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LA GAULE

Avant la conquête romaine, qui eut lieu de Tan 58 à Tan 5o avant Jésus-Christ, la Gaule chevelue, c'est-à-dire couverte de forêts sur un tiers de sa superficie, était restée à l'écart du monde latin. Nos ancêtres, les Kymris ou Belges, au nord; les Gallsou Celtes, au centre; les Ibères et les Ligures au sud, n'avaient quelques relations commerciales avec les pays méditerranéens que par l'intermédiaire de Massilia. Marseille régnait sur toute la côte du Sinus Gallicus (golfe du Lion) et, à l'intérieur, dans le pays borné par les Alpes, la Durance et le Rhône. De Provence, ses commerçants pénétraient en Gaule Transalpine par les voies naturelles du Rhône et de la Saône, sur lesquelles se greffaient d'autres routes marquées aujourd'hui par le canal du Midi, le canal du Centre, le canal de Bourgogne et le canal de l'Est. Ils vendaient aux peuplades gauloises les vins, l'huile d'olive, les fruits secs (les figues surtout), les poissons salés, les coquillages, le corail, les tissus de laine, etc., et achetaient les minerais de cuivre, de fer, de plomb et d'argent, le lin, le millet.

Pour se défendre contre des voisins turbulents, Marseille sollicita et obtint l'alliance de Rome, dès le deuxième siècle avant Jésus-Christ. Les Romains s'installèrent à Aquse-Sextiae (Aix-en-Provence) et, plus tard, à Narbo-Martius (Narbonne).

On sait comment Jules César, profitant des querelles intestines de la Gaule, fit la conquête de ce pays sous le prétexte de le protéger contre les incursions des Germains, et Marseille elle-même, ayant déplu au grand capitaine pour avoir embrassé le parti de Pompée, fut annexée et commença à déchoir. Le neveu de César,

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Auguste, organisa la Gaule romaine. Lui et ses successeurs y firent régner Tordre et la sécurité. La Gaule se soumit volontiers à la discipline latine, la mieux faite pour corriger les défauts étemels du caractère de ses habitants : Tinconstance et la légèreté. Il n'y eut parfois que des révoltes locales (insurrections de Florus et de Sacravir, de Vindex, de Civilis, de Sabinus et des paysans Bagaudes). En général, les Gaulois s'accommodèrent de la perte de leur indépendance et adoptèrent la civilisation, la langue et la religion des conquérants. Le pays fut défriché et mis en culture ; les villes, autrefois isolées sur des hauteurs, descendirent dans la plaine, au bord des cours d'eau. D'autres furent fondées par les Romains, dotées d'institutions libérales, à l'image de Rome, décorées de monuments, pourvues d'écoles et d'ateliers. Les principales se rencontrent dans le bassin du Rhône : Forum Julii (Fréjus), où se tenait, à l'ancre, une des quatre grandes escadres romaines; Telo Martius (Toulon), qui avait des ateliers de teinture en pourpre; Aix-en-Provence, eaux thermales fréquentées; Arelate (Arles), la Rome des Gaules; Narbonne, qui hérita, en partie, de la prospérité de Marseille; Nîmes, où s'élevèrent les Arènes et la Maison Carrée et qui fut alimentée d'eau potable par le grandiose aqueduc du Pont du Gard; Arausio (Orange), où l'on voit encore un arc de triomphe et le mieux conservé des théâtres antiques; Lyon, la capitale de la Gaule. Dans les autres régions de la Gaule, mentionnons Toulouse « la Romaine » dont l'Hôtel de Ville a gardé le nom de Gapitole; Bordeaux, emporium fondé par les Romains ainsi qu'en témoignent les ruines du palais Gallien; Lutèce enfin, la petite Lutèce, la ville de la iouCy qui eut ses arènes, son autel d'Auguste, ses thermes et le palais de Julien.

Au point de vue économique, la Gaule romaine fut plutôt une province agricole qu'industrielle. Cependant on fabriquait des saies (sortes de vestes) à Vienne et à Arras, des cucnlles (manteaux à capuchon) à Langres et à Saintes; des caracalles (chaussures), des armes, des dentelles, des broderies, des bijoux. La Narbonnaise était réputée pour ses tapis et le Quercy pour ses toiles blanches. Ces produits, ainsi que les fruits de la terre : céréales, bois, vins*, etc., Tor des Pyrénées, le fer du Berry, du Rouergue et du Périgord, le cuivre des Cévennes et des Alpes, rétain du Limousin, le plomb du Massif central, circulaient par les soins des marchands romains, de leurs hommes d'affaires, de leurs affranchis ou de leurs esclaves. Toute fraude était rigoureusement réprimée, considérée comme crime de haute trahison. Les paiements avaient lieu surtout à Taide de virements et de chèques.

Nous avons indiqué plus haut la direction des principales voies romaines en Gaule. Elles traversaient les Alpes au Grand et au Petit Saint-Bernard, au col du mont Genèvre, au col de TArgentière et le long de la côte méditerranéenne; les Pyrénées au col de Perthus, au val d'Aran, au col de Canfranc (Somport), au col de Roncevaux et à celui des Aldudes.

Par eau, le transport, confié à des corporations de bateliers appelés nantes, utilisait le cours du Rhône et de la Saône, de la Durance, de la Loire, de la Seine et de la Garonne, ou les nombreux étangs des bords de la Méditerranée. Arles et Narbonne étaient le siège de compagnies de naviculaires y armateurs qui s'engageaient à

1. Le poêle Âasone, né à Burdigala, chante les vins de rAqattaine, rivaux (les cras italiens du Massiqae, du Palerne : « Mes vignobles, dit-il, se penchent sur la Garonne aux eaux jaunissantes. » (Quatrième siècle ap. J.-C.)

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