SECTION PREMIÈRE
Établissement des bureaux de secours et de l’ambulance temporaire. — Début et durée de l’épidémie. — Nombre des malades et des morts.
Trompant toutes les prévisions, intervertissant en quelque sorte sa marche ordinaire , le choléra s’était déclaré à Paris le 26 mars; cependant le 3o, notre quartier ne présentait encore aucuns malades lorsque M. Bourgeois , maire de l’arrondissement , convoqua à la mairie les présidens et les secrétaires des commissions de salubrité. Dans cette réunion la nécessité d’établir promptement les bureaux de secours fut universellement reconnue. Surpris par l’épidémie , dans ce premier moment de trouble et d’émotion il fallait improviser personnel et matériel, car tout manquait : toutefois les difficultés s’aplanirent devant le patriotisme et le dévouement du maire et de ses adjoints, MM. d’Hubert et Vilcoq , ainsi que des membres composant les commissions. Deux de ces honorables citoyens, MM. Dubreuil ^ et Labalte, ofl'rirent gratuitement iin local convenable
frayeur du choléra , émigration qui surtout s’est fait remarquer dans les maisons garnies, nous avons danslios calculs rabaissé la population au cliiffreofllciel lü,79^.
(t) M. Dubreuil , président de la commission de saJubritc du quartier Montorgueil, accablé par les fatigues que lui causa l’organisation du bureau de secours de ce quartier, succomba peu de jours après à une attaque du choléra, victime de son dévouement à la chose publique..
dans leurs propriélc^s, et M. le maire désigna, séance tenante , une commission dont nous fîmes partie j chargée de l’organisation de deux bureaux de secours pour l’arrondissement.
La mission d’établir le bureau qui devait desservir les quartiers du faubourg Saint-Denis et du faubourg Saint-Martin nous était plus spécialement confiée; puissamment secondé par M. Renouard, président de la commission de salubrité de notre quartier, par MM. Richard et Vée , pharmaciens, et par M. Labalte, nous dûmes à leur active coopération d’ouvrir notre poste médical le 1®*' avril à six heures du matin, et de voir le service assuré pour quarante-huit heures.
Dès cette première journée, plusieurs cas graves de choléra se présentèrent ; les jours suivans le nombre des malades et des consultations augmenta progressivement; la population, un instant ‘égarée par les bruits absurdes d’empoisonnement que des hommes de désordre et de sang se plaisaient à semer, revint à des idées plus saines; justement alarmée elle afflua dans notre bureau et vint demander à la science et à la philantropie des conseils et des secours. Nous ne dirons pas les fatigues et pendant quelques jours les périls auxquels s’exposèrent avec le plus noble dévouement tous les membres de notre poste médical, nous tairons leur inépuisable bienfaisance, le courage qu’ils déployèrent pendant l’épidémie , et dont ils furent dignement récompensés par les bénédictions du
pauvre. llecLe facti fecisse merces est : of/lcii frucluSj Ipsum officitim est
Tl nous reste à parler de rétablissement d'une ambulance temporaire, que l’arrondissement dut à la sollicitude paternelle de M. le maire, ambulance destinée à recevoir les indigens du cinquième arrondissement. Notre confrère M. Beaude fut cliargé de son org^isation; le local servant à l’enseignement gratuit des garçons fut mis à sa disposition. Les frères des écoles chrétiennes contribuèrent avec le plus louable empressement à cette œuvre philantropique, ainsi que les habitans aisés, en fournissant gratuitement des lits, des matelas, du linge, etc., etc.; le i8 avril, deux salles de trente lits chacune furent ouvërtes aux choléri-
(l) Voici les noms des membres du bureau de secours :
Médecins. MM. Audial, Bacherot, Blazy , Bossion , Bouneau , Bréon , Dausse, Fleury, Jabin, Lcpine, Martin, Martin (A .F.), Saint-Martin, Rlatbey, MaugéjMaurial , Montée , Moreau , Nicot , Noel-Dalvigny, Olinet , Olmade, Piéplu, Poultier, Ratliery, Saintard, Terrier, Volsenet.
Pharmaciens. MM. Albeyspeyres , Bartlie, Biron, Dausse, Follopc, Guilhery, Quoniam, Richard, Séjournée, Thion, Vée.
Élèves en médecine. MM. Eabaud, Berthier, de Boret, Chassagne, Langlade , Lataud , Navard , Rey , Rossignol , Savoye (Émile), Villars, Voisenet.
Pour assurer le service, enregistrer les malades, distribuer les secours de linges, couvertures , etc., etc., M. le maire désigna les notables dont les noms suivent et qui, à tour de rôle, restaient trois heure.'^ au bureau.
MM. Ballu , Blaze, Colliard , Cbatenet , Dcconchy , Demay , Denuelle, Desruelles, Dreyfus, Fascié, Flichy, Gaudy, Grelot, Grillon, Hemery, Julian, Labalthe,Lasson, Legrand, Levainville, Monod père, Monod lils, Mugnier.Ozannc, Poisat , Renouard , ( Hilaire) , Thomas, Vassal, Vatievüle.
ques, et nous lûmes désigné avec MM. les docteurs Beaude, Bréon et Sterling, pour y faire le service médical ; MM. Frère et Petit-Cuenot nous secondèrent comme élèves internes avec un zèle remarquable. Formé dans les premiers jours de mai, cet hôpital pendant sa courte existence rendit de grands services à la classe indigente.
Nous avons cru ces détails, nécessaires pour copléter l’historique du quartier ; maintenant nous allons entrer en matière.
Débat de l’épidémie. Depuis le commencement de mars, quelques cas de cholérine s’étaient manifestés dans le quartier; présentant peu de gravité, ils s’étaient terminés favorablement; il en fut de même d’une malade qui offrit des symptômes de choléra plus tranchés. Cette femme, portière du n° 120, faubourg Saint-Denis, âgée de quarante-six ans, occupant dans une maison propre et saine une loge vaste et peu humide exposée au levant, fut prise spontanément le i4 mars de vortiissemens et déjections très liquides blanchâtres, semblables à de l’eau de riz , avec crampes , refroidissement du corps, anxiété précordiale; soignée par notre confrère le docteur Saint-Martin, une 'potion éthérée et opiacée, les révulsifs sur la peau, les boissons stimulantes, firent justice de ces symptômes graves qui laissèrent la malade dans un état de faiblesse dont elle se releva diflicilement. Ce premier exemple de choléra assez intense passa en quelque sorte inaperçu; mais
bientôt d’autres laits se succédèrent. Le 3i mars, la ieiTiuie llenaud, ouvrière, âgée de vingt-trois ans, demeurant rue Neuve-Saint-Jean, n“ 12, dans une maison pauvre et sale, fut attaquée de choléra; transportée à l’hôpital Saint-Louis, elle y mourut le 5 avril. Le 1“ avril, le nommé Lécho-pié, journalier, âgé de cinquante-sept ans, habi-tant dans l’infect et sale impasse de l’Égoût (faubourg Saint-iMartin) un rez-de-chaussée humide, fût pris de phénomènes cholériques et mourut ài l’hôpital Saint-Louis, le lendemain. Notre inten-tion n’est pas d’énumérer un à un tous les faits decholéra, de les indiquer jour par jour; bornons-nous donc à ces trois premiers cas qui nous servi-ront à préciser la date de l’invasion dans le quar-tier. Or, en écartant la portière du n“ 120, nousj avons la femme Renaud, dont la maladie date du; 3i mars, et comme le dernier décès a eu lieu les 18 septembre, la durée totale de l’épidémie a donc* été de 172 jours. Pendant ce laps de temps le* nombre des malades s’est élevé à 664; celui des» morts à 299. Occupons-nous d’abord des ma-lades.
- Ces 664 cholériques, dont 3i5 du sexe mascu-rlin et 549 du sexe féminin, comparés à la population du quartier, donnent un malade sur 26,29 habitans; si nous les suivons dans les rues, nous* verrons comment ils se divTsent pour chacune* d’elles et dans quelles proportions ils se trouvent avec leur population.
CItoléiiques. i Cliolériqiio
sur
Fdire Saint-Laurent 't -î 4,85 habit.
Rue Sain l-LaureiU ftC 12,S9.
— du Chaudron S 14,50.
Chemin de ronde 2 15,60.
Rue Château-Landon 24, l6,5o.
— de la Chapelle. 9 17,65..
— Lafayette 43 2i,38.
— de la Charité 3 21,6C.
— neuve de la Fidélité 14 22,85.
— du faubourg Saint-Martin (n“* impairs).. . . 234 26,22.
— — . Saint-Denis ( n°“ pairs) 197 27,24.
— Neuve-Chabrol 12 27,20.
Passage de l’Industrie 19 28,21.
Rue de la Fidélité 28 29,58.
— Neuve-Saint-Jean 10 29,70.
Passage B rady 8 56,37.
Boulevard Saint-Denis (n°* pairs.) 15 72,38.
Nous nous abstenons de toutes réflexions sur les chiffres qui précèdent; elles seront mieux placées lorsque nous examinerons l’influence des habitations
Les décès, ainsi que nous l’avons dit, se sont élevés à 299. i53 appartiennent aux hommes et 146 aux femmes; la moyenne générale des décès comparés à la population est de 1 mort sur 56, 18 habitans; le tableau n“ 1 1 fait voir leur répartition
(1) Voir pour la population de ces rues le tableau n® 1 1.
dans chaque rue oL les proportions des décès au nombre de leurs habitans.
Dans le tableau ci-après, nous avons indiqué jour par jour, pendant les six mois de l’épidémie, le nombre des décès.