Guy de Saint-Gelais, s. de Lansac
2. La flotte espagnole arriva au secours de Blaye le 17 juillet 1593.
ou sept vingts gentilshommes, entre ceux-là plusieurs de bonne maison, s'estoyent jettez sur les vaisseaux par honneur, ils ne pouvoyent souffrir celui qu'ils estoyent contraints de rendre à un homme de moindre condition qu'eux. De là naquirent plusieurs inventions et reproches contre La Limaille ; dont avint que l'armée espagnole, ayant pris son temps et passé à la veuë de l'autre sans estre combatue, toute la noblesse criant Bataille, l'amiral n'eut pas faute d'acusation. A quoi s'ameuta aussi le mareschal de Matignon, si bien que, plein de divers raports contre cet homme, il le fit comparoistre à Rouan au conseil du roi. Ce prince et ses amis lui firent dire qu'ils s'absentast, mais il n'en voulut rien faire. Et, quant le mareschal eut fait une furieuse harangue contre lui, concluant qu'il seroit pendu ou qu'il falloit quitter le mestier, cettui-ci demanda au roi s'il ne lui avoit pas commandé d'obéyr absolument au mareschal. Gela estant concédé, il tire deux lettres de sa pochette, lesquelles estans reconnues, on vid que la première lui défendoit tout combat avant l'arrivée du mareschal ; la seconde, le mesme avec menaces de mort ; et puis, en excusant l'ennemi de sa vie, il monstra par reigles de marine que ce combat ne se pouvoit. Soit dit à la descharge de ce pauvre capitaine, que nous venons de voir mourir à Amiens, à un exemple des espines que trouvent en leur chemin ceux que la vertu eslève par-dessus l'extraction, et à la bonne justice d'un roi, homme de guerre, pource que, devant les princes ignorans du mestier, peu de probité se sauve devant tels accusateurs.
Encores, devant la prise d'Amiens, s'estoit passé
dans Agen un accident notable par la prise de la ville, escalée et pétardée sur la reconnoissance et sous la conduite de Favas1; qui, ayant fait franchir la muraille aux siens, défait les corps de garde, gagné toutes les places, il fut arresté premièrement par une galerie percée et flanquée sur la porte du Pin. Le pillage de la ville, qui est belle et riche, lui ayant desbauché tous ses hommes, hormis quelque peu de gens de commandement, tant s'en faut qu'il lui restast de quoi forcer la petite citadelle, que les habitans, s'estans ralliez aux maisons plus prochaines et quelques-uns dans le fossé de dehors, firent un gros dans la rue proche de la porte que Favas n'osa halener. Quand le capitaine de la porte se vid si froidement attaqué et par si peu de gens, se voyant deux cents hommes contre vingt, il fit lascher le pied à Favas jusques dans la grande place, et là recueillit ceux qui avoyent gagné quelque temps ou qui s'estoyent cachez. Favas, n'ayant oublié rien de ce que pouvoit un capitaine en tel cas, fit assez ce ralier ceux que le danger avoit rendu obéyssant, en laissant perdre environ quarante des autres. A la retraite fut tué Sainct-Chamaran, séneschal du pays. Favas se retira, presque tousjours combatant, jusques à Lésignan2.
1. Jean de Fabas ou Favas, baron d'Auros, maréchal de camp, fut nommé en 1605 gouverneur de la sénéchaussée d'Albret.
2. D'Aubigné se trompe. Il n'y eut point de surprise d'Agen à la date où nous sommes. L'auteur raconte ici une surprise de la ville qui eut lieu dans les premiers jours de janvier 1591 et où le capitaine Saint-Ghamarand fut tué avec son fils. Ce fait d'armes a été le sujet d'une relation qui a été publiée par M. George Tholin dans la Ville d'Agen pendant les guerres de religion au XVIe siècle, chap. xvn. Le 20 avril 1594, les trois ordres de la ville d'Agen
11 n'y a rien entre la Provence et nous, qui nous arreste en chemin.