‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 35 sur 104 · CANDIDAT A LA PRESIDENCE · texte numérisé non relu

CANDIDAT A LA PRESIDENCE

En prenant sa place à l’Assemblée, Louis-Napoléon lut un discours commençant par ces mots, qui, meme prononcés avec l’accent allemand, ne manquent jamais leur effet sur les imbéciles :

« Après drende drois ans t’exil, nul mieux que moi 11e bourrait ressentir le ponheur... etc... etc...»

Et se terminant par ceux-ci, auxquels les honnêtes gens se laissent également toujours prendre :

(( Personne, clie le chure!... n’est plis que moi tévoué à l’avermissement te la Kébiplique!... »

O11 a toujours pensé qu’il avait voulu dire : <r A l’asservissement ».

Nous l’avons déjà dit ; les républicains qui tenaient

HISTOIRE TINT AM ARR ESQ l1 E DE NAPOLÉON III

la queue de la poêle en 1848, avaient commis une lourde bévue en laissant rentrer en France un prince sur les intentions de qui il était impossible de se méprendre.

Comme cela arrive dans toutes les Républiques naissantes, il s’était trouvé quelques naïfs qui , dans leur impatience d’appliquer immédiatement les grands principes de liberté et d’égalité, s’étalent écriés :

— Plus de proscrits!... La République est assez forte pour ne rien craindre des prétendants!...

Nous 11e le dissimulerons pas :

Ces cœurs candides 11e cessent de nous faire rire que pour nous faire suer.

Malgré toute l’admiration que l’on peut avoir pour l’illustre Bayard, 011 est forcé de convenir que, dans certaines circonstances , le chevaleresque ne se présente à nos yeux que sous un côté absolument niais.

Et c’est tout à fait ce cas-là, quand on voit une République qui vient à peine de fermer la porte au derrière d’un roi, aller en ouvrir une autre à un prétendant sans seulement prendre le temps de rajuster sa toilette.

Le grand tort des Républiques nées depuis vingtquatre heures est toujours de se croire le tempérament aussi solide que si elles avaient cinq cents ans.

Fières et nobles!,., lorsqu’elles ont terrassé leurs ennemis, elles se croisent les bras et les laissent se relever.

Ceux-ci, qui connaissent bien mieux leur métier, ne négligent jamais de passer la jambe au vainqueur généreux en faisant semblant de ramasser leur casquette.

Quand ils sont parvenus de nouveau à flanquer la République sur son nez, ils ne font pas, eux, la même bêtise.

Ils se jettent dessus, l’ achèvent à coups de talons de bottes, la meurtrissent, la bâillonnent, la ficellent et assurent ainsi pour’longtemps leur tranquillité.

Au bout d’un certain temps , la République qui a repris des forces, parvient à rompre ses liens, et d’une de ces puissantes gifles dont elle a seule le secret, elle renverse encore son ennemi dans la poussière.

De nouveau elle se croise les bras.

Même jeu qu’au chapitre précédent.

Et c’est pourquoi, jusqu’à présent, nous avons vu tour à tour les pires des monarchies mourir de vieillesse, et les plus honnêtes des républiques s’éteindre à l’âge de* quinze mois.

Morale :

Le jour où la République se décidera enfin prendre contre les prétendants le quart des précautions

que les rois prennent contre elle, les prétendants ne

trouveront plus un mont-de-piété qui leur avance quinze sous sur leurs droits au trône.

Du reste, les dictateurs en cire molle de 1848 ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’en rouvrant avec tant d’empressement à Louis-Napoléon les portes de la France,

ils avaient, sans le vouloir, modifié la devise républicaine de cette façon :

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