‹ Histoire statistique du choléra-morbus dans le quartier du faubourg Saint-Denis (5me arrondissement) pendant les mois d'avril, mai, juin, juillet, août et septembreChapitre 11 sur 14 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

Faub. Saint-Denis.

malades.

domicile.

dans les hôpitaux.

décès.

1 mor-;-

Région supéricufc. .

— inférieure. .

60,0 ll|

moy(

Une notable différence se remarque dans la mortalité comparée de ces deux régions du même quartier; la première perd i mort sur 62 habitans, la seconde 1 sur 60, et cependant cette portion inférieure se trouve, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, dans des conditions hygiéniques moins favorablesquelapremière, quivoitlesavantagesdesa position annihilésparla misère de la population. C’est en effet dans cette division du quartier où le prix desloyersest peu élevé qu’habitent, comme nousl’avons dit précédemment, la majorité des familles indigentes, les journaliers, les chiffonniers, les ouvriers pauvres, professions qui touchent toujours à l’indigence , et chez lesquelles se rencontrent trop souvent la malpropreté et l’intempérance. C’est

aussi celte région qui a envoyé dans les hôpitaux un plus grand nombre de malades.

Ces faits viennent donc confirmer les recherches deM. \a docteur VilLermé^, et prouver que la mortalité n’est point ainsi que l’ont avancé beaucoup d’écrivains, en raison directe de la densité de la population, mais bien de l’indigencè de cette population. Triste vérité, qui surgira plus évidemment encore des observations qui vont suivre.

Nous avons dû rechercher si la direction des rues, leurs diverses expositions, l’accès plus ou moins facile qu’elles offrent aux vents dominans, leur largeur, etc., etc., avaient exercé quelque influence sur les décès. Pour cela nous avons établi

le tableau n“ 1 1, où les rues sont classées suivant le degré d’élévation de la mortalité. Nous avons aussi dans dilférentes colonnes indiqué la population, le nombre des maisons atteintes, les décès à domicile ou dans les hôpitaux

(1) Mémoire sur la mortalité dans les divers quartiers de Paris. Annales d'hygiène., juillet i 830.

(2) Voir aussi à la fin le relevé général des décès par rues et par maisons.

1 1. Tableau de la mortalité considérée par rues

Ce tableau où l'on suit pour ainsi dire pas à pas la décroissance de la mortalité, a cela de curieux que, sauf quelques exceptions, il exprime avec assez d’exactitude, par les proport ions, l’insalubrité ou la salubrité de chaque rue, l’aisance ou l’indigence des habitans.

Nous avons par une astérisque jnarqué dans ce tableau les rues qui sont insalubres. Celte insalubrité est, il est vrai, relative, et dans certains quartiers , quelques-unes d’elles seraient regardées comme salubres. Quoi qu’il en soit, comparons la mortalité dans ces deux ordres de rues.

N” 12. Tableau de la mortalité dans les rues salubres et

insalubres.

du

Faub. Saint-Denis.

eu

nombre

des

malades

nombre

des

décès

PROPOI

1 mort sur

STIONS.

1 mort sur

Rues salubres

25,87 malades.

58,14 habitans.

— insalubres . . .

Ainsi les rues dites insalubres , et qui ne renferment que le sixième de la population totale du quartier, sont celles où les décès ont été les plus nombreux, puisqu’elles ont offert i mort sur 4y habitans, tandis que les premières en ont perdu seulement i sur 5d.

Entrons maintenant dans quelques détails sur les rues qui figurent dans le tableau n“ 1 1, ainsi que dans le relevé général des décès par rues et par maisons que l’on trouvera à la fin de ce travail , et recherchons les causes des difiérences notables que présente la mortalité dans chacune d’elles. La moyenne générale des décès étant de i sur 56, 1 8 habitans, il convient de s’occuper premièrement des rues qui se trouvent au-dessous de cette moyenne, et d’abord se présente l’enclos de la foire Saint-Laurent.

■ La foire Saint-rLaurent, jadis le rendez-vous de la bonne société, le Palais-Royal de l’époque, n’est plus qu’une espèce de Cour des Miracles, un réceptacle de misères et de vices. Depuis quelques années on a successivement abattu une partie des constructions élevées dans cet enclos; mais les terrains qu’ils occupaient n’étant ni clos, ni pavés, sont devenus des cloaques fangeux, impraticables non- seulement pour les piétons, mais encore pour les voitures. Il y a plus, les habitans et les passans les ont transformées en latrines publiques, en petite voirie du quartier, et l’on peut dire sans ligure que dans bien des endroits le sol est tellement recou vei t de matières fécales qu’il n’est plus visible,. Si de la voie publique on pénètre dans les habitalipns, on les trouve en parfaite harmonie avec elle. Les masures (et elles ne peuvent mériter d’autre nom), qui subsistent encore, vieilles et çlégradées, tombant en ruines, sont habitées par

des chiÜbnniers, des journaliers, des mendians, logés en garni. Dans la plupart de ces maisons où l’on couche à la nuit, les lits trop nombreux pour l’espace, presque toujours occupés par deux individus, sont établis dans des chambres non carrelées et sur le sol humide <» les habilans, presque tous chiffonniers, trient le produit de leurs recherches quotidiennes, puis ils entassent dans tous les coins et même sous les couchettes des vieux linges souillés de fange, des os auxquels adhèrent souvent encore des lambeaux de chair putréfiée; aussi se dégage-t-il continuellement de ces monceaux d’ordures, des miasmes fétides qui font de ces chambrées des foyers permanens d’infection, surtout en hiver où la fermeture des portes et des leliêlres s’oppose à toute ventilation.

C’est ainsi que dans un rapport adressé à l’autorité (en i83i) nous tracions le tableau non exagéré de la foire Saint-Laurent; puis parlant des garnis qui s’y trouvaient, nous nous exprimions ainsi : « L’insalubrité de ces maisons ne doit pas peu contribuer à détériorer la santé des hommes qui les habitent, à augmenter leur mortalité; que serait-ce donc si l’épidémie qui nous menace sévissait dans nos murs? INe choisirait-elle pas ses victimes dans des lieux où les lois de l’hygiène sont ouvertement et journellement violées? IXe serait-ce pas enfin un dangereux voisinage pour la santé j)ublic[ue que l’enclos dont nous venons signaler l’insigne malpropreté? »

Los instances de la commission et les efl'orts de M. le commissaire de police du quartier obtinrent, avant l’invasion du choléra, la démolition de deux maisons , les plus vieilles et les plus sales; le sol fut nétoyé des ordures dont il était couvert; l’enclos enfin fut assaini autant que possible et cependant nos prévisions se sontmalheureusemenlconfirmées: quatre maisons existent encore et toutes les quatre ont été atteintes; une population de 68 habîtans a compté i4 cholériques, ou i sur 4j85 habitans, et 4 morts ou i sur i5,2o! proportions eflVayantes et que les détails un peu longs mais nécessaires dans lesquels nous sommes entrés justifient pleinement.

La rue Neuve-de-la-Fidélité était autrefois un impasse sale et rendu très insalubre par le voisinage d’un cloaque situé passage du Désir, cloaque qui, recevant les eaux des maisons environnantes et n’ayant pas d’écoulement, répandait de fétides exhalaisons, surtout lorsqu’on le curait, ce qui avait lieu tous les huit jours. Après la révolution de juillet, les plaintes des habitans furent enfin écoutées; le nouveau commissaire de police, M. Bazille-Fregeac , obtint de M. Odillon-Barrot ,

(l) Nous disons autant que possible, car il est bon de remarquer que cel enclos est une propriété particulière qui , par suite de vente, appartient à plusieurs .acquéreurs et se trouve le sujet de procès très compliqués; aussi, et la faute n’en est pas à l’autorité, depuis la cessation du choléra, la foire Saint-Laurent est redevenue ce qu’elle était avant, un cloaque infect, dangereux pour la santé comme pour la sûreté publique^

alors préfet de la Seine, la suppression de la mare et la construction d’un egoût. Cependant, maigre ces améliorations sanitaires , cette rue qui n’a que

13 maisons en a eu 8 d’atteintes; elle compte

14 cholériques et ii morts, i sur 29 habitans. Celle forte mortalité ne doit pas seulement être attribuée à l’insalubrité de la rue, qui n’est exposée, il est vrai, à aucun courant d’air direct, mais surtout à l’indigence de la majorité deshabitansdont les logemens sont en général sales et mal disposés.

La rue Saint-Laurent, quoique située dans un point élevé du quartier, assez large, sulTisamment aérée, exposée aux vents de sud-est et de nord-ouest, présentant enfin des conditions favorables, compte 1 mort sur 32 habitans; sur 18 maisons i5 ont été atteintes. Mais cette rue renferme à peine quelques habitans aisés, et l’on y rencontre plusieurs garnis très mal tenus, où logent à la nuit des chiffonniers, des cordonniers ambulans, des journaliers, etc. ; aussi sur 22 décès i3 ont eu lieu dans les hôpitaux.

Les rues Châtean-Landon , de la Chapelle, du Chaudron , Neuve-Cbabrol , INeuve-Sainl-Jean sont toutes mal pavées, sales, fangeuses et humides; les trois premières peut-être moins que les deux autres , vu leur situation dans le point le plus culminant du quartier : toutes ces rues sont en outre habitées par la classe nécessiteuse; aussi les décès V sont-ils au-dessous de la moyenne.

Il ne nous reste plus présentement qu’à signa-

1er les rues où la uiortalité s’est élevée au-dessus de la moyenne générale; et d’abord ce sont les deux faubourgs, tous deux spacieux, surtout vers les barrières, tons deux offrant une pente rapide, tous deux dirigés du nord au sud et largement balayés par le vent du nord. Leur mortalité est à peu près semblable : pour le faubourg Saint-Denis de 1 sur 5p , pour le faubourg Saint-Martin de ï sur 5'j.

Les deux passages Brady et de l’Industrie se présentent ensuite, étroits, privés d’air et de soleil; nous les avons rangés dans les localités insalubres. Les maisons, surtout dans le second, sont généralement trop élevées et rendues malsaines par la mauvaise disposition de leurs plombs; mais comme la population offre peu d’indigens et se compose en partie d’employés, de petits rentiers, de boutiquiers, enfin d’habitans appartenant à la classe moyenne, les décès ont été au-dessus de la moyenne.

11 en est de même de la rue de Lafayette , située dans la région supérieure du quartier, très large, offrant un libre accès à tous les vents, mais surtout à celui du nord et du nord-est, entourée de vastes terrains sans constructions , n’ayant que 5 maisons éloignées les unes des autres; cette rue n’a eu qu’un mort sur 92 hahitans,

Nous avons déjà fait pressentir les causes qui avaient rendu si faible le nombre des décès sur le boulevard Saint-Denis; ces causes tiennent d’abord

à l’aisance des habitans, ensuite à la propreté des maisons et des logemens. Enfin ce boulevard estlarge , bien ventilé, exposé au midi; aussi sur 21 maisons 9 seulement ont ete atteintes par 1 epidémie, et ne compte-t-on qu’un malade sur y2 habitans et 1 mort sur i56.

Ainsi, de cet examen détaillé des causes qui ont pu augmenter ou diminuer la mortalité dans les rues du quartier ressort cette vérité déjà signalée que les décès ont toujours été 1° en raison directe de l’indigence de la population , 2“ de l’insalubrité des lieux.

Pour prouver plus positivement cette proposition, nous avons recherché suivant quelles proportions les diverses classes de la société avaient été atteintes. Voici les résultats que nous avons obtenus, en nous aidant, pour ce travail , des registres du bureau de bienfaisance^, du rôle des contributions et de l’examen des professions des malades; résultats qui eussent été plus positifs si la population de chacune des catégories que nous traçons nous eût été connue.

La classe aisée, qui renferme les propriétaires, les rentiers, les employés supérieurs, les fabricans, etc., a eu 5q malades et 24 morts; 1 mort sur 2,Z|5 malades.

(l) Nous saisissons ici avec cmpressemenl l’occasion de témoigner toute notre gratitude à M. Véc, pharmacien, un des administrateurs du bureau de bienfaisance, dont les recherches faites sur notre invitation nous ont etc d’une grande utilité.

La classe moyenne, ])elits rentiers, employés, boutiquiers, etc., i34 malades, 67 morts; 1 sur

La classe presque indigente et indigente, portiers, ouvriers, journaliers, etc., 471 malades, 218 morts, 1 sur 2,16.

Ainsi la première compte un peu moins de la seconde moins des la troisième plus des ~ des décès du quartier.

Nous venons d’examiner la mortalité dans les rues; des masses descendons aux détails et recherchons-la dans les maisons.

Nous signalerons d’abord l’influence qu’apporte le degré d’élévation de la demeure; elle est assez remarquable pour être notée. Le tableau suivant nous olTre 608 cholériques et 249 morts, pour lesquels seulement nous avons pu déterminer l’étage qu’ils occupaient.

Malades.

Rez-(le-diaussée 140

Premier 156

Troisième 77

Quatrième ■ 63

Cinquième et sixième. . . 39

Morts.

1 mort sur

58,49 habilnns

Ôn voit dans ce tableau que les étages inférieurs ont eu plus de décès que les supérieurs; les trois premiers ont perdu en moyenne i mort sur 6i ,28,

les trois autres i sur 80,96. Aiusi plus l’habitation se rapproche du sol, est exposée à rhuinidité, est privée d’air et de soleil, et plus la mortalité s’accroît. Ces faits, déjà signalés par plusieurs observateurs, ne se remarquent pas seulement pour le choléra; souvent nous avons été à même, dans les hôpitaux civils et militaires, de noter les salles inférieures comme présentant une mortalité proportionnelle plus forte que les salles supérieures. Pourtant il est une circonstance de localités que nous ne devons pas passer sous silence. Vers le haut du quartier , les maisons peu élevées ne comptent fréquemment que deux étages au-dessus du rez-de-chaussée , et ces deux étages sont habités par des ouvriers peu aisés et par des indigens. Aussi pensons-nous que celte disposition a dû contribuer à grossir les chiflVes des décès des étages inférieurs.

Nous avons déjà dit que le quartier du faubourg Saint-Denis renferme 4^4 maisons^ ; sur ces 424» 2'^2 ont été atteintes par l’épidémie, ont eu des décès, 162 n’ont offert ni malades ni morts. Si l’on recherche dans chaque maison le nombre des décès , on trouve les nombres suivans :

(l)Voir le tableau n° il où le nombre des maisons alleinles dans chaque rue, est indiqué, ainsi que le relevé général des décès, à la fin.

Maisons à 1 décès. .

nombre dea moi U.

Ainsi , en négligeant les

maisons qui n

’ont donné

qu’un décès, il reste y3

maisons pour un total de

1 g5 morts , ou près des | de la mortalité générale. Examinons donc, dans les détails de localité, les causes qui ont amené de pareils résultats ; pénétrons dans les maisons qui ont eu de trois à cinq décès.

Les maisons à cinq décès sont le n° 64 et le i 52 du faubourg Saint-Denis, et le n“ g de la rue Château-Landon.

Le 64, maison vaste, peu ventilée, contenant 1 2 1 habitans en général peu aisés.

Le 162, avec de grandes cours, de vastes tergrains, se compose de plusieurs corps-de-logis; c’est dans le plus vieux, le plus sale, habité par des journaliers, qu’ont eu lieu les décès; les autres bâtimens, propres et habités par des gens aisés, n’en offrent pas.

Le n° 9 de la rue Château-Landon se présente comme type de l’insalubrité et de l’incurie. Cette maison n’a pas de fosses d’aisances, un tonneau disjoint en tient lieu; la cour, mal pavée, contient ordinairement des amas d’immondices, destinés, par le propriétaire, à fertiliser son jardin ; les escaliers sont mal ventilés; enfui rien n’est dis-

posé favorablement pour la salubrité des lieux occupés par des ouvriers peu aisés, des indigens. Aussi, sur une population de 38 habitans, le choléra en a frappé 9, et en a fait périr 5, ou 1 sur 7 ! proportions qui eussent été dépassées si une partie des habitans- n’avait abandonné la maison pendant l’épidémie.

Parmi les maisons à 4 décès, on compte le n“ 56 du faubourg Saint-Denis, vaste propriété, habitée par 34 1 personnes, presque toutes de la classe ouvrière , logées dans des chambres peu étendues qui s’ouvrent sur de sales corridors privés d’air et de lumière.

Le 62, ii3 habitans, ouvriers, blanchisseuses;

“ cours étroites, sales, mal pavées. Le 78, vieille * maison , escaliers sales , privés d’air ; cours malpropres et au-dessous du sol du faubourg; latrines infectes; 1 36 habitans, ouvriers, journaliers; peu d’aisance généralement.

Le 167 du faubourg Saint-Martin, maison assez propre , bien ventilée , mais encombrée de population; 327 habitans presque tous ouvriers et en partie indigens.

Les mêmes observations sont en partie applicables aux n“* 61 , 197, 23 1 du même faubourg, 26 de la rue Saint-Laurent, 3 de la foire Saint- Laurent; 16, 98, 190 du faubourg Saint-Denis, et à beaucoup d’autres maisons du quartier que nous nous abstenons d’examiner une à une pour éviter de fastidieuses répétitions, car partout nous

aurions à signaler l’indigence , l’encombrement, la malpropreté comme causes de l’élévation de la mortalité.

Ce serait ici le lieu d’aborder la grande question de la contagion, de l’examiner sous toutes ses faces, si pour nous elle n’était déjà résolue négativement par les observations nombreuses que nous avons recueillies. Cependant, comme nous ne prétendons pas donner notre conviction comme autorité, nous allons exposer rapidement et impartialement les faits qui, dans le quartier du faubourg Saint- Denis, éloignent l’idée de la contagion, et ceux qui militent en sa faveur.

On a dit et répété qu’il était rare de n’observer dans une maison qu’un cas de choléra. Un professeur justement célèbre s’exprimait ainsi dans les leçons qu’il fit au Val-de-Grace vers le milieu d’avril 1 832 : « Lorsque le choléra se déclare dans une maison , il affecte presque toujours plusieurs personnes; je ne connais même pas d’exemples de maisons où il se soit borné à un seul individu.... Quand on est appelé pour un cholérique dans une maison, le lendemain, le surlendemain il y a encore deux, trois, quatre malades. » Ces assertions, émises il est vrai au commencement de l’épidémie , ne sont pourtant rien moins que positives ; ainsi dcns le quartier du faubourg Saint-Denis, sur 424 maisons, 108, ou plus du quart, n’ont eu qu’un seul malade. Si l’on se reporte à notre tableau de l’élévation de la mortalité dans les maisons, on re-

marquera que io4 maisons n ont eu qu’un décès, et cependant elles renferment de 3o à 4o habitans chacune. Enfin, en admettant la contagion, comment expliquer pourquoi on ne trouve que 38 maisons à 2 décès ,24à3,8à4,3à5?Le contraire , ce nous semble, devrait avoir lieu.

Si dans toutes les maisons où les décès ont été assez nombreux, ces décès s’étaient succédés à de courts intervalles, on pourrait croire à une transmission contagieuse; mais il n’en a pas été ainsi dans le plus grand nombre des cas , car alors ils ont eu lieu à des époques tellement éloignées qu’il faudrait supposer que, semblable au principe de la peste , celui du choléra peut se conserver long-temps sans rien perdre de ses propriétés contagieuses; or cette supposition tombe d’ellemême si l’on fait attention que depuis 1817, époque de l’apparition du choléra vers les bouches du Gange , nos relations commerciales avec cette partie de l’Inde , relations très actives , jamais interrompues, n’ont point importé le fléau asiatique dans nos ports de commerce , fléau qui, chacun le sait, est arrivé par une toute autre voie.

Cependant, dira-t-on, on a observé dans tous les lieux des faits qui tendent à établir cette contagion que vous niez; des familles entières ont disparu , et des maisons ont été dépeuplées. D’accord ; desfaits de ce genre, et nous sommes loin de vouloir le céler, se sont également ofierts aux observateurs dans le quartier qui nous occupe;

mais ils sont en petit nombre et n’ont pas, iPnous semble, toute la gravité et toute la force qu’on a voulu leur donner. Dans tous les cas les voici :

Au n* 74 du faubourg Saint-Denis, la femme d’un liquoriste , atteinte du choléra dans les premiers jours d’avril , voit pendant sa convalescence son mari succomber en peu de jours. Au n“ 106, la femme d’un ouvrier en pianos est atteinte en avril et se rétablit ; lors de la recrudescence de l’épidémie en juillet, son mari et son enfant successivement attaqués succombent. Dans le faubourg Saint-Martin, au n“ 187, un marchand de gâteaux , sa femme et leur enfant âgé de 1 1 ans sont atteints à peu d’intervalles pendant le mois d'août. L’enfant attaqué le second succomba seul. Le portier du n* 229 et sa femme meurent du choléra, la femme le 10 avril, le mari le i3. Au n® 23i , le portier, atteint dans les premiers jours d’avril, se rétablit; sa femme succombe le i3. Parmi d’autres faits de cette nature il en est un sur lequel on a beaucoup insisté et que nous ne devons pas passer sous silence ; dans la maison royale de santé , trois infirmières , une fille de bain et une surveillante eurent le choléra ; la surveillante , la. baigneuse et une infirmière moururent le i3,le 1 5 et le 18 avril. En juillet une infirmière fut atteinte, mais se rétablit. Ce sont les seuls cas observés dans le nombreux personnel de médecins, d’élèves et d’employés de tout genre de cet hôpital ; or, admettez la contagion, et les malades

, auraient dû être plus nombreux. Par la môme raison les cas oû plusieurs membres d une même famille , plusieurs habitans d’une même maison ont tous été attaqués du choléra , se seraient plus fréquemment rencontrés dans le cours de l’épidémie, ne se seraient pas bornés à quelques faits isolés ; enfin dans notre bureau de secours desservi par 58 personnes , qui certes ont eu de nombreuses et fréquentes communications avec les malades, quelques-unes auraient dû être atteintes, et c’est ce qui n’a pas eu lieu. Bien plus, nous avons souvent vu, et quel est le médecin qui n’a pas , observé ces faits? nous avons vu, disons-nous, les femmes , les maris , se prodiguer mutuellement des soins assidus , partager la même couche sans que le malade communiquât son affection au sujet bien portant.

Wons pensons donc que , pour le quartier du faubourg Saint-Denis au moins , on ne peut raisonnablement admettre la contagion comme mode de transmission , et qu’en examinant attentivement les cas ’où il paraît en avoir été ainsi , ils s’expliquent facilement par le système de l’infection. Ainsi , lorsque dans une famille plusieurs de ses membres ont été successivement affectés de choléra , il est facile de s’en rendre compte, puisque soumis aux mêmes influences de localités, de régime, etc. etc., la cause première du choléra les a trouvés également prédisposés. On conçoit aussi pourquoi certaines maisons ont oflèrt un plus

grand nombre de cholériques et de morts , si Ton se rappelle que généralement ces maisons, ainsi que nous avons eu soin de le noter , se font remarquer par leur malpropreté , leur insalubrité , la mauvaise disposition des lieux et l’indigence des habitans.

Des décès dans les hôpitaux

Nous avons, dans les tableaux, donné le nombre des malades traités à domicile ou dans les hôpitaux , et celui des décès ; nous croyons devoir réunir ici ces chiffres et les comparer ensemble.

N° 14. Tableau des décès à domicile et dans les

hôpitaux.

^ A domicile.

Mort.

1 mort sur

Cholériques '

3,03 malades.

traités. J

I dans le

1 hôpitaux.

Ainsi la mortalité dans les hôpitaux, comparée à la mortalité à domicile, a été dans la proportion énorme de lo à 3! Quelles sont donc les causes qui ont pu amener une différence aussi forte? Les soins ont-ils , dans ces asiles de douleur , été moins bien dispensés? La science des médecins, le dévouement de ces femmes du pauvre, des religieuses, ont-ils failli aux cholériques? Non, mais

ces causes qui ont annulé les avantages qu’oÜVent les hôpitaux, nous allons les énumérer.

En première ligne nous plaçons la constitution affaiblie de ceux qui venaient y réclamer des secours; presque tous, en effet, étaient indigens ou dans un état voisin' de l’indigence; débilités par la misère et trop souvent par la débauche, ils étaient frappés les premiers par le choléra, et transportés dans les hôpitaux. Ajoutez que dans les premiers jours de l’épidimie, dans ces jours de trouble et de démence populaire, où, non content de nier le fléau, le peuple paraissait le braver en se livrant à des excès de tout genre , les symptômes précurseurs étaient négligés et parfois exaspérés; aussi le cholérique, après un trajet souvent très long , n’entrait dans un hôpital que froid, cyanosé, agonisant enfin et n’offrant que peu ou point de vessources au médecin.

L’encombrement des salles à une certaine époque, a dû nécessairement amener de fâcheux résultats, quoique nous soyons loin de lui attribuer l’état typhoïde qui survenait chez les cholériques aussi bien en ville qu’ailleurs; mais ce qui dut surtout exercer la plus funeste influence, ce sont les impressions morales résultant du séjour dans im lieu où la incrt semblait marquer d’un sceau fatal quiconque en franchissait le seuil. (Combien la terreur déjà si profonde devait s’accroître, quand autour de soi le malheureux cholérique voyait tomber et disp'araître tous ses compagnons d’in-

fortune, quand le lit encore chaud du mort il le voyait remplir par le mourant; et puis périr seul , éloigné des siens , sans une main d épousé ou de fils qui vienne réchauffer ses membres glacés, soulever sa tête mourante : est -il de plus poignante situation? Ne nous étonnons donc pas si dans les hôpitaux en dépit de la science et du dévouement, la mort a si largement moissonné les cholériques.

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