‹ Histoire tintamarresque de Napoléon IIIChapitre 92 sur 104 · DÉ. ...... . . . . . MO . L . I . TIONS · texte numérisé non relu

DÉ. ...... . . . . . MO . L . I . TIONS

« De cette façon, la sécurité de la France n’est, plus compromise.

Maintenant que nous avons fait défiler sous les yeux

de nos lecteurs une bonne partie des pièces qui composaient le système de bâillonnement général de toutes les libertés, nous allons nous transporter en Italie, où le succès de nos armes était en train de nous préparer une nouvelle série de coups de casse-tête à l’intérieur.

Triste et inévitable résultat des victoires impériales dans tous les temps et dans tous les pays !...

Car, neuf fois sur dix, les peuples perdent beaucoup à gagner des batailles.

En vue des opérations, l’année avait été divisée en plusieurs corps.

Les maréchaux Baraguey d’Hilliers et Canrobert, le général Mac-Malion, avaient reçu le commandement des 1", 2e et 3° corps.

S. À. I. le prince Napoléon commandait un corps séparé,

Une espèce de corps libre,

Le sien, probablement.

Le 3 mai, l’empereur adressa au peuple français la proclamation suivante :

« Français!...

oc L’Autriche, en envahissant le territoire du roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre.

(( Cela tombe très-bien ; car mon gouvernement avait absolument besoin de cette diversion pour détourner mon peuple du courant d’idées démocratiques malsaines auquel il paraissait céder depuis quelque temps.

« La mission de la France est de se porter au secours du faible. Je ne faillirai pas à cette tâche, surtout au moment ou elle m’est surtout imposée par le désir de consolider mon trône. .

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III 60 î>

(( Le but de cette guerre est de rendre l’Italie à ellemême, ce dont je me bats parfaitement l’œil au fond ; mais il est utile, en même temps, de détourner la nation française des idées de liberté.

(( Je vais bientôt me mettre à la tête de l’année. Quand je dis : à la tête, c’est une manière de parler ; chacun sait que la tête de l’armée, pour un souverain, c’est derrière la huitième ligne de réserve ; mais je dois employer cette formule qu’a consacrée un long usage et que l’histoire et les imbéciles prennent, de temps immémorial, pour argent comptant.

« Je laisse en France l’impératrice et mon fils.

(( Secondée par la grande expérience politique que ma noble compagne a toujours su puiser dans l’étude approfondie des catalogues de nouveautés des magasins du

Livh.

fier,

Louvre et des Deux Magots, elle saura se montrer à la hauteur de sa mission.

« Je les confie tous deux à la valeur de l’armée qui reste en France, et à qui j’ai donné, avant de partir, des instructions très-claires pour la dispersion des rassemblements de gens mal mis.

« Je laisse ces braves soldats largement approvisionnés de munitions.

« Courage donc et union !... La Providence bénira nos armes ; car elle est sainte aux yeux de Dieu la cause qui s’appuie sur le désir ardent de conserver un trône et les appointements qui sont autour!...

« Napoléon. »

Palais c les Tuileries , 8 mai 1859.

L’empereur quitta les Tuileries à cinq heures et demie et se rendit à la gare de Lyon.

Il faut bien le reconnaître , ce jour-là, Napoléon III traversa Paris au milieu d’une foule qui se montra trèssympathique.

La diversion « psychologique», qui était la base de cette campagne, commençait à porter ses fruits.

Le chauvinisme reprenait ses droits.

Beaucoup de Parisiens, ce jour-là, oublièrent les cascades sanglantes du 2 décembre, la déportation en masse, l’assassinat de la République, l’égorgement de toutes les libertés ;

Ils ne virent que le Marlborough, en képi galonné, partant pour la guerre.

Les pyramides d’Egypte apparurent dans beaucoup de mémoires et y masquèrent pendant six heures la maison Sallandrouze.

Entin, Napoléon III fut acclamé par la population.

Gt>3 HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III

Et les chœurs organisés habituellement par la police pour animer les promenades impériales purent, pendant cette après-midi, se reposer un peu et gagner leurs six francs par tête en ouvrant tout bonnement la bouche, sans crier, comme des choristes sans conscience.

Ce jour-là, la claque payée se reposait, c’était la claque payante qui faisait la besogne.

En arrivant sur le sol italien, l’empereur, pour faire comme normande , y alla de sa proclamation à l’armée. Nous allions reproduire ici cette pièce isolément, quand nous avons aperçu à coté un autre document qui nous a frappé par sa similitude avec le premier.

C’était la proclamation adressée à ses soldats par le général Giulay, commandant en chef l’armée autrichienne, notre ennemi.

Nous avons pensé qu’il ne serait peut-être pas inutile de publier cote à côte ces deux proclamations, afin que

nos lecteurs se rendent compte à quel point sont semblables, en tous lieux et en tous temps, les arguments que l’on emploie pour lancer les uns contre les autres six cent mille pauvres diables qui n’ont aucune raison pour s’en vouloir.

Nous croirions aussi manquer à notre devoir en ne rappelant point, à cette occasion, que ce sont les auteurs de ce genre de littérature qui ont inventé, pour chez eux, le délit d’excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres , avec la transportation au bout.

Voici les deux proclamations en question :

« Soldats!...

« Je viens me mettre à votre tête pour vous conduire au combat.

« Soldats!...

ce L’empereur vous appelle pour châtier un ennemi téméraire et insolent.

(( Notre cause est juste et sainte ; elle a les sympathies du monde civilisé.

(( Je n’ai pas besoin de stimuler votre ardeur, vous êtes les enfants des vainqueurs de Mondovi, Marengo, Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli, etc., etc.

Il est inutile aussi de vous rappeler les règles de la discipline. Vous êtes les premiers soldats du monde.

(( Soldats!...

a Avec l’aide de Dieu vous vaincrez, et la France entière répète déjà, dans un élan d’une confiance sans bornes : La nouvelle armée (T Italie sera cligne de sa sœur aînée !...

tt Napoléon. »

te Notre cause est sainte et juste ; tous les gens un peu bien sont avec nous de cœur.

(( Ferai-je appel à votre courage? Non!... vous êtes les triomphateurs de Volta, Sommacompagna , Curtatone, Montanara, Santa Lucia, Mortara, etc., etc.

te Vous parler de discipline serait vous faire injure, vous êtes les plus glorieux soldats du monde, te Soldats!...

et Protégés par la Providence, vous ne ferez qu’une bouchée de vos ennemis ; déjà, d’un bout à l’autre de Y Autriche, retentit ce cri de bon augure : Ils veulent se frotter aux Autrichiens. Oh !

la , la... malheur !...

«t Giulay. »

Nous avons tenu à publier ces deux pièces en regard l’une de l’autre.

Il est important que l’attention de nos petits-enfants soit sérieusement appelée sur l’uniformité des moyens employés par les grands de la terre pour faire tuer les petits.

En effet, au moment où deux chefs d’empire sont sur le point d’envoyer s’entre-dévorer leurs sujets , on les voit invariablement leur dire, chacun de son côté, que la cause pour laquelle ils vont mourir est sainte et juste, qu’ils sont les meilleurs soldats de l’univers et que Dieu ne saurait manquer de bénir leurs armes.

Et Dieu qui, malgré sa toute-puissance, ne peut cependant faire autant de vainqueurs que de combattants, est bien obligé de faire mentir un des deux souverains.

Ce qui n’empêche pas ce dernier de répéter avec aplomb, à la première occasion :

cc Soldats !...

« Ce Dieu, — qui nous a déjà laissé flanquer une trépignée horrible, — ne permettra certainement pas, etc., etc. »

Pendant ce temps, Victor-Emmanuel électrisait, de son côté , ses incomparables soldats, — « les premiers du monde », toujours, — par une proclamation bien sentie.

Et il essayait de prouver à son peuple que la guerre allait lui procurer d’innombrables bienfaits, au nombre desquels l’ineffable bonheur de faire partie d’un grand royaume.

Quelques Italiens, un peu moins gobeurs que les autres, se demandèrent bien quel avantage il y avait pour une nation à ce que son roi augmente le nombre de ses sujets.

Et ils conclurent par cet axiome : qu’un petit endroit oh l’on est libre vaut mieux qu’un grand oh on ne l’est pas.

Le roi de Sardaigne, cependant, n’était pas absolument antipathique à son peuple ni au nôtre.

Une réputation de loyauté chevaleresque, quelques concessions laites à temps, avaient contribué à lui créer en Europe une sorte de popularité relative.

Nous ne prétendons pas dire qu’il la méritait ; c’est contraire à nos principes.

Mais enfin, Victor-Emmanuel passait pour être aux autres souverains ce qu’un panaris est à une fièvre typhoïde.

Voici d’ailleurs le portrait qu’en trace le Trombinoscope, et qui trouve naturellement sa place ici :

ce VICTOR-EMMANUEL II (Marie -Albert -Eügène-Fekdinand-Thomas). — C’est gentil de la part de ses parrains, qui pouvaient encore, pendant qu’ils y étaient , l’appeler : Joseph, Claude, Anatole, Léon, Jules, Célestin, Robert, Paul et Andoche. — Roi de Sardaigne d’abord,

85° Livr.

et, plus tard, par suite d’agrandissement considérable de ses magasins, souverain de toute l’Italie.

« Il est le fils de Charles- Albert, qui a été longtemps confondu avec son homonyme, médecin célèbre, dont la spécialité était de guérir ses clients du repentir.

<( Il épousa, en 1842, l’archiduchesse Adélaïde d’Autriche.

(( Il prit part, à côté de son père, comme le petit Saekebruck, à la bataille de Goïto et à celle de Novare.

« Et, toujours comme le petit Sakrebeuck, y reçut une balle pendant le combat.

« La seule différence, c’est qu’il la reçut directement dans la cuisse, tandis que le petit Sakrebeuck la reçut, dans le creux de la main, de l’un de ses aides de camp,

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON III 67b

qui était allé la lui ramasser à une demi-lieue de là, sur le champ de bataille.

a Complètement battu à Novare, son père abdiqua le soir même en sa faveur, pensant que Radetzki ferait des conditions plus douces au petit, et se souviendrait, dans son triomphe, de la chanson de Thérésa : C'est pour l'enfant !

(( Radetzki connaissait ce truc par coeur ; aussi, il ne se gêna pas beaucoup.

« Et Victor-Emmanuel monta sur le trône dans les avantageuses conditions d’un négociant qui reprend ]a suite d’un établissement avec un arriéré de quinze

termes.

« Cependant il ne se rebuta pas.]

(C Aidé d’intelligents ministres, surtout de M. Cavour, il signa la paix avec l’Autriche et serait immédiatement à réorganiser les finances, l’armée et l’instruction publique.

(( A yant eu la chance de ne pas trouver dans ses jambes trop de Pouyer- Quertier, de Thiers, de Jules Ferry et de Jules Simon, la réorganisation put marcher assez vite.

(( Victor-Emmanuel resta fidèle au système de la monarchie constitutionnelle, avec toutes les libertés que cette forme comporte.

« Ce n’est pas encore le diable , mais c’est mieux que rien.

(( Il ne dissimula pas ses tendances à s’asseoir, avec tout le respect auquel ils ont droit, sur les privilèges du clergé.

(( Il enleva aux corporations religieuses le monopole de V enseignement,

« Et ne se crut pas obligé de faire empaler les réfugiés politiques qui se réfugiaient sur son territoire.

* « Ces façons d’agir ne devaient pas tarder à donner des attaques d’apoplexie à Pie IX, qui, dans un moment d’humeur, lui vida sur la tête toute sa fiole aux excommunications.

(( Heureusement que, depuis déjà pas mal de temps, si ça tache, 'ça ne brûle plus du tout.

. (( Victor-Emmanuel, 'se voyant excommunié d’une façon si furieuse, eût pu s’écrier, en versant des larmes :

(( — Oh! mon Dieu!... qu’est-ce que je vais devenir!...

K Mais il se raidit, prit la chose du bon côté, et se dit simplement :

fi 7 8

« — C’est ça qui m’est lin peu égal.

« Tl répondit courageusement au pape :

« Très-saint père,

a J’ai reçu votre honorée bulle du 15 du courant.

a Si vous voulez vous rendre un compte exact de « l’effet qu’elle a produit sur mon âme, vous le pouvez (( en posant un rigollot sur le pied de votre fauteuil quand ce vous aurez une douleur dans le dos. »

« Victor-Emmanuel envoya dix-sept mille hommes qui combattirent à nos côtés en Crimée.

« C’était une petite politesse intéressée qu’il faisait à Napoléon ITT, dont il pensait avoir besoin plus tard.

(( À* cette époque, Victor-Emmanuel perdit presque à la fois sa mère, sa femme, son père et un de ses enfants.

cc Le parti clérical ne laissa pas échapper cette superbe occasion de crier partout que c’était l’effet de l’excommunication qui commençait à se produire.

<( Nous n’en serions point étonné, puisqu’il paraît que l’on peut mourir de rire.

(( En 1855, Victor - Emmanuel visita l’empereur des Français et la reine d’Angleterre.

cc Vapereau fait courir le bruit qu’il fut 'accueilli avec enthousiasme par les deux nations.

cc Nous étions à Paris à cette époque, et jamais nous n’avons entendu parler de cela.

cc Nous croyons sans, peine que Napoléon 111 et Victoria ne l'ont pas fait dîner à la cuisine ;

cc Mais, quant au peuple de Paris, il a tout simplement fait à Victor-Emmanuel - — et il a eii raison — l’accueil que les ouvriers d’une usine font à l’ami de leur patron quand ce dernier lui à fait visiter ses ateliers en lui expli-

quant, avec un noble orgueil, la manière de bien se nourrir en faisant turbiner les autres.

« En 1859, Victor-Emmanuel, qui sentait le besoin de resserrer son alliance avec la France, donnait sa fille Clotilde en mariage au prince Napoléon.

(Voir, pour ce nom, le Trombinoscope, n° 8.)

ce Jusqu’alors cette princesse avait été réputée pour ses vertus.

« Depuis ce jour, elle l’est pour ses malheurs.

<( À partir de ce moment, la fortune sourit à Victor- Emmanuel.

« Il avait rêvé d’affranchir l’Italie tout entière pour...

GSI

en être seul maître. — Ce qui équivaut à chiper ries chiens à droite et à gauche pour s’en taire une meute.

ce C’est toujours comme cela que les rois comprennent l’affranchissement des peuples.

« Les chiens, qui ne savent pas parler, ne peuvent guère s’en plaindre.

ce Les hommes, qui parlent, l’endurent.

((. Ainsi soit- il !...

ce Au physique, Victor-Emmanuel ferait un assez joli marchand de chevaux.

« Fidèle à ses habitudes, ce roi, qui n’a jamais lien su faire qu’à l’aide d’alliances, n’a pas meme pu se faire une paire de moustaches sans appeler ses favoris jusqu’aux oreilles dans la combinaison.

86e Livr

« En somme, Victor- Emmanuel est un de ces rois libéraux par nécessité, qui savent faire la part du feu pour conserver leur place.

«. Un de ces rois, enfin, qui se font tolérer un peu plus longtemps que les autres, parce qu’ils sont moins gênants,

«. Mais qui finissent toujours par se faire remercier, parce qu’ils sont aussi inutiles. )>

Le quartier général français était à Alexandrie.

Delord raconte que Napoléon III, en y arrivant, trouva dans la maison où il reçut l’hospitalité la carte sur laquelle le premier consul Bonaparte avait dressé le plan de la bataille de Marengo.

Hélas!... le futur héros de Sedan considéra ce plan, — si complaisamment étalé sous ses yeux, — avec cet air intelligent d’un abonné de Y Union cherchant à comprendre un numéro du Tintamarre .

Le 20 mai, les hostilités commençèrent.

Napoléon III n’ayant encore en le temps de donner aucun ordre, nos années furent victorieuses à Montebello.

Mais l’absence de tout plan de campagne empêcha de profiter rapidement de cette victoire.

Car nous n’avons la prétention d’étonner personne en constatant que l’empereur était parti des Tuileries, pour aller faire la guerre à l’Autriche, sans avoir fait plus de préparatifs que s’il eift été faire un tour de promenade au bois.

Autant cet homme d’élite avait de prévoyance, autant il pensait à tout lorsqu’il s’agissait de mitrailler son peuple sur les boulevards,

Autant il 11e se préoccupait de rien quand il allait jouer à l’étranger la vie de ses soldats, l’honneur et la fortune de son pays.

Pendant vingt-trois jours la victoire de Montebello demeura sans fruit, parce que l’on ne savait qu’en taire, ni par quel bout la prendre pour en tirer parti.

On ne peut s’empêcher de se demander quelles conséquences eut pu avoir une défaite pour une armée qu’un succès décalait à ce point.

Un peu plus, l’empereur était obligé de télégraphier à Eugénie :

« Succès si étourdissants, que crains avoir pas force en profiter. - — Hâtez défense de la capitale. »

Sur ces entrefaites, Garibaldi était entré en lice et surveillait les Autrichiens à la tête de ses volontaires.

Nous allons avoir le plaisir de présenter à lies lecteurs, - — avec l’aide du Trombinoscope , — une des plus grandes ligures des temps modernes.

« GARIBALDI (Joseph), général italien, né à Nice le 4 juillet 1807.

« Pie IX avait déjà une quinzaine d’années quand Gari- 'baldi naquit.

« Mais, si l’on en croit la nourrice de ce dernier, son premier cri, en venant au monde, fut :

« — Je te rattrapperai bien tout de même.

« Tout- jeune, Garibaldi entra dans la marine sarde et dans une fureur bleue contre le despotisme.

«: Dès 1834, compromis dans une conspiration, il fut obligé de quitter l’Etat de Gênes.

Mais il le retrouva très-aisément en France, où il dût se faire professeur de mathématiques pour vivre.

histoire tintam Presque de napoléon iii

« Après un court séjour clans la flotte du bey de Tunis, il fut investi du commandement en chef d’une escadre par la République de F Uruguay.

« Fait prisonnier, il s’évada et organisa, contre Buénos- Ayres, des corps de partisans italiens, dont le négligé de la toilette eût fait mourir de rire le correct Trocliu, mais qui, à défaut de capotes ouatées, se couvrirent de gloire.

c( En 1848, il revint'combattre pour la liberté italienne, fut nommé député du Piémont par l’opposition.

ce Et, lorsque l’année suivante, la république fut proclamée à Rome, il se mit à la tête de sa légion pour combattre le général Oudinot, envoyé par la République française pour anéantir la République romaine.

« Ce qui, par parenthèse, 11e paraîtra pas à l’histoire d’une logique bien serrée.

(( Il soutint le siège de la ville et brûla en trente jours huit cents fois moins de cierges, et trois mille fois plus de poudre que le général Trocliu ne devait le faire plus tard, à Paris, en six mois.

K A la dernière extrémité, il proposa de faire sauter les ponts et de combattre jusqu’à la mort.

« Rome s’y refusa.

ce Circonstance qui a permis à Trocliu de s’excuser de sa mollesse, en répondant à ceux qui lui opposaient ce'tte comparaison :

« — Je ne pouvais pas proposer à Paris de pareils moyens, sachant d’avance qu’il les accepterait.

cc Garibaldi s’échappa de Rome et s’embarqua pour Gênes.

« De là, il repartit pour l’Amérique, où il fit, dit-on, une fabrique de chandelles, — de chandelles romaines, probablement. —

« Le Gaulois et le Figaro se sont réjouis longtemps, par d’aimables ricanements, qu’un militaire ait pu devenir négociant par nécessité.

oc Il est vrai que, lorsque plus tard, ils virent des négociants essayer de se faire soldats par devoir, ils en ricanèrent pour le moins autant.

((. I! ne faut pas s’en étonner.

.(( Le mérite spécial de ce genre de presse est d’affecter de croire qu’un pays ne peut être sauvé que par des soudards dorés sur tranches, et de nier qu’un fabricant de chandelles puisse jamais avoir autant de patriotisme que le maréchal Bazaine.

ce En 1859, Garibaldi revint se mettre à la disposition du Piémont.

ci II fut nommé en mai major général, combattit comme un lion, excitant l’enthousiasme de l’Europe entière, excepté Louis Yeuillot.

HISTOIRE TINTAMARllESQUE DE NAPOLÉON III

cc Au physique, Garibaldi, par la douce expression de son visage, rappelle à ceux qui connaissent Veuillot que tous les hommes sont frères. Il était temps !...

(( Il est perclus de rhumatismes, ce qui n’est pas étonnant, car le général Trochu lui doit cette célèbre phrase dont il a tant usé... de son lit : Nous couchons sur les positions !...

(( C’est, d’ailleurs, tout ce qu’il lui a emprunté.

« Par suite d’une blessure qu’il a reçue à Aspromonte, Garibaldi boite fortement.

(( S’il marchait à côté du comte de Chambord, ils se donneraient mutuellement, à chaque pas, un bon coup d’épaule.

c( Mais ce ne serait pas de bon coeur. »

87e Livr.

Voilà quel était l’homme que la France allait avoir pour allié.

Il fallait que Garibaldi aimât bien sou pays pour que M. de Cavour pût le décider à combattre à côté de Napoléon III, qui, dix ans auparavant, avait fait assassiner la République romaine.

En acceptant le commandement qui lui était offert, il dit meme à ce propos à M. de Cavour, cette phrase que nous dédions à notre maison de Bourbon :

— N’oubliez pas que l’aide de l’étranger coûte toujours très-cher.

Garibaldi commença alors sa campagne de tirailleur.

Il prépara souvent à nos armées des succès dans lesquels les bulletins de victoire des généraux réguliers ne lui firent pas toujours sa vraie part.

C’est que ce soldat-citoyen représentait l’idée révolutionnaire.

Et quels que fussent les services qu’il rendit, les généraux impériaux, bien chamarrés, ne pouvaient guère se retenir de considérer sa collaboration comme une sorte d’encanaillement, duquel il faudrait se nettoyer bien vite une fois la campagne terminée.

Quelques jours après, le combat de Palestro et la bataille de Magenta, dans lesquels les Autrichiens furent encore battus, nous ouvrirent la route de Milan.

C’est à cette dernière bataille que le général Mac-Ma-

bon fut fait maréchal et duc de Magenta.

Sans lui cette journée était perdue.

L’empereur, qui avait voulu faire le malin, s’était amusé à fourrer son nez le matin dans le plan des opérations, et naturellement avait tout dérangé.

Mac-Mahon, fort à point, avait réparé les imbécillités de son souverain.

Des honneurs bien mérités l’en récompensèrent.

Justice eût été complète si le même décret, qui nommait Mac-Mahon maréchal et duc, eût en même temps promu l’empereur au grade d’aide infirmier auxiliaire dans un régiment de 1 igné.

La nouvelle de ce succès ne combla pas de joie l’empereur d’Autriche, comme on peut bien le penser.

Furieux, il se décida à prendre en personne le commandement de son armée.

Le 18 juin, les deux empereurs étaient en présence.

En prenant son commandement, François-Joseph ne manqua pas d’adresser à ses soldats la petite proclamation de rigueur.

Naturellement, dans cet ordre du jour, il avait l’air de dire à son armée :

— Jusqu’à présent, on ne vous a fait faire que des bêtises ; mais maintenant que je suis là, ça va marcher.

Ci 93

Effectivement, six jours à peine après son installation comme commandant en chef, il recevait à Solferino la plus abominable frottée que l’on puisse imaginer.

Ce n’était vraiment pas beaucoup la peine de se déranger.

Mais François-Joseph, en accourant prendre le commandement des mains de ses généraux de l’air important d’un homme qui dit : Donnez-moi donc ça que je vous montre comment on s'en serf !... avait entrevu un autre dénouaient.

Il s’était vu ramenant la victoire compromise, couvert d’acclamations et de couronnes, acquérant aux yeux de son peuple un nouveau prestige, qui devait lui servir à consolider son pouvoir.

Cette ficelle monarchique, qui lait partie du répertoire de tous les souverains, lui cassa cette fois dans les mains.

Et à part le plaisir que peut nous causer une victoire de la France, il en est un beaucoup plus vif encore pour nous, nous l’avouons, c’est celui que nous lait éprouver la vue d’un empereur déçu dans ses espérances les plus chères.

Après la victoire de Solferino, tout le monde crut que, plus que jamais, le programme de Napoléon III : L'Italie libre jusqu'à l' Adriatique, touchait à sa réalisation.

Et l’on se préparait à poursuivre vigoureusement la campagne.

Déjà même il était question, — et l’empereur y semblait décidé, — d’assurer la victoire définitive en aidant au soulèvement de la Hongrie contre l’Autriche, et en admettant ainsi la collaboration précieuse du mouvement révolutionnaire.

Mais, tout à coup, on vit les opérations s’arrêter.

Et tout le monde se demanda la cause de cette inaction après de remarquables succès.

La cause, c’était que Napoléon III avait réfléchi.

Et qu’au moment de soulever la Hongrie au nom de son indépendance, il s’était dit, — ce que les empereurs se diront toujours en pareil cas :

— Imbécile que je suis !... Qu’est-ce que je vais faire?... Accepter le concours de l’idée révolutionnaire, moi, l’homme du 2 décembre!... Faire combattre ma garde prétorienne à côté d’un peuple qui marchera pour sa liberté !... ce serait idiot de ma part!... A quoi m’exposeraisje, si j’établissais ce précédent?... Faire le jeu de l’imion des peuples!... jamais !... Que l’Italie se débrouille maintenant comme elle pourra, et arrêtons les frais!... Je suis venu soi-disant pour lui rendre son indépendance. La vérité est que je venais tout simplement y chercher un peu de gloire, qui était nécessaire à la tranquillité de ma liste civile. L’Italie n’a pas sa liberté ; mais j’ai ma gloire, c’est l’essentiel. Restons sur le goût du bon morceau de Solferino,et allons-nous-en passer sous les arcs-de-triomphe des boulevards !...

HISTOIRE TINTAMARRESQUE DE NAPOLÉON IIl

En effet, un armistice avait été proposé et réglait les conditions d’une entrevue avec les deux empereurs.

Et, le 11 juillet 1859, les deux augures se rencontrèrent à Villafranca, pour y discuter les conditions d’une paix dans laquelle ils devaient puiser tous deux une douce quiétude pour l’avenir de leurs appointements.

Nous croyons utile de publier ici le compte rendu de cette conversation, à l’intention de ceux de nos lecteurs qui auraient conservé quelques illusions sur le désintéressement des grands de la terre, et se figureraient encore naïvement que lorsque deux potentats, qui viennent de faire s’écharper trois cent mille de leurs sujets, se rencontrent face à face, leur premier mouvement est de se sauter dessus et de se dévorer pour venger tant de sang répandu.

Ce n’est pas ça du tout, comme on va le voir :

HISTOIRE TINTAMAR.RESQUE DE NAPOLÉON III

La scène représente un élégant salon de la maison Gaudini Morelli Bugna. (Des havanes et du tabac sur le guéridon.)

Ah!... bonjour, cher ami!... Comment allez-vous ?... Et

madame?... et la

i petite famille?...

FRANÇOIS-JOSEPH

Parfaitement, cher?... Et chez’ vous ?... Vous avez une

mine superbe.

Oui... les fatigues de la campagne... Mais, vous-même, vous êtes trais comme une rose.

FRANÇOIS-JOSEPH

Dame !... vous comprenez... la douleur de voir tuer tant

de braves gens. ..

. ça engraisse!...

Voyons, nous allons arranger cette affaire-là... hein?

FRANÇOIS-JOSEPH

Vous comprenez bien que je ne demande pas mieux Mais vous n’allez pas m’écorcher.

SS1 i.ivn.

Parbleu!.. Soyez tranquille... on s’entendra.

FRANÇOIS-JOSEPH

Oli ! ce n’est pas pour moi, vous pensez... Quelques provinces de moins, quelques millions de plus à payer, je m’en bats l’œil... Mes contribuables n’ont pas été inventés pour des prunes.

Sans doute.

FRANÇOIS-JOSEPH

Mais ce qui m’inquiète, c’est de signer une paix qui me ferait crier : « À la chienlit!... » en rentrant à Vienne.

Nous allons arranger cela de façon à ce que vous soyez content et moi aussi... D’abord vous savez que je ne vous en veux pas du tout.

FRANÇOIS-JOSEPH

Et moi donc... Pourquoi nous en voudrions-nous?... Nous avons tous deux des enfants à caser, à établir... Et qui sait?... ( tapant sur le ventre de Napoléon 111) peut-être qu’un jour... votre petit Louis... on pourrait...

•T’allais te le dire, ma vieille branche !...

FRANÇOIS-JOSEPH

Eli! bien, soutenons-nous... c’est ce que nous avons de mieux à faire. Quant à moi, je vous assure que « je ne me prêterai jamais à aucune coalition destinée à faciliter un changement de dynastie en France )) (sic) .

NAPOLÉON ni.

Ah!... mon frère!... cette parole me lait du bien!... Quant à moi, je vous donne ma parole d’honneur que, de ma vie, je ne m’allierai à ceux qui pourraient vouloir vous déboulonner de dessus votre trône.

FRANÇOIS-JOSEPH

Bien mieux!... C’est que si un jour vos républicains se mettaient à remuer de façon à vous donner des inquiétudes, je me ferais un plaisir de vous prêter quelques régiments pour aider votre garde impériale à les convaincre de l’excellence de votre gouvernement.

Ali ! par exemple, frère!... après cette parole-là, c’est entre nous à la vie, à la mort!... Et si jamais les démocrates autrichiens se permettent de te manquer de respect, envoie-moi un télégramme et je te prête Mornv et . Canrobert, tu m’en diras des nouvelles.

FRANÇOIS-JOSEPH

Combien je suis heureux de cette circonstance qui nous a fourni l’occasion de nous comprendre. Maintenant, si nous causions un peu du sort de l’Italie...

Oh !... pas besoin... Ce qui nous concerne personnellement tous les deux est convenu ; pour ce qui la regarde, on arrangera ça à peu près.

FRANÇOIS-J OSEPII.

Oui... une cote mal taillée.

Maintenant, frère... embrassons-nous.

(J/s s' ambrassent et se séparent.)

Aussitôt après cette entrevue, dans laquelle la question du bonheur des peuples avait joué le rôle de onzième utilité, on s’empressa de rédiger le traité suivant :

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