Chapitre XX
De Provence, Dauphiné et autres lieux voisins. Prise du fort de Barraulx.
Ayant la Provence, le duc d'Espernon , qui s'y establissoit , Lesdiguières , qui avoit employé ses forces à faire deux voyages les deux années passées de ce costé1, voulut travailler du sien; et pourtant partit de Grenoble à la fin du mois de juin 1 596 2 avec cinq mil hommes de pied et près de six cents chevaux3 pour donner dans la Morienne4. Ce fut avec des peines indicibles qu'il put faire passer ses troupes au haut de la montagne, où il trouva pour rafraîchir ses gens harassez un corps de garde de quelques cinq cents hommes qui ne devoyent pas estre forcez aux avantages qu'ils gardoyent. Mais les cimes des rochers ayans esté gagnées par les costez hors de toute espé-
avaient décidé l'envoi d'une députation au roi pour lui apporter leur soumission.
1. Devenu gouverneur de Grenoble, dont il se rendit maître par trahison en 1591, Lesdiguières passa les années suivantes (1592 à 1598) à guerroyer avec succès, tantôt contre le duc de Savoie, tantôt contre les ligueurs de la Provence.
2. Cette campagae commença au mois de juin 1597, non en 1596, comme le dit d'Aubigné (De Thou, liv. GXIX).
3. Lesdiguières partit de Saint-Robert, près de Grenoble, avec 0,000 hommes et 500 chevaux le 20 juin 1597.
4. Le pays de Saint-.lean-de-Maurienne (Savoie). M. l'abbé Truchet a publié en 1887 une étude, Saint-Jcan-dc-Mauriennc au XVIe siècle, où il a condensé, d'après les archives de cette ville, des détails nouveaux sur la guerre du duc de Savoie.
rance et après une grande estude du pays, et d'ailleurs estans hazardeusement pressez par le devant, les royaux mirent la main fort courageusement aux barricades, en renversèrent quelques-unes et prirent pied. Ayans chassé cette garde, sur laquelle dormoit le comte de Salines1, lieutenant du duc de Savoye, il lui fallut quiter la Morienne, qui fut aussitost saisie. Il eut soin du chasteau de Sainct-Michel2, où, s'estant avancé pour rasseurer la garnison, il rendit quelques légers combats, mais il fallut vuider, et de là en avançant prendre son partage au delà du mont Sénis, et ayans les siens, à la retraite, quitté la pluspart des armes et toutes les munitions. Les royaux fortifièrent les chasteaux Sainct-Jean et Sainct-Michel et accommodèrent quelque corps de garde sur le grand chemin qui va en Piémont.
Le duc de Savoye3 n'eust pas plustost mis ensemble trois mil hommes de pied, la pluspart Italiens, et quelques six cents chevaux, que, passant par le val d'Oste4, il gagna la Tarantaise5, où le comte Martinangues avoitson armée, composée de six mil hommes
1. Sancho de Salinas, colonel de la cavalerie légère du duc de Savoie.