‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 33 sur 104 · LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

avec des faisceaux, des balances et des triangles tout autour.

Mais allez leur faire une petite visite quinze jours après ; et si vous Êtes capables de les reconnaître, je vous offre d’aller à votre place à l’Odéon.

Plus de pétard', plus de lampions, plus de tatouage, ils sont mornes et de mauvaise humeur dans leurs comptoirs ou au coin de leur feu.

Et si vous voulez savoir ce qu’un bourgeois a dans le ventre après quinze jours de République, entamez la conversation, vous serez édifié.

— Eli bien, monsieur Duponchel!... et la santé, et les affaires?...

— Peuli!... les affaires!... Comment voulez-vous que ça marche avec un état de choses pareil?... Pas d’or¬

dre... pas de stabilité... on ne peut pas être quarantelmit heures tranquille!... Comprenez-vous ces braillards du club de la rue Jean- Jacques-Rousseau qui sont sortis hier à minuit en causant comme en plein jour... Ils m’ont réveillé en sursaut... Et ce matin, je sors pour aller chez un de mes fabricants... Qu’est-ce que je rencontre?... Une manifestation d’ouvriers cloutiers en crève.

rue du Mail, une colonne de doreurs sur bois qui venaient de fêter leur patron, parce que celui-ci les avait associés dans ses bénéfices... et, place des Petits-Pères, un enterrement de libre-penseur, le tout avec des bannières, des brassards, tout le diable et son train... sans compter que demain il y a les élections municipales qui vont remuer le quartier; la semaine prochaine, les grandes élections qui vont mettre tout en l’air... Comment voulez-vous que les affaires reprennent au milieu d’un brouhaha pareil!...

— Cependant, monsieur Duponchel, vous êtes républicain... je vous l’ai toujours entendu dire.

— Oui , certainement , je suis républicain ; mais je vends aussi des caoutchoucs... Je veux une République sage, tranquille, enfin une République qu’on n’entende pas remuer.

— Pardon, monsieur Duponchel ; mais vous avez peu de patience. En toutes choses, les premières épreuves ne vont pas sans un certain désordre inévitable. Si, après avoir prié la République de s’asseoir, vous vous énervez au premier bruit qu’elle fait en remuant sa chaise, ce n’était pas la peine de lui faire tant d’amitiés.

— Tout cela, c’est- très-beau... mais il nous faut avant tout la tranquillité... Les gueulards nous étourdissent... Est-ce qu’on a besoin de se promener dans les rues avec des drapeaux?... Est-ce que je me promène, moi,

clans les mes avec un drapeau?... Il faut de l’ordre, môssieuL. et, en France, il n’y a qu’une main ferme qui puisse .

Oli! alors, bien-aimés lecteurs, n’insistons plus.

Du moment où le bourgeois effaré par trois gamins

qui crient : Des lampions !... a prononcé le mot sacra¬

mentel : il faut ' qu’une main FERME . Finit a' la

comeclia l... Ce n’est plus qu’une affaire de temps, et le sauveur, — cpii n’est jamais loin dans ces occasions-là, — peut chausser ses grosses bottes, mettre son grand plumet, ceindre son grand sabre et accourir.

Il est sur d’être bien accueilli.

Voilà ce qui advint en 1848. M. Duponchel, ce type parfait du républicain dit : répu hli ca rn-sai i s - que -ai - Ic-d éranrjc , voulait bien accorder toutes ses sympathies à cette forme de gouvernement, à la condition que la monarchie, les habitudes monarchiques, les traditions monarchiques et les mœurs monarchiques invétérées depuis quinze cents ans fussent remplacées du jour au lendemain par d’autres mœurs, coutumes et traditions, sans secousse, sans bruit, sans tâtonnements, sans hésitations, sans fausses marches, sans erreurs, sans que le trottoir fût plus encombré que la veille, sans que les citoyens fussent plus effervescents que lorsqu’ils ne pensaient à rien, sans que la surface unie et calme du paisible commerce des caoutchoucs en fût seulement ridée.

En un mot, M. Duponchel voulait bien en finir et poussait même à ce que l’on mît en huit jours le pied sur quinze siècles de mensonges, de barbarie, d’esclavage et d’injustice ; mais du moment où cette réforme de tout le vieux monde devait faire plus de bruit qu’un changement de drap à son lit, il ne voulait plus entendre parler de rien.

Alors le Duponchel, marchand de caoutchouc, renia le Duponchel républicain ; et tout effaré, tout affolé, il

joignit les mains et implora le « sauveur a la main

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