‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 32 sur 104 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

COUP d’œil rétrospectif sur la. révolution de février.

Nous avons laissé les lecteurs de Y Histoire de France tintamarresque au moment où, le 2-i février 1848, Louis- Philippe était mis t\ la réforme pour n’avoir pas voulu l’accorder.

A partir du jour où Louis-Napoléon rentra en France comme représentant du peuple, son histoire devient tellement liée à celle de la France, que les deux n’en forment pour ainsi dire plus qu’une.

Nous retracerons donc rapidement les principaux laits qui se produisirent entre le jour où la France eut un éclair de bon sens en brûlant le trône, et celui où elle

redevint assez... actionnaire pour atteler un prétendant au char de la République.

Les premiers jours qui suivirent le 24 février 11e furent qu’une suite de joies et d’embrassements.

O11 organisait des banquets à cinq sous par tête.

O11 se promenait bras dessus, bras dessous dans les rues, en chantant : ce Les peuples sont pour nous des frères... »

On plantait des arbres de liberté tous les cinq pas. On dansait autour et on allait chercher le curé de la paroisse pour les bénir. Il les bénissait d’ailleurs de la meilleure grâce du monde ; seulement 011 était assez discret pour 11e pas lui demander ce qu’il en pensait au juste.

Puis vint la prise de possession de toutes les libertés pour lesquelles on s’était cogné:

La liberté des cultes,

La liberté de la presse,

La liberté de réunion ;

Puis la garde nationale en képi et. en gilet à carreaux jaunes ;

Puis les promenades en corps et les manifestations à propos de tout... souvent meme à propos de rien;

Puis les ateliers nationaux qui traversaient tous les jours Paris, drapeaux en tête, en chantant la Marseillaise , pour aller remuer trois brouettes de terre au Champ de Mars.

Dire que tout cela était bien utile; Dire que c’était sagement fait ;

Dire que les clubs étaient parfumés à l’eau de Cologne et qu’il ne s’y disait que des choses raisonnables ; Dire que les journaux étaient tous bien intention-

nés ; qu’il était amusant d’entendre crier au coin des passages : « Demandez... le Journal de la Quériaille !... un sou »;

Dire que les clubs en plein vent étaient tout ce qu’il y a de plus commode pour la circulation des omnibus ;

Dire que la garde nationale ne jouait pas un peu au bouchon ;

Dire que les terrassiers du Champ de Mars ne terrassaient pas un peu avec l’ardeur d’un cocher de fiacre pris à l’heure;

Dire tout cela?... Non.

Nous ne pourrions le faire sans manquer à l’impartialité qui est la vertu des historiens.

Seulement, cette même impartialité nous fait également un devoir de nous élever contre l’aveugle réaction qu’amènent chez les épiciers du temps, — comme cela aurait encore lieu aujourd’hui, si l’occasion s’en présentait, — ces exagérations de la première heure.

Les bourgeois d’alors ne voulurent pas tolérer que la

LES SOUTIENS DE L’EMPIRE

LE GRAND ÉCUYER FLEURY d’aprës un croquis d’alfred DE DREUX.

20e Livr.

République, à l’âge de quatre mois, ne fût pas tout de suite aussi calme, aussi peu bruyante qu’un gouvernement assis depuis quinze ans.

L’histoire des bourgeois de 1848 est d’ailleurs un peu l’histoire des bourgeois de toutes les époques.

Ils sont voltairiens, frondeurs et même révolutionnaires. Ils savent que le système monarchique est détestable et que la République est le seul gouvernement légitime.

Aussi, pour pousser au renversement de la monarchie, on les trouve tout de suite prêts. Il ne faudrait même pas les prier beaucoup pour qu’ils aidassent à mettre les omnibus sur le flanc.

Ce premier ouvrage fait : quand il s’agit le lendemain

cîe proclamer la République, on ne les trouve pas moins chauds.

Ils tirent des pétards, mettent des lampions, embrassent leur concierge et portent des cocardes tricolores à leur paletot, que c’est comme un bouquet de fleurs!...

Si on ne les retenait pas, ils se feraient tatouer sur les bras et sur la poitrine :

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