‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 71 sur 104 · VERSEMENTS · texte numérisé non relu

VERSEMENTS

405 francs en souscrivant ;

5 francs le lendemain matin, de 10 î\ 11 heures.

Le Pt 'ésident honoraire fondateur :

Onésime Balociiard, CC-

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III till

La prospérité éclatante ne tarda pas à se traduire par une crise financière des plus corsées.

La viande et le sucre devinrent très-cliers, et les ouvriers ne furent pas longtemps à s’apercevoir que les embellissements de Paris n’étaient pas très -nourrissants pour eux.

Ajoutons à cela que M. Haussinann s’appliquait à rendre la vie tout à fait agréable aux travailleurs parisiens en démolissant tous leurs logements de 180 francs, pour élever à la place des appartements de mille écus.

Ce fonctionnaire philanthrope avait le plus profond amour pour le peuple.

Son rêve était de faire de la capitale un vaste paradis et de pouvoir dire.

— Grâce à moi, il n’y a plus un seul ouvrier mal logé dans Paris.... Ils sont tous dans la banlieue.

La pénurie de locaux devint telle que le gouverne-

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ment fut obligé de publier une note rassurante dans le Moniteur.

Il était dit dans cette note que le nombre des maisons construites dépassant celui des démolies, une baisse prochaine ne pouvait manquer de se produire sur les loyers.

Les Parisiens firent encadrer cette phrase séduisante : M. Haussmann , c'est la vie à bon marché.

Et ça leur fit un joli pendant avec :

L'Empire c'est la paix l

Pendant ce temps les tripotages financiers marchaient à ravir.

Il y avait même un progrès .

Mercure avait pris pour collaborateur Cupidon et, à eux deux, ils faisaient de charmantes petites opérations dont l’exemple suivant, que nous trouvons dans Taxile Delord, donnera la mesure.

Lors de la répartition des actions du chemin de fer de Lyon, deux des principaux banquiers de Paris pré-

sentèrent mie liste de personnes favorisées qu’ils voulaient gratifier cl’un certain nombre d’actions au pair.

Le banquier anglais Baring, en voyant les noms de femmes figurer en majorité sur cette liste, manifesta son étonnement.

On lui répondit en riant qu’il venait de faire connaissance avec les plus célèbres courtisanes de Paris.

Le financier puritain les raya aussitôt, prétendant que ses deux collègues, ayant l’un 25,000 actions et l’autre 10,000, pouvaient très-bien être généreux envers ces dames pour leur compte.

Les banquiers français rirent beaucoup, dit-on, de la rigidité de mœurs de leur confrère d’Angleterre.

Règle générale : Sous l’empire, il n’y avait rien de plus risible qu’un honnête homme.

Nos lecteurs se souviennent sans doute que l’année précédente le Corps législatif avait voté un impôt sur les chiens.

65e Livr.

En 1856, il décida que les chevaux et les voitures de luxe seraient frappés d’une taxe municipale.

Mais le Corps législatif avait compté sans le Sénat, chargé d’examiner la loi en dernier ressort.

Les sénateurs , qui ont presque tous chevaux et voitures, firent une très-laide grimace quand on leur proposa de saigner eux-mêmes leur porte-monnaie.

Et finalement repoussèrent la loi.

Cela, jusqu’ici n’a rien de surprenant.

Mais ce qui devient épique, c’est la raison qu’ils alléguèrent pour rejeter cette taxe.

Ils prétendirent. — Tenez- vous bien, cher lecteur! — Ils prétendirent que cette loi était une dérogation flagrante au grand principe de l’égalité proclamée en 1789.

Les vieux sénateurs tout disjoints de l’Empire faisaient aux immortels principes de 89 un rempart de leurs corps en raine, c’est d’un réussi ! .

HISTOIKE TINTAMARRESQTJE DE NAPOLÉON III

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Bref, la taxe sur les voitures de luxe ne fut pas votée parce qu’il parut profondément égalitaire au «Sénat que les pauvres diables qui prennent un fiacre à trente-quatre sous ou un omnibus, continuassent à payer la part d’impôt qui frappe ces véhicules, pendant que les sénateurs à trente mille francs par an s’étendaient mollement sur des huit -ressort s exonérés de toute taxe.

Quand les immortels principes de 89 entendirent qu’on leur mettait ça sur leur dos, ils se mirent à rire comme des gens à qui on a donné un billet de faveur pour aller voir une pièce d’Albert Millaud, et qui l’ont laissé perdre.

Une circonstance grave devait bientôt fournir au Sénat l’occasion de prouver son utilité.

La naissance d’un prince impérial avait rendu nécessaire une loi de régence.

Le Sénat, bien heureux de trouver une occasion d’avoir l’air de faire quelque chose, mit immédiatement cette loi sur le chantier.

Apres avoir discuté pendant quinze jours aussi sérieusement que s’il se fût agi d’une chose utile, on décida que, dans le cas où l’empereur viendrait à mouîir sans avoir pris de dispositions, son fils mineur régnerait sous la régence de l’impératrice.

Celle-ci, pour parer à toute éventualité, se mit immédiatement à prendre quelques leçons de français, afin de ne point être exposée à ouvrir la séance du conseil pai ces mots qui lui échappaient assez naturellement :

« Messieurs... j’ai-z-à vous soumettre un projet par laquelle, etc., etc.

Comme nous ne voudrions pas être accusé de déconsidérer systématiquement madame de Montijo en lui îeprochant à taux d’avoir été capable de mettre deux H dans : saumon au gratin , nous prions nos lecteurs de se reporter au texte de certaines lettres de 1 Impératrice publiées, en 1870, dans les papiers trouvés aux Tuileries.

Il fut convenu aussi, clans la loi sur la régence, que le fils de Napoléon III serait majeur à dix-huit ans.

Quelques sénateurs trouvèrent que c’était un peu jeune et prétendaient qu’à dix-huit ans un jeune homme n’a pas encore l’esprit formé.

C’est peut-être vrai ; mais dans l’espèce cela n’avait, aucune importance, puisqu’il a été reconnu depuis que le prince impérial, sujet tout à fait exceptionnel, avait acquis, dès l’âge de trois semaines, un complet développement intellectuel.

L’année 1856 fut marquée par le retour d’un fléau redoutable.

Entraînés par l’exemple de beaucoup de dames d’honneur de la cour, le Rhône et la Loire sortirent de leur lit.

Les inondations furent terribles.

Les savants, comme d’habitude, en recherchèrent les causes et ne tardèrent pas à reconnaître qu’elles provenaient de l’abondance des pluies et de la fonte des neiges.

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