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L'ANGLETERRE, DE 1816 A

En i8i5, au lendemain de sa victoire, T Angle terre eut à se préoccuper de la plus grave des situations financières : sa dette avait triplé depuis 1792 ; tous ses impôts avaient été augmentés ; un 5^ocA: considérable de marchandises encombrait ses magasins et, sur le continent enfin rouvert, des industries se révélaient qui étaient nées du blocus continental et dont la concurrence était effrayante.

Les tories, représentant l'aristocratie terrienne, s'empressèrent de défendre les intérêts des grands propriétaires fonciers. La culture des céréales avait pris de grandes proportions pendant les guerres de l'Empire, tant que l'Angleterre avait été isolée de l'Europe; il était à craindre que la libre circulation des blés polonais et allemands ruinât les agriculteurs anglais. Le ministère tory fit voter la corn-law^ la loi sur le blé, en vertu de laquelle toute importation de céréales était interdite lorsque le prix de l'hectolitre de blé indigène ne dépasserait pas 36 francs. Il en résulta que le pain coûta sensiblement plus cher en Angleterre qu'en France où fonctionnait Véchelle mobile. Ainsi, vers 1820, les Anglais payaient 29 francs ce que leurs voisins d'outre-Manche soldaient 19 francs!

Plusieurs libéraux, parmi lesquels lord Ganning, se plaçant au point de vue des gens pauvres et de la classe moyenne, demandèrent l'abolition de la corn-law et l'adoption du système français, plus supportable. Leur motion fut repoussée, ce qui amena des troubles, des révoltes d'ouvriers dans les grands centres ' comme Londres, Birmingham et Manchester (1820).

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3i6 HISTOIRE SOMMAIRE DU COMMERCE.

Les wkigs finirent par l'emporter, à la mort de George I II , qui ne régnait plus que de nom, depuis 1810. Il était devenu fou et on lui avait nommé un tuteur : son propre fils, le Régenty qui lui succéda sous le nom de George IV et appela aux affaires Cannîng et Hnskisson,

Lord Canning réserva au commerce anglais le marché illimité de FAmérique espagnole, en reconnaissant, le premier en Europe, les républiques formées du démembrement de l'empire de Ferdinand VII. Son collègue, son ami Huskisson, disciple d'Adam Smith, nommé président du bureau du Commerce, fît adopter l'échelle mobile française pour le régime des grains, supprima tout impôt sur le sel, le café, le tabac, les épices, remplaça les prohibitions absolues qui existaient encore par des droits de douane et porta le premier coup à TActe de navigation de Gromwell, en permettant aux navires des puissances amies d'apporter en Angleterre toute espèce de produits autres que ceux des colonies anglaises et en admettant le principe de la réciprocité des droits de navigation.

11 fit abolir les lois sur les coalitions qui empêchaient lés ouvriers de s'entendre entre eux (1824). C'est le point de dépdvi des trade-unions.

Le succès des réformes d'Huskisson encouragea les novateurs. L'Irlandais O'Gonnell, avec l'appui de Kobert Peel, parvint, au prix d'efforts incroyables, à obtenîî' l'émancipation des catholiques. En i83oi 'George IV mourut; Huskisson avait péri victime d'un accident dé chemin de fer (1829).

Le nouveau souverain de la maison de Hanovre, Guillaume IV (1830-1887), était favorable aux whig». Il comprenait la nécessité d'une politique prévoyante et libérale: L'aristocratie anglaise, plus avertie qutelabourgèoisieîran-

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L'ANGLKTERHE, DB 1815 A 1850. 3V7

çaise, fit elle-même la réforme électorale, de i83i à 1882. Lord Brougham et lord John Russell étendirent le droit de vote à tous les Anglais propriétaires d'un bien rapportant 25o francs par an, ou locataires payant un loyer de même valeur et justifiant d'un an de résidence, à l'exception des domestiques et des employés qui ne posséderaient pas un logement indépendant. Par la même occasion, ils remanièrent les circonscriptions électorales, supprimèrent 56 bourgs pourris, comme le fameux Old-Sarum, et donnèrent aux villes industrielles de formation récenti? (Liverpool, Manchester, etc.) une représentation proportionnée à leur importance.

Deux ans après, l'Angleterre s'honora par une grandp réforme hunianitaire que la Convention nationale seule avait commencée : l'abolition de l'esclavage des noirs.

Le mérite de cette réparation envers toute une race méprisée revient en entier à un apôtre de la justice et dé la fraternité, Wilberforce, qui, depuis 1787, menait une sublime campagne. La Convention l'avait honoré du titre de citoyen français; à sa mort, l'Angleterre l'avait jugé digne de la sépulture royale de Westminster, mais ses idées ne reçurent la consécration du fait qu'en i834, sur l'initiative de lord Melbourne. Le bill d'émancipation fut rendu exécutoire dans toutes les colonies anglaises, et, pour en légitimer Inapplication, une indemnité de 5oo millions de francs fut répartie entre les propriétaires d'esclâvesv.

Sans faire ypter ^e loi analogue, par lé Parlement de France, Louis- Philippe P*" s'associa, dajis la pratique, aux mesures de l'amirauté britannique qui avaient pour but la répression delà traite infâme et le châtiment des négrierâi. Libreville^ dans, le Gabon, fut peuplée des malheureux qu'on avait pu sous traire à leur abominable destinée (iSSg).

L'Angleterre changea encore de souverain en i837i

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318 HISTOIUK SOMMAIRE DU COMMERCIi:.

Après Guillaume IV, commença le règne si long et si fécond de Victoria (1837-1901).

L'augmentation rapide de la population, la misère des ouvriers employés dans les Indes Noires, c'est-à-dire dans les mines de houille et dans les usines, Télévation du prix du pain frappèrent Tesprit d'un riche manufacturier philanthrope, sir Richard Cobden, qui se posa en adversaire irréconciliable du système protectionniste. Il fonda, en i838, \a Ligue de Manchester , dans le triple but d'établir la paix universelle, la liberté politique et le libreéchange commercial. Par des articles de journaux, des conférences, des pétitions, des discours et des meetings, il demanda, pour parer au plus urgent, la suppression de tous droits sur les céréales. La section de Vanti corn-laxo Leagiie finit par vaincre au Parlement. Combattue parle premier ministre Robert Peel, elle trouva bientôt en cet homme d'Etat un partisan convaincu, un défenseur puis sant. En vain, lui jeta-t-on à la tête les accusations ordinaires d'apostasie et de trahison, Robert Peel réussit à faire admettre, à la Chambre des Communes et à la Chambre des Lords, l'abolition de tous droits sur les viandes, immédiatement ; celle des taxes sur les céréales dans un délai de trois mois, et la modification de sept cent cinquante articles du tarif général des douanes (1846).

Quatre ans après, il déchira Y Acte de navigation dit de Cromwell, déjà entamé par Huskisson. Les ports anglais s'ouvrirent à tous les navires du monde; les colonies anglaises purent commercer avec n'importe quel pays ; la liberté de la concurrence était désormais entière.

Formidablement outillées, préparées de longue date à cette révolution, les Iles Britanniques en recueillirent tous les avantages matériels et moraux, sans avoir à souf-

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