‹ Histoire statistique du choléra-morbus dans le quartier du faubourg Saint-Denis (5me arrondissement) pendant les mois d'avril, mai, juin, juillet, août et septembreChapitre 2 sur 14 · DU FAUBOURG SATNT-DENIS · texte numérisé non relu

DU FAUBOURG SATNT-DENIS

Inlrocîiiclion, — Topographie du quartier.

Pour tracer Thistoire générale de l’épidémie qui a désolé la ville de Paris , pour obtenir la solution d’une foule de, points impoiTans dans cette histoire , la connai.ssance des faits de détails est d’une absolue nécessité : il faut en quelque sorte suivre cette épidémie pas à pas , non-seulement dans chaque quartier, mais encore dans chaque rue, dans chaque maison; pénétrer, s’il est possible, dans les habitations , et posséder sur chacune de ces localités des documens exacts. Or, comme une semblable tâche ne peut être accomplie par un seul homme ( ce qui serait préférable ) , des observateurs consciencieux et placés favorablement pour ce genre de recherches

doivent préparer les matériaux qui serviront un jour à la construction de l'édifice. C’est dans ce but que durant et après l’épidémie, nous avons longuement et péniblement rassemblé les faits que nous publions aujourd’hui ; faits qui , réunis à ceux publiés par les observateurs qui nous ont précédé dans cette carrière et par ceux qui nous y suivront, pourront servir aux écrivains qui s’occuperont de l’histoire du choléra et jeter quelque lumière sur les points les plus obscurs de cette cruelle maladie.

Ici nous devons faire connaître à quelles sources ont été puisés nos renseignemens. Le registre du bureau de secours du faubourg Saint-Martin où nous fîmes le service , les notes journalières que nous prenions sur les malades qui réclamaient les secours de ce bureau , des enquêtes à domicile danè lesquelles nous avons été puissamment aide par nos collègues de la commission de salubrité , nous ont donné le nombre des cholériques : et par cholérique nous entendons tout individu chez lequel ont existé soit simultanément , soit successivement, le vomissement et la diarrhée caractéristique , les crampes , le refroidissement et le fades cholérique. Nous avons écarté de notre liste les cholérines, les simples diarrhées, les aûèctions variées des organes digestifs ou descentres nerveux, qui, liées manifestement à l’existence de l’épidémie , mais ne la constituant pas , se sont offertes chez un grand nombre de sujets.

Lorsque dans nos recherches un l'ait nous a paru douteux, nous avons demandé à nos confrères qui avaient soigné le malade des renseignemens qui ‘ détruisaient ou confirmaient le doute.

Pour établir le chiffre de la mortalité , nous avons compulsé avec soin les bulletins de décès déposés à la mairie , bulletins que M. le maire fit mettre à notre disposition, et nous avons puisé à la préfecture les documens nécessaires pour connaître les décès arrivés dans les hôpitaux étrangers à l’arrondissement.

Alors sur un registre nous avons pu avec certitude inscrire les malades rues par rues, maisons par maisons, et dans des colonnes séparées indiquer l’âge , le sexe , la profession , l’étage habité par les malades, la date de l’invasion, celle de la terminaison favorable ou funeste, enfin les détails sur la population, la salubrité des habitations, le genre de vie des habitans , leur état d’aisance ou d’indigence, renseignemens précieux que nous ont fournis les bulletins sanitaires que la ct)inmission de salubrité avait dressés pour les maisons du quartier.

C’est , appuyé sur ces faits recueillis sans idées préconçues et dont nous garantissons toute l’exactitude, que nous essayons de tracer cette esquisse de statistique médicale ; mais pour son intelligence il est utile de donner un rapide aperça du quartier du faubourg Saint-Denis.

Ce quartier, qui fait partie du cinquième arron-

dissement municipal , est situé au nord de Paris ; il présente la forme d’un parallélogramme très allongé, assez régulier, dont le plus grand diamètre se dirige du nord au sud. Ses limites sont tracées au midi par le boulevard Saint-Denis; au nord par le mur d’enceinte extérieure qui se prolonge de la barrière de la Villette à celle Saint-Denis ; à l’est par le côté gauche du faubourg Saint-Martin ; à l’ouest par le côté droit du faubourg Saint-Denis. Ainsi la barrière de la Villette et celle Saint-Denis forment les deux angles nord, la porte Saint-Martin et celle Saint-Denis les deux angles sud de ce quartier

Les deux rues principales ( le faubourg Saint- Denis et le faubourg Saint-Martin), courent parallèlement du nord au midi; larges, bien ventilées, conduisant à des routes royales de première classe , elles sont très passantes et très commerçantes, surtout vers la.ville ; plusieurs rues et passages les font communiquer entre elles; ce sont les rues Neuve-Saint-Jean , de la Fidélité , Saint- Laurent , Neuve-Châbrol , Lafayette , le chemin de ronde et les passages de l’Industrie, Brady et du Désir ; d’autres se dirigent avec elles du nord au midi : ce sont les rues Neuve de la Fidélité , de la Charité , Cliâteau-Landon , de la Chapelle.

L’ensemble des maisons est bâti sur une pente

(l) Un coup d’œil jeté sur un plan de Paris donnera mieux que noire description une juste idée du quartier.

assez rapide qui des barrières se prolonge jusqu’à la rue Neuve-SaintrJean , et qui favorise au moins dans la partie supérieure du quartier l’écoulement des eaux pluviales et ménagères et la propreté des chaussées.

Considéré hygiéniquement , le quartier dont nous nous occupons peut se diviser en deux régions à peu près égales en étendue, mais offrant sous d’autres rapports des différences remarquables : une dite supérieure comprise entre le mur d’enceinte et la rue Saint-Laurent , une inférieure qui de cette rue s’étend jusqu’au boulevard Saint- Denis.

Si nous parcourons d’abord cette dernière région, nous remarquons que les maisons pressées les unes contre les autres sont très élevées, beaucoup d’entre elles ont cinq et six étages ; les grandes cours, les jardins vastes sont rares; les deux faubourgs dont le sol offre une pente peu sensible sont ordinairement sales et boueux; les rues collatérales, les passages sont étroits et présentent également un sol humide; enfin la population plus nombreuse occupe moins d’espace que

(l) Voici les hauteurs (au-dessus du ode l’échelle du pont de laTouriietle) des quatre angles du quartier.^

Barrière Saint-Denis 28,09 mètres.

Porte Saint-Denis 10,29

Barrière de la Villette 2S,S2

Porte Saint-Martin 9,62

Ainsi, dans son ensemble, le quartier offre en moyenne, des barrières au boulevard Saint Denis, une pente de 16,85 mètres.

dans la région supérieure. Mais aussi beaucoup d’activité et de commerce, des boutiques à tous les rez-de-chaussées et par suite plus d’aisance chez les habitans qui sont en majorité commerçans , employés, rentiers, ouvriers plus ou moins aisés. Celte portion du quartier présente en outre un grave inconvénient que l’on rencontre plus rarement dans l’autre et qui tient à la conformation physique du sol. Situés au-delà des anciens remparts de la ville, les terrains sur lesquels ont été élevées les maisons étaient au-dessous du niveau des deux faubourgs ; il eût été convenable de les exhausser lors des constructions, mais c’est ce qui n’a pas été fait; aussi généralement le sol des cours est-il plus bas que celui des faubourgs , et les eaux pluviales et ménagères n’ayant pas d’écoulement sur la voie publique, il est devenu nécessaire dé creuser des puisarts dans les cours , cause puissante d’insalubrité pour beaucoup d’habitations.

La région du quartier que par sa position nous appelons supérieure présente un tout autre aspect; là, les deux faubourgs doublent et triplent même la largeur qu’ils présentaient inférieurement; les maisons moins rapprochées diminuent de hauteur, le plus grand nombre n’a que deux étages; les cours, les jardins acquièrent de vastes dimensions; d’imjuenscs terrains vagues ou cultivés en jardins maraîchers, et sur lesquels existent çà et là quelques rares constructions , cinq à six rues à peine pavées et peu peuplées indiquent assez que , quoi-

que dans Paris, on est véritablement dans un faubourg. Celte région supérieure est surtout habitée par la classe ouvrière peu aisée, les journaliers , les indigens

. Telles sont les différences que nous avons cru devoir signaler dans ces deux divisions du quartier, différences topographiques , différences hygiéniques, mais surtout différences dans l’aisance des habitans : plus tard nous verrons dans quelles proportions ces deux régions ont souffert de l’épidémie.

Le quartier du faubourg Saint-Denis comprend dans son enceinte :

i5 rues.

1 boulevard.

4 passages.

i impasse.

1 place.

3 barrières.

1 hôpital.

1 communauté de frèi’os.

Ses maisons, en comptant celles îles passages, sont au nombre de ; sa populalion d’après le recensement de i85i est de 16,798 habitans, dont 8,oo5 du sexe masculin , et 8,796 du sexe féminin 2.

(1) Sur 7 7S familles indigenles qui exislenl dans le quartier du faubourg Saint-Denis, 438 habitent la portion supérieure, 330 l’inférieure.

(2) Le recensemeut que nous avons fait nous a donné un chiffre plus élevé, I8,0il ; mais en tenant compte de l’émigration causée par la

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