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RIVALITÉ DE L'ANGLETERRE ET DE LA HOLLANDE

Plus tard, les établissements portugais de la côte de Malabar tombèrent entre les mains des Hollandais qui en créèrent de nouveaux sur la côte de Goromandel et dans Tîle de Ceylan, la. perle de VOcéan Indien. La conquête du cap de Bonne-Espérance, où ils fondèrent Capetown, sur la baie de la Table, acheva de les rendre maîtres de la grande route maritime des Indes. Ils faisaient presque tout le cabotage de l'Asie ; ils avaient, de fait, le monopole de la vente du poivre et de la cannelle.

La capitale de leurs possessions fut placée au centre de rinsulinde, à Java; elle s'appela Balavia, «la ville des Bataves » ; elle eut jusqu'à Scoooo habitants au dixseptième siècle. C'est là que résidait le gouverneur général, véritable roi nommé pour trois ans, qui avait le droit de paix et de guerre, qui commandait à cent quatre-vingts vaisseaux et à treize mille hommes d'équipages, qui disposait d'une armée de cent vingt mille soldats indigènes, commandés par des officiers hollandais. De nombreux fonctionnaires, à qui le commerce était interdit, et un conseil supérieur l'assistaient sans lui porter ombrage, dévoués à ses ordres, intéressés au succès de ses opérations militaires par une sorte de participation aux bénéfices.

A la chute de la Ligue Hanséatiquc, les Hollandais accaparèrent le commerce des mers du Nord en Europe ; ils se chargèrent du transport des céréales, des bois, des métaux de l'Allemagne, du goudron de la Norvège, du lin et des cuirs de la Russie.

Passés maîtres dans l'art des constructions navales, disposant de navires imposants armés de trente-deux canons et montés par sept cents marins, ils ouvrirent, au point de vue commercial, ce qu'on a appelé l'ère des grandes compagnies. Toutes leurs colonies furent livrées

à des associations marchandes investies de monopoles, mais soumises à la tutelle de TEtat.

En 1602, les villes dWmsterdam, de Delft, de Middelbourg et plusieurs autres cités zélandaises, s'entendirent pour fonder la Compagnie des Indes orientales ou des Grandes Indes, au capital de 14200000 francs, en actions de 600 livres chacune. Celte célèbre compagnie était administrée par un conseil de soixante membres élus et de dix-sept directeurs siégeant à Amsterdam. Ses opérations furent si fructueuses que, pendant un demi-siècle, elle versa à ses actionnaires un dividende annuel de l5 à 5o •* o 21 * o ^n moyenne, de 1602 à 1780).

La Compagnie des Indes (occidentales^ dont le champ d'action était beaucoup plus limité, eut une moindre fortune. Elle possédait la côte de New-Amsterdam (plus tard New-York), la colonie de Surinam en Guyane, les îles sous le Vent, telles que Curaçao, et des établissements au Brésil. Elle fit entreprendre des voyages de découvertes, les plus grandioses du dix-septième siècle. Schouten reconnut le cap Horn, que Magellan n'avait fait qu'entrevoir «i6i5\ Abel Tasman fît le tour de r.Australie et débarqua en Tasmanie, ou terre de Van Diemen, puis en Nouvelle-Zélande (1642).

L'industrie hollandaise: toiles fines de la Frise, faïences de Delft, velours d'Utrecht, diamants taillés d'Amsterdam, liqueurs de Schiedam, librairie de Leyde, beurres, fromages dits de Hollande, etc., fournit le fret nécessaire à la marine marchande. Un autre grand revenu fut tiré de la vente des navires à Saardam, et surtout du service de commission et de transport en France, en Espa- . gne, en Angleterre. De ce chef, la Hollande gagnait environ un milliard de francs par an, et ce chiffre ne

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représentait pas le bénéfice total des 16000 navires employés au milieu du dix-septième siècle par les rouliers des mers.

Amsterdam supplanta Cadix et Lisbonne. La banque de dépôts qui y fut installée dès 1609 est le premier établissement sérieux de ce genre qui ait rendu des services au crédit. La plus ancienne des compagnies d'assurances sur la vie, la Néerlandaise^ remonte aussi à la même époque.

Malheureusement pour cette petite nation énergique, une concurrente redoutable se leva. L'Angleterre pensa entin à utiliser les avantages exceptionnels de sa position insulaire, au centre du monde élargi par les découvertes maritimes. Ses débuts furent assez humbles. La Compagnie des négociants de Londres pour le commerce des Indes orientales, fondée en 1600, au modeste capital de 1800000 francs, se proposait les transactions avec le Levant, les Indes (Surate et le golfe de Cambaye), Sumatra, la Gochinchine, la Chine et la Corée. Elle se distinguait des compagnies hollandaises et françaises en ce qu'elle n'était pas gênée par le contrôle incessant de l'Etat. D'abord, elle se garda de toute entreprise politique, et ce n'est que par la force des choses qu'elle fut amenée à conquérir des territoires. En 1689 seulement, elle fit sa première acquisition, Madras, aux Indes. Le gouvernement s'était réservé la colonisation de l'Amérique du Nord. Les guerres civiles et religieuses, la révolution de 1648, la misère des paysans, l'Acte de navigation en hâtèrent les progrès.

Gromwell voulut légitimer eu quelque sorte son usurpation en ouvrant à ses compatriotes, devenus ses sujets, les directions qui convenaient à leur sens pratique, à leur génie des affaires.

En l65i, il donna force de loi à un acte voté avant lui par le Long- Parlement. Les produits coloniaux ne pourraient plus dorénavant pénétrer en Angleterre que s'ils étaient apportés par des navires anglais ou des bateaux étrangers commandés par un capitaine anglais, et montés par un équipage aux trois quarts anglais. Les vaisseaux des autres puissances ne conservaient que la faculté d'importer les produits d'origine de la nation à laquelle ils appartenaient. Enfin, tout cabotage et toute pêche dans les eaux britanniques étaient formellement réservés aux nationaux.

L'Acte de navigation, chef-d'œuvre de la politique protectionniste, équivalait à une déclaration de guerre contre la Hollande. La guerre eut lieu, en effet, entre les deux nations rivales, de i65i à i654. Les amiraux Trump et Ruyter, jusqu'alors réputés invincibles, furent défaits par un marin improvisé, l'ami personnel de Cromwell, le fameux Blake. Le traité de Westminster souligna l'échec des Hollandais et consacra l'Acte de navigation.

Le duel reprit sous le règne de Charles H. Il fut encore plus désastreux pour la Hollande, et la fière république de vit contrainte d'agréer la médiation hautaine du jeune Louis XIV. Le traité de Bréda (1667) reconnut aux Anglais victorieux la propriété de la Nouvelle-Belgique en Amérique : elle devint la New-Jersey. Plus tard encore, le frère de Charles II, l'amiral duc d'York, chassa les Hollandais de la baie de la Delaware et du comptoir de la Nouvelle-Amsterdam, qui fut désigné sous le nom de New-York (i683).

En même temps qu'ils posaient les assises de leur grande colonie de l'Amérique du Nord, les Anglais jetaient leur dévolu sur les Antilles.

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