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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CENSURE

(( La censure est l’art de découvrir, dans les œuvres littéraires et dramatiques, des intentions malveillantes.

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON lit

« L’idéal est d’y découvrir ces intentions, meme lorsque l’écrivain ne les a pas eues.

ce Un censeur capable doit, à première vue, déterrer dans le mot : soupière une injure à la morale publique.

« I] doit aussi, en moins de cinq minutes d’examen, établir péremptoirement qu’un vaudevilliste n’a pu faire bégayer son premier comique sans une intention dissimulée d’attaquer un des corps de l’Etat.

«: Rien ne doit échapper à un censeur intelligent.

« Il ne doit lâcher une phrase, lui parut-elle absolu-

ment innocente, par exemple, celle-ci : Il fait un temps de

chien... tant qu’il n’est pas convaincu que l’auteur a entendu protester contre la loi sur les réunions publiques.

(( En un mot, la devise du censeur doit être :

ce — Coupons... coupons... il en restera toujours trop.

cc Pour les oeuvres dramatiques, le censeur doit, nonseulement surveiller de très-près le livret qui lui est déposé ; mais il doit encore assister soigneusement aux répétitions et se rendre un compte 1 tien exact des gestes et des intonations des acteurs, ainsi que des décors et des accessoires.

c( Ceci est d’une extrême importance.

<l Exemple :

« Sur un manuscrit, la censure lit cette phrase : J'ai

vu vos parents... je leur ai exposé mes douleurs... mes titres. . . et je n ai pu parvenir à les toucher. . .

« A la lecture, cette phrase amoureuse n’a rien de louche ; mais, au théâtre, hauteur chargé de la réciter peut souligner le mot : titre et accentuer : Je n ai pu parvenir à les toucher , de façon à faire comprendre au public des dividendes de ses obligations mexicaines.

(( Le censeur doit alors couper impitoyablement.

« Quant aux dessins qui sont soumis à la censure, c’est encore plus grave.

« On n’a jamais pu mesurer jusqu'où va la perfidie des dessinateurs, surtout des caricaturistes.

(( Il est des exemples effrayants de l’audace qu’ils déploient.

« Et il faut une bien grande habitude de leurs roueries pour déjouer les infernales combinaisons dont ils se iont journellement un jeu.

(( Un jour, l’un d’eux présenta un dessin qui était, —

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III Gif/

ou plutôt qui paraissait — le simple portrait de Pierre Petit.

« Ce dessin semblait honnête et naïf comme un garde champêtre de Nanterre ; et l’autorisation lui fut accordée.

(( Quand l’image fut en vente, on s’aperçut que l’artiste avait profité de l’immensité de la chevulure de son modèle pour représenter très-clairement, au moyen d’un habile amalgame des boucles, la mort du député Baudin sur une barricade.

(( La chose était tellement bien faite , que plus de soixante-cinq mille personnes, qui avaient acheté le portrait, n’y avaient rien vu du tout d’extraordinaire.

ce Mais un employé de l’administration eut l’idée d’examiner le dessin au microscope et démasqua la supercherie.

« II fit immédiatement part de sa découverte à ses supérieurs, qui, unanimement, reconnurent dans la chevelure de Pierre Petit ;

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« L’un, la mort de Marie- Antoinette ;

(( L’autre, une vue de Sébastopol ;

« Et un troisième, Mignon aspirant au ciei

« Cela prouve que l’on ne saurait se livrer à un trop minutieux examen des dessins destinés à la publicité.

ce Le tact et l’habileté du censeur lui indiqueront les expériences qu’il doit faire sur les croquis présentés à son visa.

a Voici, cependant, les plus élémentaires :

(( Il devra d’abord regarder le dessin de face.

« Puis l’obliquer brusquement à droite, à gauche, de bas en haut, de haut en bas.

« Il le placera la tête à l’envers et regardera attentivement si le concours des images n’offrent aucune ressemblance avec un ministre ou un sénateur.

Coi

« Avis important :

« Il n’y a rien de plus canaille que les contours d’une image.

cc L’allusion est la chose la plus perfide ; elle est dans tout, et le censeur le plus exercé peut craindre d’être surpris par elle.

« 11 doit se persuader que plus la phrase de l’auteur est simple, plus elle doit cacher d’hydres révolutionnaires.

« Exemple entre mille :

(( Un romancier écrit cette phrase : .... Tout à coup le gendarme chargé d'arrêter Saturnin parut sur le seuil de la porte, et le malheureux jeune homme s'écria dans un mouvement de désespoir : Ah l je le sentais !...

« LTn censeur n’aura pas besoin de beaucoup d’études pour découvrir là l’intention de ridiculiser un agent de l’autorité.

(( On pourrait multiplier ces exemples à l’infini ; mais ce que nous en avons dit suffira pour mettre le censeur en garde contre toutes les perfidies de ce genre.

<( Un mot d’ailleurs tranchera toutes les incertitudes d’un fonctionnaire dévoué.

« Quand il parviendra à découvrir l’allusion, il coupera la phrase.

« Quand il ne la découvrira pas, il la coupera aussi, attendu que les allusions les mieux dissimulées sont les plus dangereuses.

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