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I. La Constituante, la Législative, la Convention

nationale. — Les cahiers des Etats généraux, rédigés par les assemblées primaires de paroisses et résumant les vœux de 5 millions d'électeurs du Tiers, demandaient à peu près unanimement la libération de la terre, la liberté du travail, la suppression des péages et des douanes intérieures, l'unité des poids et mesures, l'adoption d'une politique protectionniste modérée et l'institution d'une Banque nationale. Tous ces changements furent opérés, à l'exception du dernier, par l'Assemblée nationale constituante, issue de la journée du Serment du Jeu de paume (20 juin 1789).

Avant la discussion de la Constitution, les privilégiés eux-mêmes, dans la séance de nuit du 4 au 5 août, sacrifièrent sur V autel de la patrie, pour employer le style emphatique de l'époque, le servage, la corvée féodale, les droits de chasse, de colombier et de garenne, l'obligation du moulin et du four banal, les dîmes ecclésiastiques, et enfin les corporations, maîtrises et jurandes, et les grandes compagnies de commerce, moyennant une légitime in-

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demnité qu-on accorderait à toutes les personnes lésées dans leurs intérêts.

Rien que pour compenser le préjudice causé aux patrons expropriés, une somme de 60 millions de livres fut votée : il est vrai qu'elle n'a pas été entièrement payée. A ce prix, chacun fut libre de choisir la profession qui lui plaisait, celles de pharmacien et d'orfèvre exceptées, en raison de leur nature spéciale. Mais les industriels et les commerçants furent soumis à l'impôt de la patente, calculé sur la valeur locative des magasins et des ateliers. On assura le droit des inventeurs par la création des Brevets d'invention. Ils obtinrent la faculté d'exploiter leurs découvertes et de jouir seuls de leurs bénéfices pendant une durée de cinq, dix, ou quinze ans, à leur gré, et, contre le versement d'une somme de 3oo, 800, ou i5oo livres. Pour stimuler leur activité, un Bureau de consultation des Arts et Métiers fut institué: il devait distribuer des récompenses et des encouragements; il était formé de quinze membres de l'Académie des sciences et de quinze grands industriels désignés par leurs pairs. La Constituante reconnut la légitimité du prêt à intérêt, et^ pour qu'on ne le confondît point avec l'usure, elle en fixa le maximum à 5 */o en matière civile, et à 6 ®/o en matière commerciale. Ces chiffres avaient le tort d'être arbitraires et invariables, au mépris de la loi souveraine de l'offre et de la demande. Il faut en dire autant du rapport de 1 à i5 que l'on établit entre la valeur de l'argent et celle de l'or.

Une loi du 3o octobre 1790 abolit les douanes intérieures ou traites, les péages, les droits de halles, de foires et de marchés, mais bientôt les municipalités furent autorisées à rétablir ces derniers sous d'autres formes et sous d'autres noms.

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Pour régler les rapports internationaux, la Constituante dressa le tarif de 1791, empreint de libéralisme et de sens pratique, qui favorisait l'importation des matières premières et l'exportation des produits manufacturés.

L'étranger pouvait désormais envoyer en franchise, ou peu s'en faut, les bestiaux, la laine, les fers et les bois. Les articles de droguerie, les fruits et les légumes secs ne payaient plus qu'une taxe de 2,5 "/o à 5 °/o ; les épices, les beurres salés et les fromages, de 5 à 10 °/o; les autres articles fabriqués, de 5 à i5 */o. Mais la prohibition fut maintenue des tabacs, confections, poudre de guerre et de chasse, cocons de vers à soie, houille et minerais.

L'œuvre économique de la première assemblée révolutionnaire comporte des lois autant politiques que sociales:

1* L'abolition du droit d' aînesse dans la famille, et, par conséquent, l'établissement d'un nouveau régime successoral propice au morcellement de la propriété et à une meilleure exploitation de la terre.

2° Le rachat des biens de VEglise par VEtat, Ces biens représentaient à peu près le tiers du territoire et avaient une valeur de plusieurs milliards de francs. En déclarant ces biens biens nationaux, l'Etat prit à sa charge le traitement du clergé et les dépenses de l'Assistance publique. Il en mit immédiatement en vente pour 1 800000000 de livres, et ce fut le principe de la monnaie de papier dite assignais, véritables mandats hypothécaires. L'Assemblée législative ajouta à ces biens nationaux les propriétés confisquées sur les émigrés, qui reçurent la même destination.

3** La nouvelle division administrative de la France en quatre-vingt-trois départements, comprenant de nombreux districts. Cette division n'a subi depuis que de très petits changements. Trois départements, ceux de

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Tarn-et-Garonne, de la Loire et de Vaucluse sent de création ultérieure.

L'œuvre économique de la Constituante était bonne. Jusqu'en septembre 1792, la France en bénéficia : la terre fut mieux cultivée en céréales, pommes de terre, vignes, garance, pastel, œillette, etc.; Tindustrie manufacturière, surtout dans le Nord, profita du tarifée 1791 , et le commerce suivit une marche ascensionnelle. Cette prospérité ne dura guère.

La République fut proclamée le 22 septembre 1792. La Convention nationale gouverna jusqu'en 1795. Nulle période de notre histoire n'a été plus malheureuse pour le commerce : les guerres étrangères, la guerre civile en Vendée, la chouannerie en Bretagne, le brigandage, l'émigration, une suite de mauvaises récoltes et de famines, les difficultés financières provenant du discrédit des assignats et de l'introduction, par les Anglais, de fausse monnaie fiduciaire, tout concourut à la rareté des denrées et à l'élévation des prix*.

La Convention nationale considéra que, dans les circonstances tragiques où l'on se trouvait, il était patriotique de restreindre la liberté, et c'est au nom du salut public qu'elle prit des dispositions dictatoriales, telles que jamais roi absolu n'en aurait osé imaginer.

En septembre 1798, elle édicta la loi du maximum^ suivie de la liste des prix ou tableau du maximum en 1794. Comme aux temps de Dioclétien ou de Charle-

1. Quelques-tiÀs des Conventionnels confondaient volontiers ce qu'ils appelaient le négociantisme avec Végoïsme^ et menaçaient les grands commerçants coupables d'être riches. Garnier, de Saintes, envoyé en mission à Bordeaaxi s'exprimait ainsi qu'il suit dans une proclamation : Les négociants sont encore plus froids que Vor qu'ils manient. Jls voient sans s'émounoir les larmes du peuple. Malheur à eux/

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magne, il fut interdit de vendre au delà d^un certain taux la viande, le beurre, le vin, la bière, Teau-de-vie, le tabac, le bois à brûler, le charbon, le sel, le savon, le miel et le sucre, les métaux et les tissus. Les prix furent arrêtés à ce qu'ils étaient normalement en 1790, avec augmentation d'un tiers ; par contre, les salaires des ouvriers furent portés au double de ce qu'ils étaient à la même époque. On croyait ainsi soulager les souffrances du peuple, illusion généreuse qui se retrouve, accentuée encore, dans la loi sur les accaparements. Celle-ci, du 3 mai 1798, obligeait les marchands de blés et de farines à déclarer la quantité de marchandises qu'ils possédaient en magasin et à les vendre publiquement, sous la surveillance des municipalités, à un prix uniforme (environ i4 livres le quintal).

A l'extérieur, le traité de sir Ëden fut dénoncé, et une loi punit de vingt ans de fer, celui qui achèterait ou vendrait quelque chose à l'une des puissances coalisées contre la France. La course fut rétablie, même au mépris du droit des neutres, et les capitaines de navires marchands purent saisir, en tous lieux, tout ce qui serait destiné à l'ennemi.

L'ancienne taxe de 5o sous par tonneau, qui remontait à Fouquet, fut perçue à nouveau sur les bâtiments étrangers, et le commerce de cabotage et la pêche côtière furent réservés aux nationaux. Telle fut la portée de VAcle de navigation du 18 octobre 1793. Malheureusement, il resta lettre morte.

Les flottes françaises tombèrent successivement au pouvoir des Anglais ; les colonies furent confisquées une à une ; la contrebande sévit sur le littoral ; l'étranger riposta par des représailles et le commerce extérieur de la France fut anéanti.

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C'était une conséquence fatale de la crise que Ton traversait. La Convention nationale, luttant contre la coalition et contre la réaction, sacrifiait la richesse publique à Fexistence même du pays comme le capitaine d'un navire jette par-dessus bord sa cargaison pour sauver l'équipage. Elle n'en accomplissait pas moins, théoriquement, une œuvre admirable :

l'An point de vue social : l'établissement du suffrage universel; la naturalisation de tout étranger qui épouserait une Française, adopterait un enfant ou nourrirait un vieillard ; l'abolition de l'esclavage aux colonies ; l'institution du droit au secours et à la subsistance pour tous les malheureux ; l'amélioration du régime des hôpitaux ; l'éducation des sourds-muets et des aveugles, l'adoption par la Patrie des enfants trouvés et des enfants des condamnés à mort.

2^ Au point de vue civil : la création du grand-livre de la Dette publique, fondement d'un crédit public inébranlable [œuvre de Camhon); le projet de Gode civil, auquel soixante séances de l'Assemblée furent consacrées; l'obligation de l'instruction primaire intégrale (œuvre de Condorcet, Lanthénas, Daunou et Lakanal) ; la fondation d'une école secondaire, dite Centrale, dans chaque département ; la création des écoles supérieures spéciales (Polytechnique, École normale, École de Mars, École des Mines, des Ponts et Chaussées, des Langues orientales, de Médecine, etc.). N'oublions pas le Conservatoire des Arts et Métiers, le Muséum d'Histoire naturelle, le Bureau des Longitudes, la Bibliothèque nationale, les Archives, le Musée des monuments français, le Musée du Louvre, le Conservatoire de Musique, etc., et, pour couronnement de cet imposant édifice, l'organisation de V Institut de France, Voilà le vandalisme révo-

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liitionnàire ! Qu'on y ajoute la constitution de la propriété littéraire et artistique, assurée aux auteurs leur vie durant et à leurs héritiers pour dix années.

3° Au point de vue économique : le partage des biens communaux partout où le tiers des habitants le réclamerait; Tadoption du calendrier républicain, plus logique et plus poétique aussi que l'ancien calendrier grégorien ; l'établissement du système décimal et de l'unité des poids, mesures et monnaies; l'organisation de voyages et missions scientifiques ; l'emploi du télégraphe aérien de Chappe et de l'aérostation militaire, etc..

En somme, comme le dit le président Génissieux qui prononça la clôture le 26 octobre 1795, la Convention avait Lien rempli son mandat,

II. Le Directoire. — Le premier gouvernement régulier de la France républicaine fontionna en vertu de la Constitution de l'an III, celle de l'an I®^ ayant été reconnue impraticable. Ce fut le Directoire ^ chargé de l'exécution des lois que forgeaient le Conseil des Cinq Cents et le Conseil des Anciens (1795-1799).

Trop faible pour se faire obéir, le Directoire fut aux prises avec les plus graves difficultés financières. Pour en sortir, il décréta la banqueroute des deux tiers , il multiplia les assignats, puis les mandats territoriaux ; il créa rimpôt des portes et fenêtres y des taxes nouvelles sur le tabac, les octrois et, enfin, il préleva un emprunt forcé de 100 millions, aggravé du principe de la progression, La guerre, les réquisitions militaires, la loi de conscription, dite loi Jourdan (5 sept. 1798), les excès des chauffeurs et des compagnons de Jéhu en province, achevaient de ruiner le commerce. L'argent devenait si rare, soit qu'il se cachât, soit qu'il passât à l'étranger, que le gouvernement

ne pouvait plus payer ses généraux et qu'il en était réduit à accepter les quelques millions prélevés sur les princes italiens par un chef militaire insubordonné (Bonaparte). Tout périclitait : beaucoup d'industries (soieries, dentelles, draps, toiles, carrosserie) étaient abandonnées malgré un secours de 6 millions de livres que votèrent les Conseils, ou transportées au delà des frontières à la suite des émigrés ; les routes n'étaient plus entretenues; les digues et les ponts s'écroulaient, faute de réparations ; les ports de mer devenaient déserts; la grande pêche avait cessé ; les Lombards^ comme on disait encore, ne prêtaient sur gages qu'à des taux formidables de 12 à 20 ®/o par mois! L'escompte commercial montait de 36 °/o par an et n'était plus consenti que pour les effets à courte échéance

Les remèdes ordinaires ne pouvaient rien atténuer de souffrances pareilles. Et cependant, le Directoire ne se décourageait pas. 11 eut le mérite de supprimer, en 1797, le trop fameux maximum et de proclamer que le commerce rendu à lui-même est seul en état de rétablir V équilibre des prix dans les marchés. En 1798, sur l'initiative d'un de ses membres, François de Neufchâteau, il organisa la première des expositions industrielles.

Cette exposition fut nationale, et non universelle, la France se trouvant alors en guerre avec l'Europe entière. Elle s'ouvrit au Champ de Mars, à Paris, le i'"^ vendémiaire de l'an VI, et dura cinq jours à peine.

L'inauguration se fit avec un grand déploiement de forces militaires, au bruit du canon. Des chœurs de musique exécutèrent les hymnes de Marie-Joseph Chénier; François de Neufchâteau, dans son discours d'ouverture, prononça l'éloge des arts mécaniques et glorifia les noms de Bacon et de Diderot. La foule se porta aux jeux publics, aux courses à. pied, à cheval, en char, renouvelées

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des anciens, et au gonflement d'un ballon captif. Un fastueux cortège de savants, d'artistes, de littérateurs, se forma au Jardin des Plantes, parcourut les boulevards de la rive gauche, promenant dans des chariots les statues, les tableaux enlevés à l'Italie par les soldats de Bonaparte.

La Foire de 1798 réunit les chefs-d'œuvre de 1 1 1 exposants, dont 12 seulement furent primés et obtinrent des médailles. Parmi eux, citons Bréguet (horlogerie de précision). Conté (crayons de couleurs), Lenoir (balances et instruments de mathématiques), Didot (imprimerie), Payn, de Troyes (bonneterie), l'usine du Creusot (acier), la fabrique de Chantilly (faïence blanche), la manufacture de Cholet (toiles fines), etc..

III. Le Consulat. — La révolution de 1789, faite par la bourgeoisie, avait renversé l'ancien régime. Celle de 1792, faite par le peuple, abattit la monarchie constitutionnelle. Il y en eut une troisième en 1799, ^^^^® P*^ l'armée, qui détruisit la République démocratique et y substitua une dictateur militaire dont les formes successives ont été : le Consulat décennal (1799 ^ 1802), le Consulat à vie (1802-1804) et VEmpire (i8o4-i8i5).

A la fin du dix-huitième siècle, le gouvernement personnel du héros d'Italie et d'Egypte fut salué par les honnêtes gens de l'époque comme la fin de l'anarchie, le gage de la paix et de l'ordre. La reconnaissance publique donna au Premier Consul tous les pouvoirs, car ses deux collègues, Cambacérès et Lebrun, nommés pour cinq ans seulement et dotés d'un traitement inférieur (i5oooo francs chacun au lieu de 5oo 000 francs), n'étaient et ne pouvaient être que des comparses.

Nous n'examinerons pas le rôle politique et encore

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moins le rôle militaire de Fauteur du coup d'État du 18 brumaire (novembre 1799).

Dans Tordre économique, Bonaparte s'efforça de raviver la production nationale et les échanges. Il rapporta la loi sur V emprunt forcé; il autorisa la rentrée conditionnelle des émigrés, fit cesser les persécutions contre les prêtres insermentés ou réfractaires; il remania l'administration dans un sens moins libéral que les gouvernements révolutionnaires qui avaient précédé le sien, mais plus favorable à l'unité du pays. 11 fut avant tout un centralisateur^ et les préfets, les sous-préfets qu'il plaça dans chaque département et dans chaque arrondissement, reçurent la mission de représenter plutôt les intérêts du pouvoir que ceux des administrés. La même préoccupation le guida lorsqu'il introduisit dans la machine de l'Etat des rouages nouveaux, tels que les Cours d'appel, ou lorsqu'il institua la régie pour la perception des impôts. Il réorganisa les Chambres de commerce, le corps des Agents de change et des courtiers en marchandises; il créa des Chambres consultatives d'Arts ^t Métiers.

Afin de consolider le crédit public ébranlé par la banqueroute du Directoire, afin aussi de récompenser les capitalistes qui l'avaient aidé de leur argent au 18 brumaire, il fonda la Banque de France (1800). Le financier Perregaux et deux autres directeurs, quinze régents furent mis à la tête de cet établissement qui escomptait les effets de commerce, émettait des billets de 5oo francs chacun valables seulement à Paris, avec cours facultatif, et s'occupait de toutes spéculations sur l'escompte et la monnaie. Son capital était fixé à 3o millions.

En i8o3, une loi changea le caractère et la destination de la Banque. Elle cessa d'être la propriété de quelques

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particuliers; elle fut administrée par un gouverneur et deux sous-gouverneurs nommés par le Premier Consul, reçut des fonds du Trésor et effectua les paiements de la ■ rente publique.

A la même période se rattachent la rédaction du Gode civil ébauché par la Convention, la promulgation du Concordat ou traité de réconciliation entre l'Église et FEtat et la création de Tordre de la Légion d'honneur, stimulant incomparable de toutes les énergies. La plupart de ces Institutions ont survécu et la France garde l'empreinte de l'homme de génie dont les erreurs mêmes ne sont pas sans noblesse.

Bonaparte attachait une grande importance aux travaux publics.

Il consacra plusieurs millions par an à la réfection des grands chemins de Paris à Lille, Strasbourg, Marseille, Bordeaux et Brest; il réprima le brigandage. Plus tard, il fit construire la route de Lyon à Tarare et celles des bords du Rhin, des Vosges, des Cévennes et des Alpes. Dans cette dernière contrée, où son armée avait tant souffert lors de la campagne de Marengo, il fit percer la Corniche, au bord de la mer, le col de Tende, le col du Mont-Genèvre, le col du Mont-Cenis, enfin le Simplon, Le génie militaire prêta son concours aux entrepreneurs civils ; le général Turreau s'établit à Domo d'Ossola pour protéger les travailleurs, du bord du lac Majeur aux rives du Rhône supérieur. En souvenir du passage du Grand- Saint-Bernard, des hospices furent édifiés aux défilés du Simplon et du Mont-Cenis pour y recueillir les voyageurs égarés. On évalue à 62000 kilomètres l'ensemble du réseau des voies terrestres exécuté sous le Consulat et l'Empire.

Une dizaine de canaux furent entrepris : le canal d'Aigues-Mortes à Beaucaire; le canal de TOurcq, à Paris ; le canal de Nantes à Brest par le cours de l'Erdre, de risac, de l'Oust et de TAulne, d'une si grande valeur stratégique; le canal de Saint-Quentin, prolongement du canal Grozat, entre la Somme et TËscaut. Le canal de Saint-Quentin, commencé en 1801, ne fut terminé qu'en 1810. Il est Tœuvre de l'ingénieur Devic. Des soldats et des prisonniers de guerre y furent employés en grand nombre. On admira fort à cette époque les deux tunnels pratiqués à travers le plateau et dont l'un mesure près de six kilomètres de longueur ; mais longtemps les bateliers hésitèrent à s'y engager et il fallut, pour les décider, promettre l'exemption des droits de parcours au premier qui serait assez hardi pour le traverser.

En 1801, le Premier Consul voulut fêter l'anniversaire de la proclamation de la République et saluer le siècle qui s'ouvrait, par une solennité industrielle et commerciale. Il donna l'ordre à Ghaptal, son ministre de l'Intérieur, de préparer une Exposition nationale. Trente-huit départements répondirent à son appel. La cour du Louvre, choisie comme emplacement, fut aménagée par l'architecte Ghalgrin qui éleva cent quatre portiques de bois rehaussés de faïences décoratives du plus bel effet.

L'exposition commença le 1" vendémiaire de l'an IX (22 septembre 1801) et dura dix jours. Deux cent vingtneuf exposants y participèrent et concoururent pour l'obtention de 62 médailles (12 d'or, 20 d'argent, 3o de bronze). A la clôture, les lauréats furent reçus par le chef de l'État qui les retint à déjeuner. Parmi eux on remarquait les frères Didot, imprimeurs ; les frères Jacob, fabricants de meubles d'art ; Robert, fabricant de papiers peints imitant le velours ; Garcel, constructeur de lampes

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PENDANT L»ÉPO0UE RÉVOLUTIONNAIRE. 3l9

à huile; Ternaux, fabricant de draps; Montgolfier, papetier; Desarnod, constructeur de calorifères; Jecker, inventeur de la balance dite romaine, etc..

A côté des productions de ces particuliers, les visiteurs avaient pu remarquer, pour la première fois, l'exposition collective des manufactures nationales : les Gobelins, Sèvres, la Savonnerie, Beauvais.

Le succès fut si considérable que Bonaparte renouvela son expérience Tannée suivante, au même endroit, avec cinq cent quarante exposants (1802). Il fit les honneurs de Touverture à une délégation d'industriels anglais que conduisait le célèbre Fox.

Pendant le Consulat, Bonaparte, partisan sincère de la paix, profita de la trêve d'Amiens conclue avec l'Angleterre (1802) et de la libre circulation sur les mers^ pour essayer de reconstituer l'empire colonial français. Il força le roi Charles IV qui n'osait rien lui refuser, à lui rendre la Louisiane accordée jadis à l'Espagne par Louis XV, et à lui vendre la partie orientale de l'île Saint-Domingue. Il eut le tort de rétablir l'esclavage des nègres en Guyane et aux Antilles. Les noirs de Haïti se révoltèrent sous le commandement de Toussaint-Louverture qui fut vaincu et mené captif en France, où il mourut. Dessalines le remplaça : sa résistance prolongée et la fièvre jaune triomphèrent de l'armée française confiée au général Leclerc, beau-frère de Bonaparte. Il fallut renoncer à Saint-Domingue et, dès la rupture de la paix d'Amiens, à toutes les colonies. C'est alors que le Premier Consul, désireux de soustraire la Louisiane à l'avidité des Anglais, la vendit aux Etats-Unis d'Amérique pour 80 millions de francs. Le marché ne fut conclu définitivement qu'en 1812.

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S'il renonçait à l'empire des mers, Bonaparte, devenu Napoléon P"^, prétendait à la possession du continent européen et peu s'en est fallu qu'il n'ait réalisé ce rêve hautain. Empereur des Français, le 18 mai i8o4; acclamé par un plébiscite qui lui donna 8672000 suffrages contre 2 5oo ; sacré par le Pape à Notre-Dame de Paris, ce parvenu justifia sa fortune inouïe par les victoires d'Ulm, d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau et de Friedland. C'est vers 1810 que sa puissance atteignit son apogée. Alors, la France comprit i3o départements et compta 45 millions d'habitants. La confédération du Rhin, le grandduché de Varsovie, la Suisse, le royaume d'Italie, le royaume de Naples, le royaume d'Espagne, le royaume de Portugal étaient ses feudataires ; tous les autres pays, ses alliés plus ou moins sincères, plus ou moins fidèles, à l'exception d'une ennemie irréductible, implacable, acharnée : la puissante Angleterre.

Du règne féerique de Napoléon I®', nous ne retiendrons que deux faits essentiels intéressant le commerce : la naissance de la grande industrie française et le blocus continental.

Le machinisme. — La grande industrie, née en Angleterre, se développa sur le continent, en France particulièrement, sous l'influence de la nécessité, puisqu'il fallait se passer désormais des marchandises anglaises et des denrées coloniales, et grâce aux efforts des savants, aux encouragements officiels de l'Empereur. Aux inventions et aux découvertes de laboratoires répondit une

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large production commerciale; l'emploi des machines suppléa à l'insuffisanee des bras occupés à la guerre.

Depuis 1793 on avait trouvé le moyen de fabriquer en grand des matières indispensables : la soude, Tammoniaque, le blanode céruse, Talun, la poudre. Sous TEmpire, Adam parvint à la distillation perfectionnée de l'alcool ; Berthollet réussit à employer le chlore dans le blanchiment des tissus de paille ; Marcgraf et Delessert remplacèrent le sucre de canne par le sucre de betterave; Philippe Le bon inyenidLle thermolampe, appareil qui, par la distillation du bois, procurait à la fois de la chaleur et de la lumière (l'Empereur lui concéda une forêt en Normandie, celle de Rouvray, pour les besoins de son industrie) ; Richard et Lenoir, deux Normands associés, firent planter des cotonniers dans le royaume de Naples et installèrent les premières filatures de coton de Rouen et de sa banlieue (Napoléon leur avança une somme de 1 million et demi de francs). Un ancien émigré, le professeur Philippe de Girard, imagina la machine à filer le lin et devint un grand fabricant; on lui doit encore une machine à filer la laine et une machine à fabriquer les filets de pêche. Un modeste ouvrier lyonnais, Jacquart, dota sa patrie du métier à filer la soie : victime de l'ingratitude ou plutôt de l'ignorance et de la routine de ses concitoyens, il fut protégé par l'Empereur, qui lui accorda une pension viagère de 3 000 francs.

Soutenue par un million de baïonnettes et par une armée auxiliaire de douaniers, V industrie française parvint à suffire aux besoins d'une énorme consommation, (Pasquier.) Napoléon ne négligeait rien de ce qui pouvait l'aider dans sa lutte contre les Anglais. Il décora de ses mains Oberkampf, qui avait créé la manufacture de toiles peintes de Jouy, près Paris.

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A la même époque, Ternaux introduisit en France la fabrication des châles; Lasteyrie établit la première lithographie ; Carcel popularisa une lampe à mouvement ; Bréguet fit faire des progrès à l'horlogerie ; Prieur {de la Côte-d'Or, Tancien conventionnel) installa à Dijon une manufacture importante de papiers peints ; Derosne organisa des ateliers pour la fabrication du matériel des sucreries : c'est l'origine des établissements métallurgiques Cail,

Gomme les produits anglais n'arrivaient plus chez eux, les Français s'ingénièrent à travailler les tissus, le cuir et le caoutchouc.

Dans l'art de l'ameublement, dans le travail des bronzes, de la mosaïque, des camées, un style nouveau apparut, imité du style gréco-romain. Il porte dans l'histoire de l'art décoratif l'épithète de style Empire : il est caractérisé par l'emploi des colonnes torses et des ornements de cuivre ciselé.

On en vit des chefs-d'œuvre à l'Exposition de 1806 sur l'Esplanade des Invalides, àParis. Plusde 1420 industriels ou commerçants prirent part à ces assises du travail.

Napoléon ne se contenta point de venir en aide à l'industrie: il voulut la réglementer, et, en cela, il n'eut qu'à suivre le courant de l'opinion publique. Dans son entourage, on le pressait de rétablir les corporations. Il s'y refusa, ou plutôt il s'en tint sagement à la résurrection de l'ancien ordre de choses pour quelques professions : notaires, huissiers, commissaires -priseurs, agents de change. S'il y assimila les imprimeurs, il se borna à exiger des boulangers et des bouchers certaines garanties peu gênantes.

Il est naturel que la politique impériale ait cherché à maintenir les ouvriers dans la discipline et l'obéissance.

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Llî PREMIER EMPIRE. 323

Une loi de 1810 interdit les grèves et les coalitions; une autre loi institua le livret, par lequel Partisan salarié se trouva à la merci de son patron. Des conseils de prud'hommes, on eut soin d'écarter tout prolétaire : pour en faire partie, il fallait être au moins contremaître ou ouvrier patenté, c'est-à-dire petit patron.

Le commerce intérieur acquit de Timportance, mal^^n^é les guerres et les levées incessantes de soldats. La fourniture des armées nécessitait un grand mouvement de marchandises. Le grand développement des voies de communication le facilitait encore.

En 1807, parut le Code du Commerce, un des plus beaux travaux législatifs des temps modernes, après le Code civil ou Code Napoléon.

La Banque de France élargit ses opérations. Son privilège fut prorogé jusqu'en i843, et son capital initial fut triplé, porté à 90 millions de francs (1807). Alors s'ouvrirent les premières succursales de province, à Rouen et à Lyon. Le taux de l'escompte descendit à 4 °/o- C'était un signe certain de la prospérité matérielle de l'Empire. Il en fut ainsi jusqu'à l'application du Blocus continental.

Ije Blocus continentaL — A la rupture de la paix d'Amiens (i8o3), le Premier Consul avait prohibé l'entrée des tissus anglais et élevé les droits de douane sur le café et le coton. Une guerre implacable commençait.

L'Angleterre l'avait provoquée. C'est elle qui, la première^ viola toutes les règles du droit international. N'avait-elle pas détruit la flotte espagnole pendant la Révolution? N'avait-elle pas bombardé Copenhague? Ne s'était-elle pas jetée sur les colonies de l'Espagne et de la Hollande, sous le prétexte que ces pays avaient accepté

Talliance française? N'avait-elle pas sommé les neutres de cesser toutes relations avec la France? En définitive, Bonaparte ne fit qu'user de représailles.

Tandis que se formait le camp de Boulogne, Tamirauté britannique déclara les côtes de l'empire, depuis Brest jusqu'à Hambourg, en état de blocus fictif, et, après Austerlitz, elle renouvela aux puissances du continent l'interdiction de commercer avec son ennemi (16 mai 1806).

Quelques mois après, Napoléon, vainqueur de la Prusse, entrait à Berlin. C'est de cette capitale conquise qu'il data son décret du Blocus continental (21 novembre 1806). En voici le dispositif:

1° Les Iles Britanniques sont déclarées en état de blocus.

2** Toute marchandise anglaise sera confisquée et détruite.

3" Aucun navire anglais ne sera reçu dans aucun port français ou soumis à la France.

La violence appelle la violence. L'Angleterre décida que tout Français capturé sur un navire marchand, sur un transport, sur un bateau de pêche serait traité en prisonnier de guerre; que tout vaisseau des neutres devrait se soumettre au droit de visite, et que, pour obtenir licence de naviguer sur l'océan, il serait tenu de faire escale à Londres, d'y payer une taxe et d'acheter ainsi sa patente.

L'empereur riposta par le décret de Milan (17 décembre 1807), qui aggrava le décret de Berlin.

Ordre est donné d'arrêter sur le continent et de traiter en captif tout Anglais voyageant pour ses affaires ou pour son agrément; défense est faite aux navires neutres de se soumettre aux exigences de la loi anglaise, sous peine d'être dénationalisés et qualifiés de bonne prise.

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LB PilKMlhU EUPlllE. 325

C'est sous ce régime de haine que le monde civilisé allait vivre jusqu'en 181 5, mais au prix de quelles souffrances! Vemipereur prétendait faire manœuvrer le commerce comme un bataillon. Il se trompait : par sa nature, le commerce échappe aux combinaisons de la politique et il se dérobe quand on veut attenter à ses droits naturels.

L'Europe asservie et frémissante, la France docile, mais fatiguée, furent privées des denrées coloniales: café, sucre, thé, rhum, etc. A Paris, le sucre de canne coûta jusqu'à douze francs le kilogramme; le sucre de betterave, importé d'abord de Silésie, où on savait le fabriquer depuis un siècle, n'arrivait que par quantités insuffisantes. On dut renoncer au café, dans les classes moyennes, et le remplacer par la chicorée. L'industrie cotonnière faillit périr: la matière première tirée de quelques plantations de l'Italie méridionale ou de la Turquie, par la route de Bosnie, Carniole et Vénétie, atteignit des prix exagérés. Les lainages, les toiles, les bois, le fer et l'acier augmentèrent beaucoup de valeur, et il en fut ainsi jusqu'au jour où, pressés par la nécessité, les Européens apprirent à se passer des articles anglais et fondèrent leurs premières grandes usines. (Les forges d^Essen, par exemple, remontent à cette époque : 1810.)

La marine française, depuis Trafalgar, ne comptait plus. De rares navires de guerre pourrissaient dans les ports. Les quais de Marseille avaient perdu toute animation, et la population de cette ville était tombée de 120000 à 80 000 habitants en moins de dix ans.

La Hollande, les villes hanséatiques étaient aussi douloureusement éprouvées. Les pays alliés, comme le Dane* mark, la Siiède, la Russie, s'infligeaient la misère et

la ruine pour conserver la protection de Napoléon I*'; leur patience devait se lasser bientôt.

Sans doute, TAngleterre fui frappée dans ses intérêts; sans doute, la production dut-elle s'y suspendre et Tencombrement des docks regorgeant de ballots, de caisses, de sacs, fit réfléchir les gouvernants, les inclina quelquefois à ridée d'une paix ou d'une capitulation. Mais l'Angleterre trouva mille mo;yens pour forcer le blocus du continent.

Les Américains et les Grecs, ces faux neutres, lui servirent souvent d'intermédiaires auprès de l'Espagne, de l'Italie, de la Hollande. Des commerçants embusqués à llelgoland, à Gibraltar, à Palerme, à Malte, à Corfou se livrèrent à une contrebande dangereuse, mais lucrative. Ils avaient des complices parmi les douaniers chargés de de les surveiller et de les repousser.

De l'autre côté de l'Océan, les Anglais disposaient du grand marché des Etats-Unis, dé sorte qu^'en dernière analyse, le chiffre de leurs affaires, sinon celui de leurs bénéfices, s'accrut notablement. De i milliard lyS millions en 1807, le commerce extérieur anglais passa à 1 milliard 4oo millions en 1811.

C'est que le blocus continental ne pouvait être observé dans toute sa rigueur. Napoléon lui-même dut se départir de ses principes soi-disant inflexibles. Après avoir, farouchement, ordonné de brûler toutes les marchandises saisies, il eut pitié de ses sujets ou honte de sa barbarie ou, plus simplement, conscience de ses propres intérêts. Dorénavant, il fit vendre aux enchères publiques et au profit du Trésor, les produits de l'industrie anglaise et les denirées coloniales. Vers 1810, il ferma lès yeux sur l'origine des marchandises apportées par les neutres ou par ses corsaires, et les laissa pénétrer dans ses Etats ou chez

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ses vassaux, moyennant le paiement d'une taxe de5o°/o.

En 1809, ^^ avait admis une autre dérogation à son fameux blocus; nous voulons parler des licences. Dans certaine cas spécifiés, il consentit à laisser acheter aux Anglais de Tindigo, de la cochenille, des bois des Iles et des cuirs, pourvu que l'importateur s'engageât à exporter une contre-valeur égale de marchandises françaises: blé, bois, chanvre et même soieries, draps,, vins et eaux-devie.

Ces licences ne pouvaient être accordées qu'à des Français. De là, l'irritation légitime des peuples alliés. De là, les justes remontrances qu'adressèrent à l'empereur la Russie et la Suède. En vain, redoubla-t-il de sévér rite. En vain, fit-il procéder à des saisies brutales chez les Italiens, les Espagnols, les Suisses. En vain, stimula-t'il le zèle de ses soldats et de ses douanier^, leiic attribuant, pour l'exécution de ses ordres, le cinquième des prises qu'ils feraient.

La Russie, qui ne pouvait plus écouler ni ses céréales, ni son lin et son chanvre, fut la première à dénoncer se§ traités avec Napoléon, à rompre ouvertement le blocus continental (décembre 1810). L'Espagne et le Portugal ne s'y étaient jamais soumis que là où tenaient garnison deè troupes françaises.

Pour faire reçpecter sa volonté, pour empêcher toute fissure dans son système de fermeture à outrance, poui^ provoquer une crise économique et sociale dans l'insaisissable Angleterre, pour forcer le Régent à demander la paix, le grand Conquérant multiplia les annexions et entreprit des guerres funestes. Il incorpora la Hollande à la France et détrôna son propre frère Louis, qui avait osé lui faire quelques timides observations ; il menaça les Etats-Unis de rompre avec eux; il s'empara du grandir

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duché d'Oldenbourg et des villes hanséatiques; il se brouilla avec la Suède. Enfin, les malheureuses campagnes de Portugal, d'Espagne et de Russie furent les dernières conséquences du blocus continental.

Peut-être, si l'empereur avait pu persévérer dans ses résolutions, s'il ne s'était pas laissé détourner de son but, peut-être, remarque Thiers, aurait-il, à la longue, eu raison de l'Angleterre dans ce duel à mort. Il était impossible de prévoir où s'arrêterait l'effet de ses redoutables mesures. Mais la guerre d'Espagne et la campagne de Moscou l'entraînèrent vers d'autres destinées.

Dès lors, les revers, les défaites, les désastres se succèdent rapidement. Les héroïques batailles de i8i3et i8i4 n^empêchent pas l'invasion de la France, la reddition dé Paris, et tant d'efforts n'aboutissent qu'au traité du 3o mai i8i4età l'abdication de Napoléon P'. L'empereur des Français devient l'empereur.... de l'île d'Elbe!

Après l'épopée des Cent-Jours (181 5), l'Angleterre a le dernier mot : elle garde Napoléon découronné, captif, à Sainte-Hélène, où il mourra six ans après.

Le second traité de Paris (20 nov. i8i5), préparé par le Congrès de Vienne, remania la carte de l'Europe et celle du monde.

La France retomba au rang des puissances secondaires. Elle rentra dans ses limites de 1790 du côté du nord-est, c'est-à-dire que si elle conserva la principauté de Mon tbéliard, enlevée au duc de Wurtemberg, elle perdit les territoires de Landau, de Sarrebruck et de Sarrelouis, en Alsace et Lorraine; de Bouillon, Marienbourg, Ghimay, Philippeville et Quiévrain, en Belgique. La Savoie et le comté de Nice lui furent également repris. On daigna lui rendre quelques petites colonies : Saint-Pierre et Mique*

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Ion, la Guadeloupe et la Martinique, la Guyane, les comptoirs du Sénégal, File de la Réunion (anciennement Bourbon) et les cinq établissements des Indes ; mais, pour la mettre dans l'impossibilité de se relever de longtemps, on la frappa d'une contribution de guerre de 700 millions de francs, dont 125 revinrent aux Anglais, et les réclamations particulières des princes d'Allemagne firent monter cette indemnité à plus d'un milliard [recez général de Francfort, 1819). En outre, la France devait subir pendant cinq ans la présence outrageante de iSoooo soldats étrangers, payés et nourris aux frais du Trésor, et équipés avec les produits des manufactures anglaises. C'était la revanche du blocus continental.

L'Angleterre régna sans partage sur toutes les mers : sur celles d'Europe, par ses nouvelles acquisitions d'Helgoland, de Malte et des îles Ioniennes ; sur celles d'Afrique, par la Gambie, la Sierra-Leone, l'île Sherboro, cap Coast, la colonie du Gap de Bonne-Espérance enlevée à la Hollande en 1806, l'île Maurice (ancienne île de France), les îlots Rodriguez, les Amirantes et les Seychelles.

En Asie, elle avait pris Tîle de Ceylan depuis 1796, pour punir, disait-elle, la République batave, fille de la République française ; elle avait presque achevé la conquête de l'Inde par l'annexion de Delhi (i8o3). En Océanie, la Tasmanie et la côte méridionale de l'Australie avaient été colonisées, ainsi que les îles Norfolk, Auckland, Campbell et Macquarie. Enfin, l'Amérique anglaise comprenait, outre le Canada, les îles Bermudes, le Honduras britannique, la Jamaïque, Barboude, Antigoa, Saint-Christophe, Nevis, Montserrat, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint- Vincent, la Barbade, les Grenadilles, Grenade, Tabago, la Trinité et la Guyane anglaise, depuis i8o3.

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.>ja IIISTOIUK SUMMAlllK DU COMMKliCK.

Désormais^ comme a dit un homme d'État anglais, il ne pouvait plus se tirer sur V Océan un seul coup de canon ^ sans la permission du cabinet de Saint-James.

Le Congrès de Vienne, s'il condamna platoniquemenl la traite des noirs et s'il proclama la liberté de la navigation sur les grands fleuves, pour tout le reste, consacra le droit du plus fort.

Furent avantagées les puissances victorieuses de Napoléon : la Russie, l'Autriche, la Prusse et leurs alliés de la dernière heure : la Sardaigne, les Pays-Bas, la Suède.

La Russie s'agrandit du grand-duché de Varsovie ; elle avait déjà la Finlande et la Bessarabie (1812J.

La Suède s'annexa la Norvège ; l'Autriche prit le royaume lombard-vénitien en Italie ; le royaume de Sardaigne s'étendit à Gênes et sur toute la Ligurie.

La Prusse reprit toutes ses anciennes possessions et menaça même l'indépendance de la Saxe. De la Pologne, il ne subsista que la petite république de Gracovie, prélevée sur la part de l'Autriche dans l'acte de 1796. Les Provinces- Unies de Hollande formèrent un nouveau royaume, auquel on joignit les Pays-Bas belges, des territoires enlevés à la France et le Luxembourg. La question d'Orient fut réservée, et la Confédération germanique, qui remplaça l'ancienne Confédération du Rhin, engloba le Sleswig-Holstein (au Danemark), leMecklem- ])ourg, le Hanovre, toute la Prusse, le Luxembourg, la Saxe, la Bohême et la Moravie, la Bavière, le Wurtemberg, le grand-duché de Bade, l'archiduché d'Autriche avec le Tyrol, la Carinthie et la Carniole,

La Suisse, dont on n'avait pas respecté la neutralité dans les dernières campagnes de 181 4 et i8i5, recouvra les territoires annexés par Napoléon I®"^. En Italie, les Etats de l'Eglise furent restaurés, ainsi que les duchés

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de Toscane, de Modène et de Parme. Il n'y eut aucun changement dans la péninsule ibérique.

Les seules puissances coloniales, après TAngleterre, furent la Russie, qui dominait déjà toute la Sibérie et TAlaska, en Amérique ; l'Espagne, qui conservait les Canaries, Cuba et Porto-Rico, le Mexique, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud à l'exception du Brésil (mais ces immenses régions étaient secouées par le mouvement insurrectionnel commencé en 1810), et dans l'océan Pacifique, les Mariannes et les* Philippines. De même, le Portugal, ne perdit rien de son empire séculaire, jusqu'à l'affranchissement prochain du Brésil; et, le nouveau royaume des Pays-Bas, fortifié pour faire échec à la France, garda, outre les Indes néerlandaises, ses petits comptoirs d'Amérique, dont l'Angleterre n'avait pas voulu.

En France. — Les souverains de Russie, de Prusse et d'Autriche, débarrassés de Vogre de Corse, en rendirent grâce à Dieu par le pacte mystique de la Sainte-Alliance (26 sept. i8i5) et s'engagèrent à maintenir la religion, la paix et la justice, c'est-à-dire à étouifer l'esprit révolutionnaire, à soutenir les gouvernements monarchiques contre les réclamations de leurs sujets, leurs apirations à la liberté. A cause de ses origines et de sa nature même, le gouvernement anglais ne pouvait adhérer publiquement à cette coalition des rois absolus; mais, en secret, il lui donna son approbation et il accéda du moins à la

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quadruple alliance qui allait faire la police de TEurope.

Les Congrès de Vienne (i8i5), d'Aix-la-Chapelle (1818), de Carlsbad (1819), de Vienne encore (1820), de Troppau (1820), de Laybach (1821), de Vérone (1822), eurent pour effet heureux de faire régner une tranquillité relative, et de permettre aux nations meurtries de réparer leurs forces, de travailler en paix, de développer leurs ressources économiques. On ne cite, de i8i5 à i83o, que deux expéditions militaires de quelque importance : celle d'Espagne (1828), entreprise dans un intérêt dynastique, et celle de Grèce (1827-29), sous la poussée violente de l'opinion publique, après le regrettable malentendu de Navarin.

Le caractère de cette période est assez facile à dégager, si Ton s'en tient à l'histoire commerciale. Les idées égoïstes prévalent alors; chaque nation tend à s'isoler, s'enveloppe de frontières douanières, protège son agriculture, son industrie, son commerce propres. Le système protecteur triomphe partout.

En France, la Restauration (Louis XVIII et Charles X) réserva aux classes dites dirigeantes les privilèges et les monopoles. Par application de la charte^ la loi électorale de 1817 crée le régime censitaire, exige des électeurs (il n'y en eut pas plus de 90000) des conditions d'âge et de fortune (3o ans et 3oo francs de contributions directes, la patente non comptée), et des éligibles, des conditions encore plus rigoureuses (4o ans d'âge et 1000 francs de contributions directes).

La Chambre des Députés élue suivant ce mode, appuyée par la Chambre des Pairs héréditaires, défendit les intérêts personnels de la minorité riche et influente

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qu'elle représentait. Elle vota la loi de Véchelle mobile^ en faveur des grands propriétaires, des maîtres de forges, des capitalistes (1822). Relativement aux céréales, au blé surtout, cette loi célèbre empêchait l'exportation et augmentait l'importation en cas de disette ; elle obtenait les résultats contraires dans le cas de trop grande abondance. C'était une sorte de transaction entre la prohibition et la libre concurrence, un moyen d'avantager les producteurs nationaux et d'éviter aux consommateurs des prix par trop exagérés. Par exemple, le prix de l'hectolitre de blé français oscillant entre un minimum de 16 francs et un maximum de 28 francs, l'échelle mobile frappait d'un droit de 2 francs l'hectolitre de blé étranger, on le réduisait d'autant, suivant qu'il y avait surproduction ou pénurie.

Soit l'année 1820 : le prix moyen du blé était évalué à 19 francs. S'il descendait à 18 francs, on relevait le droit d'importation de 2 francs ; s'il montait à 20 francs, on l'abaissait de 2 francs, et ainsi de suite pour chaque franc de variation au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Pareillement les fers et les houilles de l'étranger pouvaient être grevés, à l'occasion, de droits ad valorem qui s'élevèrent jusqu'à 120 "/o. Les taxes sur les laines brutes purent être doublées et, à certains moments, chaque tête de gros bétail dut acquitter un impôt de 5o francs à l'entrée.

Il s'ensuivit, d'une part, l'enrichissement des producteurs en gros ; d'autre part, et inversement, une aggravation des difficultés de l'existence pour les classes pauvres, des crises particulièrement aiguës à partir de 1827.

La grande industrie poursuivait sa marche ascendante^ celle des cotonnades, des soieries, du sucre de betteraves (inaugurée en Silésie au dix-huitième siècle), du fer, du

charbon de terre. L'agriculture usait de procédés, d'outils, de machines de plus en plus perfectionnés; à son tour, elle devenait une science. On semait la pomme de terre; on multipliait les prairies artificielles; on récoltait la garance et le pastel ; on drainait ou Ton irriguait les champs ; on substituait la pratique de Tassolement à celle de la jachère; on repeuplait les ruisseaux et les rivières. Mathieu de Dombasle, le savant agronome, donnait l'exemple dans sa ferme modèle de Roville (Meurthe). En 1821, la Société d'agriculture était fondée.

Le commerce intérieur était pourvu de nouveaux moyens de communication : routes, canaux de Bourgogne (de l'Yonne à la Saône, parl'Armançon et l'Ouche), du Rhône au Rhin (par la Saône, le Doubs et l'Ill) ; pont de Bordeaux, achevé en 1822. Le premier chemin de fer, destiné au transport des marchandises encombrantes, était inauguré en 1824, entre Saint-Étienne et Andrézieux.

En 1827, le chiffre du commerce extérieur atteignit 1 milliard de francs.

Le gouvernement de la Restauration essaya de mettre en œuvre les quelques colonies restituées par l'Angleterre en i8i5 et, en i83o, dans ses derniers jours d'existence, il entreprit la conquête d'Alger (mois de juillet).

Plusieurs établissements très utiles prirent naissance : la première Caisse d'épargne à Paris (1818);. la Bourse, définitivement organisée en 1826; l'Ecole spéciale de Commerce et d'Industrie, due à Brodart et Legrit, installée d'abord dans l'hôtel des Fermes, rue de Grenelle- Saint-Honoré (1820) et transférée bientôt dans l'hôtel de Sully, rue Saint-Antoine, où elle prit le nom d'Ecole supérieure du Commerce. Elle était florissante en i83o, sous le patronage d'hommes éminents qui travaillaient

au relèvement du commerce français : Ternaux, Chaplal, Laffite, J.-B. Say, G. Périer.

Trois expositions industrielles eurent lieu à Paris, en 1819, 1828 et 1827 ; à la dernière il y eut 1 795 exposants. La progression s'accentuait.

La Révolution de juillet i83o ne chanjjea rien à la politique protectionniste de la France. La Chambre des députés repoussa toute mesure favorable à la concurrence étrangère; il en fut de même, à plus forte raison, à la Chambre des pairs. Là, à propos d'un projet de loi qui aurait abaissé le prix de la viande, en permettant l'entrée des bestiaux allemands et autrichiens, le maréchal Bugeaud s'écria : qu'il préférerait une invasion de Cosaques.

Les Chambres continuèrent à être l'expression d'une minorité jalouse de ses prérogatives. Leur recrutement s'était cependant quelque peu élargi, car la Charte révisée et la loi électorale de i83i avaient réduit le cens. Pour être éligible à la Chambre basse, il suffisait désormais de payer 5oo francs de contributions directes; pour être électeur, de payer 200 francs et pour certaines catégories : les membres et correspondants de l'Institut, les médecins et les avocats, les professeurs de l'enseignement supérieur, les officiers jouissant d'une pension de retraite de 1 200 francs, pour ceux qu'on désignait sous l'expression de capacités, la somme de 200 francs était diminuée de moitié. Cette réforme porta le nombre des électeurs à 200000 environ; c'était bien peu encore pour un grand pays.

Quant à la Chambre haute, les pairs nommés directement par le roi cessaient d'être héréditaires et devaient être choisis parmi les grands propriétaires, industriels

et commerçants payant 5ooo francs de contributions directes, patente comprise.

En résumé, le gouvernement parlementaire de Louis- Philippe I®^ (i83o-i848) fut un gouvernement de riches bourgeois, soutenu par la garde nationale ou garde bourgeoise, essentiellement conservateur et, au plus haut degré, partisan de la paix, de la paix à tout prix, disaient ses adversaires.

Les seuls dérivatifs qu'il donna aux instincts belliqueux des Français furent quelques guerres coloniales : la conquête de l'Algérie, ce roman militaire d'un règne bourgeois; Tannexion de Grand-Bassam et d'Assinie, du Gabon, de Mayotte et de Nossi-Bé, de la Nouvelle-Calédonie; l'établissement du protectorat sur les îles Marquises et Tahiti (affaire Pritchard).

En Algérie, on s'en tint d'abord à l'occupation restreinte de quelques ports : Oran, Arzeu, Mostaganem, Alger, Bougie, Bône. A partir de 1887, ^^ soumit la Métidja et le Tell de la province de Gonstantine. La défaite d'Abd-el-Kader entraîna l'occupation de toute la région tellienne à l'exception de la Kabylie. Les Hauts Plateaux ne furent entamés que vers 1847.

Quelque opinion qu'on puisse avoir de Louis-Philippe et de ses ministres : Guizot, Thiers, le maréchal Soult, etc., on est forcé de constater que pendant ces dix-huit années de paix et de travail, le développement économique de la France a pris une allure rapide, des proportions considérables. C'est que la science, descendue des hauteurs sereines de la théorie, s'employa à la poursuite de résultats tangibles et pratiques ; c'est que les idées, l'opinion, dirigèrent les génies vers la recherche des moyens les plus propres à augmenter la production, à remplacer les

ouvriers par les machines dans les métiers fatigants et dangereux, à rapprocher ou à supprimer les distances, à vaincre la matière, à abaisser le prix des choses nécessaires à la vie, en un mot à accroître le bien-être et le luxe de Thumanité.

Récapituler les inventions, les découvertes de la première moitié du dix-neuvième siècle, serait dresser un inventaire des biens inestimables dont nous jouissons aujourd'hui.

Rappelons pour mémoire Véclaîrage au gaz, étendu à Paris par le préfet de Chabrol, après l'expérience décisive du passage des Panoramas ; la daguerréotypie, première forme de la photographie, due à Niepce et à Daguerre; les machines à coudre introduites d'Amérique dès i84o; la dorure et Vargenture par la pile (procédés Ruolz et Ghristofle); les allumettes à friction; les cloches à plongeur; les phares à lentille (système Fresnel); les puits artésiens, dans le genre de celui de Grenelle qui donne 4ooo litres d'eau à la minute ; etc.. Et, au-dessus de tout : l'utilisation de la force motrice de la vapeur d'eau; enfin l'emploi merveilleux de l'électricité.

La première machine à vapeur construite en France, sur les données de Watt, figura à l'Exposition industrielle de 1806. Elle fut longtemps un objet de simple curiosité.

Cependant un Américain, Olivier Evans, avait, dès 1790, repris l'invention française de Cugnot et fait circuler quelques voitures automobiles sur routes ordinaires. Deux constructeurs anglais du comté de Cornouailles, Trévithick et Fma/i, appliquèrent ce nouveau mode de locomotion sur des chemins nouveaux à rails de fer (i8o4). Georges Stephenson l'utilisa dans la région minière de Killingsworth (1812), et Blackett, en i8i3,

imagina de donner plus de poids aux wagons pour éviter le glissement. Enfin, mettant à profit l'invention de la chaudière tubulaire destinée à augmenter la surface de chauffe, invention due à Tingénieur français Seguin, d'Annonay, les deux frères Georges et Robert Stephenson lancèrent le premier train conduit par la locomotive le Rocketj de Manchester à Liverpool (1829), avec une vitesse de 24 kilomètres à Theure, ce qui parut vertigineux. L'inauguration fut marquée par un accident : la mort de Huskisson.

Parallèlement avait pris naissance la navigation à vapeur. Ici, encore, nous retrouvons des Français : le marquis de JoufTroy, dont le courage ne s'était point lassé, et qui parvint, à l'occasion des fêtes du mariage du duc de Berry, à faire évoluer un bateau sur la Seine, au Petit- Bercy (1816); puis Dallery, facteur d'orgues à Amiens, et Sauvage, de Boulogne-sur-Mer, à qui l'on doit la découverte précieuse de l'hélice.

L'Américain Fulton, abandonné par Bonaparte*, mais non découragé, était parvenu, après bien des études et des tâtonnements, à effectuer la traversée de THudson, de New-York à Albany, sur son navire le Clermont, que les railleurs surnommaient la Folie-Fnlton (1807). Les bateaux à vapeur portèrent la vie et le mouvement du commerce dans les régions du haut Mississipi et de ses affluents.

L'Europe suivit l'exemple : Dawson organisa un premier service de batellerie à vapeur, de Londres à Grave-

1. Banaparte, ea 1803, ne repoussa pas, comme on Ta prétenda, la découverte de Fulton. Il la ût examiner attentivement et songea à utiliser la navigation à vapeur qui pouvait, selon son expression, changer la face du monde; mais les événements militaires du camp de Boulogne le forcèrent à ajourner celle question et Fulton retourna en Amérique.

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LB SYSTÈME PROTIîCTBUR EN FRANCE (1815-1848). 339

gend (1818); et, bientôt, le capitaine Andriel tenta avec succès le voyage de Londres à Paris.

Vers 1840, la France possédait sa première flottille de paquebots à vapeur et les lignes étaient ouvertes qui conduisent du Havre à New-York, de Nantes et Bordeaux aux Antilles, de Marseille au Brésil.

CHEMINS oc FER

Dc L'EUROPE

en 18>fO

Sur la terre ferme, la commodité et la rapidité des communications n'étaient pas moins souhaitables. Sous la poussée des idées saint-simoniennes , l'opinion publique réclamait la création de chemins de fer, véritable emblème de la civilisation moderne. Les tramways industriels utilisés dans la région de Saint-Etienne

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ne servaient guère qu'au transport de la houille, mais n'avait-on pas l'exemple de la Belgique, de TAllemagne, de l'Autriche, de l'Angleterre et- des Etats-Unis surtout, où la miraculeuse invention produisait déjà de magnifiques résultats?

Un disciple d'Enfantin, Emile Péreire, obtint la concession d'une ligne d'essai entre Paris et Saint-Germain (i835), et ringénieur Emile Flachat acheva les travaux en deux ans. Des compagnies locales exploitèrent les lignes de Paris- Versailles et de Cette-Montpellier; elles réussirent peu.

Le ministère Mole présenta au Parlement un projet d'ensemble, en i838 ; il demandait i milliard de francs et mettait toutes les dépenses à la charge de l'Etat. Ce projet fut repoussé à la suite des critiques vives et injustes que lui adressa Arago.

Le ministère Guizot revint à la charge en 1842 et fut plus heureux. Il avait à choisir entre trois systèmes : le système du monopole appliqué en Prusse et en Belgique, celui de la liberté et de V initiative privée, préféré par les Anglais et les Américains, enfin le système mixte^ constituant des compagnies privilégiées sous le contrôle et la responsabilité de l'Etat.

La terrible catastrophe de Bellevue, où périrent cinquante personnes, parmi lesquelles l'amiral Dumont d'Urville, refroidit les enthousiastes sans décourager les gens sensés.

Malgré l'opposition de Thiers et d'Arago, qui traitaient les chemins de fer de jouets dangereux, bons tout au plus pour l'amusement des riches; malgré mille objections fantaisistes ou bizarres; malgré l'obstruction de députés ignorants et entêtés, une loi autorisant la consr truction de six lignes principales fut votée par 255 voix

LE SYSTÈME PBOTKCTBUR BN FRANCK (1815-1848). 3il

contre 83 à la Chambre basse, par la presque unanimité des membres présents à la Chambre des pairs. C'est ce qu'on peut appeler la Charte des chemins de fer (1842).

On se mit aussitôt à l'œuvre avec entrain. Dès i843 furent inaugurées les voies de Paris à Rouen et de Paris à Orléans. La même année parut une ordonnance relative à la police des voyageurs qui affirmait les droits de surveillance de l'Etat.

James de Rothschild constitua la Compagnie du Nord^ et l'engouement devint si vif que, la spéculation s'en mêlant, on put craindre un moment pour l'avenir du réseau français. Mais les avantages du nouveau mode de locomotion étaient si évidents, les discussions et les rapports de Dufaure, de Duvergier de Hauranne, de Las Cases et de Charles de Rémusat les avaient si bien mis en lumière, que l'on ne voulait et que l'on ne pouvait plus reculer. A la fin du règne de Louis-Philippe 1800 kilomètres de chemins de fer étaient livrés à la circulation.

Les travaux scientifiques d'Ampère, d'Arago ; les perfectionnements de Bréguet permirent simultanément d'installer des lignes télégraphiques. Une loi de i845 autorisa, à titre d'expérience, le parcours de Paris à Rouen; mais le télégraphe ne devint d'un usage général qu'après i85o, sous le second Empire.

Le gouvernement de Juillet ne négligea point d'achever les canaux commencés sous la Restauration (canal de Bourgogne, canal du Centre, canal du Rhône au Rhin, canal de la Marne au Rhin) et de rendre navigables l'Escaut, la Moselle, le Rhin, la Loire, la Garonne (2 000 kilomètres de voies nouvelles en dix-huit ans).

Toutes les branches du travail furent vivifiées par la

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révolution économique du dix-neuvième siècle. La multiplication des voies de communication, en ouvrant de nouveaux débouchés, a servi les intérêts du commerce ; les besoins des consommateurs ont g^randi ; la vie matérielle est devenue plus confortable, sinon plus heureuse; les industries houillères et mécaniques, textiles et sucrières, ont pris un essor prodigieux ; le crédit s'est étendu, amplifié; les Expositions, quinquennales à partir de 1834, ont enregistré ces progrès (celle de 1889 réunit 538i exposants). En 1847, ^® chiffre du commerce général de la France était de 1 ySo millions de francs dont 1 milliard pour l'importation.

Enrichissez-vous par le travail, par V épargne et la probité, avait dit Guizot. Et une fièvre d'activité avait gagné chacun. Le gouvernement, soucieux de ses droits et de ses devoirs de tutelle, intervint à plusieurs reprises, soit pour réglementer le travail des enfants et des femmes dans les manufactures (loi de i84i), soit pour rendre exécutoire V usage du système métrique (loi de 1887), soit pour supprimer la loterie, institution immorale (1889), soit pour organiser les Caisses d'épargne (1884-1887), V Assistance publique et V instruction primaire publique (loi Guizot, en 1888).

D'autres lois sur le régime des aliénés, sur l'admission en cour d'assises des circonstances atténuantes, sur l'ea:propriation pour cause d'utilité publique (1888 et i84i), sur la limitation de la contrainte par corps (1882), sur les faillites (i838), prouvent la sollicitude des gouvernants ou leur prudence pendant cette période.

Mais des maux inconnus autrefois surgissaient, causés par l'extension de la grande industrie, du machinisme, par l'exagération des agglomérations ouvrières. Le/)ro/eiariat et le paupérisme menaçaient l'avenir.

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C'est la gloire de nobles esprits d'avoir abordé les questions sociales nouvelles; ils ont pu se tromper, leurs intentions étaient pures : elles étaient généreuses. Tandis que des économistes : Adolphe Blanqui (le directeur de Técole de commerce de Paris), Wolowski, Michel Chevalier, le spirituel Frédéric Bastiat attaquaient, au nom de la liberté et de la raison, le système protecteur, Véçhelle mobile, d'autres hommes de talent encore plus hardis ou plus téméraires, mais de bonne foi et d'ardente conviction, s'en prenaient à l'ordre social établi. On peut ranger ces réformateurs en deux groupes : les communistes et les collectivistes (Saint-Simon, Bazard, Enfantin, Fourier, Cabet, Pierre Leroux, L. Blanc) et les anarchistes (Proudhon).

Les saint-simoniens rêvaient de supprimer la misère et de faire disparaître les inégalités sociales les plus choquantes. Saint-Simon, l'auteur du Nouveau Chrislianisme, pensait y arriver : i® en effaçant toute concurrence par l'association universelle fondée sur l'amour; 2® en rendant la guerre désormais impossible, par une organisation rationnelle et équitable de l'industrie ; 3** en abolissant les héritages, le droit de succession, et en donnant à chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres.

Le Fouriérisme enseignait également les immenses avantages qu'offre aux hommes de bonne volonté la forme de l'association. // remplaçait^ a dit Daniel Stern, la commune incohérente et morcelée par le phalanstère qui cultiverait, d'après un plan bien combiné, une étendue commune et serait administré par un conseil électif, chargé de la répartition des produits selon l'apport de chacun en capital, en travail et en talent. Le travail, étant une loi naturelle que nul ne viole sans

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souffrance, devait, si notre éducation et noire vie sociale ne nous rendaient rebelles aux vues de Dieu, être toujours attrayant et productif.

Chaque phalanstère aurait réuni environ dix-huit cents personnes. Tous les métiers, prétendait Fourier, y auraient été exercés librement, à la condition d'utiliser cette faculté qu'il appelle la papillonne et par laquelle les hommes aiment à changer d'occupations.

Un disciple de Fourier, Louis Blanc, posa en principe le droit au travail. Il soutint que la société doit fournir du travail à chacun de ses membres, que chacun de nous a le droit de l'exiger. A elle de nous le procurer.

Enfin Proudhon (de Besançon), renversant tous les systèmes antérieurs avec une dialectique enflammée, une éloquence farouche, voyait le salut dans la négation de toute autorité, dans le libre développement du moi, La société idéale pour luij dit Fouillée, est une association de travailleurs libres, indépendants, vivant en famille, sans autres capitaux que des instruments de production, sans épargne, en échangeant leurs produits entre eux selon un principe de mutualité aussi rigoureux que possible : égalité des salaires pour des temps égaux de travail employé.

Donc : suppression de la propriété et, par conséquent, du fermage, du loyer, du prêt à intérêt; suppression du commerce qui n'est que le mensonge avec son attirail d'usure, d'agiotage, de banqueroute; suppression de l'autorité et triomphe de l'anarchie, c'est-à-dire absence de tout pouvoir.

Ces doctrines eurent un retentissement soudain : les émeutes, les insurrections de Lyon, de Toulouse, de Perpignan, de Strasbourg et la grande révolution parisienne de 1848.

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