‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 11 sur 33 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

FmiMSJua» m imie soi ptes; b&taills b'tjooLkV ts 8té«B de brubk.

ETPBTS DB U GUBltBE M TURTE AW.

La mort de Ferdioand li ne termina point la guerre, ne fut d^aucun avantage pour l'Allemagne. Son fils ainé, Ferdinand m, prince maladif et obtus, avait hérité de son lanatisme et conlinua son œuvre. L'immaculée conception de la Vierge était son dogme favori, sa préoccupation habituelle. Une loi spéciale, publiée sous son règne, interdisait de con* férer le grade de docteur à quiconque ne témoignerait point, par serment, de sa foi dans cette donnée mystique. Son enthousiasme pour la Me de David, comme rappelle le Nouveau Testament, lui iaspira une mesure encore plus singuliera : il fit dresser à Vienne une colonne en marbre, au sommet de laquelle on posa une statue de la Vierge, entièrement dorée. Sur le fût on lisait Tinscription suivante :

A LA TiEBCE nuucuixf:,

V&BB DE BIBO, PATBOSICE DB l'aVTBIOIB, 001 A MVR ELLE UNE v£!«£nAT10N PAancOUftllB, FEBDINAM» III, EMPEllEI'B, FAIT DOX DE SA PEUSOMXE, DE SES BRVAKTBy

DB 8B8 VBimU», M SB* ARNiBS, DE SES PROVINCES, DE T0DTE8 SES MARCHES, BT, tWVi o'BX CON.SEBVER ÉTERXEUEMEKT LA MÉMOIHE, A ÉLEVÉ CETTE STATOE, PAR «nffB B^OK fO», BR 1641.

La consécration solennelle eut lieu le 19 mai. Un cadeau si important dut flatter beaucoup la Juive de Bethléem, et nul doute que TAutricbe n ait eu à se féliciter de lui appartenir comme un domaine inaliénable ^

Sous Ferdinand III, le besoin de son intervention se faisait miellement sentir. L'assassinat de Gustave-Adolphe, tué en trahison, pendant la bataille deLutzen, par François-Albert de Saxe-Lauenbourg, qui, au moment môme du crime, portait sous son justaucorps l'échaipe verte des troupes impériales et passa deux jours après dans l'armée catholique % le meurtre de Wallenstein, si ingratement sacrifié aux soupçons de la cour d'Autriche, ne lui profilèrent à aucun égard, les biens saisis de ce dernier ayant une importam:e minime en de tels événements. On ne ti'ouva point pour remplacer le duc de Frîedland un général aussi bien doué par la nature; ses successeurs, Gallas,Picco]omini,MeIandcr, Halzfeld, n'étaient que des hommes médiocres. Ils furent habituellement vaincus. Les dissidents , au contraire, suivirent toujours dans la mêlée de grands capitaines. Banner, Torstenson, Wrangel, qui les commandèrent Fun après l'autre , étaient dignes de faire gronder sur les champs de bataille les canons victorieux, légués à leur bravoure par Gustave- Adolphe et le duc de Weimar. Comme si leur mérite supérieur avait besoin d'aide, plusieurs généraux français vinrent les soutenir; Guébriant, Condé, Turenne, facilitèrent les opérations des troupes suédoises et obtinrent eux-mêmes

* Voici 11» termes mêmes de rinsctiption : a Deo opt. max. Vinoixi Deipabj: nuAcnAT^. in Anstri» palronam singoUri pietale tuseept», as» libbmos, mmium, Exescirns. raovixaM, omnia donique confiais donat, oonsecrat, et, in perpetoam

rci memoriam, staluam linnc ex voto ponil FKn\A>Drs teutids augl'stus. » De grandes lelU es l'onnnnt chroiiograiiime composaicnl la d^li; de \Gil. Vingt ans après, Léopold le Pieux remplaça la colonne de marbre par une colonne de Iwonie, qui cziate encore anr nne plaea de Vienne, nommée 4er Bof. Le monument n'a aucun mérite conunc œuvre d'art.

* Voyez la dissertation placée à la lin de VHuloire de GuUwe'-AtMpke, par Arkenbollz, p. 512; Aoulerdam, 1764, in-4°.

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de brillants avantages. Sans doute Gallas eut d'abord la chance inespérée de battre les protestants à Nordlingen, victoire qui les aiïaiblit pour plusieurs années ; mais ce triomphe accidentel ne fut point l'avant-coureur d'autres succès. Plongé dans une violente débauche, le comte donnait aux soldats un si triste exemple, il leur faisait si mal observer la discipline, que les régiments fondaient autour de lui ou perdaient leurs qualités guerrières. Aussi Fappelait-on, en Allemagne, le fjaspUkur d^armées. Piccolomini étalait au grand jour des mœurs non moins brutales. Gœtz, un Intlierien apostat, qui commandait plusieurs régiments darquebusiers, fameux par leurs déprédations, comme les chasseurs de Holk, aimait tant les boissons fortes, s*enivrait d*une telle manière, qu'il lui était souvent impossible d'articuler une seule parole. Dans Tiie de Rùgen, il Ht mettre toutes nues les religieuses d'un couvent de fanmes nobles et les livra aux Croates en sa présence K

On en était venu à ce point (jne l'on continuait la guerre pour occuper les ti'oupes et pour les nourrir, que l'on se battait presque uniquement pour obtenir des quartiers d'hiver, et que Ton préférait au gain d'une bataille un cantonnement avantageux. Presque toutes les parties de l'empire germanique étaient ruinées et saccagées; les vivres, les bestiaux, les hommes manquaient ^ Les paysans, qui, à rapproche des troupes, fuyaient dans les bois et les montagnes, ' étaient forcés, après leur passage, de traîner eux-mêmes leurs charrues, faute de bœufs et de chevaux, les soldats les ayant tous tués ou emmenés*.

La barbarie et la dépravation des armées catholiques ne leur portaient pas bonheur. Presque toujours vaincues, elles

• Vehse, Gesdmhte des œstreidtisclieii llofs und Adels, t. IV, p. 106. « Schiller: Histoire de la guerre de Trente Ans. liv. V. > Pelael: CeteMdOe der Mmen, p. 533.

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finirent par essuyer nne mémorable dé&ite. Peu s'en fallut

qiic ïa bataille d'Yankau ne fît équilibre à la déroute de la Monlacpie-Blanche. Torstenson venait de conduire Gallas, répée dans les reins, depuis le Holstein jusqu'à Bembourg, en Thuringe, avait alors passé la Saale, coupé aux régiments apostoliquesle chemin de la Bohême et de la Saxe. Une grande partie des troupes impériales était morte de faim, et ce qui restait de Tinianterie ayant voulu se retirer sur Magdebourg, pendantqne lesniousquetaires essayaient de gagner la Silésie, ce double mouvement n'aniéliora point leur position. Les Suédois atteignirent la cavalerie près de Juter bock et la dispersèrent; les lansquenets, ayant tenté de s'ouvrir un dbemin à travers les bataillons schismatiques, furent presque anéantis. De toutes ses forces, Gallas ramena seulement quelques milliers d'hommes sur le territoire autrichien. Jamais le capitaine dissolu n'avait mieux justifié son sobriquet de gaspilleur d'armées»

Son adversaire était trop habile pour ne pas mettre à profit cette victoire. Pendant qu'un de ses généraux inquiétait l'électeur de Saxe, qu*un autre lieutenant soumettait le pays de Brôme, il traversa les Montagnes ée¥er{Erzgebir(j)^ puis envahit la Bohême avec seize mille hommes et quatre-vingts canons. Ferdinand chargea aussitôt llatzfeld de réunii* les fcroes autrichiennes et bavaroises qui subsistaient encore, et d'empêcher les Suédois de pousser plus loin. L'empereur, justement inquiet, se rendit lui-même à Trague pour surveiller les opérations militaires, pour animer les troupes par l'idée qu'il se tenait dans leur voisinage, et remédier autant que possible à la désunion de ses généraux. Le 6 mars 1645, ses derniers régiments, espoir suprême de la monarchie, s'arrêtèrent devant l'armée suédoise, àYankau . Kicn qu'il eut ti ois mille cavaliers de plus que les prolestants, Uatzfeld ne vou.lait point livrer bataille. Le souverain lui en expédia l'ordre

DU GOUY£RM£M£NT AUTRIGUiËN. »9

formel. Deux causes inspiraient une grande eonfianœ à rémpereur : le nombre de ses chevaux et une promesse de la Vierge, qui lui était apparue en songe etlui avait annoncé une victoire infiiillible. Cependant les généraux, Hatsfeld, Gœti et Jean de W^th, ne plirent s'entendre. Dès le commencement de la lutte, le second fourvoya ses cuirassiers sur un terrain semé de bois et d'étangs, où l'aile qu'il conduisait fut presque détruite, pédant qu'une erreur faisait charrier vers le même lieu la plus grande partie des munitions, qui devenaient la proie de T ennemi. Le rapport d'Hatzl'eld sur cette bataille attribue à la fougue indocile de Jean de Werth la déconfiture qui Ta terminée. U hii reproche d'avob, par méprise ou volontairement, occupé avec des fantassins, des reitres et dis canons, une autre éminence que colle où il lui avait ordonné de se poster. Le général en chef voulait suspendre la lutte jusqu'au soir, pour laisser efifocer la mauvaise impression que la défaite et la mort de Gœtz avaiait produite sur les troupes. Mais la véliémence de Jean de Werth fit échouer ce sage dessein. Quoique la pente de la hauteur, où il avait pris position, fut coupée en gradins qui lui donnaient l'air d'un escalier, il s'y précipita comme un furieux, à la téte de sa cavalerie, et, par la violence du choc, renversa d'abord tout ce qui lui faisait &ce. L'opulent bagage de Tennemi tomba entre sesmams, et la femme du général Torstenson eut le môme sort.

Pendant que les orthodoxes pillaient avidement, les Suédois se remirent, formèrent de nouveau leurs colonnes et attaquèrent la troupe victorieuse qu'ils dispersèrent bientôt. La mêlée devint alors générale. Les champions du vieux dogme paraissent avoir combattu avec acharnement, puisque la lutte, commencée à huit heures du matin, ne finit que le soir à quatre heures. Sept mille morts couvraient le champ de bataille. Les légions ultramontaines en

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avaient perdu quatre mille, au nombre desquels se trouvaient le feld-inaréchal Gœlz, le comte de Waldeck et le général liroyi; quatre mille étaient prisonniers des Suédois^ notamment le chef de l'armée eatholique» les géntoux Zahradetsky, Kœnigseck, Mercy, et une foule d'officiers supérieurs. Tous les canons, tous les bagages, cl soixanle-dix étendards» qui furent envoyés à Stockholm, formèrent le butin des troupes victorieuses. Jean de Wertii conduisit ses lanciers dans le haut Palatinat. Les régiments de Piccolomini, de Pompejo et de Bassompicrre ne composaient plus qu'un effeclif de quatre cent cinquante hommes. D'un même coup, Ferdinand lU avait perdu son général le moins inhsr bile et ses dernières troupes : il fallait s'occuper sur-lechamp de lever une autre armée. Pendant la bataille néanmoins, le pieux empereur, tenant un cierge à la main, avait visité l'une après l'autre les églises de Prague, non pas tout à fait pieds nus, mais n'ayant point de bas dans ses souliers

Aussi fut-il saisi d'étonncment, lorsqu'il reçut la nouvelle de cette catastrophe. Le 8 mars, il prit le chemin de Vienne, en faisant un énorme détour par Pilsen, Ratisbonne et Linz, ayant pour toute escorte deux cents mousquetaires. Le 19, il atteignit sa capitale, vers laquelle marchaient aussi les troupes victorieuses.

Leur général ne leur avait laissé que le temps de se reposer sur le champ de bataille même, et de se partager le butin. Les trompettes donnèrent ensuite le signal du départ pour Vienne. Le 15 mars, Torstenson franchissait à Retz, près de Znaîm, les frontières de rAutriche proprement dite; le 9 avril, l'armée suédoise enveloppait la redoute qui protégeait le ponl du Danube. Ils emportèrent ce retranchement,

* Œsteneichs iJelden uml Ueerfiihrer, von Scliweigerd, l. I, p. 8i4.

(Vicnue, 1855.)

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DU GOUV£RN£M£i\T ÂUTRI€Ui£i\. 101

et les Viennois durent aussitôt briser les ponls jetés, les uns à la suite des autres, sur les différents bras du lleuve; ses eaux rapides et un petit nombre de soldats réunis à la hâte, que rarchiducLéopold-Guillaume, le second fils de Tempereur, avait postés dans l'Ile de Sainte-Brigilte, arrêtaient seuls les envahissciiis. La famille impériale et ton le la cour s'enfuirent à GrsBtx; on y transporta les archives, les finances publiques; des seigneurs, des prélats se sauvèrent même jusqu'à Salzbourg et à Venise; Ferdinand seul resta dans Vienne. Les étrangers prirent sous ses yeux, en quelque sorte, les petites villes de Komeubourg et de Krems. Torstenson avait établi son quartier général à Mistelbach.

ly'une autre part, le prince Rackoczy, alHé des Suédois depuis l'année précédente, conclut un traité avec les Français le 22 avril, et conduisant lui-même ses farouches Iran* sylvains, leur adjoignant les Hongrois des comtés septentrionnaux qu1l possédait, il marcha sur Presbourg, afin d*unir ses réc^iments aux bataillons Scandinaves. Son fils leur avait amené un renfort a\ant même qu'elles eussent quitté la Moravie.

La position de Ferdinand m était d'autant plus dangereuse que l'insubordination régnait parmi ses lioupes. Léopold'Guillaume, prince peu guerrier, qui aimait mieux les beaux-arts que la vie des camps, ne leur imposait point et ne savait pas se foire obéir. Pendant son voyage de Linz à Vienne, les militaires placés sous ses ordres s'étaient déjà mutinés; à Saint-Poltcn, près du Riederberg, ils l'avaient «itouré avec de grands cris, et, le menaçant de leurs armes, lui avaient réclamé leur solde. Ayant si peu de respect pour leur chef, ils n observaient aucune discipline et se croyaient tout permis. Les effrontés soudards pillaient sur les routes, volaient dans les maisons et ne se firent pas scrupule de dévaliser les nobles personnages qui fuyaient comme [une

iOS mSTOlRE SËCRÈXË

bande de chemrenîls; !e carrosse même de rimpératrice dut leur payer tribut. La cour de Vienne, toujoui-s féroce et inhabile, crut que des châliments affreux pourraient seuls mettre à la raison ces troupiers indociles.. Elle ne garda aucune mesure. On dédma des régiments entiers; les chefs de la sédition furent enterrés vivants ou subirent de hideuses tortures. On écartela les officiers par douzaine sur les grandes places de la ville; on les empala devant les portes^ Cependant les soldats ralliés par Galias en Bohême et les recrues levées en Hongrie par le comte Jean-Clirisloplie de Puchheim, accouraient précipitamment vers la ville assiégée. Ces troupes suffirent pour empêcher les Suédois de passer le Danube eii fece de "Vienne et à Burrensteîn. Mais Rackoczy venait d'atteindre Presbourg avec vingt-cinq mille hommes, et la cour tremblait que ce nouvel assaillant ne mit la capitale entre deux feux, quand la Sublime Porte, sans doute à Finstigation de Ferdinand, lui «dressa une lettre impérieuse, où elle lui commandait de cesser la guerre, s'il ne voulait pas apprendre qu'une armée turque

* Celte prodigalité de sang humain, à une époque où i' Allemagne était dépouplue, où la cour avait tant besoin de défenseurs, cause une extrême surprise, liais la bartiarie était passée dans les habitudes. La mort semblait avoir perdu toute son horreur» toute son «'iïroyable importance. Les plus faibles motifs paraissaient excuser, demander des massacres. Wallonstein, après la bataille de Lutzen, fit saisir, pour calmer sa mauvaise humeur, vingt officiers, dont quelques-uns étaient colonels et chevaliers tcutuniques. On les jugea sommairement, e'est-i^dire qu'on feignit de lea juger, pois on les mena an palais dn prinee licfalenstein, commelesquarante-sepi martyrs de Prague, et on leur signifia leur ^'entence. Le lendemain, ils eurent tous la tète tranchre sur le Wng, devant la maison commune, au lieu même où avaient péri les nobles bohémiens. I^e dépit du général battu n éUml point calmé ^tar une si absurde exécution, il lit mettre i mort de simples cuirassiers, pendre plusieurs Croates. Parmi ces yictilnes inniooentes se Ironvait mi jenne homme dHu "vrai mérite» d'une rare beairté, d'une physionomie spirituelle, qui se nommait Stas von Waraestein; quoiqu'il n'eût que dix-nrnf a vingt ans, il était déjà capitaine de cavalerie. Les personnaîres les plus influents de Prague et de l armée sollicitèrent en vain sa griKe; le tyran, aigri par sa défaite, ordonna de le décapiter, àrkenuoltz, Uisioire (le lîuslave" Adolphe, p. 5G8. (Amsterdam, i76l, in-4*.)

DU GOUVËHNËMËiNT AUXiUCliiEiN. m

amiit envahi ses Ëtats. Les blamites étaieat trop puissants

alors pour que le prince électif osât ne point obéir ^

Mais ce fut un capitaine français, un huguenot de La ilochelle, qui sauiia la monarchie en péril. Après avoir courageuâement bravé la mort pour défendre sa ville natale, in« vestie par Richelieu, il avait quitté la France et servi en qualité de colonel dans les troupes suédoises. Une querelle très-grave et un duel avec le général Stalhanâ le firent mettre sôus les verrons. S*étant échappé de sa prison en 1642, îl vint offrir son épée à l'archiduc Léopold-Guillaume, qui lui donna un régiment de dragons''. Ce vaillant capitaine se nommait Raduit de Souches, et avait vu le jour en 1608. Soit que le désir de la vengeance étoufUBit daiis son coeur tous les autres sentiments, soit que l'ambition lui fît oublier ses principes religieux, il abandonna le grand air de la lilore pensée pour les catacombes du vieux dogme. G'étaift le meilleur moyen de réussir &x Autriche. Un acte de ' courage merveilleux, accompli pendant le siège d'Olmùlz, qu'on voulait enlever aux Suédois, lui acquit les bonnes grâces et la confiance de Tempereur. Lorsque Brânn trouva en danger, on crut que personne ne défendrait mieux cette ville importante par sa situation. Me occupait le centre d'une ligne de forteresses, au moyen desquelles Torstenson désirait mettre k Bohème en oommu» * nication avec les provinces septentrionales de la Hongrie, où la population lui était complètement favorable, où dominait son associé, le prince Rackoczy. Toutes les autres places ibrtes lui appartenant déjà, il fallait que firûnn subit la même destinée. La cour d'Autriche' avait donc lè plus grave intérêt à l'empêcher d'en prendre possession.

* Wels, (jeschuhte (1er Jjender des œstreichischenKaiserUaiUei^U IX, p. 133. Presque tous les liislorieus ometteiU ce luit oipiUl.

* Piifrcndorr, Commenlaria dfi rebut weeîeii, ttbexsieâUime Guttam Adolphi Mtque aâ abdkatknem Chrittinéy p. 144. (Dlracht, 1086.)

104 UlbTOiRE SECRÈTE

Quelques jours après que Raduît de Souches y fut entré, il écrivit à Ferdinand III (le '26 mars 16i5) que son soiihnil le plus vif était de remplir tous les devoirs d'un bon militaire, de vivre et de mourir pour l'empereur , pour sa famille, et qu'il ne rendrait la place à aucune condition, si les bourgeois de la ville, en sujets loyaux et fidèles, le soutenaient de toutes leurs forces, comme il n'en doulait pas, aussi bien que le commandant du Spielbeiig, occupé à fortifier la dtadelle suivant ses indications, et le gouverneur de la province, qui lui paraissait animé d'un grand zèle.

Le premier personnage ayant bientôt donné des preuves d'inaptitude manifeste, on concentra l'autorité dans les mains du général français. La résistance ne pouvait être utile qu'à celte condition. La ville et la citadelle n avaient point, à beaucoup près, la garnison et les défenses qui eussent rendu le succès probable. Quoique de Souches ne fût pas ingénieur, il dut organiser le travail des fortifications et apprendre par instinct les secrets d'un art compliqué. Pour tenir en échec les troupes suédoises et leur habile général, il avait cinquante et un hommes de cavalerie, trois cent vingt-trois fantassins, mille cinquante volontaires, bourgeois, étudiants ou manœuvres. Quatre cent soixante-dixsept chevaux furent d'abord le seul supplément de forces que put lui expédier ]|i cour de Vienne. Le commandant lit raser tous les faubourgs de la ville, tous les cloîtres, monuments religieux et autres^ situés à quelque distance des murs.

GqfiendantTorstenson approchait, menant son armée entière ébntre la place, pour en finir plus vile. Le 5 mai, son

avant-garde, qui avait pris en passant la forteresse de Selovsilz, parut au midi de Brijnu; le lendemain, le gros des bataillons suédois campait alentour. Dans une proclamation, le chef luthérien exhorta ses vieilles bandes à se sou- *

liU uOUV£RNEM£M AUTRICHIEN. i05

venir de leur gloire passée, à montrer une fois de plus leur bravoure intrépide, et leur promit que dans trois jours elles seraient maîtresses de la ville, dans huit de la citadelle. £t presque aussitôt, il eufoya un trompette, en qualité de parlementaire, pour sommer le bourgmestre et les échevins de se rendre. Le capitaine français lui renvoya sa lettre, en lui annonçant qu'il formait à lui seul le consdl municipal, qu'il fallait employer avec lui un autre langage, attendu qu'il se souciait très-peu des discours. 0f Torstenson ordonna d'ouvrir la tranchée, de dresser, les battaîes, et, le 5 mai, commaiça un feu terrible. Aveo£eU esprit français, qui brave la mort en se jouant, de Souchai| répendît aux premières volées par une brillante fanfare, lancée comme un défi du haut d'une éminence. Quelques jours plus tard, la brèche était ouverte, les Suédois montaient à l'assaut; mais ils furent accueillis d'une si rude manière, qu'après avoir perdu beaucoup de monde, il leur fallut se retirer. Le commandant se montrait partout, animait les soldats et les volontaires d'un courage indomptable. Chose merveilleuse et qu'on aurait peine à croire, siltR'iixis- - « tait une chronique du siège, où tous les événements se trouvent relatés jour par jour, la faible garnison de la ville faisait des sorties, et même des sorties meurtrières pour les assiégeants I. Elle détruisait leurs ouvrages, tuait un grand nombre d'entre eux, enlevait du bétail, des munitions; et rentrait dans Brimn non-seulement avec un précieux butin, mais avec des prisonniers de guerre. Les sorties du 15 et du 26 mai portèrent surtout le ravage parmi les Suédois. La nature même parut seconder les efforts des assiégés. Une horrible tempête assaillit le camp de Torstenson, le 15 juin, et y lança des grêlons énormes, qui tuaient les soldats et les chevaux, y versa une pluie torrentielle, qui, dans les tranchées, submergea les travailleurs jusqu'à la ceinture. Trois

mois et demi cette lutte inégale fut soutaïue avec un bonr heur inouï, avec un hércffsmc prodigieux par de Souches et ses compagnons d'armes. Pendant les deux premiers mois, ils ne reçurent d'autre renfort que cinquante lances et deux Gént cinquante fantassins. La poudre, les boulets et les balles leur manquèrent souvent. Us fîirent trois semaines sans pouvoir tirer un coup de canon. Les détails du siège ont pr^ue tous un caractère sublime. L'énergie française animait si bien cette troupe de braves, qu'ils narguaient et raillaient leurs antagonistes. Les assauts les plus furieux iétaient accueillis au son des trompettes et des cymbales ;

let quand les agresseurs découragés battaient en retraite, la garnison les saluait de la même musique* Un drapeau hissé

par moquerie sur la maison commune servant de poiitt dé mire aux Suédois, qui ne le touchaient jamais, on enleva la bannière flottante et on mit une cible à la place, pour les avertir de mieux diriger leurs coups.

Désespéré de voir tous ses efforts inutiles, de voir que • son armée, jusque-là victorieuse, échouait devant un nid de rats, comme il appelait Brûnn, Torstenson voulut en finir et prépara un asisaut décisif. Le i5 août, dès cinq heures du malin, une effroyable canonnade foudroya les bastions situés entre deux portes et les remparts qui défendaient la colline de Saint-Pierre. La pluie de boulets dura jusqu'à six heures du sdr. La chute d'une tour, des brèches énormes, des éboulements considérables ayant alors comblé en partie les fossés, les meilleures troupes suédoises attaquèrent In villeetlaforteressepar six côtés différents. Mais aussitôt qu'ils approchèrent, nn feu terrible, continuel, renversa morts ou blessa un grand nombre d'entre eux, et déconcerta le reste. Les instances, les menaces de leurs chefs ne purent les empôdier de fuir, ni les ramener à la charge, sauf devant la colline de Saint-Pierre. En cet endroit, les murs, complètement

ou GOUYËRP<ËM£r«T AUTRICHIEN. 101

tombés, ofSiraieiit aux agresseurs un libre cbemiii. Deux

cents hommes seulement, debout sur les ruines des fortifications, leur barraient le passage ; mais de Souches les commandait en personne. Trois fois leurs antagonistes s'élancèrent pour les renverser ; les capitaines frappai^t les soldats qui ne montraient pas assez d'ardeur. Tout fut inutile : les balles, les grenades, les pierres môme qu'on leur lançait de la brèche, des palissades, des demeures voisines, presque toutes habitées par des chanoines, décimèrent les bataillons étrangers; le sabre abattait les plus hardis. La lu lie dura pourtant deux heures entières. Les assaillants perdirent alors courage et prirent la fuite. De Souches avait eu le collet de son pourpmnt travmé, las cheveux écUiiids par des balles.

Cette mémorable journée sauva Brunn, comme la longue résistance de ses défenseurs avait sauvé la nHmaidiie. Le âOaodt, les Suédois plièrent leurs tentes, brâlèrent tous

les villages voisins de leur camp, et se retirèrent. Dans son dépit, le général ïorstenson dit à ses officiers supérieurs qu'il donnerait trois tonneaux d'or pour n'avoir pas entrepris ce siège malencontreux ^

Pendant son absence, l'arcliiduc Léopold-Guillaume avait réuni assez de forces pour prendre l'ofTensive : il altaqua I3 redoute qui commandait l'ancien pont du Danube, en chassa les envahisseurs, puis marcha vers la Bohème. Le général Puchheim fil rentrer sous la domination autrichienne Kor-

' L'héroïque défense de Brûnn, est en Autriche un des sujets \o< plu? popuhiires de l'histoire nationale, bile a iiis(jiré je ne sais combien de pucmes el d'ouvrages dramatiques, notamment : î^e* Suédoii devaiU Brûnn, par Sebidnaedar (1807) ; Bravoure et fidélité ou la lÂgwa des étuOiam» è la redonU ée SaitU-

Tbomas, le 15 août 1645. par Frey (1818) ; Le 15 août IC45, ou Vlntn'p'uUtëâei fiiflijens de Brûnn, par llati (18091. C.lœiigl, diretlcur du théâtre de la ville, a mis plusieurs fois cet épisode au concours el distribue dos prix aux écrivains qui avaient su lui tlonner la forme la plus vive el lu plus inlcrcssante ; on jouail leurs pièces en fôtmi raïudvefttife de k retndte des SoMoit. /

m U1STÛ1R£ SECUÈTi::

neubouTg, Krems et autres lieux voisins de la capitale. Après

avoir quille Brûnn, Torslenson revint à son quartier-général de Mislelbach, au nord de Vienne. Mais persuadé bienlùt qu'il n'obtiendrait plus aucun avantage, il leva le camp et se retira en Bohème. Torturé par la goutte, comme presque tous

les capitaines de celte affreuse guerre, il quilla le service le 5 décembre de la même année. Il mouiut à Stockholm en

Wrangd, son successeur, n'était pas un homme d'un moindre mérite. Secondé par Turenne, soutenu par la conscience de sa force et par 1 cxallalion de la vicloire, il poussa les Autrichiens de défaite en défaite, sans arriver cependant sous les murs de Vienne. Il fallut négo* cîer, car l'empereur était à bout de ressources. Mais une guerre qui durait depuis si longtemps, où presque toutes les nations de l'Europe avaient combattu, ne pouvait se terminer aisémenl. Elle avait préparé aux plénipotentiaires une tâche difficile. Les délib^tims traînèrent, comme on devait s'y attendre; les motifs de dissidence fourmillaient, les objections arrivaient en foule. Le 24 octobre 16 i8 seulement, la paix fut signée à Osnabrûck avec la Suède, à Munster avec la France. La lutte se terminait par l'abaissement de la maison d'Autriche, par l'émancipation des princes luthériens et catlioiiques, par le démembrement de i'Ëmpire et la reconnaissance formelle de l'égalité des cultes.

Les jésuites seuls atteignirent l'objet principal de leur ambition : l'Autriche était devenue, comme la Bavière el le Portugal, un iief de leur société, fief que gouvernait en suzerain leur gtoéral. Les moines cauteleux approchaient rapidement de leur but : « Dominer le monde au moyen du catholicisme. » En 4609, quand la Ligue catholique fut fondée, ils avaient un personnel de dix mille hommes, dix mille combattants armés pour l'intrigue, et occupaient trente-

DU GOUVËR.NËMEiNI AUXUiCUl£J!«. 109

deux provinces, quatre en Asie, cînif en Amérique, vingttrois en Europe. Ils nommaient provinces de grands royaumes, qui n'étaient pour eux que des divisions territoriales de leuir empire. Philippe 11, un prince selon leur cœur, disait avec une sourde inquiétude : « Je devine les secrets de tous les ordres; les jésuites seuls demeurent impénétrables. » Le chef de l'Église était lui-même forcé de compter avec eux, tremblait en mainte occasion devant ces terribles auxiliaires. Pendant les disputes provoquées par le système du jésuite espagnol Moiina sur le libre arbitre, leur supérieur menaça Clément Ylli d'en appeler à un concile. « Rien n'étonne leur audace I » sécria le souverain pontife. La compagnie avait alors pourctief le célèbre Aquaviva, qui unissait une adresse consommée, un flegme imperturbable, les manières les plus engageantes, à un esprit méditatif, à une volonté inflexible comme le destin. Il régna trente-quatre ans, de 1581 à 1615, et accrut dans une effrayante proportion le pouvoir de son ordre. On l'avait surnommé l'infatigable. Aussitôt après son élection, il fit, comme le pape et Tempe* reur, baiser sa main aux personnes qui le visitaient ^ Combien l'humanité devait payer cher ses talents funestes, sa pernicieuse obstination !

Lorsque les hérauts, la trompette en main, quittèrent la Westphalie pour aller, dans toute l'Allemagne, annoncer aux villes saccagées, aux populations maigres et hâves, la paix enfin conclue, leurs yeux ne virent que scènes de déso lation. Ce n'était plus ce beau pays où florissaient, trente ans auparavant, des cités industrieuses, des villages sans nombre, des plaines soigneusement cultivées; où les chants de fc(c succédaient au bruit du travail; où prospéraient le commerce, l'étude et les beaux-arts. On ne rencontrait par-

' Moparchit de» SoUpstt, p. 23.

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tout que villes en ruine, dont les derniers habitants brâr-

laient, pour se chauflor, les boiseries et les charpentes des quartiers solitaires^ que bourgades abandonnées, tertres funèbres ou ossements épars. Des provinces entières étaient devenues désertes. Ici un marécage, avec ses légions de roseaux, avec ses nuées d'insectes, avec ses miasmes fiévreux, remplaçait les moissons bienfaisantes; là une forêt sauvage avait peu à peu eonquis les prés, les vignobles, efifocé les routes. L'Allemagne semblait livrée, comme une proie, aux loups, aux renards et aux corbeaux.

Le brigandage avait pris d'efli nyaules proportions. Exaspérés par la détresse, une fouie d'hommes vivaient de meurtre et de pillage. Les soldats licenciés, ou dépourvus de tout, leur donnaient eux-mêmes l'exemple, et ces voleurs en haillons, ces bandits en uniforme acx^roissaient la misère générale. Le gouvernement fut obligé de recourir à des mesures exceptionnelles. Il inventa les passe ports, rendus nécessaires par l'état du pays. La diète de Bohême publia, en 1G50, un édit caractéristique. (Jette ordonnance prescrivait d'enlever à tous les dto^ns leurs fusils et autres armes offensives : quiconque en porterait à l'avenir, malgré la prohibition, serait poursuivi criminellement. L'ailicle 2 enjoint aux autorités d'abattre les bois, à droite et à gauche des grandes routes, aussi loin que peut porter une balle de pistolet, de fidre couper tous les ans les r^etons et les broussailles qui se seraient développés dans le même espace, tant les assassinats étaient nombreux, tant on courait de dangers hors de chez soi 1 Les autres dbpositions ne méritent pas moins d'être citées.

Art. 5. Les brigands condamnés à mort devront être exécutés sans délai.

AflT. 4. Tout paysan qui livrera aux autorités un bandit vivant ou mort, recevra la moitié de ce que possédait le

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DU GOUVËAiNEMENT AUTRICHIEN. IH

«riminel. Si êehii-d n'avait rien, on donnera au campagnard six cents groscllen^

Art. 5. Dans toutes les villes et sur tous les marchés se tiendront deux agents qui délivreront aux voyageurs des passe-ports, sans lesquels on n'y admettra pemnne.

Art. g. Les autorités surveilleront de près les chasseurs, vignerons et métayers, pour qu'ils ne commettent point de délits et ne donnent point asile aux brigands. . AsT. 7 . Attendu que les colporteurs vendent de la poudre, du plonil) nux bandits et leur achètent les objets volés par eux, le colportage est désormais interdit, sous peine de confiscation et autres châtiments.

Une ordonnance de 1654 revient sur ce triste objet et recommande de faire disparaître les bois qui longent les routes *

Une dernière carconstanee suffirait pour peindre la situation de l'Allemagne à cette époque. L'excès du désespoir

avait si profondément ulcéré les cœurs, les avait si bien détournés de tous les sentiments affectueux, que les hommes s'abstenaient de leurs femmes, vivaient dans une sombre et trBgicjiio chasteté. On excitait en France le maréchal de Gassion à renoncer au célibat, v Je n'estime pas assez la vie, répondit-il, pour en vouloir faire part à quelqu'un. » Toute la Bohême, toute la Moravie, presque toute TAlle* magne semblaient pénétrées du même dégoût pendant cette aiïieuse lutte. On ne voulait pas léguer une misère sans bornes aux générations futures, et la race germanique avait en quelque sorte résolu de se laisser périr. Un peuple entier aspirait au suicide. Il fallut que du haut des chaires on exhortât les gens mariés à faire usage de leurs droits, à ne

' I.e grosdien vaut deux sous et tiemi.

* Hicger, Materialien zur bœmisclien HtatUltk. — Vehse, Gescliichte des œsireicliischen llofs, etc.

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poinl contrarier les intentions de la nature. Bien mieux, la diète de Franconîe, avec l'approbation des archevêques de

Bainberg et de Wurtzbourg, prit à Nuremberg, le 15 février 1650, une décision législative qui permettait le mariage des prêtres et autorisait la polygamie. J'ai sous les yeux le texte de ce singulier décret, et je vais le Iraduire, car une pièce de celle importance doit être communiquée tout entière au lecteur.

Abt. 1''. Pendant un laps de dix ans, à partir de ce jour, il est défendu de recevoir dans les monastères aucun homme qui n'aurait pas atteint soixante ans.

Art. 2. Tous les prêtres et curés qui ne font point partie d*une maison religieuse ou d'un chapitre, sont t^us de se marier sans délai.

Art. 5. Il est permis à tout homme d'épouser deux femmes; mais on recommande aux maris, et on le rappellera souvent en chaire, que si on leur confie le sort de deux personnes, ils doivent en échange se comporter avec discrétion et prudence, les pourvoir sunisammentd'aburd, et ensuite prendre leurs mesures pour que la liaine ue se glisse pas entre elles.

Yoilà où en était réduite l'Allemagne I Gèmme la 6o-

bème, elle avait fmi par perdre les den\ tiers de sa population'. En supposant qu'elle eût trente millions d'habitants au début de la guerre (elle en compte maintenant plus du double), c'étaient vingt millions d'hommes qui avaient péri de déti'csse ou de moit violente. Les bordes barbares n'avaient point commis de tels désastres dans l'empire romain.

Qu'on vienne ensuite nous parler des excès de 95 ! Les

jésuites et les dominicains ont, ù eux seuls, fait plus de vic-

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DU GOUVËK.XËMËiNT AlîXHlCUlEiN. 115

tîmes que tous les révolutionnaires ensemble depuis le commencement du monde.

La persécution organisée par Ferdinand 11, sous l intluence suprême des jésuites, a retardé la civilisation de cent cinquante ans au delà du Rhin* Quand elle commença SCS ravages, l'Allemagne possédait une brillante école de peinlure, des graveurs fameux, des savants, une littérature naissante ; lorsque la réaction démolit ses échafauds, encloua ses pièces, essuya son épée, les talents avaient disparu comme un songe; Tignorance et l'engourdissement tenaient compagnie à la misère. Le génie ne put refleurir sur cette terre dévastée qu'au milieu du dixrtiuitième siècle ; les arts ont repris seulement de nos jours leur ancienne vigueur. Contrai ics, arrêtés par la 1 raiice dans leurs manœuvres anibitieuses, les jésuites transportèrent chez nous leur funèbre attirail, se vongérent en obtenant la révocation de l'édit de Nantes. Les dragonnades et tout ce qui les accompagnait, n'ont été qu'une imitation de leurs procédés dans les États autrichiens.

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