LA FRANCIS PENDANT LA GUERRB DB CENT ANS
lippe VI de Valois, qui succéda aux trois fils de Philippe le Bel morts sans descendance masculine, fut un souverain prodigue, qui aimait les fêtes, les bals, les tournois, les représentations dramatiques. Toujours à court d*argent, il inventa un nouvel impôt, le plus impopulaire de l'ancienne monarchie, la fameuse gabellCy ou taxe sur le sel. — La défaite de Crécy, la prise de Calais sont d'autres malheurs imputables au même homme. La peste noire, dite aussi peste de Florence, ajouta ses ravages à la misère générale : elle fut autrement terrible que les incursions des Anglais, puisqu'elle enleva à plusieurs régions le tiers de leurs habitants. Narbonne, par exemple, vit sa population tomber à 3ooo êtres faméliques, souffreteux, trop au large sur leur port obstrué par les alluvions de l'Aude depuis i32o. La famine suivit la peste; les massacres de Juifs, qu'on accusait d'avoirempoisonné lespuits, les folies des flagellanls ne remédièrent pas à tant de calamités I
Sous Jean le Bon {i35o-i364), le gaspillage des finances augmenta; les monnaies subirent des variations fantastiques : le marc d'argent passa de 4 livres 4 sous à 102 livres. Un luxe effréné régnait à la cour où les seigneurs se couvraient d'étoffes de soie, de bijoux et d'armures étincelantes. Quelques bourgeois se ruinaient à vouloir les imiter. En revanche le peuple manquait du nécessaire : les terres n'étaient plus cultivées, les ateliers se fermaient, les foires de Champagne et autres lieux étaient désertées. La bataille de Poitiers, la captivité du roi (i356), la régence du dauphin, presqu'un enfant, n'arrangèrent point les choses. Un commerçant entreprit malgré tout de sauver le pays.
C'est une figure curieuse que celle d'Etienne Marcel, de ce drapier, prévôt des marchands de Paris, député aux Etats généraux de i357. Bien supérieur à ses con-
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temporains, il conçut le projet de faire passer le gouvernement d'un roi absolu et irresponsable à une assemblée des délégués des trois Ordres, de soumettre les affaires publiques au contrôle de la bourgeoisie, en un mot, de créer le régime constitutionnel. L'entreprise était formidable; les esprits n'y étaient pas préparés. Etienne Marcel réussit pourtant à faire voter la grande Ordonnance de 1357, dont voici les principales lignes.
Les Etats généraux tiendront deux sessions régulières chaque année. Dans l'intervalle de leurs réunions, ils seront représentés par un conseil de trente-six membres élus par eux. Cette commission assistera le prince dans l'administration du royaume. Quant aux impôts, ils seront consentis et levés par les Etats qui surveilleront l'emploi des deniers publics. La monnaie en cours sera désormais invariable. Les guerres privées seront interdites aux nobles et les soldats de l'armée régulière seront payés par les soins des Etats. Les juges devront expédier les procès sans retard et aux moindres frais possible. Toute aliénation du domaine royal sera tenue pour nulle, etc.
Il y avait là de quoi réformer bien des abus et éviter bien des mécomptes dans l'avenir; Etienne Marcel ne fut pas compris. 11 se heurta à la résistance de l'entourage du dauphin, à la jalousie de ses collègues, à l'ignorance de tous. Les excès de la Jacquerie, terrible révolte des paysans de l'Ile-de-France, de la Picardie et de la Champagne, lui nuisirent beaucoup en raison de l'alliance qu il avait cru devoir conclure avec les Jacques, et il tomba bientôt, assassiné, en i358. La royauté et l'aristocratie reprirent leur autorité illimitée, et la France de la seconde moitié du quatorzième siècle fut dévastée par de nouveaux fléaux, dont le pire est assurément celui des
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