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RIVALITÉ DE L'ANGLETERRE ET DB LA HOLLANDE

Des flibustiers, en majorité venus d'Angleterre, se fortifiaient à Névis, à Montserral, à la Barbade, etc.

Dans sa guerre contre l'Espagne, Cromwell avait fait saisir la Jamaïque, dont le chef-lieu, Spanish-iown, devint le centre de la culture de la canne à sucre et Ten- Irepôt préféré des négriers.

Aux Indes, la compagnie de commerce s'agrandissait. Charles II, toujours à court d'argent, lui vendit ce que la reine Catherine de Portugal lui avait apporté en dot, c'est-à-dire le territoire de Bombay. Le Grand-Mogol, qui régnait encore dans l'Inde, mais dont Tautorité -était fort contestée par les nababs et les radjahs, céda aux négociants de Londres la bouche du Gange, l'Hougly, sur laquelle s'étalent superbement aujourd'hui les quais de Calcutta (1689).

On ne saurait dire comment aurait pris fin la rivalité de l'Angleterre avec la Hollande. Un événement extraordinaire les réconcilia ; une haine commune les unit. Après s'être prêtée à l'invasion de la Hollande par Louis XIV, l'Angleterre se retourna contre la France, et la Révolution de 1688, qui renversa définitivement la dynastie des Stuarts, alliés et parents des Bourbons, donna la couronne de Grande-Bretagne et d'Irlande au stathouder hollandais, à Guillaume d'Orange.

La Hollande et l'Angleterre marchèrent désormais de concert. Histoire éternelle du pot de terre et du pot de fer qui marchent de compagnie, le pot de terre fut brisé. Attachée comme un canot à la remorque du puissant navire britannique, la République des Provinces-Unies n'éprouva que mécomptes et désillusions. Tous les bénéfices de l'association restèrent à la prudente, à l'ambitieuse, à \dL perfide Albion,

Le régime colonial, dit V Exclusif, de l'Angleterre et de

la Hollaade a été identique à celui des Portug^ais et des Espagnols, et les autres peuples de l'Europe l'ont également pratiqué aux dix-septième et dix-huitième siècles. C'est ce qu'Adam Smith devait qualifier plus tard de politique de boutiquiers : nous avons vu plus haut en quoi elle consistait. Nous allons en retrouver l'application dans l'histoire de la France sous Louis XIV et sous Louis XV.

1® Oolbert. — Le long règne de Louis le Grand comprend trois périodes bien tranchées. De i643 à 1661, c'est la régence d'Anne d'Autriche et le ministère de Mazarin. Un seul fait est à retenir, gros par ses conséquences. En 1659, le surintendant Fouquet établit un droit de 50 sous par tonneau sur tous les naviies étrangers qui aborderaient en France.

De 1661 à i685, Louis XIV connut renivrement de la puissance, la joie des victoires. De i685 à 1715, quelques succès balancés de revers ne compensèrent pas l'infortune d'un siècle finissant, ni les malheurs de toute nature qui assaillirent le vieux roi.

Jusqu'au bout, cependant, comme au premier jour, le pouvoir absolu se maintint intact, prestigieux. Louis XIV s'occupait de tout, dirigeait ses six ministres et ses six conseils, dont un était spécialement réservé aux affaires du Commerce,

Louis agrandit le royaume par ses conquêtes. Du côté de l'Est, les traités de Westphalie(i648) lui avaient donné la partie impériale de l'Alsace et du Sundgaù. La paix des Pyrénées (iGSg) lui valut l'Artois au nord, le Rous-

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sillon et la Cerdagne au sud. En 1668, le traité d'Aix-la- Chapelle, et, en 1678, celui de Nimègue accrurent ses domaines de la partie méridionale de la Flandre et du Hainaut ainsi que de la Franche-Comté. Enfin, les annexions faites par les chambres de Réunion demeurèrent acquises quelquefois, par exemple, celle de Strasbourg en 1681.

A rintérieur, l'œuvre de Richelieu fut reprise et complétée par Golbert dans les circonstances les plus favorables.

On dit Vœuvre de Golbert par opposition avec la besogne de Sully, et ce mot marque bien l'ensemble de réformes et de créations durables que put réaliser un ministère stable de 22 années, de 1661 à i683. Soutenu par la volonté d'un monarque tout- puissant, Golbert porta son activité aussi bien dans les départements de ses collègues du ministèreque dans les finances qui lui avaient été spécialement réservées ; il montra partout une probité rigoureuse, une intelligence obstinée et la passion ardente du bien public.

Sa biographie tient en peu de mots. Né à Reims, en 1619, d'une famille marchande, il fut d'abord commis chez un banquier à Lyon, puis commis à Paris chez le notaire de la cour. G'est là qu'il eut l'occasion de plaire à Mazarin et de lui rendre des services dans la gérance de ses propriétés. Le Gardinal-ministre le plaça comme secrétaire particulier auprès de Michel le Tellier, ministre de la guerre ; à sa mort, il le désigna à Louis XIV comme un bon « employé ». On n'ignore pas la part que prit Golbert à la chute et à la condamnation de Fouquet, auquel il succéda aussitôt en échangeant le titre de surintendant contre celui de contrôleur génèraty beaucoup plus modeste.

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222 UISTOIUE SOMMAlHE DU COMMERCE.

Ce n'est point ici le lieu de s'occuper de son rôle politique et financier. Qu'il suffise de rappeler qu'il répartit plus équitablement les impôts, qu'il en assura la perception, et la rendit moins coûteuse; qu'il rétablit le sage édit de prévoyance de Sully sous le nom d'état probable des recettes et dépenses, sorte de budget bien ordonné. A ne considérer que ses qualités d'ordre et d'économie, Colbert serait tout au plus un excellent commis, un comptable public irréprochable. Mais il a été plus que cela, et l'esprit reste confondu devant l'efFort prodigieux qu'il a accompli pour exécuter ses réformes dans l'agriculture, l'industrie, le commerce, les colonies, sans parler de la police, des beaux-arts et des lettres où son influence s'est également fait sentir.

1° Réformes agricoles. — Colbert a diminué le montant de la taille, allégement sensible dans les pays dits de taille personnelle, où les propriétaires roturiers seuls étaient soumis à l'impôt, même lorsqu'ils détenaient une terre noble.

Un dégrèvement total pendant cinq années fut accordé aux paysans qui se marieraient à vingt ans; un dégrèvement absolu et viager récompensa les pères de famille ayant dix enfants. L'interdiction de saisir les bestiaux et les instruments aratoires fut renouvelée. Plus de cinquante jours de chômage forcé, jours de fêtes de l'Eglise, furent supprimés. La culture du blé, du mûrier et de la garance reçut des encouragements, et Colbert autorisa, à différentes reprises, la libre circulation , des grains de province à province, et même leur exportation à l'étranger. Sur plusieurs points du territoire, dans les Landes et en Vendée notamment, on exécuta des travaux de dessèchement, de drainage, et l'on fit des plantations

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d'arbres. Un service de haras et de bergeries modèles permit ramélioration des races d'animaux domestiques. En 1669, ^^ promulgation de l'ordonnance des eaux et forêts fut un bienfait pour la campagne. Ainsi furent développées patiemment, par mesures en apparence dispersées, les richesses naturelles de la France.

2® Réformes industrielles. — Les réformes industrielles, plus considérables, constituent un système raisonné qu'on a désigné du nom de son auteur, le Colbertisme, C'est une variété du système prolecteur. Il consistait : 1** à créer ou favoriser toutes les industries sans exception; 2** à défendre, au moins pendant un certain temps, les producteurs français contre leurs concurrents de l'étranger. L'idéal de Golbert était que la France parvînt à se suffire à elle-même, à se passer, en cas de besoin, de ses voisins; idéal étroit, si l'on veut, mais en harmonie avec les tendances de l'époque. Sa théorie, très critiquable, était que l'État a le devoir de tout prévoir, de tout régler. Or, avant 1661, l'industrie nationale était très imparfaite et très faible, surtout pour ce qui regarde la production des objets de luxe. Colbert appela des ouvriers étrangers, des Vénitiens, des Anglais, des Suédois, des Allemands, et leur demanda d'enseigner aux Français les meilleurs procédés de fabrication des glaces, de l'acier, du goudron, du fer-blanc, etc.

Il leur offrit des avantages pécuniaires séduisants, tandis qu'il interdisait aux ouvriers français, et sous les peines les plus sévères, de quitter le pays pour aller travailler ailleurs.

Ce n'est pas tout : il consentit des avances d'argent aux manufacturiers ayant fait leurs preuves mais manquant de capitaux et il créa, aux frais de l'Étati des

manufactures royales qui devaient servir de modèles.

Au nombre de ces dernières, citons :

1* La Manufacture des meubles de la couronne, vulgairement appelée les Gobelins, où Ton fabriqua des meubles de prix, des pièces d'orfèvrerie, et surtout des tapisseries de haute lisse, reproductions artistiques des chefs-d'œuvre de la peinture. Lebrun et, après lui, Mignard et Van der Meulen furent mis à la tête de cet établissement unique au monde. Bientôt des succursales, devenues nécessaires, s'ouvrirent à Beauvais et à Felletin- Aubusson. Dès 1667, l'importation des tapisseries étrangères fut absolument interdite; elle était devenue inutile.

2° La Manufacture d'armes de Saint-Etienne.

3® La Manufacture de glaces et miroirs du faubourg Saint- Antoine à Paris, avec uiie succursale à Tourlaville, faubourg de Cherbourg.

4^ La Manufacture des draps fins d'Abbeville, qui eut pour directeur le Flamand Van Robais.

5° La Manufacture de dentelles de Reims, sous la surveillance effective de la propre sœur de Colbert. Les produits qui en sortirent furent imités par les particuliers à Arras, à Chantilly, à Alençon et en plusieurs endroits de l'Auvergne,

Parmi les fabriques subventionnées, signalons la Manufacture des points de France à Paris, une manufacture d'or filé à Lyon, une autre de crêpes façon de Bologne et une troisième de bas de soie, dans la même ville.

Colbert protégea les forges de Bourgogne, duNivernais^ des Ardennes et du Dauphiné (AUevard), les faïenceries renommées de Nevers, les savonneries de Marseille, les fabriques de toile de Saint-Quentin, les papeteries d'Angoùlême, les manufactures de draps de Sedan, Elbeiif, Louviers, Carcassonne, Lodève et Castres.

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Paffois riatervention du ministre se traduisit sous forme de réglementation à outrance. Le travail n'était pas libre alors et entrait dans la liste fort longue des fameux droits régaliens. Nul ne songea à protester contre Tédit de 1669, relatif aux corporations. Par cet édit, des statuts rigoureux régirent les différents corps de métiers (drapiers, merciers, pelletiers -fourreurs, orfèvres, marchands de vins, marchands d'ameublement), imposèrent aux fabricants certains procédés, certains dessins, et la qualité et la quantité des matières, sous peine d'amende, de confiscation, d'exposition au pilori. Sans doute, cette conception de l'industrie laissait à désirer et portait l'empreinte d'un caractère autoritaire, mais il faut reconnaître que les marchandises fabriquées dans des ateliers ainsi organisés et surveillés étaient de bon aloi, qu'elles étaient garanties sous le rapport de la solidité et de la finesse, et qu'enfin elles avaient un cachet artistique qui justifiait leurs prix élevés. De là le renom des produits de l'industrie française dans le monde entier aux dix-septième et dix-huitième siècles.

Afin de permettre aux industries naissantes de vivre et de prospérer, Golbert frappa de droits de douane les marchandises similaires de l'étranger. Pour, la première fois, les taxes perçues aux frontières n'eurent plus uniquement pour but de grossir le Trésor; elles servirent d'instrument de protection.

. Un édit de 1667 rétablit le droit de cinquante sous par tonneau applicable à tout navire étranger qui séjournerait dans un port de France. Les sommes à payer pour Tim-; pôrtation furent doublées et même triplées. Parla, Golbert s'attaquait aux Hollandais qui approvisionnaient le pays de denrées coloniales. Les Hollandais ripostèrent en

frappant de droits énormes les marchandises françaises : vins, eaux-de-vie, sels, soieries, et cette querelle commerciale engendra une guerre, la seule guerre à laquelle Golbert ait jamais souscrit, la guerre dite de Hollande qui se continua par la guerre de la ligue de La Haye (1672-1678). Elle se termina mal, puisque le traité de Nimègue réduisit le droit de cinquante sous en faveur des Hollandais. Ce droit, fort minime, fut même aboli plus tard, à la paix de Ryswick (1697). D'ailleurs, on avait tort de penser que la ruine de la Hollande eût servi la fortune de la France.

Il ne faudrait pas croire que le colbertisme rompît toutes relations avec l'étranger. Golbert essaya d'attirer le plus de marchandises possible à travers l'isthme français. Dans ce but, il déclara ports francs Dunkerqup, Rayonne, Marseille, aux trois extrémités de la France; il aménagea dans certains autres ports : Calais, Dieppe, Le Havre, La Rochelle, et, dans certaines villes de l'intérieur comme Rouen, Amiens, Troyes, Saint- Jean-de- Losne, des entrepôts réservés au transit. L'institution des étapes permit de rembourser à la sortie le montant des droits payés à l'entrée par les produits d'un pays étranger à destination d'un autre pays étranger. Ainsi la France détourna à son profit le passage des voyageurs et des marchandises entre les bords de l'Océan et ceux de la Méditerranée.

D'autre part, le ministre avisé de Louis XIV remit en vigueur les ordonnances de Richelieu relatives au libre exercice du commerce extérieur par les nobles : il combattit les préjugés et en triompha partiellement. Son édit de 1669 contenait une restriction curieuse : il interdisait aux seigneurs la vente au détail.

La politique commerciale de Colbert à l'intcrieur se

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résume aisément. Elle a tendu à la suppression des entraves et au développement des voies de communication. Il y avait des douanes entre chacune des provinces annexées peu à peu au domaine royal ; on acquittait des droits fort élevés à Arles pour passer du Languedoc en Provence, à Valence, à Orléans (droit de trépas), et quelquefois dans les limites d'une même province, de région à région (exemple : patente du Languedoc). Outre une élévation considérable du prix des marchandises, ces douanes entraînaient une perte de temps et ralentissaient les transports. Colbert proposa aux administrations provinciales de renoncer à ces revenus hasardeux. Son édit de i664 ne fut accepté que par dix-huit provinces, généralement /)aî/«c/'^/ec<io/i (Ile-de-France, Normandie, Picardie, Champagne, Bourgogne, Bourbonnais, Berry, Orléanais, Touraine, Anjou, Maine^ Poitou, etc.) qu'on appelait aussi pays des cinq grosses fermes. Les autres provinces, pays d'États pour la plupart, conservèrent leur ancien régime et furent désignées par le nom de jorovinces réputées étrangères. On ne doit pas les confondre avec une troisième catégorie dite de Vétranger effectif (Artois, Flandre, Alsace, Franche-Comté, Roussillon) qui, récemment incorporées, gardèrent leurs franchises.

Quant à la facilité des communications, elle devint plus grande par la construction de belles routes dans le genre de celle de Paris à Bordeaux, Bayonne et Hendaye, de celle de Paris à Lyon, Marseille, Antibes ; par le rachat de nombreux péages, par l'édification de farcie* carrossables le long de la Loire, enfin par l'ouverture du canal d'Orléans qui doubla le canal de Briare, du canal de Calais à Saint-Omer et surtout du canal du Midi.

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228 HISTOIRE SOMMÀIRK DU COMMEBCB.

Boileau a célébré ce dernier ouvrage :

« J'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir leurs flots unis aux pieds des Pyrénées. »

Le canal du Midi est dû à l'intendant du Languedoc, Riquet, seigneur de Bon-Repos, né à Béziers en 1604. Il habitait Toulouse et avait de grandes propriétés dans la Montagne-Noire. Il songea à relier la Garonne à la Méditerranée par un canal de 2^0 kilomètres de longueur. L'ingénieur Andréossy fut chargé de Texécution de ses plans. Riquet mourut avant leur achèvement, criblé de dettes (1680); mais Golbert, qui Tavait assez malmené, continua les travaux et put inaugurer cette magnifique route d'eau, délaissée de nos jours. Le canal du Midi, qu'on parle d'élargir et d'approfondir (projet du canal des Deux-Mers), commence à Toulouse, remonte la vallée de l'Hers mort, sillonne la plaine du La uraguais, passe à Villefranche, s'élève jusqu'à 190 mètres de hauteur aux pierres de Naurouse, redescend par le Fresquel, arrose Castelnaudary, rejoint l'Aude à Carcassonne, coupe rOrb à Béziers, l'Hérault au nord d'Agde et vient finir à Cette sur l'étang de Thau, port spécialement créé par Vauban pour servir de débouché au canal. Il est alimenté dans la Montagne-Noire par les beaux et grandioses réservoirs duLampy et de Saint-Ferréol.

On voit que le commerce n'était pas négligé à l'époque dé Louis XIV. Le grand Roi honorait les commerçants : il avait pour coutume de loger gratuitement à sa suite et d'entretenir les marchands qui avaient affaire à lui. Il présidait tous les quinze jours le Conseil supérieur du commerce créé par Henri IV ou il s'y faisait représenter par Son chancelier. Il publiait enfin, en i683, sa grande ordonnance du commerce, inspirée par Savary, qui complétait la réforme des lois et s'harmonisait avec l'orrfon-

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nance maritime de 1681 , presque entièrement reproduite dans notre Code de commerce actuel.

Nous allons retrouver celte bienveillance du prince et cette application du ministre dans ce qui touche à la marine marchande et aux colonies.

Çolbert est le père de la marine militaire. Il Test aussi de la marine marchande. Du reste, Tune s'appuie sur Tautre. En vertu de Y inscription maritime, les marins du commerce et les pêcheurs du littoral ou des estuaires, les ffens réputés de mer, fournissent aux vaisseaux de guerre leurs équipages les plus habiles. Ce système dit des classes, imaginé par Richelieu, n'a vraiment été mis en pratique que par Colbert et il n'a subi depuis que des modifications de détail.

La marine marchande, insignifiante en 1661, s'enrichit de navires achetés par ordre du ministre aux Hollandais ou construits dans les chantiers de Rochefort, leSaardam français, avec les bois de la Bourgogne et de la Lorraine, les fers du Nivernais, les cordages et les toiles du Dauphiné et de Bretagne. C'est de laque sortirent les galiotes, les brigantines, les galères, les galéasses dont une, le Soleil Royal, portait 120 canons.

Des primes furent accordées aux armateurs. Des chambres d'assurances maritimes à Marseille et à Bordeaux fonctionnèrent et réglèrent le prêt à la grosse (sous-entendu: aventure). Les navires français, avantagés par rapport aux navires hollandais ou anglais, ne se contentèrent pas du cabotage; leurs voyages au long cours furent assurés par l'occupation et l'exploitation d'un grand empire colonial * .

1 . « Les colonies et la navigation sont les seuls et véritables moyens de mettre le commerce dans Tétat où il est chez les étrangers »» pensait et écrivait Colbert.

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230 HISTOIRE SOIIMAIRE DU COMMËRGB.

En Afrique, une escadre s'empara momentanément de Djidjelli. D'autres flottes, celles de Beaufort et de Duquesne, bombardèrent Tunis, Alger, Tripoli, châtièrent les pirates et donnèrent quelque sécurité aux pêcheries de corail de la Galle. Les comptoirs du Sénégal acquirent une certaine valeur sous le gouvernement d'André Brue, qui fit occuper l'île de Gorée et planta le pavillon royal sur le banc d'Arguin.

A Madagascar, où l'on possédait Fort-Dauphin, on colonisa Tamatave et Foulepointe. Les meilleurs établissements pour la culture du caféier et de la canne à sucre, et aussi pour la traite des noirs, furent encore ceux des Mascareignes, île Bourbon et île de France, dans l'océan Indien.

En Asie, les factoreries de Bender-Abassi et de Surate ayant été ruinées par les Hollandais, ainsi que celles de Mazulipatam, on les remplaça par Pondichéry et Ghandernagor. Louis XIV eut quelques relations amicales avec le roi de Siam : Mgr Fallu fut accrédité à Bangkok ; deux ambassades siamoises parurent à Versailles en 1680 et 1684 et y excitèrent la curiosité générale. On mit provisoirement une petite garnison à Mergui et à Bangkok. Mais c'est en Amérique que la France occupait un des premiers rangs. On distinguait là-bas la France équinoxiale et 4a Nouvelle-France. La France équinoxiale était formée de la Guyane, des îles Tabago, Grenade, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint- Vincent, la Martinique, la Guadeloupe achetées aux flibustiers ; de la meilleure partie de Saint-Domingue. La France Nouvelle, bien plus vaste, comprenait les territoires de la baie d'Hudson, Terre-Neuve, l'Acadie, Cap-Breton, le Canada proprement dit et, à la suite des belles explorations du père Marquette, de Joliet et de Gavelier de la Salle, le cours

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de rillinois, du Mississipi et spécialement la riche Louisiane, la terre de Louis XIV (1682-1686).

Toutes ces colonies suivaient les lois de la métropole et étaient soumises au régime du Pacte colonial dé^k exposé.

Des compagnies commerciales à monopoles en étaient chargées. G*étaient :

1" La Compagnie des Indes orientales, réorganisée par Colbert en l664) ^^ partie avec les fonds personnels du roi, en partie avec les souscriptions des villes, des corporations et des courtisans. Elle avait le privilège des affaires de Madagascar et de THindoustan. Le port de Lorient (L'Orient) lui fut attribué en Bretagne. Le directeur Baron, et après lui Martin, lui firent faire de grands progrès, mais Colbert ne se souciait pas de fonder un empire aux Indes ; il se contentait d'y ménager des factoreries.

2* La Compagnie des Indes occiden taies eut un moment d'éclat, mais elle s'aliéna les Peaux-Rouges, vendeurs de pelleteries, et le roi dut lui racheter sa concession et désintéresser ses créanciers.

3° La Compagnie du Sénégal s'enrichit par le trafic odieux des esclaves noirs.

En dehors des possessions de la couronne, deux autres compagnies entretinrent le commerce avec l'étranger: la Compagnie du Nord (1669), qui apporta les vins, les eaux-de-vie et le sel dans les pays Scandinaves, et y acheta les bois, le fer et le chanvre ' ; la Compagnie du Levant, soutenue par des négociants parisiens et lyonnais,

1. La Rochelle, le seul port des pays des cinq grosses fermes sur l'Océan, fut le siège de la Compagnie du Nord, comme elle était déjà le lieu de débarquement des marchandises de la Compagnie du Castor^ du Canada. L'exportation des eauxde-yie à bon marché, Timportation des pelleteries, des denrées coloniales et un transit considérable firent la fortune des Carayon, des Admyrault, des Missy, etc., protestants écartés des fonctions publiques et des carrières libé-

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qui desservit les ports de la Turquie, fit renouveler en 1673 les Capitulations, et obtint rabaissement des droits d'entrée de 5 à 3 p. ico.

Les voyages de Tavernier, Dernier et Chardin en Syrie et en Perse ne furent pas inutiles à ses intérêts. Chardin, joaillier de Paris, séjourna trois ans à Ispahan, acquit le titre de marchand de diamants du shah, et usa de son influence au profit de ses compatriotes.

Colbert songea aussi à gagner des alliances en Egypte, que Louis XIV, sur les conseils de Liebnitz, avait parlé de conquérir. Peu de temps après la mort du miniètre, des agents consulaires qu'il avait laissés au Caire présentèrent un projet de percement de Tisthme de Suez.

En définitive, le commerce français, tel qu'il ressort du livre du Parfait Négociant ou des parères, de Savary*, rayonnait sur l'Europe entière, sur les colonies françaises, sur la Berbérié et autres pays musulmans, où la réforme intelligente des consulats avait permis de substituer des gens compétents aux anciens titulaires purement représentatifs.

Les principaux articles d'exportation consistaient en produits agricoles, en draps, quincaillerie, mercerie, papier ; les articles d'importation étaient les épices, le sucre, les métaux, le bois, le coton, les cuirs, les fourrures, c'est-à-dire les matières premières. Il est difficile d'en évaluer la valeur.

D'une manière générale, les Français vendaient beaucoup et achetaient peu : la différence se soldait par une

raies. Ces commerçants s'organisèrent en comptoirs familiaux^ dans lesquels les Ûls succédaient aux pères et où une même famille engageait la totalité de ms capitaux. II en fut ainsi jusqu'à la Révolution.

1. Parères : sentiment, avis des négociants sur des questions de commerce. Le mot appartient au Dictionnaire de l'Académie,

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encaisse métallique qui restait dans le pays. On était convaincu alors que l'abondance du numéraire est la vraie richesse, théorie absurde du système mercantile ou de la Balance du Commerce,

2" Ija révocation de l'Edit de Nantes. — Golbert meurt découragé en i683, et Louis XIV est livré sans contrepoids aux conseils de Louvois, à sa fureur de guerres de conquêtes ; les finances s'épuisent vite et la décadence se fait sentir dans le commerce français. Le successeur immédiat de Golbert, Tincapable Le Pelletier, ne trouva rien de mieux, pour empêcher la contrebande, que d'abolir les entrepôts et étapes. Le propre fils de Golbert, Seignelay, qui avait remplacé son père à la marine, usa ses forces dans des expéditions onéreuses contre les Génois et les Barbaresques : il laissa toucher par l'administration de la guerre aux fonds de son département, et s'efiaça complètement devant l'ancien rival du grand Golbert.

Louvois, mauvais génie du règne, n'entreprit pas seulement les guerres de la ligue d'Augsbourg; il poussa Louis XIV à commettre la plus condamnable de toutes ses fautes, la Révocation de l'Edit de Nantes.

Les protestants, nombreux surtout dans les régions de l'ouest et du sud-ouest, avaient perdu leurs villes de sûreté après la prise de La Rochelle, mais la paix d'Alais ou Edit de Grâce, en 1629, leur assurait l'exercice de leurs droits religieux. « Le troupeau broute de la mauvaise herbe, disait Mazarin, mais il ne s'écarte pas. » Et, de fait, rien n'était à craindre de sa turbulence d'autrefois. Louis XIV, qui n'aimait pas les hérétiques, en convint lui-même; il se contenta de ne pas leur accorder de

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234 HISTOIRB SOMMAIUE DU COMMERCE.

faveurs. Golbert, plus tolérant, céda au roi pour demeurer au pouvoir.

Le clergé catholique ne cessait de récriminer contre l'Edit de Nantes, le plus maudit du monde. Pour lui complaire, Golbert consentit à une série de mesures injustes ayant pour but de chasser les protestants de la cour, de l'armée, des fonctions publiques et des carrières libérales. Ils s'en consolèrent et entrèrent dans l'industrie, le commerce, la navigation, la banque.

Plus tard, fut entamée une campagne de propagande orthodoxe. Sur ces entrefaites, Golbert disparut et l'Electeur de Brandebourg, prince calviniste, dont on tenait l'alliance pour précieuse, entra dans la ligue d'Augsbourg, déjà en formation.

Alors Louvois inventa les dragonnades ou missions bottées, beaucoup plus efficaces à son avis que les missions pacifiques et toutes spirituelles d'un Fénelon ou d'un Bourdaloue. Usant d'un droit légitime, le ministre ordonna des déplacements fréquents de troupes dans les provinces peuplées de protestants, comme le Poitou, le Béarn et le Languedoc. Il prit soin de loger ses cavaliers dans les maisons de notables huguenots, et de les y laisser indéfiniment, avec la permission tacite de s'y comporter à leur fantaisie. Les excès de la soldatesque causèrent des rixes, des révoltes partielles qui fournirent à l'uutorité l'occasion d'intervenir. Plusieurs protestants éraigrèrent ou se convertirent en apparence, afin d'échapper à cette persécution sournoise. On fit croire au roi que les huguenots tenaient peu à leurs croyances, qu'il serait aisé d'amener à composition les plus récalcitrants et les plus entêtés d'entre eux. On lui mit sous les yeux de fausses listes de conversions. Trompé, circonvenu, excité, il révoqua l'Edit de Nantes que son grand-père avait signé.

Le 17 octobre i685 parut VEdit c comprenant cinq articles essentiels.

1^ Les temples seront détruits ou dés; du culte/)r^^e7M/u réformé est interdit d du royaume, à Texception de TAlsace.

2'* Les pasteurs, les présidents de coi minisires protestants qui refuseront de un délai de quinze jours, sont tenus d peine des galères.

3^ Par contre, les fidèles ne pouri quitter la France sous aucun prétexte sance à cette prescription sera punie d 4° Les enfants des familles protestant à partir de la promulgation de TEdit, tême.

5® Les réformés adultes qui refuserc leurs erreurs, sont autorisés à demeui attendant qu'il plaise à Dieu de les éa

Cette loi inique fut exécutée à la let danis, même contre les étrangers résidar ou y voyageant.

Qu'advint-il ? Les protestants s'enfi déguisements de pèlerins, de courriers, paysans, de valets. Ingénieux à dépiste ils passèrent les cols des montagnes, le par petits groupes ou isolément.

Sur un million de huguenots, il en par dont 9000 matelots, 12000 soldats, compte qu'en dressa Vauban, et des s vains, des artistes, des industriels, d< Parmi les plus célèbres de ces fugitifs, o de Schoniberg, Pamiral Duquesne, 1

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Ruvigny, l'inventeur Denis Papin, les physiciens Huyghens et Roëmer, etc.

Examiner toutes les conséquences de la révocation de rÉdit de Nantes nous entraînerait fort loin. Tènons-nousen aux deux qui furent immédiates.

Le premier résultat dé l'émigration protestante fut le dépeuplement de la France, la ruine de l'industrie et du commerce. On possède à ce sujet un document irrécusable, ce sont les Mémoires des Intendants, rédigés sur Tordre du roi en 1698. Tous avouent une misère générale, qu'il faut sans doute attribuer aux guerres et à la lourdeur des impôts, mais principalement au départ des réformés. On y voit que la Touraine a perdu ses industries séculaires des soieries ; sur 4o 000 ouvriers il en reste 4 000. La population de Tours est tombée de 80COO habitants à 33 000. La Normandie est privée de la fameuse chapellerie de Caudebec, transférée en Angleterre ; le commerce de Dieppe est presque réduit à néant; celui de Rouen a fléchi. La production des « points » ou dentelles d'Alençon est arrêtée. Dans la Guyenne, tel gros bourg comme Gasteljaloux, ancienne ville de sûreté, est vide d'habitants. Le Languedoc a souffert le plus ; ses manufactures de draps sont fermées pour la plupart. De même en Champagne, région ardennaise. Les fabriques de toiles de Bretagne et du Maine ont beaucoup souffert, ainsi que les papeteries d'Auvergne et d'Angôumois. On dirait qu'un fléau a touché le Lyonnais et la Provence. Partout le commerce a été privé de son personnel le plus expérimenté et le plus habile.

Inversement, l'étranger s'enrichit de ce que la France perdit alors. Les nations protestantes accueillirent avec empressement des coreligionnaires qui apportaient avec leurs talents personnels les capitau:^ soustraits à la

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confiscation. L'électeur de Brandebourg installa des colonies françaises dans les villes de Brandebourg, de Halle et de Magdebourg, dans le village de Berlin, qui prit une extension considérable. Il leur accorda de l'argent et des privilèges soit pour ouvrir des manufactures de lainages, de soieries, des papeteries, des ateliers d'horlogerie, des tanneries, des usines de quincaillerie, soit pour cultiver dans les sables de sa province centrale le tabac, les arbres fruitiers, les légumes et les fleurs.

L'Angleterre bénéficia aussi de l'expulsion des protestants par Louis XIV ; elle renouvela ses procédés de fabrication de la chapellerie, des tapisseries^ des toiles peintes, de la batiste, des soieries, des modes. Tout un quartier de Londres, celui de Spitalfields, se livra à l'insdustrie des taffetas de soie. Un certain nombre de réfugiés demandèrent à passer en Amérique, à New-York ou dans la Virginie ; d'autres formèrent un régiment qui contribua au gain de la bataille de la Boyne, en 1690.

La Suisse, à cause de sa proximité et de ses affinités avec la France, reçut plusieurs familles françaises sur les bords du lac Léman et sur la Linth-Limmat. La fabrication des soieries et Thorlogerie, à Zurich et à Genève, sont d'importation française. Mais la majorité des protestants se dirigèrent, semble-t-il, vers la Hollande, terre de liberté, terre hospitalière où le gouvernement de Guillaume d'Orange ouvrit des maisons de refuge pour les femmes et les enfants, où des souscriptions publiques fournirent aux malheureux émigrants des moyens d'existence. A Rotterdam, à La Haye, à Leyde, à Haarlem, à Amsterdam, les Français trouvèrent à s'employer dans les nombreuses papeteries, imprimeries et librairies, d'où partaient les pamphlets dirigés contre le roi de France, et la fameuse Gazette de Hollande. Les arts mécaniques

enrôlèrent un grand nombre d'ouvriers. Ceux qui préférèrent vivre aux colonies furent transportés gratuitement au cap de Bonne-Ëspérance, où ils plantèrent les vignobles de Constance et se mêlèrent aux calons hollandais (race des Boers). Il en vint même à Surinam, dans la Guyane centrale. ^

L'effet politique de la révocation de l'Édit de Nantes ne fut pas moins désastreux. D'abord, les puissances protestantes irritées s'unirent par esprit de solidarité et par besoin de vengeance ; la Ligue d'Augsbourg groupa dès 1688 tous les ennemis de Louis XIV autour de son rival, consacré champion du protestantisme, et la Révolution d'Angleterre, qui eut lieu la même année, valut à Guillaume de Hollande la couronne arrachée à son beau-père Jacques II Stuart.

Il est certain que les coalisés comptaient sur le concours des protestants français restés dans leurs foyers et frémissants de haine. Mis hors la loi^ ceux-ci ne cessèrent de conspirer dans les districts où ils étaient en nombre, comme dans la région des Gévennes. Leurs ministres, cachés dans le désert, entretinrent leur fanatisme et, à la première occasion, leur firent prendre les armes. On eut, en pleine guerre de la succession d'Espagne, la révolte des Camisards, avec des chefs redoutables tels que Roland et Jean Cavalier. Le gouverneur du Languedoc et le maréchal de Montrevel furent battus dans les montagnes et il fallut immobiliser un corps d'armée, rappeler Villars des bords du Rhin. L'heureux général ne vint à bout des huguenots que par ses talents militaires et son habileté politique (1704).

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Les dernières années du règne du grand Roi ont étc* des années d'expiation, pendant lesquelles, il faut le reconnaître, Louis XIV se conduisit noblement. De 1700 à 1718, la France eut à lutter contre toute TEurope pour défendre Philippe V d'Espagne ; 4^0000 soldats furent appelés sous les drapeaux. Aux maux de la guerre et de rinvasion vinrent s'ajouter des calamités publiques. Le terrible hiver de 1709 éprouva l'Europe entière, la France surtout. Tous les cours d'eau, le Rhône lui-même, gelèrent ainsi que la mer sur les côtes. Les oliviers périrent dans le Midi. Les séances de tribunaux, les spectacles étaient suspendus ; le roi n'osait sortir. La disette, la famine et les maladies sévirent au printemps suivant. Le mécontentement perçait partout. A Marseille, le peuple fut rationné ; à Paris, il pilla les boutiques. Des femmes poursuivaient les soldats chargés de rétablir l'ordre, en criant : du pain , du pain! On insulta le Dauphin dans les rues ; le roi reçut des lettres anonymes qui le menaçaient d'un nouveau Ravaillac. On récita le Pater Noster de Louis XIV : Notre Père qui êtes à Versailles, votre nom n'est plus glorifié, votre royaume n'est plus si grand, votre volonté n'est plus faite ni sur la terre ni sur l'onde. Donnez-nous notre pain qui nous manque de tous côtés ! Pardonnez à nos ennemis qui nous ont battus et non à nos généraux qui les ont laissés faire. Ne succombez pas à toutes les tentations de la Maintenon, et délivrez-nous de Chamillart.

Par un suprême effort, Louis XIV sortit de ces diffi-

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240 HISTOIRE SOMMiklRB DU COMMERCE.

cultes. Il envoya sa vaisselle d'or et d'argent à la Monnaie; M™* de Maintenon mangea du pain bis pour donner l'exemple ; la charité privée fit des miracles ; le roi s'humilia jusqu'à demander la paix aux Hollandais. La bataille indécise de Malplaquet, les victoires de Villa- Viciosa et de Denain (1710-1712), les divisions des ennemis, sauvèrent la France. Une épidémie de petite vérole qui ravagea le pays et emporta coup sur coup la duchesse de Bourgogne, le duc et Tainé de leurs enfants, n'avait point abattu le courage d'un vieillard qui reconnaissait ses torts. ËnGn, les traités d'Utrecht, de Rastadt et de Bade arrêtèrent les hostilités (1713-1714). Us étaient surtout avantageux pour l'Angleterre, qui accaparait le commerce de l'Europe et fondait définitivement sa puissance maritime.

La France lui abandonnait les immenses territoires de la baie d'Hudson, l'île de Terre-Neuve (avec quelques restrictions), l'Acadie, la moitié de Saint-Christophe, aux Antilles, et consentait à la démolition des remparts de Dunkerque en présence de deux commissaires anglais. L'Espagne lui reconnaissait la propriété de Gibraltar et de Minorque, conquises en 1704 et 1708, et lui concédait Vasienlo ou droit de transporter les nègres esclaves dans ses colonies, ainsi que le vaisseau de permission^ ou droit de commercer à Porto-Bello, par dérogation à tous les principes de V Exclusif, Le traité de sir Méthuen^ imposé dix ans plus tôt au Portugal, avait fait de ce pays un comptoir britannique. Si les Anglais avaient intérêt à recevoir les vins et les fruits, les minerais de la Lusitanie, ils en avaient un bien plus grand à vendre y sans concurrence les produits abondants de leurs manufactures.

L'œuvre de Colbert, son œuvre coloniale et conimcr-

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cîale, était bien compromise. Outre ramputation de la Nouvelle-France, d'autres désastres avaient afTaibli les sources de la richesse nationale. Les contrôleurs de finances, Pontchartrain, Chamillart, pour se procurer quelques maigres ressources temporaires, avaient multiplié les charges et offices de l'industrie et du commerce ; ils avaient créé plus de 4oooo métiers inutiles ou ridicules dans le genre de vendeurs de bestiaux, vendeurs d'huîtres, emballeurs, rouleurs de vins, juréscrieurs d'enterrement ! De nouveaux et subtils règlements industriels ne firent que gêner les travailleurs, favoriser la fraude ou la contrebande.

Des réformes radicales eussent été nécessaires. Louis XIV ne pouvait s'y résigner; il consulta cependant les chambres de commerce qu'il venait d'établir à Paris, Lyon, Toulouse, Dunkerque, etc. Leurs réponses Teff rayèrent.

Ces assemblées d'hommes expérimentés protestaient contre ce que le colbertisme avait de mauvais : les privilèges excessifs des manufactures royales et l'élévation des tarifs douaniers. Leurs vœux n'eurent pas d'écho à la Cour. Cependant, une opposition formidable naissait, dirigée contre les abus de la monarchie absolue. Trois écrivains la représentent au point de vue économique : Fénelon, Boisguilbert et Vauban.

Féneion, ce bel esprit chimérique, au dire de Louis XIV, a fait le tableau de la France, vers 1712, dans la Lettre qu'il adressa au roi, mais qu'il n'osa signer ; il y déclare que le royaume n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. Dans les livres XII, XIII et XIV du Télémaque, il expose plus courageusement ses idées sur le commerce. Il veut qu'il soit libre, car, dit-il, le commerce est comme certaines

sources: si vous voulez détourner leur cours , vous les faites tarir,

Boisguilbert^ cousin du grand Corneille et auteur du Détail de la France^ publié en 1697, combattit le système mercantile, réclama la suppression des prohibitions, l'abolition des privilèges en matière d'industrie et de commerce, la liberté de Tagriculture et une plus équitable répartition des impôts.

Cette dernière idée est le thème de Vauban, dans le livre intitulé : la Dîme royale,

Sébastien le Prestre de Vauban^ né à Saint-Léger-de- Fougeret, dans le Morvan, maréchal de France et gouverneur de la citadelle de Lille, n'est pas seulement le plus grand de nos ingénieurs militaires ; il est aussi le premier en date de nos économistes, et l'un des meilleurs patriotes (ce terme a été créé par Saint-Simon précisément en son honneur).

Vauban a écrit douze gros volumes manuscrits : Mes Oisivetés^ dont un, le septième, fut imprimé clandestinement de son vivant. L'édition fut introduite à Paris dans lès carrosses du maréchal, mais détruite par ordre du conseil privé du roi (1707).

La Dîme royale^ ce livre dangereux pour Louis XIV, débute par une description de la France, à la fin du dix-septième siècle. Vauban établit que la misère est extrême, que 1/10 de la population mendie, que 5/ 10 sont très gênés, que 3/io sont embarrassés de dettes et de procès, que le dernier dixième seul est composé de gens riches. Il attribué cet état de choses, non pas à la lourdeur des impôts^ mais à leur mauvaise répartition ; il prouve qu'ils pèsent précisément sur ceux qui peuvent le moin^l.es payer. En conséquence, il demande que ron

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