, qui se continua ensuite à Semur sous la direction de Gueneau de Mont beillard (v. Foisset
3. Benoît du Molin (1713-1798) possédait des collections précieuses de plantes, d'insectes et de médailles; à laissé une histoire manuscrite de Cluny
, Le prés. de Brosses,
On reçut dans la Société, dans l’espace de plusieurs années, M. de Belleville, M. l'abbé de Caumont, M. l'abbé Picardet, MM. d'Orgeux, Guénaud {sic} et Morel. (
M. de Belleville : né à Mirebeau, près Dijon; rempli d'esprit, de talents et de bons principes, dont une éducation bourgeoise avait suspendu l'effet. Vie accidentée; mort en 1764: ses maladies ne lui permirent pas de faire usage de sa science pour l'avantage de la Société qui l'avait adopté.
M. de Seistres de Caumont, comte de Lyon et grand vicaire de l'évêché de Dijon : avait profité des instructions de son père, homme de qualité d'Avignon et honoraire étranger de l'Académie des Belles- Lettres de Paris. Malheureusement il mourut jeune.
M. Bégin d'Orgeux, depuis conseiller au Parlement de Dijon : avait de l'esprit, du génie, de la science et des talents, qu'il ne put fixer. Un séjour de quelques mois à Paris le changea totalement : il devint petit-maïitre outré.. Il avait ardemment désiré d'être de la Société littéraire; il y fut bien accueilli, mais s'en dégoûta bientôt sans raison !.
M. Morel, avocat général à la Chambre des Comptes de Dijon. Résidait à Châtillon-sur-Seine. S’appliqua à l'astronomie pratique et communiqua à la Société quelques remarques sur cette science ?.
56 (/15) Durée de la Société lilléraire :
Du 19 avril 1752 au 21 juillet 1761.
et de son abbaye (Galerie bourg., 1, p.312). Un discours de lui, pour servir d'introduction à l’étude de l’histoire naturelle, lu aux séances des 23 et 31 janvier et du 28 février 1753, est conservé dans les OEuvres acad. de la Soc. lit., 4821, f. 65-77.
1. Jean-Marie Bégin d'Orgeux (1736-1803). Conseiller 1762, exilé en 1771 (Des Marches, p. 93).
2, Jean-François Morel, avocat général 1751, mort 1760. Son fils Jean- Gaspard, né en 1730, avocat général 1761 (Armorial de la Ch. des Comptes, p- 379).
Ruffey n’a pas consacré de notice à Gueneau de Montheillard (1720-85), le collaborateur de Buffon pour l'Histoire naturelle des Oiseaux, le continuateur de la Collection académique commencée par Berryat. V. sa biographie (par sa femme) dans la Correspondance de Buffon (Hachette, 1860, Ï, p. 335-341). N. R. : 1761; HN. R.: 1733 (Milsand).
118 RICHARD DE: RUFFEY 57 (/16)
« M. Jehannin mourut le 30 mai 1756, M. de la Cour le 12 mars 1757, et M. Léauté en 1760. MM. de Brosses et Michaut faisaient de fréquents voyages à Paris; M. de Ruffey fit en 1754 un voyage en Ailemagne et en Lorraine pour sa santé. »
58 (17) Causes qui amenèrent la dissolution de la Société littéraire :
«La réception de M. de Fontette à l'Académie, dont 1l avait été directeur, arrivée en 1757, celle de M. de Ruffey en 1759, et la négligence des sociétaires à fréquenter les assemblées, qui furent presque abandonnées en 1761. »
« M. de Ruffey jugea qu'il n'était pas fait pour s'assujettir au mauvais usage introduit de ne faire aucun discours aux réceptions. Personne ne lui répondit : autre indécence qu'il se proposa d’abolir dans lafsuite. 921
«Le premier moyen propre à commencer la restauration de l’Académie était d'augmenter le corps des honoraires et de le remplir de gens de mérite et de talent et de personnes constituées en dignité, qui pussent attirer de la considéralion à cette compagnie et détruire la mauvaise opinion que le public en avait conçue depuis longtemps. Les premiers qui furent choisis furent MM. Michaut, Varenne de Beost et Bouillet.
Quoique M. Michaut ne fût pas d'un état à remplir cette place, il paraissait devoir racheter la bassesse de sa naissance par ses talents littéraires, son zèle et la bonne volonté qu'il avait fait paraitre dans l'exercice de la place de secrétaire de la Société littéraire... »
Une note ultérieure (n. 774) le fait mieux connaître. Fils d'un procureur de Dijon, échoue au barreau: un de ses parents lui procure la place de commis au greffe de l’intendance. Prostitue sa plume à
4. I l'abolit en effet le jour où il répondit au discours de réception de l'ancien évêque de Troyes, Poncet de la Rivière (26 mars 1762). V. note
eus
décrier les Élégies de son ami l'abbé Le Blanc; mais sa brochure intitulée « Le vent de galerne » lui vaut l'admiration d'un vieux parent original qui lui laisse plus de 4.000 francs de rente. Reçu dans la charge de contrôleur des guerres, qui faisait partie de son héritage; fait, d'ailleurs, le commerce des livres. « Sa bibliothèque, qu'on pouvait appeler sa boutique, s’augmenta au point de remplir entièrement sa maison et de parvenir à plus de 20.000 volumes. » Admis aux conférences littéraires du président Bouhier; s'attache à recueillir tout ce qu'il lui entend dire, afin de publier un jour ces compilations.
Incapable de travailler en grand, n'a jamais choisi que de petits sujets qu'il a traités en petit, « tels que la vie du P. Oudin, savant -Jésuile, mais peu connu hors de Dijon, l'édition des Lettres de M. de la Rivière, remplies de puérilités minutieuses et de billets écrits à des bourgeoises. M. Michaut ne manquait cependant pas d'esprit ni même de goût; mais il manquait de génie et n'avait aucune élévation; tout était petit et bas en lui, jusqu'à sa mine et à sa taille. »... Reçu en 1740 pensionnaire de l'Académie, mais « n'ayant pu s'accommoder de sa constitution hétéroclite, il en sortit avec éclat avec plusieurs autres !,
.… Ji fit quelques années après la connaissance de M. de Ruffey, qui, lui trouvant de l'esprit, de la douceur et de la politesse... lhonora de sa familiarité et de son amitié. Ce fut lui qui persuada à ce magistrat de former une société de gens de lettres pour remplacer celle du feu président Bouhier. » M. de Ruffey, en récompense, le prit comme secrétaire de la société, l’admit souvent à sa table, où ses mauvaises plaisanteries amusaient M" de Rulfey, enfin réussit à le faire recevoir honoraire et secrétaire de l'Académie. « Il croyait mériter quelque reconnaissance de sa part; mais il eut le malheur de n'en éprouver que la plus. noire ingralitude » *.
(PNEMmOotLeM?S
2, Jean-Bernard Michault, né à Dijon en 1707, mort en 1770. P.: 1740; H. : 1760 (Milsand). Liste de ses ouvrages dans la Galerie bourg., H, p. 263- 4: cf. Biogr. Didot et France lilléraire, 1, p. 337. Ce sont notamment : des pièces de vers insérées dans le Mercure de France où dans les Nouveaux amusements du cœur et de l'espril; la Dissertalion sur le vent de yalerne, Bâle (Genève) 1740; des Mémoires historiques el philologiques, Paris, 1754 (2 vol.); deux notices (sur le médecin Deleschamps ou Dalechamps, et sur le chevalier de Méré) dans les Æloges de quelques auteurs français publiés par l'abbé Joly (Dijon 1742), ete. Le 1°" registre de la Soc. littéraire rend compte des lectures faites par lui de mai 1752 à avril 53 : notamment une dissertalion sur l’étymologie des mots en «age » et différents articles de sa Vie du P. Oudin. V. d'autre part, sur les lectures faites par lui à l'Académie, F. Baudot 9, — Claude Micault (Mercure dijonnais, p. 216) dit qu'il
120 RICHARD DE RUFFEY
«M. Varenne de Beost était correspondant de l'Académie des Sciences. [1 4vait montré une si grande ardeur pour les sciences el les arts, et surtout l’histoire naturelle, pour les progrès de laquelle il avait fait des dépenses extraordinaires par la collection d'un riche cabinet, qu'il semblait devoir procurer de grands avantages à l’Académie, tant par ses correspondances que par son crédit au bureau des Élus de la province, où il était pourvu d’une place considérable. Les espérances de cette compagnie à son sujet auraient été pleinement remplies si le malheur des circonstances et la crainte de déplaire au Parlement, à qui son père était devenu odieux, n'avaient forcé, quelques années après, l'Académie à l'engager à donner sa démission !. »
M. Bouillet était un homme d'esprit et bon littérateur, qui, par sa place d’avocat général de la Chambre des Comptes, ses talents, ses alliances et ses bonnes connaissances, pouvait deveuir utile à l'Académie et concourir à son rétablissement. »
Une note ultérieure dit qu'il était fils d'un receveur des tailles du Bugey. Alors qu'il était substitut du procureur général de la Chambre, à Dijon, M de Fontette, femme d'un conseiller, le trouvant à son gré, lui ordonna de l'aimer, ce qu'il fit par faiblesse et par complaisance, quoiqu'elle fût laide et méchante; par la suite il épousa. « I] avait de l'esprit et du goût pour les Lettres; sa douceur le faisait aimer; mais cette douceur, qui dégénérait en fadeur, dégoûtait bientôt de son commerce. [l aimait à se faire valoir et se vantait de relations avec les ministres et les grands, dont il montrait avec affectation des lettres, qu'on a prétendu qu'il s'écrivait à lui-même...
On ne lui connaissait pas de caractère à lui : il en changeait pour chaque personne... M. de Ruffey, qui était parent de sa femme, connaissant ses talents littéraires, l'avait choisi pour être membre de la Société qu'il rassemblait chez lui, depuis l'avait fait nommer à une place d’académicien honoraire, et vivait avec lui avec assez d'intimité, » On
mourut le 17 sept. 1750, laissant une belle et nombreuse bibliothèque, âgé de 62 ou 63 ans. « ILavait épousé depuis quelques mois demoiselle N. Bésin, a, ‘il avait entretenue depuis près de trente années. »
. Claude-Marc-Antoine Varenne de Beost, secrétaire en chef des États Hoiiaogne IL. : 1760 (Milsand). Né en 1722 (Mercure dij., p. 140), fils de Re Varenne, dont le mémoire (1762) fut l'occasion d’une dll ‘fameuse entre le Parlement de Dijon et les Élus; R. en parlera plus loin. Lui-même prit à cette lutte une part active, Correspohdant de l’Académie royale des Sciences. Auteur d’une dr concernant les müriers blancs, 1759 (La France littéraire, H, p. . I fonda à l'Argentière le premier jardin botanique qu'il y ait eu à ne (Mercure dij., p.140).
verra plus loin que « malgré cela il se laissa séduire par les flatteries des ennemis de M. de Rutfey : l'honneur d'être le chef d’un parti de sots et de méchants l'emporta dans son esprit sur celui d'être honnête homme et bon citoyen. » !
Commissaires qui travaillèrent avec M. de Ruffey aux nouveaux slalu({s :
MM. Michaut, Gelot et Chardenon.
62 (129) « Mauvais sujels académiques » :
Les sieurs Raudot, Fournier et Guyot.
[Sur Fournier, v. note 26.]
Raudot, originaire d'Avallon, médecin à Dijon, où d'abord « une aventure comique manqua à le perdre : la nièce du fameux Rameau, dont il était médecin, l'accusa de lui avoir fait un enfant etle traduisit en Justice pour le forcer à l’épouser... » Il s'en tira avec de l'argent et épousa la fille du chirurgien Amiot. « Il était souple et adroit; ilen imposat aux femmes et aux personnes peu éclairées par un air mystérieux, un élalage de mots scientifiques et un faux désintéressement. H cachait son insuffisance par un silence prudent devant ses confrères et les personnes capables de le juger et de l'apprécier. Le président Bouhier fut une des victimes de son ignorance.
La conduite qu'il tint à l'Académie mit en évidence son peu de talent... On y aurait même supporté sa médiocrité s'il n'y eût pas joint des prétentions, de la morgue et de l'insolence ?.
1h Guillaume-Élisabeth-Bénigne Bouillet, seigneur d’Aiserey et de la Bourlière, procureur-général à la Chambre des Comptes en 1727 (Armorial de la Ch. des Comptes, p. 3951, mort à Dijon 1775 (Galerie bourg., et F. Baudot 243). H. : 1760 (Milsand), chancelier de l'Acad, 1775, mort la même année et remplacé par l’intendant Dupleix de Bacquencourt (Mils. Notes el doc., p. 321). Discours et mémoires cités dans la Galerie bourg., 1, p. 109-110. Le 1er registre de la Soc. litt. rend compte de son mémoire sur l’ancienne chevalerie (lu le 12 Juillet 1752) et d’un autre mémoire sur le Luxe et Les lois somptuaires (20 février 1753); il fait mention d'une « Ode sur la calomnie » (23 janvier 53). Le 1°" vol. des Mémoires de Acad. rend compte de ses dissertations sur l’héroïsme des femmes et sur la grotte de la Balme. Pour la liste complète des lectures et communications faites par lui à l'Acad.,v. F. Baudot 9.