L\ FRANGE PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS
grandes Compagnies y routiers, tard-venus, cottereaux, écorcheurs.
Avec Charles V, la France respira un instant. Il y a une éclaircie dans ce ciel nuageux. Duguesclin conduisit en Espagne les bandes de mercenaires qui pillaient et rançonnaient vilains et marchands. Il remporta de belles victoires sur les Anglais et leurs alliés ; il reconquit rapidement plusieurs provinces.
Avec Charles VI, deux fois en tutelle pendant son enfance et durant sa folie (1392), la rivalité des Armagnacs et des Bourguignons faillit compromettre Texistence de la nationalité française. Les Armagnacs, recrutés parmi les seigneurs, remportèrent sur le parti bourgeois des Bourguignons, annulèrent TOrdonnance cabochienne de i4i3, qui avait le mérite de mettre un peu d'ordre dans l'administration de la justice et des finances, et vinrent se faire battre honteusement par les Anglais, à Azincourt (i4i5)» Bientôt le traité de Troyes (i^^o) livra la plus grande partie de notre territoire au roi d'Angleterre, Henri V; Paris devint une capitale anglaise. Le dauphin Charles, déshérité par sa mère, se retira au sud de la Loire, où les rares partisans de la légitimité dans le Berry, l'Orléanais et la Touraine, le couronnèrent à la mort du pauvre Charles VI.
Un miracle était nécessaire pour sauver la patrie. Ce miracle se produisit avec Jeanne d'Arc. Jeanne rendit le courage aux combattants ; elle éveilla le sentiment national ; elle fit reculer les envahisseurs. Sa mort n'a point arrêté les défaites des Anglais (i43i), et les capitaines formés à son école, les Dunois, les Lahire, les Xaintrailles, les Bertrand de Comminges, les Richemont, achevèrent la déroute des ennemis, commencée sous les murs d'Orléans. La victoire de Formigny (i45o) rendit la Norman-
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die à Charles VII; celle de Gastillon (i453) lui restitua la Guyenne. De leurs immenses colonies de France, les Anglais ne conservèrent qu'une ville : Calais, et les îles anglo-normandes.
L'Angleterre et la France sortirent également épuisées de ce duel ; mais la première allait tomber dans les horreurs de la guerre civile (guerre des Deux-Roses), tandis que notre pays réparait le mal qui lui avait été fait, grâce aux dévoués serviteurs de Charles VII, de Charles le Bien servi.
Le relèvement politique et militaire de la France, voilà la tâche accomplie par les deux frères Jean et Gaspard Bureau, le connétable de Richemont et Pierre de Brézé : ces hommes ont institué la première armée permanente, appartenant non plus à des seigneurs mais au roi.
L'organisation du grand conseil, des États généraux temporaires, des parlements de justice, de la taille perpétuelle et des autres impôts comme les aides et la gabelle, enfin la Pragmatique Sanction de Bourges (i438), sont à l'actif des deux frères Juvénal et Guillaume des Ursins, l'un archevêque de Reims, l'autre chancelier.
Le relèvement du commerce est l'œuvre spéciale de Jacques Cœur.
Jacques Cœur. — a C'est le héros du commerce français », dit Périgot; « c'est le type du commerçant patriote », ajoute M. Cons dans son Histoire du Commerce. Né à Bourges, en i4oo, Jacques Cœur était le fils d'un marchand de pelleteries. Il s'associa avec un de ses compatriotes pour fabriquer des monnaies, mais cette entreprise ne réussit pas. A la suite d'un procès, Jacques Cœur s'expatria et voyagea en Orient. On le trouve établi à Damas, vers Tan i432; il dirige une maison importante
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de commission et réalise de beaux bénéfices. Un peu après il rentre en France, se ûxe à Montpellier, ville que le roi Philippe VI de Valois avait rachetée au roi d'Aragon ; il y fonde une maison d'exportation pour le Levant, l'Egypte et le Maghreb. Ses opérations s'étendent considérablement; il ouvre des succursales à Narbonne, Beaucaire, Tours, Paris, Bourges où il se fait construire une maison d'habitation qui existe encore et sert d'hôtel de ville. Son comptoir principal est à Marseille, sous la direction de son neveu par alliance, Jean du Village, qui devint viguier et capitaine général de la mer et créa la place Neuve, appelée aujourd'hui place Victor-Gelu.
Jacques Cœur a sous ses ordres trois cents facteurs ou représentants, dont les plus connus sont Pierre Jobert et Guillaume de Varye. 11 fait le commerce des lainages, des fourrures, des étoffes de soie, des étoffes d'or et d'argent, des épices et il se charge des affaires de banque. Il possède des mines de cuivre et de plomb argentifère dans les environs de Lyon, à Ghessy et à Saint-Bel. Il achète une trentaine de seigneuries et de châtellenies. Il a une manufacture de draps de soie à Florence. Du port des Lattes, près de Montpellier, il envoie une flottille de douze galères dans toutes les directions : à Bougie, Tunis, Alexandrie, Beyrouth, Rhodes et Chypre. Il est riche ; il possède un million d'ccus d'or (environ 54 millions de notre monnaie) ; il a des clients en Italie, en Angleterre, en Flandre, partout ; il est puissant. C'est alors qu'il prend pour devise : A vaillants cœurs rien impossible, et il tient à la mettre en pratique.
Ce négociant offre sa fortune, son temps, ses talents au roi de France; il veut, lui aussi, coopérer à l'expulsion des Anglais. Dès 1^37, il avance à Charles VII une somme de i4 millions de francs que l'on emploie à déli-
vrer la Normandie. Lui-même paye de sa personne, dans les rangs des chevaliers, à la bataille de Formigny (i45o). On le nomme argentier du roi : il profite de ce titre pour alimenter la caisse du trésor, pour répandre ses libéralités sur les courtisans et les guerriers; il devient le créancier généreux et patient d'une foule de seigneurs qui l'envient, le méprisent à cause de sa roture et des services qu'il leur a rendus et ne pensent qu'à se débarrasser de lui.
Jacques Cœur fut la victime de l'ingratitude de ses obligés, sans en excepter le roi. La Trémoille, le comte de Chabannes, le^comte de Dammartin l'accusent d'avoir empoisonné Agnès Sorel « la dame de Beauté », la favorite de Charles VIL 11 n'a pas de peine à démontrer que cela est faux, que cela est odieux et ridicule, car il n'avait aucun intérêt à cette mort et Agnès Sorel était sa protectrice. N'importe : ses ennemis reviennent à la charge. Ils lui reprochent d'avoir, présidant les États du Languedoc, à Toulouse, commis des exactions, extorqué de l'argent au peuple. On instruit son procès; on le soupçonne d'avoir appris de l'alchimiste Raymond Lulle l'art de transmuter les métaux vils en or; on le chicane sur ses relations avec les ennemis de la foi, avec le soudan d'Egypte qui, à sa prière, avait rappelé les Vénitiens expulsés d'Alexandrie et, sur sa demande, conclu la paix avec les chevaliers de Rhodes; on lui fait un crime d'avoir exporté du cuivre et de l'argent, et comme il rétorque tous ces mauvais arguments, comme il va échapper à la meute de ses jaloux, on lance enfin la plus dangereuse des imputations, celle qui, au moyen âge, ne manquait jamais son effet ; on insinue que les origines de sa royale fortune ne sont pas claires, et qu'il a dû à coup sûr se livrer aux pratiques de la sorcellerie et de la magie.
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