‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 58 sur 104 · LE PRINCE NAPOLÉON TIRÉ D’UN ALBUM · texte numérisé non relu

LE PRINCE NAPOLÉON TIRÉ D’UN ALBUM

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de moeny, avec autorité.

Permettez, permettez... messeigneurs!... pas de bruit. On viendrait aux gros mots!... c’est discuter sans fruit. Entendons-nous, que diable!... A propos de monnaie, Pourquoi nous chicaner?... c’est le peuple qui paie!...

( Tous les grands dignitaires applaudissent .)

de moeny, poursuivant .

Faisons d’abord nos lots!... puis, s’il manque un milliard, On frappera d’un droit quelque chose... au hasard!...

Nous avons tant d’objets que le fisc exonère!...

Les faux-cols ! les lorgnons !. . . comme les yeux de verre !... Et les dents à cinq francs et les] jambes de bois!... Palsambleu!... messeigneurs!... vous Êtes aux abois Pour peu de chose!... Et si les hommes de finance Respectaient comme vous du panier public l’anse,

On n’en sortirait pas!...

( 1 J enthousiasme des grands dignitaires éclate.)

de morny, avec chaleur.

C’est à tort que l’on croit Qu’un bon gouvernement sur ses recettes doit Établir son budget et baser ses dépenses.

C’est l’opposé, messieurs!... Donc, avant nos vacances, Nous devons, du trésor qu’on confie à nos soins, Arrondir les impôts au gré de nos besoins.

( Trépignements d'admiration.)

DE MORNY

Or, partageons... Maupas, vous prenez la recette Des patentes. Magnan aura pour sa cassette Le droit sur les pruneaux... Vous l’impôt sur les chats, Vous la concession des croix et des crachats...

le tintamarre, pâle et debout sur le seuil de la porte. Bon appétit, messieurs!... vous avez, sur ma tête!...

Ce qu’on peut appeler un beau coup de fourchette!... Ministres vertueux!... vous ne rougissez pas!... Découper le pays comme un vrai cervelas Pour vous en partager, sans vergogne, les tranches!... Mettre la France à sec pour galonner vos manches. Pour vos rousses margots, vider nos coffres-forts,

Et gaspiller les fonds publics en huit-ressorts!... Profiter du moment oh nous sommes en dèche,

Oh la récolte manque, oh sur pied le blé sèche,

Oh par vos coups d’État, le trésor obéré,

Ne peut en empruntant payer son arriéré!...

Et c’est en ce moment, ducs, princes, marquis, comtes !... Que de la nation vous trifouillez les comptes Pour leur faire suer des montagnes d’argent Et vous manger le nez en vous les partageant!...

Et pourquoi?... Pour solder le prix de vos ribotes!... Entraîner des chevaux et payer vos cocottes!...

maupas, bas à Momy.

En affaires, voilà ce qu’on nomme un gâteux.

saint- Arnaud et magnan, rendant leurs portefeuilles au

Tintamarre.

Monsieur, permettez-nous de vous donner tous deux Notre démission.

HISTOIRE TINTAMaRRESQUE de NAFOLÉON III

de MO i;x y, rendant aussi son fauteuil.

Pour ce que ça rapporte!...

de mau pas, se retirant également.

Ne plus rien prendre!... Oh! non!... Et nous prenons la

[porte!...

le tintamaree, impassible.

A votre aise, messieurs!...

saint-arnaud, prenant sa canne.

C’est un gâte-métier.

de morny, sortant.

Pour moi, c’est gouverner comme un vrai savetier!...

Nos lecteurs n’ont pas perdu de vue que la scène qui précède est une pure scène de comédie, refusée par la censure du temps.

Il nous faut revenir à la réalité ; car malheureusement les choses se passèrent tout autrement.

Les hauts dignitaires mangèrent avec une avidité audessus de tout éloge.

Mais personne n’osa risquer le : Bon appétit , messieurs!... qui trouble dans lia g- B las cette petite fête de famille.

Les serviteurs une fois gavés, la reconnaissance de l’estomac leur commandait de penser au repas du maître, et leur dictait le devoir de le lui servir copieux.

Aussi, le jour de Noël, le Sénat mit-il dans le sabot de l’Empereur l’acte qui lui conférait vingt -cinq millions d’appointements par an.

Plus un revenu de trois millions provenant des forêts de la couronne.

Exploitées par l’Empire, les forêts ne devaient pas tarder à rapporter plus que cela.

HISTOIRE TIXTAMARRESQUE DE NAI OLÉON III

Cependant, l’Europe ne se pressait pas de reconnaître l’Empire.

Et Louis-Napoléon eut un instant la crainte de se voir traité par les familles régnantes du voisinage comme un marchand de bandages parvenu, qui demande à être présenté dans les salons du faubourg Saint-Germain.

En apprenant l’avénement au trône de France de cet écuyer pataud et bas sur jambes, les cours étrangères firent une mine aristocratique qui pouvait se traduire ainsi :

— Fi!... frayer avec cette espèce!.».

Ce n’était certes pas que ces souverains bégueules fussent d’une moralité plus haute que le nouveau venu qui prenait place à côté d’eux.

Loin de nous cette pensée.

Nous sommes trop persuadé que tous les rois se valent pour établir à leur égard de puériles catégories de chanvre, et prétendre que les uns ou les autres ont le droit d’être pendus avec des cordes d’honneur.

Mais nous ne nous sentons pas non plus le courage de nous étonner du mouvement de dégoût que les canailles de bon ton éprouvent en se trouvant mêlées à des chenapans d’essence vulgaire et mal élevés.

Les nouveaux cousins de Louis-Napoléon durent donc

faire de violents efforts sur eux-mêmes pour prendre du bout de leurs doigts fins et gantés la main épaisse et crasseuse de ce détrousseur mal né.

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Peu à peu pourtant, ils se décidèrent à lui faire un petit salut hautain et dégoûté, afin d’en être débarrassés, et rentrèrent bien vite chacun chez eux se passer au phénol pour se purifier de cette minute d’encanaillement.

Le Moniteur officiel de France n’en enregistra pas moins, avec un joyeux empressement, la reconnaissance de l’Empire par les différentes puissances.

Comme les gens interlopes qui, lorsqu’ils parviennent par surprise à s’accrocher au bras d’un honnête homme, causent très-fort en se promenant afin qu’on les voie avec quelqu’un de propre, l’Empire semblait crier au monde entier :

— Tenez, regardez donc!... voilà quelqu’un que je n’ai pas fait vomir!...

Cette complaisance des rois d’alentour fut le signal d’une véritable débâcle de pudeurs.

Petit à petit, beaucoup d’hommes influents de tous les partis acceptèrent les faits accomplis, et, reconnais-

sant qu’il serait naïf de leur part de bouder contre leur porte-monnaie, ils se rapprochèrent de l’Empire et tendirent leur main ouverte à Louis-Napoléon.

Ce geste à double entente, que l’on fait également pour offrir son amitié à quelqu’un ou pour lui demander de l’argent, fut parfaitement compris par l’Empereur.

Il accepta ces témoignages d’affection et reçut tous les enfants prodigues â caisse ouverte.

Seul, le comte de Chambord, cette splendide ganache, — mais au moins : ganache tout d’une pièce, — protesta crânement contre le triomphe scandaleux d’un coup de dés pipés.

Il lança un manifeste dans lequel il cc maintenait son droit et déclarait qu’il conserverait jusqu’à son dernier

soupir le dépôt de la monarchie héréditaire dont la Providence lui avait confié la garde. »

Avec un peu de musique d’Offenbach et des costumes dessinés par Grevin, cette protestation eût pu obtenir un immense succès aux Bouffes.

Mais, grotesque pour grotesque, il est impossible de ne pas préférer cet empaillé inoffensif qui attend patiemment le triomphe de son bon droit sans faire de mal à personne, à ce sinistre polichinelle juché sur un trône comme un singe sur un orgue de Barbarie.

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