‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 31 sur 33 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

LB OOIfflOBDAI ADTBICIUSK JUSTiné AWL AiFBIft DE mXCB ; I.'lUSTOIIUt IUS8 BOURBONS lUCOmiB PAR JOX MPLOMAIE TIEHNOIS.

C'est surtout aux dépens de la France, par des arguments

tirés de noire histoire civile et reli<?ieuse, que le gouvernement autrichien ou ses admirateurs essayent de justifier le concordat, en louent la sagesse et en démontrent Topportunité. S'ils font les raisonnements les plus naifs, ils y mêlent, avouons-le, des considérations très-ingénieuses. Rien d'absurde comme de dédaigner ses antagonistes, quand ils se présentent tout armés dans le champ dos. Nous analyserons donc les brochures publiées sous les auspices du gouvernement impérial ; nous en signalerons le fort et le faible, les pensées vraies, les illusions et les faux principes.

Quelle est la cause fondamentale de la grande révolution française, des révolutions supplémentaires de 1850 et de 1848? demande un des auteurs, ancien diplomate retiré du service \ Et il entre de plain-pied dans la philosophie de

* Dos CMtreisciiicfie Concordat und der Hitler Bumen, von einem diplomattn amer Dieiut; Regensburg, ISW.

HISTOIRE SECRÈTE Dli GOUVERNEMENT AITRICUIEN, m

l'histoire pour répondre à oetie question. Louis XIV, dit-il, a èvîdemmenl préparé la chute de sa dynastie et les bouleversements de noire époque, en enlevant toute force, toute indépendance aux classes et aux corporations qui a^ient jusqu'alors exercé des droits, possédé des privilèges. La royauté est msi devenue un monstrueux pouvoir, sans limites et sans contrôle, que sa disproportion même devait culbuter, comme une tôte trop lourde fait tomber un corps giéle et chétif.

Ses mesures despotiques atteignirent principalement trois classes et une secte religieuse : la noblesse, le clergé, les parlements, les calvinistes. Nous ne nous occuperons pour l'heure que de sa conduite envers l'Église orthodoxe.

Depuis le concile de Constance, plusieurs juristes français avaient soutenu que la couronne était indépendante du saintsiège, et que les ecclésiastiques devaient, en toute cireonstanee^ obéir au souYerain. Pendant les premières années du règne de Louis XIV, certains personnages qui convoitaient la faveur du prince et acquirent elléctivement ses bonnes grâces, développèrent, fortilièrent cette doctrine. Le prince s'en empara, et un édit, promulgué le 18 avril 1673, lui donna une valeur légale.

Charlemngne avait ordonné que tous les évéchés, que tous les monastères de l'Empire se choisiraient un prévôt, un défenseur lakpie, nommé habituellement vidame. En des temps de guerres et de désordres continuels, ces tuteurs armés obtiiuvnt de leurs pupilles ou leur extorquèrent les plus importantes prérogatives. Elles tentèrent l'ambition royale, et le prince se substitua insensiblement aux vidâmes dans les domaines de la couronne ; l'ancien usage fut néanmoins respecté dans les fiefs. Par le rescrit de 1675, Louis XIV allait plus loin, se déclarait le protecteur de toutes les églises, de toutes les abbayes françaises, s'attribuant le

droit de toucher les revenus des- sièges vacants, et de nommer aux bénéfices dépendant de leur collation, jusqu'à ce

que les nouveaux dignitaires eussent non-seulement prête leur serment de fidélité, mais l'eussent fait enregistrer par la cour des comptes. Cette adroite mesure lui soumettait le dergé de France, le constituait primat de TËglise gallicane.

Deux évêques, ceux d'Alelet de Pamiers, résistèrent seuls à ces prétentions et les déclarèrent injustes. Ils furent sinon bannb de leur siège, au moins dépouillés de leurs fonctions. Les prélats en appelèrent à leurs métropolitains, rarchevèque de Narbonne et l'archevêque de Toulouse. Leurs supérieurs les, condamnèrent, aimant mieux obtenir l'approbation du roi que celle de la cour apostolique. Les deux opposants réclamèrent alors Tintervention du pape Innocent XI, qui déploya dans cette occasion une ferraclc digne de Grégoire VII. Il adressa au monarque les plus vives remontrances, et excommunia Tarchevéque de Toulouse, trop docile envers le prince, les graiîds vicaires de Pamiers établis par le métropolitain, et tous les prêtres qni tiendraient leurs bénéfices de ces grands vicaires. Pour dompter. les résistances, Louis XIV assembla le concile national de i682. Sous la présidence de IJossnet, il constitua démocratiquement 1 Eglise de France à l'égard du pape, mais la soumit au pouvoir temporel. Nous avons résumé plus haut les principes de sa fameuse déclaration, charte révolutionnaire du clergé gallican.

Cette charte ne rentérmait en apparence que quatre articles, mais un cinquième s'y trouvait sous-entendu. Le synode mettait rautorité des conciles au-dessus de l'autorité pontilicale, établissait le sulTragc universel dans les questions de dogme. Il n'enseignait pas comment devaient être composées ces réunions générales de TÉglise, s'attribuait à lui-

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même les droits d'un concile œcuméniqiie, et décidait les

problèmes en conséquence. Les assemblées de nos prélats, à partir de ce moment, se substituaient aux assemblées universelles, qui avaient jusqu'alors débiattu les articles fondamentaux de la doctrine catholique. Or, l'Église gallicane étant régie, dominée par le pouvoir temporel, Louis XIV, d'une manière subtile et indirecte, usurpait l'autorité spirituelle, devenait en môme temps, conmie Henri Ylilet le czar, chef de la religion et chef de TËtat ^

Cet empiétement a produit tous les maliieurs de la France et, par suite, le bouleversement de T Europe, à en croire les interprètes de FAutriche. Louis XIY ayant abaissé toutes les classes supérieures, triomphé de tous les obstacles, réduit en servitude la noblesse, le clergé, les parlements, dompté, annulé l'opposition religieuse et politique du calvinisme, fut pris de la démence inhérente au pouvoir absolu. Voilà, certes, une expression étrange dans la bouche d'un diplomate viennois ; mais le gouvernement autrichien a toujours la prétention de ne point exercer une autorité despotique. Le roi de France donc, livré à lui-même, commit les excès les plus pernicieux, les fautes les plus graves, et entraîna les Bourbons dans la voie funeste où il s'était précipité. En quoi consistent ces erreurs et ces abus?

Louis XIY et ses héritiers purent, suivant leur bon plaisir : 1* déclarer la guerre; ^ disposer des biens et du sang du peuple; 5° changer les lois; i" abaisser les grands, élever les petits; 5" ne consulter que leurs passions dans la vie privée, licence des plus pr^udiciabies. Eux seuls étaient libres; les autres Français avaient perdu toute indépendance, étaient à demi esclaves. On connaît le régne des favorites, le libertinage officiel, pour ainsi dire, engendrés par la singu-

■ Dm œttrdOiitàie CcneorM, m» dnm diplmaten ausser IHeiist, p. 12.

liëre prétention d'abaisser devant le trône les lois souveraines et imprescriptibles de la morale.

Mais cet arbre d'iniquité, poursuit le diplomato anonyme, n'avait pas porté encore tous ses fruits, que déjà les hommes les plus sagaces, les plus éclairés, les plus honorables, manifestaient une vive inquiétude : « La France est pourrie de la tète aux pieds, disait le nnaréchal Catinat; elle sera mise sens dessus dessous. » Des prêtres éminents, comme Massil- Ion, Fléchier, Bourdaloue, partageaient cette opinion et rexprimaient hautement jusque dans la chapelle de Versailles. Peut-être la domination illégale du pouvoir temporel et le malaise, qui en était la suite, leur inspiraient-ils ces lugubres pressentiments.

La révolution de 89 justifia leurs craintes. Le système politique des Bourbons produisit peu à peu ses conséquences rationnelles. Us avaient détruit les pouvoirs les plus respectables : ils furent rènversés à. leur tour, et ne trouvèrent ni aide ni consolations au jour du malheur.

Pour ne parler que de l'Eglise orthodoxe, où l'épiseopat, où le clergé monastique et séculier puisent-ils leur force? Dans la rigidité des mœurs, dans la connaissance approfondie de l'Écriture sainte et des traditions catholiques, dans une foi vive et inébranlable. Mais ces qualités leur eussent fait prendre le parti du souverain pontife, blâmer les mœurs de la cour, leur eussent enlevé la souplesse que cherchait en eux la royauté. Le gouvernement choisissait donc de préférence, nommait donc aux sièges vacants les hommes les moins dignes de les remplir, les ecclésiastiques ambitieux qui montraient une docilité vile et une finesse mondaine. Les abbés du dix-huitième siècle ont laissé un triste renom. Le misérable Dubois, rancien laquais, le débauché sans vergogne, ne fut-il point élevé à la prélature, admis, par l'influence de la cour, dans la suprême assemblée des cardinaux?

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La force, le mensonge, Thypocrisie peuvent beaucoup en

ce monde, mais ils ne peuvonl donner de la considération, de l'influence à un corps sans prestige et sans mœurs, lût-il revêtu du caractère sacerdotal et entouré des pompes de la religion. La servitude, si habilement qu'on la déguise, engendre le mépris. Les maximes gallicanes avaient abaissé, humilié l'Église de France. Elle perdit tout son ascendant et porte encore la marf[ue de ses fers. Depuis 89, Tautonlè a plusieurs fois voulu la prendre pour appui; mais c'était un roseau l)a(lu des vents, qui a fléchi sous la main des rois et n'a pu secourir leur faiblesse.

Les princes et les nobles dissolus, que fréquentait le dergé, Tavilissaient par la contagion de l'exemple, par le prosélytisme de la dél»aucbe et par la complicité morale qu ils lui imposaient. Créatures du souverain et de l'aristocratie, pouvaient41s tonner contre les vices du siècle, prèdier les lois austères du Décalogue et montrer le zèle d'une âme vraimerft chrétienne? Non, certes : ils faisaient preuve d une indulgence coupable, étendaient leur manteau sur l'iniquité, la protégaient de leur connivence impie. Sans doute il existait encore des prêtres vertueux et honorables ; mais s'ils voulaient censurer les mœurs, blâmer les fautes de leurs paroissiens, ces derniers ne pouvaient-ils y répondre : c Ëh quoi I vous vous arrêtez à nos délits véniels, quand vous tolérez les plus graves désordres, IsT corruption la plus scandaleuse dans le palais du roi, dans les châteaux de la noblesse et parmi vos propres collègues ! Adressez-vous d'abord aux grands du monde ; réprimandez, humiliez les superbes, et ne tourmentez point les colombes, puisque vous épargnez les vautours. » Que ces récriminations fussent exprimées dans le langage ordinaire ou dans les livres, ou retenues par la prudence au fond des cœurs, elles n'en dépouillaient pas moins la chaire de son autorité, les ministres

de leur inflnence : leurs discours étaient de vains propos qui frappaient les murailles des églises, mais ne toudiaient

point les auditeurs.

Louis XIV avait semé le vent, ses petits-fils recueillirent la tempête. Le clergé du dix-huiliéme siècle exécuta sans doute ponctuellement le précepte de l'Ëvangile : «r Rendez à César ce qui appartient à César. » 11 fit tout ce qu'il put pour soutenir le trône chancelant. Fidèle au roi, mais infidèle au souverain arbitre qui juge les puissances^^de la terre, il excita la haine en même temps que le mépris. Sa servilité à l'égard de la cour, sa dureté envers les classes laborieuses, son avarice, son libertinage, le rendirent complètement impopulaire. Il donnait prise de toutes paris à la censure, à Findignation. En subjuguant la milice spirituelle, en la pervertissant et la discréditant, le gallicanisme avait préparé le voltairianisme. Par la brèche qu'il avait ouverte, la philosophie donna l'assaut à la religion. Yoilà les seuls effets que pouvait produire cette doctrine pernicieuse. •

Les novateurs du siècle dernier souliailaient évidemment, dès le premier jour, culbuter l'ancien ordre de choses ; mais lisse gardaient de manifester ouvertement leurs intentions: le pouvoir politique était trop vigoureux, trop bien armé; les lettres de cachet et la Bastille inspiraient la prudence. N'osant canonner de front la royauté, les philosophes l'attaquèrent par des théories abstraites, comme Rousseau, ou la prirent de ilanc, comme les vollairiens. Le catholicisme était un des remparts de la place : on pouvait donc pénétrer dans la citadelle en ruinant ce boulevard déjà entamé. Le corps sacerdotal, rompu au joug, dépouillé de ses droits antiques, n'avait plus assez de consistance, de force intrinsèque, pour le défendre avec succès. Un grand nombre de prêtres d'ailleurs avaient adopté les opinions nouvelles et tendaient la main aux assiégeants. La troupe philosophique se précipita

sur ce point vulnérable : elle emporta un des bastions de la monarcbie, sans que la royauté fût prise d'inquiétude.

Tant qu'ils n'eurent pas assuré leur triomphe, les noirai* teurs employèrent le gallicanisme ainsi qu'une batterie provisoire : cette doctrine ne leur suffisait pas, sans doute, mais c'était un à-compte. C'était aussi une bonne lactique de la mettre en avant, pour leurrer, flatter, duper le souverain, qui l'aimait comme une fille des Bourbons. Les principes de ^'Église française pénétrèrent donc partout à la suite du \oltairianisme, formant, pour ainsi dire, partie de ses bagages. Bruxelles, Berlin et Vienne furent leurs conquêtes les plus importantes. Nous avons vu comment Joseph n leur ouvrit son empire et leur d(tiina force légale. Ils le mirent en position de réformer des abus criants, des injustices séculaires. La noblesse, par exemple, s'était approprié tous les bénéfices ecclésiastiques, et les regardait comme un supplément à ses domaines. Ils servaient de fiefs aux cadets de l'arislocratie. Nul ne pouvait obtenir une dignité pastorale, s'il ne témoignait de quatorze quartiers. Les entants au maillot étaient pourvus de prélatures con^dérables : on les élevait en qualité de chanoines, d'évôques, d'archevêques, d'électeurs milrés du saint-empire. La roture se trouvait bannie des hautes fonctions, le mérite ne comptait pour rien. Joseph n changea un ordre de choses contraire aux lois de l'Evangile et rétablit dans le sacerdoce l'égalité chrétienne. Mais que de fureurs éveilla cette réforme salutaire ! que de malédictions lui valut cet acte de justice I

Maintenant encore, les amis de Rome, les politiques autrichiens l'accusent d'avoir corrompu, énervé les ministres de • l'Église impériale, comme les Bourbons ceux de l'Église fhmçaise. « Il est incontestable, dit l'un d'eux, qu'au mo* ment oii la révolution de 1848 a bouleversé l'Allemagne, le clergé inférieur, en Autriche, avait peu de zèle, suivait peu

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exaclement la discipline et trahissait une grande tiédeur, à

part quelques exceptions glorieuses; les prélats, de leur côté, montraient une foi languissante, et se conduisaient

bien moins comme des serviteurs de Dieu que comme desfonctionnaires publics. Aussi le clergé autrichien n*a-t-il eu, pendant 1 orage, qu'une action très-iaible sur le peuple, et bien hiférieure à celle qu'il exerçait en des temps plus heureux. »

D'où venait la somnolence générale qui assoupissait les évéques dans lem's fastueuses demeures, les curés danslews presbytères? Pourquoi les langues de feu ne descendaientelles point sur leur iront ? Pourquoi la trompette de saint Jérôme ne les éveillait-elle pas tout à coup ? Le système gallican les avait frappés d'une sorte de paralysie morale et intellectuelle. Ce n'étaient plus les pasteurs libres d'une communauté religieuse, les interprètes du ciel, les ministres de ses volontés : ils faisaient partie intégrante de la bureauci'atie, dépendaient de l'État et liguraient au nombra de ses employés.

Le pacte conclu le 48 août doit les relever de leur décliéance, faire cesser les maux produits par les doctrines de l'Eglise gallicane, Église à peine catholique, suivant les Autrichiens. Le pape et l'empereur ne cachent nullement qu'ils opposent leur traité, comme une digue suprême, aux flots de la démocratie, aux empiétements de la révolution. Toutes les tempêtes viendront échouer contre ce môle inébranlable, et le gouvernement pourra se mettre en panne, dormir dans un calme éternel. L'autorité absolue n'a aucune force véritable, ou du moins n'est pas amarrée à une ancre assez solide, quand elle repose entre les mains d'un seul. Il faut que des corps vigoureusement constitués renvironnent, la soutiennent et l'éclairent. Nul ne remj)lira mieux cette mission que le clergé; il pénètre partout, il se mêle à tout. U

DU GOUVERNËMËM AUTRICHIEN. 407

sera Tappui du trône, le conseiller de Tempereur, surveil*

lera et guidera les classes populaires.

Voilà quelles considérations historiques les diplomates autrichiens allèguent en faveur du concordat; tel est le point de vue auquel se place le gouvernement impérial. On ne peut méconnaitre dans ce système Touvrage d'un esprit distingué; mais il pèche par omission, plusieurs chiffres manquent au calcul.

Il est injuste d'abord, et conséquemment déraisonnable, de prétendre que les Bourbons, que les maximes de 1 Église gallicane, aient seuls afîaibli le clergé catholique dans toute l'Europe. Son relâchement moral et sa décadrée politique avaient commencé bien avant Louis XIV. Wiclef, Jean lluss et leurs nombronx prédécesseurs, qui ont fourni à UUmann la matière de deux volumes, suffiraient pour attester que dès le quinzième, dès le quatorzième siècle, le monument pontifical se lézardait. Lntlier, (lalvin, Henri VIII on ahaltirent des ailes tout entières. La France lut bien près d'échapper au saint-siège. Dans les pays même où la cour de Rome conserva son autorité, elle ne la conserva pas intégralement. Elle avait perdu de son prestige, de son influence sur les populations. Louis XIY, Louis XV persécu (aient, martyrisaient les protestants, mais n'avaient plus la foi enthousiaste du moyen âge, la chasteté, l'abnégation et les antres vertus chrétiennes. An lieu de prendre parti contre le chef de l'Ëglise, Bossuet, trois cents ans plus tôt, se serait déclaré pour lui, eût employé à le soutenir toute son érudition et toute son éloquence. Le temps est un fleuve rapide, qui entraine l'humanité sur ses Ilots : les uns le descendent avec joie, avec impatience; les autres essayent de le remonter, mais ils glissent à leur insu et ne font que ralentir leur mouvement progressif. Les électeurs mitrés du saint-empire avaient suivi le cours des siècles, lorsqu'ils adoptèrent les

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principes de l'Eglise gaUicane ; Joseph II en hâtait la marche; le clergé autrichien se laissait emporter, quand la révolution

de 1848 le surprit au milieu de sa nonchalance. L'opinion publique gouverne le monde : elle seule donne de la force aux institutions, elle seule les renverse d'une manière définitive.

Or les diplomates ullramontains avouent, sur les bords du Danube, qu'elle s'est déclarée contre le pacte nouveau. Plusieurs même doutent qu'il soit pleinement exécutable. S*il pèche par la base, pourra-t-il être d'un grand secours à l'autorité temporelle 7 Raffermi ra-t-il le gouvernement impérial, ou celui-ci se compromettra-t-il, épuisera-t-il ses forces pour le soutenir? Les politiques autrichiens se font tant d'illusions, qu'ils semblent toujours perdus dans un rêve. Le concordat leur inspire les plus naïves espérances. Elles nous fourniront le sujet d un troisième chapitre. Ayant reproduit avec fidélité les meilleurs arguments du système, il est juste que nous en montrions les erreurs et les faiblesses.

CUAPITBE XIXII

ILLUSIONS I)K l'aUTHICHF. SUR l'uTU.ITK DU CONCORDAT; IL ANNONCE ET PUÉl'ARE LE RETOUR DE l'aGE d'uU. MENACES GUEUI.IÈKES ADRESSÉES A L EURUI'E.

Les illusions de rAutrîche relativement au concordat sont si étranges, si naïves, qu'elles forment dans la politique de

nos joure un phénomène exceptionnel. Après trente siècles d expénence, après tant d'événements liistoriqucs trempés de sang et de larmes, se laisser éblouir par de telles chimères! Une simple exposition suffirait presque pour montrer combien elles sont futiles, quels désenchantements elles préparent aux diplomates viennois. Nous avons loué franchement leurs vues rétrospectives, leurs jugements sur quelques faits du passé ; leurs considérations sur le présent et l'avenir sont loin do mériter les mêmes éloges. Conlinuons cependant notre étude impartiale, écoutons rêver tout haut les publicistes autrichiens.

Les reconstructions entreprises dans l'édifice monarchique des Ilabsbourgs, depuis la victoire du parti impérial, n'ont pu se faire, disent-ils, sans léser beaucoup d'intérêts : il a fallu abattre d'anciens piliers, de grosses murailles même et des galeries importantes. Ces travaux en sousrœuvre ne

s'eiécutent jamais sans péril ; mais ]e pacte du 18 août préviendra les catastrophes, consolidera le monument. Il forme

un système de voûtes qui en supportera les combles, en raffermira la structure générale et en liera les diverses parties. Une complète unité y régnera désormais. Les instructions, les ordres venus d'en haut ne retentiront point comme de vaines paroles : une l'oule d'agents laborieux, empi essés, partout répandus, les ecclésiastiques, en un mot, se hâteront de les &ire exécuter, seconderont les projets du souverain.

Comment l'État pourrait-il n'y point gagner? Suivant les préceptes de son fondateur, l'Église doit rendre tous les hommes bons et pieux, justes et intègres, chastes et tempérants; elle doit leur rappeler sans cesse et graver au fond de leur cœur la loi divine de la charité ; elle est encore tenue de leur enseigner l'obéissance, le l'espect envers les autorités laïques, pourvu que ces dernières ne se mettent point en opposition avec les ministres du Seigneur. Sa mission l'oblige à prouver qu'il faut, sous peine de damnation, payer exactement les impôts, prier pour le souverain et pour les fonctionnaires publics, demander au Créateur qu'il les illumine, les dirige vers le bien et les comble de pi ospérités. Si l'Église répand cet esprit, ces dispositions dans toutes les classes, les empires, les royaumes ne peuvent qu'y trouver leur compte. Un pays habité par des bourgeois doux et honnêtes, sobres et pudiques, charitables et affectueux, qui obéissent toujours, qui ne mentent jamais, qui prient pour leur chef temporel et pour ses serviteurs, qui aiment enfin la paix et la concorde, un tel pays offre assurément l'idéal de la sociétépolitique. Or l'Église tàclie sans cesse de réaliser cet idéal. Même quand elle n'atteint pas pleinement son but, par suite des obstacles qui entravent toutes les choses humaines, elle s'en approche avec persévérance, et plus ses efforts' réussissent, plus les États sont tranquilles et prospères.

DU GOUYËRNËHEMT AUTRlCHi£^. 411

Puisqu'elle est si utile, comment lui refuser les moyens

d'action qu exige son œuvre? Une Eglise qui a les mains liées rend de faibles services ; une Église puissante, opulente, douée de nombreux privilèges et entourée d'honneurs, travaille fortement au bien de la nation. Elle fait d'un pays quelconque l'image du ciel sur la terre. Ceux (\m ne veulent pas le croire sont des gallicans et des sceptiques. L'expérience ne tardera pas à les convaincre d'erreur. Ouvrez les yeux, libeirtins, hommes sans foi, railleurs endurcis: vous allez voir des prodiges incomparables! ^

Qu'on ne s'effraye donc point des nonàbreuses prérogatives conférées au saint-siége par le traité du 18 août, s'éarient les interprèles du gouvernement impérial. Il lui assure les communications les plus libres, les plus fréquentes, lespl^s directes, les plus étendues avec le clergé autrichien et avec les fidèles. Pense-t-on qu'il en abuse? Il ne s'en servira que pour le bonheur de l'Autriche, pour moraliser le corps sacerdotal. L'héritier de saint Pierre ii'a-t-il pas intérêt à ce que tous les prêtres soient des modèles de vertu? Il peut alors compter sur leur obéissance et leur dévouement, faire manœuvrer cette milice en robes noii es, au moindre signal, avec une régularité prodigieuse. Doue le pape surveillera les ecclésiastiques de l'empire, les courbera sous le joug d'une austère discipline, les maintiendra dans le sentier de la justice. Les éviMiuos, les curés autrichiens seront désormais des anges d'abnégation et de pui clé.

Eux-mêmes s'efTorceront d'exciter l'enthousiasme par leur conduite. Les gouvernements populaires ont un immense désavantage : ils accordent les droits les plus précieux à des individus qui n'ea sentent pas la valeur, qui ne savent point en faire usage, et, ne comprenant que l'utilité immédiate, ne soupçonnent pas les conséquences funestes de leurs erreurs, ne devinent point les résultats féconds d'une politique

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judicieuse. Les prèlres ont infiniment plus de clairvoyance :

ils se garderont d'agir contre leur intérêt bien entendu, de compromeltre une brillante position. Il est pour eux de la dernière gravité qu'on les estime, qu'on les aime, qu'on subisse pleinement leur influence : ils feront donc un emploi sage et modéré de leurs prérogatives. Les séminaires autrichiens vont devenir autant de bercails d'où ne sortiront que des brebis sans tache; les saints germaniques pulluleront tellement que l'Église ne saura où donner de la tête, se m^tra sur les dents pour les canoniser.

Les ecclésiastiques seront d'autant plus irréprochables, disent les politiques autrichiens, s'efforceront d'autant plus d'apparaître aux fidèles avec le nimbe pieux qui couronne les têtes prédestinées, que l'envie est la compagne éternelle du privilège, Tinfatigable adversaire des classes puissantes. Tout le monde épiera désormais leur conduite, observera leur visage, interprétera leurs discours. Les fonctionnaires surtout les poursuivront de leur maligne vigilance; car il y a dans l'empire une vieille inimitié, un antagonisme implacable entre la bureaucratie et les porte-soutane. Les nou* veaux droits, les faveurs extraordinaires que ceux-ci ont obtenus, envenimeront la haine du corps administratif. Une jalousie profonde va exciter Tune contre l'autre ces deux classes influentes. Les prêtres devront se tenir sur leurs gardes, ne point s'exposer aux traits de la malveillance et de rironie.

Mais quels avantages le peuple trouvera-t-il dans ce pacte

religieux et politique? demandera-t-on, car c'est toujours là qu'il faut en revenir. Les lois, les traités qui n'améliorent point le sort des masses n'ont aucune valeur. De quelle utilité donc peut être le concordât, pour les différentes nations groupées autour de l'empereur François-Joseph? A cela les diplomates autrichiens répondent que jamais institution

n'aura fait pleuvoir sur un pays un tel déluge de grâces et de félicités. Leur démonstration est originale.

Pour qu'un peuple soit mal gouverné, il faut que des principes pernicieux, que des abus criants infectent les sources de l'autorité, sans que personne ait le droit d'y porter remède ; ou bien que les agents du pouvoir, n'étant pas soumis à une rigoureuse surveillance, tombent dans l'arbitraire, négligent leurs devoirs, froissent les intérêts de leurs

subordonnés.

La i^raiice et les Bourbons eux-mêmes eussent beaucoup gagné à ce que les ecclésiastiques du royaume fussent plus influents et plus libres, eussent pu réprimer nlendeusement et secrètement la prodigalité de Louis XIV, suspendre ses guerres désastreuses, renverser la domination des courtisanes, qui atteignit, sous Louis XV, aux derniers excès de la folie et de Timpudence.

Ce serait faire injure à la dynastie des liabsbourgs que de la mettre en parallèle avec les Bourbons. La famille impériale d'Autriche s'est toujours distinguée par ses mœurs irrépréhensibles. Le traité du 18 août la maintiendra dans ces dispositions vertueuses. Mais si quelque jour le prince abandonnait le lumineux sentier où marchent les justes, commettait des fautes politiques, se livrait aux dérèglements des passions, la caste sacerdotale, organisée comme elle l'est maintenant, stimulée par sa conscience et autorisée par Dieu même, pourrait lui adresser des remontrances, lui exposer ses devoirs, et, sans bruit, sans scandale, sans compromettre la dignité du monarque, lui inspirer de meilleurs sentiments ou de meilleurs desseins. N'a-t-on pas vu les rois d Espagne prendre pour guides le nonce apostolique, l'archevêque de Tolède, le grand inquisiteur?

Quant aux fonctionnaires publics de tous les grades, ils pourront diftlcilement molester le peuple, fausser les lois,

faire un coupable usage de l'autorité que leur confie le gouvernement. Le clergé aura Toeil sur eux, découvrira, signalera leurs plus légères infractions. Cè qni échapperait à la vigilance des chefs ne saurait lui échapper. Son pieux ministère lui ouvre toutes les portes, toutes les consciences, lui donne un moyen de pénétrer partout. 11 planera sur la hiérarchie administrative comme ces chérubins que Dieu préposait aux destinées d'une ville ou d*une nation, qui tenaient dans une main le livre de la loi, dans l'autre l'épée flamboyante, et observaient les actions des hommes.

Le concordat autrichien a donc la valeur d'une charte li])éiale, à en croire les publicistes du pays. Pourquoi demande-t-on, depuis soixante ans, avec une ardeur tiévreuse, des constitutions politiqnes ? Un peu par mode, mais beaucoup aussi par prudence. La foi ayant décliné dans les âmes, les cliiUinients d'une autre vie n'inspirant plus de terreur, les peuples senteul que des garanties matérielles leur sont nécessaires contre l'oppression et l'injustice. Or le clergé autrichien forme dés ce moment une représentation nationale, li défondra mieux les intérêts populaires, il expliquera mieux au chef temporel la situation des esprits, les vœux, les besoins de la foule, que ces assemblées délibérantes où jasent de cupides avocats, où dorment de serviles employés, où votent des industi iels obtus, où se pavanent des lecteurs de romans et de journaux.

Mais le traité du 18 août ne sera pas avantageux seulement pour TAutriche. Gomme Vantique Janus, il a deux faces, l'une tournée vers l'intériem' du pays, l'autre vers le dehors. Quand un monarque puissant, derrière lequel sont rangés cinq cent mille hommes, avec fusils, sabres, lances et baïonnettes, avec leurs chevaux, leurs canons et leurs mortiers; qnnnd ce prince donc élève la voix dans une pareille circonstance et pour un motit d une gravité suprême, il est

DU GOUVERNEMENT AUTRIGHIBrî. 415

manifeste qu'on doit Tentcndre au loin. Elle a infailliblement pénétré jusqu'à Madrid, sous les voûtes de deux palais, run desquels abrite le trftne de la reine, pendant que l'autre

sert de lice aux tumultueux débals des corlès. Elle a retenti de même dans 1 appartement royal et dans les cbambres législatives du Piémont. Ces accents ont annoncé que l'Église avait enfin un protecteur capable de la défendre ; ils ont dû, çà et là, faire nailre de mauvais rêves

L'Allemagne aussi, l'Ail emague tout entière, s'en est émue. Avant la conquête de Bonaparte, nos princes gouvernaient des populations homogènes. Les souverains catholiques n'avaient sous leur tutelle que des sujets calboliques; les rois et ducs protestants ne voyaient autour d'eux que des protestants. Mais le congrès de Vienne a changé cet ordre de choses : il a soumis des provinces catholiques k des gouvernements lulliéricns, et des provinces luthériennes à des gouvernements catboliques. Les partisans couronnés de la Réforme ont dès lors, secrètement et par d'habiles artifices, miné dans leurs États le système orthodoxe : ils voulaient obtenir l'unité de croyance. Leurs tentatives cesseront maintenant ou ne produiront aucun ré>ullat. Leurs sujets catholiques savent qu'ils ont dans l'Autriche une vigilante et martiale patronne : ils ne céderont ni aux mesures comminatoires, ni aux stratagèmes. 11 fiuidra donc, si on ne change pas de dessein, employer contre eux la violence ; il faudra, comme le proposait un journal de Francfort, chasser les

' Nous appelons parliculièrcmcnt ratlenlion du lecteur sur ( es menaces adres- S''o< :ui Pi»'inonl en 1855. Elles cniicorilont avec le nianifestL' Hu pi'pc, |)iiljlii' la même année à Rome, manifesle de Iruis cents pages, «jui conlieut un discours agressif prononcé devanl le sacré-collége, le 22 janvier. Voici le litre deeette pièce importante :•« Allocucione ddia Sanliti di nostro fttgnore Pie PP. II al sacro Collegio ncl consislorio segreto del 22 Gennaio 1855, seguita da una esposizionc eorroditf:i ii donimonti sutle inressaiili t-ure délia stess^i Sanlil;^ a riparo dci gravi niali, da cui ù atUitla la Ckic&a caltolica ncl reguo di Sardcgua. »

évêques de leurs diocèses, confisquer les biens du clergé papiste. Mais alors l'Autriche, debout dans sa force, animée par l'esprit même de Dieu, réclamera l'exécution du traité de Westphalie et des pactes subséquents. « Gloire et triomphe aux aigles de l'empereur, s'écria un de ses panégyristes, si on le force à tirer l'épée ! »

Ce langage est bien dair, il me semble : il contient une menace, un aris belliqueux adressé à l'Europe entière, mais surtout aux populations luthériennes et calvinistes. Le gouvernement autrichien ne désigne que l'Ëspagne et la Sardaigne, sans doute par excès de bravoure, les forces militaires de ces deux pays n'étant point redoutables ; mais il ne veut pas intimider seulement les petits : malgré ses précautions oratoires, il a en vue tous les adversaires de la cour apostolique, tous ceux qui convoitent, mettent aux endières les propriétés de l'Église romaine, ou discutent la vérité de ses dogmes.

Voilà quelle est la pensée intime de l'Autriche, voilà les fruits qu'elle se promet de son traité avec Rome. On ne découvrira pas autre chose dans ses brochures semi-ofTicielles, dans la lettre pastorale de l'archevêque Othmar, primat de l'empire. Gomment des hommes d'Ëtat, des hommes vieillis dans les affaires, peuvent-ils se bercer de pareilles illusions, peuvent-ils concevoir d'aussi vaines espérances ?

Elles ont pour base cette idée enfantine que les droits nouveaux, les moyens d'action, les privilèges de toute espèce obtenus récemment par le clergé autrichien, vont élever le peuple, l'aristocratie, l'empcroiu et le corps sacerdotal audessus de la nature humaine. Plus de vices, plus d'aberrations, plus d'ambitieux projets ni de coupables désirs. Les ouvriers et les bourgeois offriront dans leur conduite l'image de toutes les vertus. La noblesse ne sera pas moins chaste, moins sobre, moins docile et moins pieuse; elle courbera

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humblement la téie devant la mitre et Taumusse. Les prêtres accompliront littéralement les lois da Décaloguc, les

maximes de l'Evangile, les préceptes des casuisles. Le souverain, pudique, laborieux, doux et modeste, écoutera sans impatience tous les avis que daigneront lui donner les prélats, toutes les semonces qu'ils se croiront tenus de lui adresser. Les fonctionnaires publics seuls ne suiviont point constamment la bonne route; mais le clergé saura les mettre au pas. L'Autriche sera donc, avant peu, une terre de promission, où l'âge d'or étalera ses merveilles. Les hommes intelligents, quelle que soit leur patrie, pleureront de n'avoir pas vu le jour sur les bords de la Drave, de la ïheiss et du Danube.

Le principal argument dont on étaye ces brillantes suppositions, c'est l'étendue même des privilèges accordés aux ministres de l'Eglise. Ils mettront leur délicatesse à n'en .point abuser; tout, dés lors, sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. Gomme si Thistoire* ne prouvait pas justement le contraire! Donnez à une caste, à une sim|)le corporation, un droit, une prérogative quelconque, elle en fera un usage illimité, ne s'arrêtera que devant un obstacle, devant une résistance, fàute de pouvoir aller plus loin. L'orgueil, l'avarice, toutes les passions bumaines l'y poussent, et même les nobles facultés de notre espèce, que les bornes chagrinent, qui s'élance constamment vers l'infini. Qu'un roi gouverne trente millions d'hommes, il envie le prince auquel soixante millions de sujets obéissent ; ce dernier, à son tour, rêve la monarchie universelle, et Alexandre le Grand désirait des mondes inconnus pour y étendre ses conquêtes. Rien ne détruit, ne modère, ne satisfait l'ambition, le plus indomptable, le plus insatiable des penchants qui bouleversent le monde et foulent aux pieds la race hu~ maine.

Ne dirait-on pas, vraiment, que les prêtres catholiques ont été jusqu'ici tenus dans la dépendance, ont toiyours occupé une situation inférieure ! Les annales du moyen âge nous racontent autre chose, et l'expérience téméraire dont l'Autriche attend son salut a déjà été faite. L'ordre ecclésiastique possédait encore, il y a deux cents ans, tous les privilèges qu'on lui octroie de nouveau, des biens et des trésors qu'on ne lui rend pas, une iniluence qu'on ne peut lui restituer; il a, pendant plusieurs siècles, dominé l'Europe, agenouillé les princes devant la chasuble et le rabat, soulevé au nom du Christ des populations entières, fait le calme et la tempête dans les esprits. En était-il plus modeste, plus juste, plus vertueux, plus désintéressé, plus charitable? Les massacres des Albigeois, la Saînt-Barthélemy, les supplices ordonnés par Philippe U, les Borgîa, la guerre de Trente Ans, rinquisilion, les louches menées des jésuites, la révocation de l'édit de Nantes, les dragonnades fi-ançaises et autrichiennes prouvent le contraire, démontrent que l'étendue des privilèges ne purifient point ceux qui les possèdent. L'histoire mtérieure du clergé le prouve mieux encore : une telle dépi ivation se glissait, de jour en jour, au sein des monastères, pendant le moyen Age, qu'une réforme devenait indispensable tous les quinze ou vingt ans. Pierre Damiani, évéquc italien du onzième siècle, nous a laissé, sur les mœurs des ecclésiastiques, un livre détaillé qui fait rougir les hommes les moins chastes. Le pape Yictor H ayant pris des mesures pour combattre ces excès, pour mettre un terme à ces dérèglements, les prêtres romains formèrent une conspiration : un sous-diacre lui versa dans le calice du vin empoisonné; mais, n'ayant pu accomplir sans trembler cette profanation des saints mystères, son émotion le trahit, et il expia sous la hache ses intentions criminelles. Non-seulement Tordre dérical envahissait le territoire de l'Europe;

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non-seulement il montrait une avidité insatiable, un goût ^ndaleux pour le luxe et les plaisirs; non-seulement il possédait, malgré VË^angilc, des troupeaux de serfs, mais il voulait encore mettre le pied sur la tete des roisi

Les papes affichèrent cette prétention des le. neuvième siècle. Grégoire IV et Nicolas T ouvrirent la route dans laquelle leurs successeurs devaient lancer leur char triomphal. Grégoire Vil constitua au sein de l'Église le pouvoir «bsolu, et, hors de l'Ëglise, aspira ouvertement à la monarchie universelle. Les rois tremblèrent devant ce prêtre en surplis, couronné de la tiare symbolique. Son œuvre fut consolidée par Innocent III; Boniface VIll en posa le couronnement. L'autorité pontificale domina quelques années toutes les puissances temporelles, comme la dme du mont Blanc domine la chaîne des Alpes. Elle déclina dès cette époque de génération en génération ; mais la cour apostolique ne se laissa point abattre par les revers, conserva le même orgueil et la même ambition. La fameuse bulle In cœm Domini prouva, en 1568, qu'elle n'abandonnait point ses plans de suprématie religieuse et politique. Trois cents ans se sont écoulés depuis lors, et la teneur du concordat montre que le génie altier de Grégoire VII anime encore l'Église.

On dit que les empiétements du sainl-siége, l'espèce d'usurpation commise par lui dans le premier synode et Texigence croissante du clergé autrichien, ont rendu soucieux le jeune empereur, qui a conclu le pacte nouveau sous l'inlluence de sa mère. On lui demande aujourd'hui contre la presse des lois impitoyables; demain on réclamera d'autres mesures. Peu à peu on resserrera le domaine du pouvoir temporel, on en fera une simple annexe du pouvoir spirituel. Si alors le prince veut revendiquer ses droits, il n'est pas improbable qu'on lui réponde :

La maison m'appartient; c'est à vous d'en sortir.

Qu'il se rappelle les interminables luttes des empereurs

d'Allemagne contre le siège apostolique, la fin douloureuse de Henri IV, mort de misère dans l'évéché de Liège, Philippe I" de France et tant d'autres rois excommuniés. La théocratie est le fond même de la politique des papes.

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