MAU PAS
LE cuisinier du deux Décembre
3° ! ivu.
Nous ne décrirons pas un à un ces nombreux voyages de Louis-Napoléon.
Ils se ressemblaient tous.
Celui qu’il fit à 'Ham mérite cependant une mention spéciale.
Le 22 février 1849, il voulut aller visiter cette localité où il avait passé les plus beaux jours... de l’existence de Louis-Philippe.
Il se rendit donc à Ham, et après avoir prononcé plusieurs discours dans lesquels, comme d’habitude, il protestait de son amour pour la République , il se fit conduire à la forteresse qu’il avait habitée pendant quelques années.
La scène fut touchante.
Presque empereur, revoir le cachot oii il avait été traité comme un voleur à la tire.
Se faire saluer par le concierge devant lequel il était passé déguisé en mufle trois ans avant.
Il y avait là de quoi chatouiller son orgueil.
HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOI.ÉON Iü 259
Pour avoir une idée de la joie qu’il dut éprouver, il faut se figurer :
Jean Hiroux devenu président d’une cour d’assises;
Blanche d’Antigny recevant la rose d’or du pape ; Ou Villemessant subitement décoré.
Une larme mouilla la paupière de Louis- Napoléon. Et à la vue de ces murailles noires, l’émotion lui inspira une de ces improvisations chaleureuses dont ont seuls le secret les escrocs qui se prosternent devant
l’honnêteté, le jour où ils ont dévalisé assez de gens pour vivre tranquillement de leurs rentes.
C’est alors qu’il prononça ces mots que l’histoire a enregistrés comme un des plus beaux mouvements de repentir qui peuvent naître dans le cœur d’un scélérat enrichi, maudissant les filous qui ne le sont pas encore :
« Ah!... quand on a vu combien les révolutions
ENTRAINENT DE MAUX APRÈS ELLES, ON COMPREND A PEINE L’AUDACE D’AVOIR VOULU ASSUMER SUR SOI LA TERRIBLE RESPONSABILITÉ d’üN CHANGEMENT!... ))
Ces paroles, dont l’élévation et la noblesse n’échappèrent à personne, méritent d’être traduites en toutes les langues connues, afin que le monde entier puisse s’en pénétrer.
Aussi regrettons-nous amèrement de ne point savoir l’anglais, le russe, l’espagnol et le javanais!...
Nous les eussions traduites ici pour l’ édification des
HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III 2<il
honnêtes gens, — et même des fripons, — de tous les pays.
Nous nous contenterons d’en donner une version française à la portée de tout le monde.
Cette version, la voici :
« Ah!... quand l’on a été révolutionnaire pour
AVOIR CE QUE L’ON n’ AVAIT PAS, ET QUE PAR LA Rɬ VOLUTION ON A ENFIN MIS LA MAIN SUR CE QUE L’ON DÉSIRAIT, ON RENTRE EN SOI-MÊME ET L’ON TROUVE