‹ Histoire Secrète de l'Académie de DijonChapitre 51 sur 52 · Un parent de M. de Fontette · texte numérisé non relu

Un parent de M. de Fontette

M. de Brosses, cousin de M. de Fontette. II « voulut du moins lui sauver la honte du jugement que l'Académie allait prononcer... ».

« On n'aurait jamais pensé que l'Académie dût être exposée à l'avidité des fermiers généraux : la protection dont le roi honore les Sciences devrait les mettre à l'abri de leurs poursuites; mais le besoin qu'on à de leur argent leur donne un crédit auprès des ministres, dont ils ne craignent point d'abuser. Ils savent donner une extension aux lois les plus positives : des interprétations forcées en leur faveur favorisent leurs exactions tyranniques, qu'ils font autoriser par des décisions du Conseil dictées par les commis des intendants des Finances, qui sont communément à leurs gages. Ils prétendent vous faire grâce de ne vous écorcher qu’à demi en réduisant à moitié la plus injuste demande !... »

lieux}, 1702-1774 (Foisset, Le prés. de Brosses, p. 527), conseiller, garde des sceaux de la chancellerie de Dijon 1722 (Petitot, p. 233). Nommé ministre plénipotentiaire à Gênes en 1753 (Mercure diy., p. 63). Quand son neveu Jean-Philibert fut maintenu par Maupeou à la tête du Parlement (17714), il lui ferma sa maison (Des Marches, p. 11%).

1. Citons quelques lignes d’une amusante lettre écrite par Ruffey à Lebault et conservée par la Bibl. de Dijon (ms. 1627, fe 93) : « Le sort de l’Académie de Bourgogne est d’être attaquée par tous les vices. Elle a déjà triomphé par mon secours de six vices capitaux ; elle implore le vôtre contre le septième, avec lequel elle est actuellement aux prises. Ce dernier ennemi n'est pas le moins dangereux : vous en conviendrez quand vous saurez que c'est l'avarice. Un de ses suppôts, dit Bonard, aucunement parent de celui dont la mémoire est encore révérée parmi nous pour son attachement au beau sexe, nous a régalés d'une semonce anti-académique où le traitre, avec une barbare politesse, nous invite à lui laisser lever double dîme sur le pécule des Muses el sur les lauriers d’Apollon. Cette injure intéresse toute la république des Lettres. Vous êtes devenu un de ses plus zélés citoyens : ce titre doit vous engager à nous prêter main-forte contre les attaques sacrilèges de Plutus.

Vous êtes en liaison avec M. de Propiac qui, quoiqu'un de ses ministres, pense souvent au-dessus de son état. Je vous prie de le voir... »

Suivent une lettre au prince de Condé et plusieurs lettres à M. du Terrail

sur le même sujet.

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129 (287) M. le marquis de Paulmy.

« Malgré les occupations du ministère où 1l a été employé et ses ambassades de Suisse, de Pologne et de Venise, dont il a même profité pour augmenter ses connaissances el la bibliothèque immense qu'il a formée lui-même, il est membre de l'Académie Française et honoraire de celle des Belles-Lettres et de celle des Sciences. L'Académie de Berlin s'est fait honneur de l'associér à ses'travaux.….

M. de Paulmy, ayant épousé Mi! de la Marche, fille du premier président au Parlement de Dijon, fut pour ainsi dire naturalisé bourguignon par ce mariage, qui autorisa l'Académie de Dijon à lui offrir une place d'honoraire qu'il accepta avec reconnaissance !. »

« M. l'abbé Le Blane est né à Dijon. Sa famille était au-dessous du médiocre : son père, après avoir exercé quelque temps l'office de commis dans un greffe du Parlement, manquant de fortune, prit l'emploi de geûlier de la Conciergerie. Ce père, très borné et pensant bassement, était incapable de lui donner aucun principe d'éducation. Il gourmanda la Jeunesse de son fils avec une sévérilé mal entendue, qui contribua à augmenter la dureté naturelle de son caractère.

M. l'abbé Le Blanc fut désigné à l'état ecclésiastique par un oncle qui lui résigna un canonicat du revenu le plus modique. Quoiqu'il eût fait des études médiocres, l'exemple de quelques amis qui cultivaient la poésie l’engageait à s’y appliquer : il préluda dans cet art par des essais qui annonçaient quelque lalent. Après la mort de son oncle, se voyant sans ressource, il prit le parti d'aller à Paris, où il vécut pendant plusieurs années presque dans la misère ou aux dépens de quelque femme âgée qui payait à bon marché ses Jeunes talents.

1. Marc-Antoine-René de Paulmy (1722-1787), maître des requêtes, fils de M. d’Argenson, ministre des Affaires étrangères, et neveu du ministre de la guerre. Adjoint à son oncle à partir de 1751 et ministre lui-même de 1754 à 14758 (Mercure dij., p. 25, note). H. N. R. : 1766 (Mils.). Il est surtout célèbre par sa magnifique bibliothèque, qu'il vendit au comte d'Artois et qui est aujourd'hui la Bibliothèque de l’Arsenal. Il avait épousé Mie de la Marche, fille du président Claude Philibert. Le Mercure dij. parle des fètes données à Dijon en son honneur en 1752 (p. 56-58) et 1755 (p. 88). L'extrait de la Table des Reg. F, Baudot 243 mentionne, à la date de 1767, la « proposition de M. de Paulmy au sujet du droit d'amortissement » et l'offre faite par M. de Ruffey d’un contrat sur l'Hôtel de Ville en échange des contrats sur la Bourgogne. Cette offre fut « acceptée avec reconnaissance ».

M. l'abbé Le Blanc s'étant procuré quelque connaissance tant de sens de lettres que d'amateurs opulents, il en reçut quelques secours qui l’aidèrent à subsister. Il leur faisait présent aux étrennes de bijoux de la valeur de deux ou trois louis chacun : ils lui en rendaient d'autres valant le double ou le triple de son présent. Un d’entre eux lui légua par son testament une somme de mille écus ävec cette clause en latin : « ob probitatem in inopia, » Cette nouvelle façon de donner révolla son amour-propre : malgré son extrême besoin il ne se résolut qu'avec peine à accepter ce legs sur la parole de ses amis, qui l'assurèrent que cette clause lui faisait honneur.

M. l'abbé Le Blanc se fit connaître avantageusement par un recueil d’élégies, qui furent vivement criliquées par M. Michaut, qu'il avait cru son ami. Quelques années après, il donna au Théâtre français sa tragédie d’'Abensaïd, qui lui procura de la réputation. Ses ennemis ont prétendu que cette pièce n'était pas de lui, mais de M. le comte de Nocé, qui le logeait ; d'autres ont dit qu'il n’en avait fait que les vers. Ces bruits ont élé autorisés par sa conduite, n'ayant fait depuis aucune autre pièce de théâtre, et même rien qui valût cet ouvrage.

M. l'abbé Le Blanc, à titre d'auteur, fut reçu dans plusieurs bonnes maisons de Paris et s’introduisit chez quelques gens de la Cour et chez les étrangers distingués où 1l trouvait des dîners habituels en bonne compagnie, quoiqu'il n'en eût aucunement le ton, s'étant toujours piqué d’une franchise dure. et grossière qui lui à fait beaucoup d’'ennemis.

On lui a proposé plus d’une fois de se charger de l'éducation de quelque jeune seigneur dont la maison lui aurait procuré un sort honnète et ulile et aurait travaillé à sa fortune; mais il a (oujours obstinément refusé ce parti, {ant par amour de l'indépendance que par vanité, prétendant que dans cet état il serait devenu mauvaise compagnie et se serait exclu des honneurs littéraires auxquels il a toujours aspiré. Il poussait l'indépendance si loin qu'un Jour, en présence de M. de Ruffey et peut-être pour qu'il en fût le témoin, il se refusa à une invitation que Madame du Maine Jui envoya faire de venir à Sceaux. Il avait été introduit chez cette princesse par M la duchesse de Brissac, sœur de M. du Terrail, qui, en qualité de bourguignon et d'homme de lettres, le protège depuis longtemps. Il trouva un plus illustre protecteur dans la personne du comte de Clermont, prince qui lui donna une place dans la Société des arts qui s'assemblait chez lui. La réception de ce prince à l'Académie Française fut célébrée en 1753 par M. l'abbé Le Blanc dans une lettre pesante et diffuse adressée à M. le président de Ruffey, qui lui répondit avec plus de précision et de justesse. |

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M. l'abbé Le Blanc a fait une étude particulière de la connaissance des tableaux. Il composa deux brochures sur l'exposition au Louvre de ceux de nos peintres en 1747 et en 1753, où il parle en homme instruit, La réputation de ses talents en ce genre lui devint utile : il fut consulté et chargé par des amateurs opulents de l'achat de tableaux d'un grand prix dans les ventes qui s'en faisaient, Outre les présents qu'il en reçut, cela lui donna occasion de brocanter incognito. Il composa un cabinet précieux de tableaux et autres meubles de goût, que M. de Ruffey, au bout de douze ans, trouva entièrement changé et renouvelé.

M. de Marigny, surintendant des bâtiments du roi, le jugea digne de l'accompagner dans son voyage d'Italie. Il répondit mal à cet honneur : dès la troisième journée M. de Marigny fut dégoûté de sa familiarité et de ses contrariétés et fut forcé de le haïr et de le mépriser. Pour s'en venger el s'amuser à ses dépens, il fit déguiser en Pantalon un de ses laquais, qui avait de l'esprit et de l'intelligence et savait l'italien : ce masque aborda M. l'abbé Le Blanc au milieu d’une rue de Venise, lui prodigua les louanges les plus outrées, les témoignages du plus grand respect et de la plus grande estime de la part de sa nation. L'abbé enthousiasmé s’enivra à longs traits de la fumée dé cet encens grossier et ne manqua pas de publier sa bonne fortune au souper de M. de Marigny; mais les ris du laquais qui avait fait le personnage de Pantalon découvrirent à toute l’assemblée:la vérité humiliante de cette comique aventure.

Son amour-propre essuya quelques autres mortificalions qui décelèrent son ignorance, qu'il crovait cacher par un ton décisif et hardi qui en imposait à ceux qui ne le connaissaient pas. Il prit en Italie pour le tableau précieux d'un grand maître un tableau peint sur le battant d'une armoire où il élait conservé. Raisonnant à Dijon sur l'architecture du portail de l'église de St-Michel, il jugea cet édifice bâti en 1635, quoiqu'il fût de cent ans plus ancien, se laissant tromper par un milliaire qu'il découvrit dans une des pièces de ce portail bâti à plusieurs reprises.

Le goût manquait à M. l'abbé Le Blanc; il était trop opiniâtre et trop glorieux pour en acquérir en consultant les autres. Il avait de l'esprit et un gros bon sens qu'il qualifiait de philosophie ; mais l'excès de son orgueil grossier et exclusif révoltait tout le monde et altérait l'estime que ses bonnes qualités pouvaient inspirer pour lui.

M. l'abbé Le Blanc a cependant eu des amis d’un mérite distingué : M. du Terrail, M. de la Chaussée, M. de Buffon, qui lui ont rendu de grands services. Ce dernier lui procura la connaissance de milord Kington, qui à sa recommandation l'emmena en Angleterre, où il

séjourna un an chez ce milord. Ce voyage lui a fourni le sujet de ses Lettres sur les Anglais, ouvrage qui lui à fait honneur, mais dans lequel on lui a reproché avec raison de s'occuper souvent plus de luimême que de son objet.

Les défauts de M. l'abbé Le Blanc étaient des défauts de son caractère plutôt que de son cœur. Il était serviable, bon ami et honnête homme; mais sa maladresse à parler à tout propos de sa probité faisait douter de la réalité d’une vertu qu'il voulait rendre exclusive à sa personne. Il s’attira par sa dureté et son insolence la haine de toùs les auteurs. MM. Robé, Bret, l'abbé Desfontaines, Fréron l’accablèrent de traits satiriques. Il eut le crédit de faire enfermer ce dernier à Vincennes, ce qui l’humilia sans le faire taire. Piron fit sur lui une plaisanterie qui amusa tout Paris : il répondit à quelqu'un qui lui demandait son adresse qu’il logeait toujours dans la rue des Bons- Enfants chez'son cordonnier, qui se trouvait être un maréchal. M. de Ruffey fut un jour témoin de la férocité de son caractère. Se promenant avec lui au Palais Royal, l'abbé Desfontaines le salua en passant et lui dit qu'il était son serviteur; l'abbé Le Blanc lui répondit :« Et moi, Je ne suis pas le serviteur d'un coquin comme vous. »

C'est cette dureté qui lui a fermé depuis vingt ans la porte de l’Académie Française, les académiciens craignant les ruades d’un tel confrère. Il a remué ciel et terre pour cet objet : le crédit de M. de Buffon, de M. de Cossé, de M®° de Pompadour même n'ont pu lui obtenir ce qu'il désire si ardemment. Il ne se rebute pas cependant : 1l compte sur son mérite et sur sa persévérance. Ses fréquentes tentatives ont fait le sujet d'une fable allégorique qui paraît faite de bonne main, mais dont on ignore l'auteur. Cette fable est intitulée : le Dogue.

Un prince avait une meute d'élite

De chiens égaux, hardis et bons veneurs, De tout gibier connaissant le mérite,

Bref réputés pour les plus beaux hurleurs.

Chaque semaine avaient trois fois curée, Et n’était chien dans toute la contrée

Qui n'estimât une insigne faveur

D'être compté dans la meute royale.

Un certain dogue à voix rauque et brutale Depuis vingt ans briguait un tel honneur, A tous venants vantait avec scandale Ses grands exploits, sa force et sa vigueur, « Écoutez-moi ! je suis un philosophe, Ami des grands, des petits protecteur, M. LAxGe. — Hisloire secrèle. 11

162 RICHARD DE RUFFEY

En Germanie on connaît mon étoffe :

J'y fus prisé par plus d'un Électeur.

En Albion parmi mes camarades

J’ai su briller à force de bravades :

Sur ma parole on m'y croit un docteur.

Delà les monts j'eus moins de réussite :

Ces Pantalons savent-ils au mérite Donner le prix ? je suis un dogue enfin, Et pour leur plaire il faut être un doguin.

Mon ferme esprit dédaigne les bassesses Que le vulgaire appelle politesses.

Il me suffit d’être de moi content.

Qu'on m'applaudisse, ou qu'on craigne ma dent! »

Ainsi Mouflard aboyait son mérite ;

Mais pour la meute en vain il sollicite.

Un lévrier d'esprit et de bon sens

Lui dit : « Ami, vous perdez votre temps.

Un vain espoir vous trouble ; être à sa place Est à mon gré le premier des talents.

Quoi ! pourriez-vous avec si lourde masse Suivre la meute et fournir à la chasse ? Vous n'y feriez que des pas chancelants.

Je sais courir, et le barbet rapporte :

Le dogue est fait pour garder une porte. »

Maître Mouflard, les yeux étincelants

À ce propos, gronde et montre les dents.

Le lévrier, craignant peu sa poursuite, Trouve à l’instant son salut dans la fuite !.

4. L'abbé Deberre a donné des extraits de cette notice, avec une grave faute de copie, p. 272, 1. 15-16. Il a publié aussi une lettre inédite de Ruffey à M. du Terrail, qui faisait de sa libéralité la condition de l'élection de l'abbé Le Blanc à l’Académie de Dijon (p. 273-#).

Jean-Bernard Le Blanc (abbé), 1707-1781, membre des académies Della Crusca et des Arcades de Rome, de l’Institut de Bologne, de l’Acad, de Dijon et de la Société académique des arts de Paris. Liste de ses œuvres dans la Galerie bourguignonne (I, p. 114-415); notamment : Élégies (1731; la critique de Michaut imprimée en 1734, avec des Réflexions sur l'élégie en général el en particulier; v. Goujet, Bibliothèque française, TI, p. 278-285) ; Aben-Saïd, empereur des Mogols, lrag. en vers, 1735 ; Lettres d'un Français sur les Anglais, 3 vol., 1743 (réimpr. en 1749, 54 et 58); Lettre sur les lableaux exposés au Louvre, 1747; Observations sur les ouvrages de l'Académie de peinture el de sculpture, 1753; Le Patriote anglais, 1756. La lettre dont parle Ruffey sur l'élection du comte de Clermont à lAcad. Française est conservée, avec la réponse de Ruffew,

NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE SECRÈTE 163 131 (291) L'abbé Le Blanc voulait être honoraire.

Comme M. Michaut. Mais la « place qu'occupe M. Michaut est un abus à réformer à sa mort, pour qu'il ne puisse jamais servir d'exemple »,

Ont «indiscrèlement ambitionné » le titre d'honoraire : : un professeur de mathémaliques…

L'abbé Jurain (v. note 97), 133 (294)

Un garde du corps :

M. Thomassin de Juilly. A servi avec distinction dans les gardes du roi, où il a obtenu quelques grades. Bourgeois gentilhomme, se fabriqua une généalogie et parvint à obtenir des lettres de confirmation d'une noblesse qui n'a jamais existé. « L’'orgueil a nouvellement

inventé cette supercherie favorable à l’amour-propre, sur laquelle le ministère ferme abusivement les yeux... »

c È Faisait des vers qu'il adressait aux dames el aux seigneurs de la É Cour. Demanda et obtint des places dans les académies d'Angers et de Montauban, puis de Dijon. Sa lettre était d’une fatuité ridicule. Mécontent d’une place d’académicien non résidant, il écrivit à l'Aca-

à la Bibliothèque de Dijon (20.830). Le ms. des OEuvres académiques de la Société littéraire contient de lui une /mitation d'Anacréon, traduite (en vers) de l’anglais de Prior (lecture du # juillet 1753, ms. 4821, f. 149). La même Bibliothèque possède encore de lui une « épiître à M. le président Bouhier sur la nécessité d'établir à Dijon une Académie des belles Lettres » (Anc. Fonds 496, f. 232). L'abbé Deberre lui a consacré quelques pages (p. (01-106) et renvoie aux Goncourt : Portraits intimes du X VIII ., p. 57-71; à Lanson : Nivelle de la Chaussée, pass., et aux Portefeuilles du prés. Bouhier, publ. par Emm. de Broglie. V.' aussi, sur ses protections, Foisset, Le prés. de Brosses, p. 528-9; Voltaire, pass., notamment la lettre à d'Alembert, du 27 février 1764, où il dit qu'il voudrait voir l’abbé Le Blanc portier de l'Académie Française : « personne ne voudra plus entrer... » Les vers cités par R., et dont il ignore l’auteur, sont de Piron (lettre inédite de Rigolev de Juvigny, 8 juin 1774, Bibl. de Dijon, ms. 1627, fo 157); mais Rigoley, les trouvant trop satiriques, ne les a pas publiés dans son édition de Piron (7 vol., Paris, Lambert, 1736).

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démie pour s'en plaindre : elle lui répondit que la place d’honoraire élait réservée aux officiers de son corps, les places de gardes du roi, si honorables qu’elles fussent, étant cependant subalternes. Cette réponse mortifia sa vanité : il finit par donner sa démission .

à 4384 (295) Un avocat :

M. Cocquard, pensionnaire dans l'ancienne académie. Quand on voulut lui rendre cette place dans la nouvelle, il tergiversa et tira en longueur. On apprit qu'il voulait être honoraire : sa profession d’avo-

cat s'y opposail.

135 (296) De simples ecclésiastiques.

M. Colas. « Il avait quelques talents pour la Chaire, dont la disette d'orateurs sacrés augmentait le prix en province... Quelques années après, il se combla de ridicule en prèchant aux Ursulines de Dijon la béatification de la mère Angél... (sie)... Il alla cacher sa honte à Paris, où il a prèché pour se faire connaître... »

136 (297) Un honoraire de l’ancienne Académie...

L'abbé Fabarel (v. note 14).

« Si M. l'abbé Fabarel avait repris son rang à l'Académie, il aurait été le plus ancien des honoraires, qu'il aurait prétendu présider, ce qui paraissait peu convenable... »

1. Thomassin de Juilly (le chevalier), à Arc en Barrois, N. R. : 42 décembre 1766 ; I. N. R. : 26 février 1773 (Milsand). Le ms. 1627 de la Bibl. de Dijon contient (f. 140 et suiv.) son discours de réception : Que les Sciences, loin de corrompre les mœurs, ne lendent qu'à les perfectionner.

Ancienne lour, dont l'abbé Fabarel s'était démis en faveur de l’Académie.

La tour carrée, « un des rares vestiges de l’ancien palais des ducs de Bourgogne, appelé depuis vulgairement le Logis du roi... M: l'abbé Fabarel n’était pas astronome ; il se servit de ce prétexte pour obtenir la concession de cette tour, où la chronique médisante a prétendu qu'il menait habituellement des filles. »

139 (303) Le prince de Condé haranqué à Dijon.

A son arrivée par la voix de l’ancien évêque de Troyes (Poncet de la Rivière), chancelier ; à son départ par celle de M. de Ruffey, vicechancelier.

140 (306) L'auteur du mémoire couronné en 1766 :

M. Roze, prètre du diocèse de Besançon. Le sujet de ce prix « était de donner un traité élémentaire de morale, dans lequel les devoirs de la vie civile seraient expliqués et mis à portée de la jeunesse des collèges ». (Ouvrage fort augmenté depuis et imprimé en 2 vol. in-12, Paris, 1767.)

Le buste du prince.

Don de M. Legoux, qui « employa le ciseau du sieur Attiret !... pour sculpter le buste des grands hommes de la Bourgogne, dont il orna la salle de l'Académie. Celui du prince de Condé fut le premier. »

Louanges données au prince par le secrétaire (Maret), par l’ancien

|. 1728-1804. Auteur d'une statue de Voltaire, autrefois au foyer de la Comédie Française (Girault, Essais sur Dijon, p. #75).

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évêque de Troyes, qui fit un discours sur la vraie gloire, par M. de Ruffey, qui le loua sous le voile de l’allégorie en récitant sa fable : La Vigne et le Laurier !, par M. Picardet l'aîné, qui lut un chant de son poème sur les Fleurs (il y avait cousu quelques louanges pour Île prince) ?. |

Le prince de Condé « promil à l'Académie de faire porter à son suisse la livrée de la maison de Condé... »

Ce qui fut trouvé mauvais par les directeurs. Quant à M. de Ruffey, il s'en félicite, mais observe que « l'habillement de ce suisse coûta plus de 25 pistoles. Le prince, s'il eût été généreux... en eût gratifié l'Académie... »

Ici R. entonne un dithyrambe sur le degré de gloire et d’honneur qui avait succédé à la bassesse et à l’avilissement de cette compagnie. Désormais « elle peut baisser, mais ne pourra jamais tomber et s'élèvera toujours aisément toutes les fois qu'il se trouvera à sa têle quelqu'un qui sache penser et agir. L'Académie se purgera insensiblement du mauvais levain de son ancienne constitution. L'ignorance et la paresse disparaîtront avec ceux qui s'en étaient fait une habitude méprisable : personne n'osera désormais s'y introduire sans y apporter l'amour du travail, quelques talents, ou au moins l'envie d'en acquérir et de les perfectionner. Le fondateur même, s'il revoyait la lumière, méconnaîtrail son ouvrage et serait agréablement surpris de voir changée en palais la chaumière qu'il avait édifiée ».

144 (310) Le prince de Condé promil.. son portrait.

Cette promesse n’a pas été tenue. Rufley en donne pour raison les grandes dépenses du prince de Condé.

« Un fameux peintre en miniature... »

M. Venevaut, né à Dijon. Fut enfant de chœur de la Ste Chapelle

1. V. Mém. de l’Acad., I, p. 365; Deberre, p. 277-8. 2. Date de cette solennité : 18 juillet 1766 (v. Milsand, Notes el doc., p. 247 ; Mercure de France, novembre 1766, p. 135-152).

* de cette ville. Ses talents supérieurs dans la miniature « l'ont fait

connaître avantageusement tant à Paris qu'à la cour de Lorraine et lui ont procuré une place dans l'Académie de peinture. Ses portraits auraient été d'un plus grand prix s'il eût joint à la délicatesse du pinceau la perfection de la ressemblance ». Il fut reconnaissant à l'Académie de Dijon de se l'être associé sur la proposition de M. de Ruffey !.

Piron « refusa l'honneur qu'on voulait lui faire de placer son buste à l’Académie ; mais M. Le Goux imagina d’escamoter sa physionomie par le moyen de deux dessinateurs qui l’allèrent voir de sa part : la mauvaise vue de M. Piron contribua à faire réussir celte innocente supercherie. On pourrait attribuer à un excès de modestie le refus du poète bourguignon, si l’on ignorait que son buste sculpté par Caffieri se trouvait placé dans son antichambre bien auparavant son refus... »?.

« M. de Bourbonne, président au Parlement de Bourgogne, est d'un [manque un mot : caractère ?] doux, aimable et poli; il a de l'esprit, beaucoup d'aménité et d'usage du monde. Sa mauvaise santé et ses fréquentes attaques de goutte peuvent contribuer à l'indolence qu'on lui reproche, dont le gros jeu peut seul le faire sortir.

Possesseur de la bibliothèque du président Bouhier, son grand père, une des plus belles du royaume pour un particulier, il y à puisé des connaissances utiles et agréables, qu'il a perfectionnées par les voyages d'Angleterre et d'Italie et par de fréquents séjours à Paris... » Riche cabinet de tableaux ; grande fortune. « Quoique fort dissipé par le

4. Milsand écrit, à tort, Vénevant. N. R. : 21 janvier 1763. Nicolas Venevaut, mort à Paris 1775 (Galerie bourg., WI, p. 299). Le tableau dont parle Ruffey (miniature allégorique de la bataille de Friedberg) est décrit au tome [ des Mém. de l’Acad. de Dijon, p. Lix.

2. Piron (Alexis), né à Dijon 1689, mort à Paris 1773; H. N. R. 1762

(Milsand). Son éloge, par Perret, lu le 23 déc. 1773 (Dijon, Frantin, 1774). V. Milsand, Bibliogr. bourg., p. 148, et Suppl', p. 21. * L'abbé Deberre signale une lettre du président de Brosses à R, (27 mai 1762) annonçant que « notre bon Piron, malgré sa répugnance connue pour toute place académique, a accepté celle que je lui offrais à Dijon » (Deberre, p. 271). D’après la Table des registres (F. Baudot 9) il aurait écrit lui-même à l’Acad. de Dijon pour solliciter une place d’honoraire (11 juin 1762). IL envoya à l’Acad. en 1768 une ode : Orgies et bacchanales, en 1772 une autre pièce de vers : Épitaphe du genre humain (ibid.).

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commerce des femmes, M. de Bourbonne consacre cependant des moments à l'étude... Des chagrins domestiques... l'ont empêché jusques iei de venir à l'Académie el même de confirmer par sa réception le titre d'académicien qui lui a été donné !. »

«…. M. Le Goux, conduit presque par hasard dans le cabinet d’his- Loire naturelle, fut du plus grand étonnement d'y trouver son buste ; il se plaignit de cette surprise et sortit pour se dérober aux compliments. Mais quelques jours après sa modestie devint moins austère : il s'accoutuma insensiblement aux témoignages de la reconnaissance de l’Académie... »

149 (378) Poële que l'Académie « recul presque malgré elle ».

«M. Poinsinet le jeune, connu à Paris par plusieurs ouvrages, mais encore plus par ses ridicules. Il avait fait connaissance avec M. de Ruftey chez M. de Voltaire qui, au retour d'un voyage d'Italie, l’ayait reçu chez lui par bonté et lui donnait depuis cinq mois un asile contre l'indigence.…. »

Cinq ans après, il fit jouer à Dijon un divertissement en l'honneur du prince de Condé (1766)... « Il avait précédemment fait des tentalives pour entrer à l’Académie de Dijon, à laquelle il avait envoyé son poème sur l'Inoculation... M. de Frazans avança cette imposture que le prince désirait son élection, et il fut élu en l'absence de M. de Ruffey.

M. Poinsinel ne manquait pas d'esprit et de talents : il a fait quelques bons ouvrages, entre autres la petite pièce du Cercle, qui a fait dire de lui qu'il avait écouté aux portes de la bonne compagnie ; mais 1l était sot et organisé pour faire des sottises. Sa crédulité n'avait pas d’égale..….. » Rufley en cite plusieurs exemples.

«... Avant eu à Paris un procès malhonnête contre une fille publique à qui il refusa de rendre une montre qu'il avait pris (sie) d'elle en gage,

1. Marie-Antoine-Bernard-Claude Chartraire de Bourbonne (1737-1781), conseiller 1756, président à mortier 1758 sur la résignalion de son père Jean-François-Gabriel-Bénigne (1713-1760) (Des Marches, p. 7 et 12). H. : 14 août 1767 (Milsand). Sur la bibliothèque du président Bouhier, dont il avait hérité (son père était le gendre de B.), v. Des Guerrois, Le président Bouhier, sa vie, ses ouvrages, sa bibliothèque, Paris, 1855; Emm. de Broglie, Les portefeuilles du président Bouhier, Paris, 1896,

quoiqu'il eût gagné ce procès par la forme, le public et l'Académie ne le crurent pas justifié. A la réquisition de M. l'ancien évêque de Troyes, son nom fut rayé des listes de l'Académie !. »

450 (320) Académiciens (de Dijon) qui se sont rendus indignes de ce nom :

« De trois personnes de ce genre deux ont été réellement chassées (Bernard Piron et l'abbé Richard), l'autre se retira parce qu'il s'aperçut qu'on était peu content de lui. » C'était M. Briois, fils d'un avocat au Parlement de Dijon ; il était « fort disgrâcié de la nature, tant pour le corps que pour l'esprit... Il fit (à l'Académie) un discours sur le mariage, si mauvais el si plein d’obscénités qu'il scandalisa toute l'assemblée... Ce petit homme s'attendait à des applaudissements : il

sortit en colère de l’Académie, où il n'est plus rentré ?. »

Il a été question plus haut de l'abbé Richard (v. note 43).

« M. Piron, fils d’un apothicaire de Dijon et neveu du poète Piron, avail quelques prémices de talents pour la poésie et la littérature, qu'il n’a pas cultivés, {ant par le conseil de son oncle que par son goût pour la débauche. Ayant commis, avec des libertins de ses amis,

1. Antoine-Alexandre-Ffenri Poinsinet (1735-69). Poèmes, épitres, trasédies, héroïdes, comédies (le Faux Dervis, 1757 ; Sancho-Pança, 1762 ; Le Cercle, 176%; le Sorcier, 176% ; Tom Jones, 1765 ; La Réconcilialion villageoise, 1765 ; le Choix des Dieux, ou les Féles de Bourgogne, divertissement pour $S. A.S. M£le Prince de Condé, 1766 (La France littéraire, 1, p. 367-8).

Voir Voltaire, éd. Beuchot, LVI, p.777, et LIX, p. 455.

C : 18 juillet 1766. Ruffey ne dit pas qu'il avait lui-même répondu au discours de réception de Poinsinet : « Il parlait de ses ouvrages, des suffrages dont l'avaient honoré M£' le Duc et Mme la Duchesse d'Orléans, M. de Voltaire et l’Académie des Arcades, puis s'était arrêté sur le drame ingénieux dans lequel M. Poinsinet avait délicatement tracé l'éloge du héros protecteur de l'Académie... M. de Ruffey lui exposa ensuite l'étendue des obligations qu'il contractait et lui fit sentir que, membre d’un corps respectable et respecté, il devait se faire gloire d’honorer une place qu'il avait désirée avec le plus vif empressement. » (Registres de l’Acad., ITT, f. 159.)

Poinsinet fut expulsé de l’Académie (1768) pour avoir pris la qualité d’académicien de Dijon « dans un mémoire contentieux qu'il avait fait imprimer dans un procès qu'un homme délicat n'aurait jamais soutenu ». (/bid., IV, f. 177 et suiv.)

La note de Ruffey a été publiée par l'abbé Deberre, mais inexactement (p. 275-6) : il en a écourté et arrangé la fin.

2. Briois, avocat à Dijon, P.: 1744 (Milsand). I fut élu le 9 janvier, lut son Discours sur le mariage les 31 janvier et 7 février, et démissionna deux ans après, le 18 février 1746 (F. Baudot 9).

170 RICHARD DE RUFFEY

des impiélés scandaleuses qui pouvaient lui faire redouter la sévérité des lois, si les égards que méritait sa famille n'en avaient arrêté l'effet, on lui fit dire de ne plus rentrer à l'Académie !. »

Divers protégés de M. Maret qui, impérieux et intrigant, voulait profiter de sa place pour se faire des amis et des partisans :

« François, Jeune homme de Lorraine que M""° la comtesse de Rochechouart honorait de ses bontés et qui, à quatorze ans, montrait les plus heureuses dispositions pour la poésie. M. de Ruffey, pour l’encourager, le fit recevoir à l'Académie malgré les obstacles de son âge ; mais là M. Maret voulut le protéger à son tour, s'empara de son esprit, et cette protection subalterne n'a servi qu'à le gâter : il n'a fait aucun progrès... ?

1. Bernard Piron, né à Dijon 1718, mort 1812. A :1740, P : 1746 (Milsand).

Avocat au Parlement de Dijon ; habile, comme son oncle, à aiguiser l’épigramme et passionné pour la poésie (Galerie bourg., I, p. 453-4). Reçu associé pour la classe de médecine en 1740, il avait passé à la classe de morale en 1744. I] lut à l'Académie : en 1744 un discours sur la Calomnie; en 1746 une ode sur la Mort, une ode sur les Femmes, el une ode sur les Psaumes. Il donna sa démission le 9 août 1748 (F. Baudot 9, f. 220).

2. Nicolas-Louis-François de Neufchäleau (1752-1828). C’est le futur président de l'Assemblée Législative, membre du Directoire, ministre de l'intérieur, comte de l'Empire, président du Sénat, ete., membre de l’Institut en 1797, l’auteur de Paméla (1793) et autres ouvrages dont on trouvera les Litres dans la Biogr. univ., tome XIV. Notice dans la France Lilléraire

1769) : « Associé des académies de Dijon, Marseille, Lyon et de la Société

royale de Nancy. Poésies diverses (1765); Vers sur l'Enfance, dans le Mercure de juin 1765 et dans l’'Almanach des Muses ; Remerciement à M" de l’Académie de Dijon, pièce insérée aussi dans le Mercure et le Journal encyclopédique ; Pièces fugitives (1766) ; Vers à M. de Voltaire placés dans lous les papiers publics ; Poésies diverses de deux amis (François et Mally, 1768) ». fr. litt., 1, p. 270; IT, p. 464, 469.

Les Registres de l'Académie (II, f. 42) mentionnent que François de Neufchâteau, fils d'un pauvre maître d'école de village, a été reçu à treize ans associé correspondant de l'Académie de Dijon (28 juin 1765). L'Acad. « espère de la sensibilité de cœur de M. François qu’appliqué à mériter toujours les bontés de ses protecteurs... il veillera sur lui-même avec précaution, surtout à l'âge dangereux où le cœur devient souvent le jouet el la victime des passions... »

Son discours de remerciement, en vers, lu à l'Acad. le 15 déc. 1765, est imprimé dans le 1°" vol. des Mémoires de l'Académie (p. 355). Nous avons lrouvé dans quelques papiers provenant de la vente des livres et mss. ayant appartenu à Ruffey, que M. Damidot, libraire à Dijon, a bien voulu nous permettre de consuller, trois rédactions successives de ce discours

nn LE

Sauvade, minime, secrétaire de la Société littéraire de Clermont, à qui M. Maret avait demandé les anecdotes nécessaires pour composer l'éloge de M. de Féligonde !. M. Maret le fit recevoir à l'Académie de Dijon : le moine lui rendit le même service à Clermont ?. »

Buchoz, « charlatan botaniste de Nancy... M. Maret le fit recevoir académicien de Dijon pour qu'il lui rendît le même service au collège des médecins de Nancy, collège où l’on reçoit tous les médecins qui se présentent... * »

L'abbé de Vienne, ci-devant conseiller au Parlement de Paris et chanoine de Notre-Dame, retiré à Clermont où il vivait splendidement. Il faisait quelques vers et avait été reçu membre de la Société littéraire de Clermont. M. Maret s'intrigua en sa faveur, jusqu'à ce que l’on découvrit qu'il n'y avait jamais eu de lettre ni de demande de la part de l’abbé de Vienne.

M. de Ruffey cherchait à affranchir l'Académie de la persécution de la médiocrité.

Persécution qui augmente en raison de la célébrité des académies. C'est ce qui arrive à l’Académie Française : à plus forte raison dans celles où le nombre des académiciens n'est pas irrévocablement fixé. Aussi M. de Ruffey a-t-il de tout temps désiré cette fixation ; il lespère encore du temps, des circonstances, de la bonne volonté.

avec les corrections de Ruffey. Il est amusant de constater que l'éloge de Ruffey, qui figure dans la rédaction définitive après celui de Ma: de Rochechouart, ne faisait pas partie de la première rédaction. Il en est de même de l'éloge de Piron.

Une ode de François de Neufchâteau, intitulée La Mort du tyran, fut lue à l'Acad. le 16 août 1767. Pour ses autres communications à l'Acad., v. F. Baudot 9. V. aussi l'épitre de Voltaire à François de Neufchâteau (éd. Beuchot, XIII, p. 248).

1. Secrétaire de cette Société, gendre de M. de Villeneuve ; H.N.R. 1762.

2. Le R. P. Sauvade, professeur de mathématiques à Clermont; N.R: 10 juillet 1767 (Milsand).

3. Pierre-Joseph Buchoz, né à Metz en 1731, mort en 1807. « Avocat au Parlement de Metz, docteur en philosophie el en médecine, agrégé du collège royal des médecins de Nancy, des académies de Metz, Rouen et Bordeaux (France litt., 1, p. 202 ; mais thid., p. 88 : de Dijon, Rouen, Caen et Angers). Traité historique des plantes qui croissent dans la Lorraine el les trois évéchés (1762, 7 vol. in-$, v. France lütt., IT, p. 561) ; Discours sur la Botanique (1760, in-12, ihid., p.207) ; Catalogue des plantes qui croissent dans la Lorraine (1766, in-12, hid., p. 163); Médecine rurale et pratique (2 vol. in-12, 1768, ihid., p. 384). L'ensemble de ses compilations, hâtives et pleines d'erreurs, forme plus de 300 volumes. C : 1766 (Milsand).

1712 RICHARD DE RUFFEY

« Gens médiocres et incapables de faire des ouvrages dignes d'être lus dans les séances publiques », dont M. de Ruffey eut l'adresse d'éluder les tentatives : les abbés Joly et de la Borde, M' de Tournay, Lardillon, Gaudelan, du Molin, d'Islan, Canabelin.…

Courts portraits de M. Canabelin, « plat sujet et d’une singularité outrée », — de M. de Lacoste, avocat au Parlement, railleur et mordant, mais «le médiocre et quelquefois le mauvais dominent dans ses ouvrages », — de M. Béguillet, notaire de la province de Bourgogne, qui, « à force de vouloir raffiner et de s’alambiquer l'esprit, parvient à embrouiller et à obscurceir les choses les plus simples et les plus claires... ! »

« Au bout des trois années fixées par le règlement, on fit une enquête de ceux qui y avaient contrevenu. Il s'en trouva plusieurs dont le mérite reconnu porta l'Académie à user d'indulgence en leur faveur ; mais étant nécessaire, pour affermir le règlement, de faire un exemple in anima vili, on choisit M. Pinot, médecin de Bourbon- Lancy, dont le nom fut supprimé de la liste. Il n'avait Jamais envoyé que de mauvais ouvrages... Au reste... il avait lâchement prêté son nom à M. Fournier pour escamoter le prix dont il avait eu tout l'honneur, s'étant introduit à l'Académie par cette fourberie 2... »

MS Liébaut et Melot. Le premier « élait un ecclésiastique plein de candeur et de probité, mais sans esprit, sans génie et sans goût. I avait beaucoup lu el retenu beaucoup de choses, mais n’en avait appris aucune... » Bref « le savant le plus ignorant de son siècle *... »

L'autre : « médecin en dépit d'Esculape. Sa bonhomie et son désintéressement lui atlirèrent des pratiques dans le peuple et chez les

{. Sur leurs communications à l'Acad., v. F, Baudot 9.

2. C.: 24 août 1749 (Milsand). Rayé de la liste en 1767 (F. Baudot 243, f. 30). Le ms. 1627 de la Bibl. de Dijon contient {p. 22 et suiv.) une lettre adressée par Ruffey à Pinot pour l'engager à «envoyer à l'Académie des ouvrages qui entrent plus essentiellement dans le plan de ses études ». Pinot y est tancé d'importance.

3. Liébault, vicaire de Saint-Nicolas à Dijon, mort à Dijon, 1763. P. 1740 (Milsand). À lu à l'Académie des dissertations sur la lumière, la grêle, les comètes et les années climatériques (Girault, Essais sur Dijon, p. 251).

PP ad

moines. La nature et le hasard guérissaient plusieurs de ses malades ; ik tuait les autres de si bonne foi qu'on ne s'en prenait Jamais à lui, mais à la violence de la maladie... Il se donna pour mathématicien et, selon l’usage de tous les ignorants, prétendit avoir trouvé la quadrature du cercle; mais. il n'était pas plus habile en cette science qu'en médecine !... »

156 (328) « Illustres Bourquignons » que M. de Ruffey procura à l'Académie :

M. de la Tour du Pin, M. Amelot, M. l'évêque de Toul, M. de Paulmy, M. Chiflet, M. de Grosbois, M. de Clugny, M. Bret et M. Cazotte. Notices sur ceux de ces personnages qu'on n'a pas encore fait connaître :

M. Drouas de Boussey, évèque de Toul, membre de l'Académie de Nancy. « Ses mandements, supposé qu'ils soient de lui, annoncent des talents pour l’éloquence sacrée. » Mécontent de l'Académie, parce qu’elle a dû, à regret, lui refuser sa médaille dont, pour raisons d'économie, elle a borné le don aux académiciens résidant à Dijon. Observations sur cette médaille : les coins du dessin de Girardon sont gravés par Duvivier et coûtent plus de 1.400 fr. Mais la légende Cerlal lergeminis lollere honoribus (Minerve entourée des symboles des arts et présentant trois couronnes) « n'offre qu'une pensée fausse, tergemini voulant dire six ou un nombre indéterminé ?... »

M. Chifflet, premier président du Parlement de Besançon, issu d'une vieille famille qui à produit plusieurs savants hommes, entre autres le P. Chifflet, jésuite, historien et littérateur. Possesseur d’une belle bibliothèque et de bons tableaux, membre de l'Académie de Besançon... « Ayant épousé M°le Berbis de Rancy, fille d'un gentilhomme de Bourgogne, il avait des droits à l’Académie de Dijon. » Ami de M. de Ruffey, qui jugea avantageux de le recevoir pour établir une correspondance étroite entre les académies des deux Bourgognes *,

M. Bret, pensionnaire dans l’ancienne académie, « travailla pour le théâtre avec quelque succès ; ses ouvrages ont de l'agrément et de la délicatesse, mais ils manquent du feu du génie qui caractérise les bons auteurs

1. Melot, médecin à Dijon, P : 1740 (Milsand). 2, H.N.R. 1766 (Milsand).

3. Chiflet, président à mortier au Parlement de Besançon, H.N.R, 15 nov. 1765 (Milsand). Mort 1782 (F. Baudot 243, f. 49).

4. Antoine Bret, avocat, né à Dijon 1717, mort à Paris 1792, A : 1741 :

174 RICHARD DE RUFFEY

M. Cavotte, fils d'un notaire de Dijon, a fait voir dans des ouvrages de pure imagination qu'il était doué d'un génie fécond, vif et agréable, soutenu par beaucoup d'esprit. Son roman d'Olivier mérite l'estime et l'approbation des connaisseurs et des gens de goût. Né peu riche, il chercha à faire fortune : ayant obtenu un emploi de commissaire de marine dans les colonies, il s'en acquitta d’une manière faite pour lui mériter l'estime et la confiance de ses supérieurs... » Marié en Amérique, il rentre en France, après avoir eu le malheur de confier ses fonds {130.000 fr.) au P. Lavalette, jésuite, qui au nom de sa Société exerçait en Amérique le métier de banquier et de commerçant. Celuiei lui refuse le paiement du dépôt en prétextant qu'il a été enlevé par les Anglais et lui offrant pour paiement les prières de la Société. Procès devant le Parlement de Paris, « qui saisit avidement un prétexte pour travailler efficacement à la ruine de cette société... La mauvaise foi des Jésuites fut mise dans son plus grand jour... Il en résulta un incendie qu'ils n’eurent pas le pouvoir d’éteindre ; on peut dire de cette société : /ncidil in foveam quam fecit. Les gens les plus impartiaux les plaignent, mais conviennent en même temps qu'ils avaient trop d'ambition, que, puisque leur Société était une pierre d'achoppement qui excitait des troubles dans la France depuis soixante ans, il était à propos de la détruire pour rétablir la paix de l'Église !. »

457 (329) « Un d’entre eux... le compromit avec le chancelier. » M. le comte de Bissy. Sa famille, du nom de Thyard, tire son

P:1743; N.R. 1768 (Milsand). V. Galerie bourg., 1, p. 127-198 ; abbé Michaud, Il, p. 20-23, La France littéraire mentionne de lui en 71769 : Cythéride (1743), Lycoris, Le **, hisloire bavarde (1749), Vie de Ninon, Stances sur la maladie de M° le Dauphin, La belle Allemande (1745), Essai de Contes moraux el dramatiques (1765), Œuvres de Théâtre (1765).

4. Jacques Cazotte (1720-1792), contrôleur des Iles du Vent en 1747. Sur l'affaire des Jésuites, qui aboutit à la suppression de leur ordre, v. Foisset, Le président de Brosses, p. 227 et suiv.; Mercure dij., p. 124, 173, 256. Le roman d'Olivier est de 1763 (v. Œuvres badines et morales, historiques el philosophiques, k vol. 1817). V. Biogr. univ., tome VII, La France Littéraire, 1, p. 214.-—N.R.:3 juin 1768. Les Registres de l'Académie nous ont conservé sa lettre de remerciement : «... Ce n’est point à l'éditeur de quelques petits ouvrages éphémères, dignes à peine de servir d’amusement à un homme sensé, ce n’est pas proprement à l’auteur d'Olivier, c'est à votre compatriote à qui vous venez de donner place parmi vous : je suis le choix de votre cœur ; c’est lui qui vous a fait cette illusion aimable; il m'adopte sans vous laisser libres de balancer ni d'élire... Un Sehfmont exquis fait pour des âmes franches comme les nôtres a tout décidé ; il est le garant de ma os de mon attachement et de mon respect pour la Compagnie. » (Reg. IV, f. 459).

me

origine du Mâconnais : elle est cependant parvenue en moins d’un siècle et demi aux plus grandes dignités de l'Église et de l’armée... Lieutenant général des armées du roi... «Son esprit abstrait détermina son goût du côté de la métaphysique. Il a fait plusieurs ouvrages dans ce genre, qui seraient plus estimables s'ils n'étaient pas empreints d'une teinte de matérialisme d’autant plus dangereux et parsemé plus ingénieusement. Son Histoire de l'âme est de ce genre. Comme il ne s'en est pas avoué l’auteur, ils ne l'ont pas empêché d'être reçu à l’Académie Française... I1se proposait de venir présider (à l'Académie de Dijon) en qualité de membre de l'Académie Française, qui prétendent {sic) avoir ce droit dans les académies de province. M.de Ruffey Jugea qu'il valait mieux le prévenir en lui offrant une place d’académicien honoraire, qu'il accepta avec plaisir. » Mais M. de Bissv négligea d'écrire au chancelier. M. de Ruffey fit semblant d'ignorer cet oubli et, pour ne pas perdre un sujet d’un tel mérite, fit procéder à sa réception en l'absence de l’ancien évêque de Troyes, qui parut dans la suite lui en savoir mauvais gré.

« M. de Bissy fit tort à sa réputation en s'intriguant dans la cabale qui éleva Me du Barry au titre de la maîtresse du roi. Ce manège ambitieux et intéressé avilit la philosophie dont il s'était toujours piqué LS)

Note sur les plus importantes modifications introduites dans les statuts :

« Le premier et le plus grand abus qu'on avait laissé subsister était

1. Claude VUI de Thyard, comte de Bissy (et non marquis, comme l'écrit Milsand), 1726-1810, lieutenant général des armées du roien 1762, commandant du Languedoc en 1771, plus tard gouverneur du palais des Tuileries et des ville et château d'Auxonne. De l'Académie Française en 1750. OEuvres principales : Histoire d'Emma, ou de l'Ame (dont Emma est l’anagramme), Paris, 1752; Lettres Sur l'esprit de patriotisme, etc. traduites de l'anglais de Bolingbroke, 1750 (Galerie bourg. HT, p. 221-2. Biogr. universelle). H.N.R. 1765.

Milsand l'a, par mégarde, mentionné deux fois dans sa liste générale des membres de l’Académie de Dijon, la première fois sous le nom de Bissy (marquis de), la seconde sous celui de Thiard, comte de Bissy. Il n’en mentionne pas moins le marquis de Thyard (Gaspard-Ponthus), à Semur, H.N.R : 1769. Celui-ci (1723-86) est l’auteur de différents ouvrages dont on trouvera l'énumération dans la Galerie bourg. HI, p. 223-4; cf. Notice par Amanton, dans les Mém. de l'Acad. de Dijon, 1831,2° pie, p. 128. Le tome II des Mém. de l'Académie contient de lui un mémoire sur un Mercure{30 dée. 1768, p. 171), et un autresur «la bonne chère des anciens » (1774, p. 237).

176 RICHARD DE RUFFEY

l'abandon de tous les fonds aux pensionnaires. Par les nouveaux statuts on trouva le moyen d'en réserver une partie pour l'Académie.

Les élections furent enlevées aux directeurs au moyen du choix des sujets par la pluralité des voix, ainsi que la décision de toutes les affaires et le jugement des prix, ne pouvant jamais opposer que leurs cinq voix à l'Académie entière. Il ne leur resta que le droit de nommer les pensionnaires, droit fort indifférent à l'Académie, puisqu'ils étaient naturellement choisis dans le nombre des associés qu'elle avait élus...

… On abolit les trois classes ridiculement élablies par le fondateur et dont l'usage, quoique non observé, ne faisait que gèner l'Académie.

Le droit de parler au nom de la Compagnie dans les séances particulières et de faire les propositions de sa part fut attribué au chanceber. À

On établit à la séance publique de rentrée la lecture de l’histoire des travaux de l'Académie pendant l’année précédente, usage bien propre à exciter l'émulation.

Aux statuts généraux il en fut ajouté de particuliers pour fixer et régler les fonctions de tous les officiers de l'Académie. »

M'° Fleutelot et Fontette affectèrent de ne consulter que M. Maret, dans l'intention d'humilier M. de Ruffey. « Un ton de hauteur et de dédain, un rire insolent, des propos impertinents, de plates plaisanteries furent les armes qu’ils employèrent contre lui... »

M. Guyot... «s’échauffa dans son harnois au point de faire craindre pour sa santé. Il dit beaucoup de sottises : cela était de l'essence de son caractère el n’élonna personne; mais il révolta l'esprit des honnêtes gens en proposant de payer les dettes de l'Académie par le moyen d'une banqueroute... »

161 (370) Le plus ancien des pensionnaires :

M. Raudot (v. n. 13 et 23).

162 (341) « Après beaucoup de tatonage (sic)... M. Raudot dit que les pensionnaires se plaignatent de la bougie qui se donnait aux honoraires sur des fonds qui leur appartenaient... M. de Ruffey fit sentir l’in-

justice et la fausseté de ce reproche injurieux et dit qu'il abandonnait sa part de bougie au profit de l'Académie. Les autres honoraires se piquèrent de générosité et en firent autant. M. de Fontette n'osa reculer. Les pensionnaires, outrés d'être démasqués el si honteusement compromis, désavouèrent leur orateur.... »

163 (342) « Un académicien qui avail toujours montré du zèle... »

M. Gelot. « Sa bonhomie, sa probité, son désintéressement s'évanouirent... [1 désapprouva les nouveaux statuts parce qu'ils n'étaient pas son ouvrage...» M. de Ruffey rompit dès lors tout commerce avec lui, et Phostilité de M. Gelot n’a plus cessé de se manifester. «Il s'est ligué avec M. Maret pour s'emparer du gouvernement de l'Académie, afin d'y faire dominer le ton bourgeois... »

164 (344) Articles « sacrifiés à la paix et à l'importunité » :

« On décida d'accorder indistinctement des éloges à tous les académiciens, ce qui en diminue le prix..., plusieurs académiciens actuels n'étant susceptibles d'aucun éloge. I fut délibéré que l'Académie serait tenue de recevoir tous les ouvrages qui lui seraient présentés par les pensionnaires pour fournir leur (âche annuelle, quelque mauvais et quelque imparfaits qu'ils fussent, pour lesquels ils toucheraient leurs pensions, que les pensionnaires soi-disant malades seraient tenus présen(s par un simple avertissement de leur part au secrélaire. »

Nouveaux statuts : imprimés en 1767 lin-#, Causse).

166 (350) Livre rare el précieux vffert à l'Académie.

« Les Antiquités trouvées à Herculane, que le roi des Deux-Siciles à fait graver à ses frais avec le plus grand soin, dont les planches avec les explications en italien formaient alors cinq volumes in-foho carta magna... Le sixième volume a paru en 1769...»

1. Il s'agit du très bel ouvrage intitulé : Antichila di Ercolano.…., da Ottav.-Ant. Bajardi. Napoli, regia stamp. 1757-1792, 9 vol. in-fol. max. fig. (Brunet, Manuel du Libraire). Les deux premiers vol. furent donnés à l’Acad.

M. Lacs. — Histoire secrète. 12

178 RICHARD DE RUFFEY

167 (351) Académicien penstonnatre qui fait don à l'Académie de 50 volumes :

M. Chardenon.

Après avoir été longtemps entre les mains de M. Morisot, qui n'avait aucune connaissance de la librairie, la bibliothèque de l’Académie fut confiée à M. Gelot, qui fit regretter M. Morisot... « Il est à désirer qu'il soit bientôt remplacé... L'Académie a des vues pour nommer à sa place M. Boullemier, bibliothécaire du collège, capable de remplir cette place avec intelligence, douceur et politesse. »

169 (3591) « Un particulier riche... »

M. Bouhier-Bernardon. Il était « le cadet d’une des meilleures familles de robe de Bourgogne... M. Bouhier de Versailieu son frère ayant quitté la robe sous le prétexte d'infirmités, son cadet le remplaça au Parlement et se dégoûta de la magistrature avant d'être parvenu à la vétérance... » Il ne partageait pas le goût des Bouhier pour le faste et la dépense; tout au contraire il aima vivre dans l’obscurité et la solitude !.

170 (359?) Porte principale de la maison décanale :

Située rue du Verbois (sic).

M. de Ruffey, plein de bonne foi, « accepta l'entrée de l'Académie par la porte située rue S'-Nicolas, convenant qu'elle serait ouverte les vendredis et les autres jours d'entrée de l'Académie, et en tout temps au secrétaire et au chancelier. Il jugeait le vice-chancelier compris sous cette réserve : la mauvaise foi de celui avec lequel il traitait lui

en 1768 (F. Baudot 243, f. 31). Les volumes parus avant cette date comprenaient le catalogue des monuments antiques exhumés à Herculanum (1754 ou 1755), quatre vol. sur la peinture et le sixième vol. sur les bronzes,

paru en 1767 (et non 69, comme l'écrit Ruffey); on trouvera dans Brunet l'indication des autres, et leur date.

1. Jean-Marie Bouhier Bernardon (1723-1798). Conseiller 1742, en rempla-

cement de son frère Philippe-Bénigne Bouhier de Versailleux, conseiller

depuis 1733 (Des Marches, p. 60 et 37).

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fit abuser de cette omission pour interdire au vice-chancelier l'entrée journalière de l’Académie !... »

171 (361) Un officier général.

M. de La Rochefoucaut-Surgères, maréchal de camp. « Il séjourna à Dijon, revenant des eaux de Plombières, qu'on lui avait ordonnées pour des coliques causées par le vin de Poitou dont il avait fait usage dans ses terres. ...M. Jehannin de Chamblanc, qui se trouva chez M. de La Tour du Pin, l'accompagna à l'Académie avec M. de Ruffey. M. de La Rochefoucaut était un homme poli, sérieux, et incapable d’une mauvaise plaisanterie. »

472 (363) Un médecin indiscret :

M. Hoin. Il raconta l'histoire à M"° de Longecourt, dont il faisait la partie de jeu.

Nouvelles plaintes de M. de Ruffey contre l'ancien évêque de Troyes, qu'il avait introduit à l’Académie et à qui il avait toujours rendu « les honneurs et les politesses que sa dignité et sa personne semblaient exiger. Mais, reconnaissant son incapacité pour le gouvernement de cette compagnie, il fut forcé de profiter de ses longues absences pour agir par lui-même sans lui communiquer ses projets... »

Mauvais accueil fait par M. Poncet aux offres de service de M. de Ruffey. « M. de Morveau, son collègue dans la négociation, ne se comporta guère mieux... »

Admirateurs de la « sottise » de M. Bernardon.

Entre autres, M. Joly de la Borde, mari d’une proche parente de M. de Ruffey, « fort bête, fort plat, fort mesquin », et M" de Malan, de la famille des Berbis, veuve d’un gentilhomme comtois « qui tenait plus de la brute que de l’homme ».

1. La rue du Verthbois s'appelle aujourd'hui rue Pouffier, la rue S'-Nicolas, rue Auguste-Comte.

180 RICHARD DE RUFFEY

« M. de Boufflers, élevé par sa mère à la cour du roi Stanislas, fut destiné à l'état ecclésiastique et pourvu de bénéfices considérables. La vivacité de son imagination et la délicatesse de son esprit le firent bientôt connaître avec la plus grande distinction; il les développa dans des poésies charmantes, pleines de grâces, de goût, d'images et de sentiments, dont il orna la littérature française. Il plaisait sans prétention : l’art avait peu ajouté à la culture de ses talents et de son esprit; la nature en avait fait tous les frais. Il prit Voltaire pour son maître, entretint avec lui un commerce de littérature et de poésie; mais l'élève surpassa le maître dans le genre badin, naturel et délicat. Il ne travailla jamais en grand, où il n'aurait peut-être pas réussi; mais ses miniatures valent des tableaux, ou du moins plaisent davantage : c'est remplir le principal objet de la poésie.

L'état ecclésiastique étant peu du goût de M. de Boufflers, il conserva ses bénéfices en entrant dans l’ordre de Malte et dans le service de la France, où son mérite et son nom l’élevèrent bientôt au grade de colonel de hussards. Le hasard l'ayant fait passer à Dijon, il désira d'être reçu à l'Académie de cette ville, qui, connaissant son mérite et ses talents littéraires, se fit un honneur de l’adopter !. »

« M. Greuze est né à Tournus, ville du Mâconnais, où son père, exerçant le métier de vitrier, l'occupait dans sa jeunesse à broyer des couleurs et à peindre des fenêtres et des boiseries. Son génie se développa dans ce vil emploi et le porta à employer les couleurs avec plus d'art et d'agrément. La nature fut son premier et son meilleur maître. Il vint à Paris, travailla avec les élèves de l'École de peinture, fit des progrès qui étonnèrent les professeurs qui le dirigeaient et lui méritèrent l'avantage d'être envoyé à Rome. Ses talents perfectionnés par ce voyage lui acquirent la plus grande réputation. Les connaisseurs s'empressèrent de posséder quelque tableaux de sa main et les portèrent à un prix fort au-dessus de ses espérances. Personne, en effet, ne saisissait mieux la simplicité et la vérité de la nature, ce qui faisait le

1. Stanislas, chevalier de Boufflers (1738-1815), l’aimable fils de la marquise de Boufflers, qui donnait le ton à la petite cour de Lunéville, l’auteur d’Aline, reine de Golconde (1761), et de tant de spirituels badinages. H. N. R.: 26 déc. 1766 (Milsand). De l’Acad. Française en 1788. V. Voltaire, éd. Beuchot, pass., et notamment, à propos de son séjour à Ferney (1764 et 65), t EXIL'p 150,182 187.

grand mérite de ses tableaux. Il les multiplia par la gravure et s'en fit une nouvelle source de profit. Sa fortune devint des plus considérables. Il ne négligeait rien pour l'augmenter : son amour excessif pour l'argent et la trop haute opinion qu'il conçut de ses talents diminuèrent pour lui l'estime des honnêtes gens et lui attirèrent des ennemis. Non content des grands succès qu'il avait eus dans son genre, il eut l'ambition d'en vouloir sortir pour s'élever à l'Histoire; mais il échoua dans cette tentative. Son tableau péche par le défaut de hardiesse et de noblesse dans la composition, par la sécheresse de l’ensemble et la nudité du local, qui n'offre rien de varié et d’agréable ; il était fait pour lui servir de chef-d'œuvre de réception à l’Académie de Peinture; mais on l'en jugea digne sur le mérite de ses précédents ouvrages plutôt que sur le tableau qu'il présentait.

M. Greuze étant Bourguignon et faisant honneur à cette province par la supériorité de ses talents, M. de Ruffey lui offrit une place dans l'Académie de Dijon, qu'il fut fort flatté d'accepter. Il lui écrivit secrètement pour l’engager à faire présent à cette compagnie des gravures de ses principaux tableaux : 1l n’en eut point de réponse; l'avarice fut probablement la cause de son silence. L'ayant été voir à Paris, il en a tiré la promesse d’un grand dessin allégorique à l’état et aux occupations de cette compagnie !. »

177 (373) M. de Clugny.

D'une famille originaire d’Autun, où elle a occupé les charges les plus honorables de la bourgeoisie. Recueillit la place d’un oncle, conseillerclerc au Parlement ; épousa à Paris une fille de la famille du lieutenant criminel Tardieu, « tant célébré par Boileau pour son avarice. » Intendant de Saint-Domingue, sa mauvaise santé l'en fit revenir six ans après pour remplir une charge de maître des requêtes et celle d’intendant de marine à Brest. « Il se comporta dans toutes ces places avec esprit et intelligence; il eut l'adresse de découvrir une conjuration faite par un jeune anglais nommé Gordon, qui eut la tête tranchée pour avoir formé le projet de brûler la ville et le port de Brest. »

4. J.-B. Greuze (1725-1805). N. R. : 1766 (Milsand). V. Galerie bourg., I, p. 450-2. Le tableau d'histoire dont parle Ruffey est celui qui avait pour sujet « Septime Sévère et Caracalla ». Paru récemment : Catalogue raisonné de l’œuvre peint et dessiné de- Jean-Baptiste Greuze..…, par J. Martin, conservateur du musée Greuze, à Tournus (description de plus de 1.800 tableaux et dessins. Paris, 1908, gr. in-#).

182 RICHARD DE RUFFEY

A son retour d'Amérique il vint à Dijon et s'intéressa vivement aux progrès de l’Académie, au point d’y désirer une place. Son discours de réception et la réponse de M. de Ruffey imprimés à Brest et dans le Mercure de France. Don fait par lui à l'Académie de deux caisses remplies de morceaux curieux d'Histoire naturelle provenant d'Amérique (entre autres un requin de huit pieds de long). Bons avis à lui donnés par M. de Ruffey sur les statuts de l’Académie de marine, dont la guerre avait interrompu les travaux et qu'il a rétablie !.

« Un homme qui... aurail élé refusé s’il n'avait pas été reçu dans l'ancienne académie... »

M. Guyot (v. n. 62, 102, 159).

Mathématicien d'Auxerre proposé par M. Guyot :

M. Pazumot, professeur de mathématiques à Auxerre.

« L'ouvrage envoyé était un nouveau projet pour le canal de Bourgogne, où l’auteur, s'écartant des principes reçus, proposait de se servir pour la navigation du lit de la rivière de Cure. Ce mémoire, péchant contre la possibilité et la vraisemblance, fut rejeté malgré la protection de M. Gelot.. Ayant depuis présenté un très bon ouvrage sur les anciens volcans de l'Auvergne et sur les matières qu'ils ont produites, l'Académie prit de lui une opinion plus favorable et répara, en le recevant associé, le désagrément du refus qu'il avait essuyé ?. »

Nouvelles plaintes de M. de Ruffey contre M. Gelot, « un bavard qui ne voulait que jouer un rôle », et M. Maret, « plus dangereux et plus intraitable : il voulait dominer. »

1. Jean-Étienne-Bernard de Clugny (1729-1776), conseiller, 1748 ; intendant de S't-Domingue, 1760 ; intendant de la marine à Brest, 1764, puis à Perpignan et à Bordeaux. Intendant général de la marine et des colonies, 1770 ; contrôleur général des finances, 1776 (Des Marches, p. 71). H. N. R.: 1767 (Milsand).

2. François Pasumot, à Auxerre. N.R : 23 juin 1769 (Milsand). V. F. Baudot 9, les lectures qu'il fit à l'Académie, et, pour les notices à lui consacrées, Bibliogr. bourg., p. 146-7. La France littéraire mentionne de lui en 1769 des Mémoires géographiques sur quelques antiquités de la Gaule (1765).

1814/4377), 49.772) Le prix de 1763 adjugé à

M. Thomas du More, fils d’un tailleur de pierres du Languedoc qui s'était enrichi en faisant des entreprises d'ouvrages pour la province de Bourgogne. Oubliant son origine, se croit ua homme d'importarce, donne dans le faste.

«IT crut qu'il perdrait sa réputation s'il ne remportait le prix de l’Académie sur un sous-ingénieur. » Sa femme engagea M. de Pons, homme de qualité, fort riche, mais encore plus mauvais sujet, qui en élait passionnément amoureux, à s'intriguer en faveur de son mari avec M. Perret, un des académiciens. « Ils avaient un intérêt particulier au succès de son ouvrage, qui proposait l'entrée du canal à Verdun !, dont l’un était seigneur et l’autre possesseur d'un gros domaine. »

Accessil à

M. Le Jolivet, sous-ingénieur de la province de Bourgogne. « Il passe pour fils du comte de Tavannes, qui avait entretenu sa mère » ; son père, d’abord bateleur, était devenu, par la protection du comte, architecte de la ville de Dijon et de la province de Bourgogne... Luimême succéda à son père dans celte place et devint ensuite sous-ingénieur de la province. « Il a de l'esprit et de l'intelligence et dessine supérieurement ; mais il manque de goût et de légèreté dans les ouvrages qu'il fait exécuter. »

Il y avait de bonnes choses dans le mémoire de M. du Morey, mais celui de M. Le Jolivet était « plus solide, plus méthodique, écrit avec plus de précision et rempli de plus de recherches ». Ils ont été imprimés, mais « fort corrigés el fort différents de ce qu'ils étaient

quand ils furent présentés à l'Académie ?. »

183 (378) Sujet du prix de 1769 : l'éloge du chevalier Bayard.

Attention délicate de M. de Ruffey pour M. du Terrail, qui avait l'honneur de compter le chevalier Bayard parmi les parents de ses ancêtres maternels,

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