Chapitre IV
Reddition de Rouan, Abbeville, Rheins et autres places. La pyramide.
De Paris apprirent leur leçon , en mesme temps, plusieurs grandes villes. Nul n'avoit espéré que ce grand corps, malade de sa grandeur, de tant et telles convulsions, peust venir si tost à son repos. L'édict de la pacification2, curieusement envoyé et plus curieu-
1. Paris se soumit à Henri IV le 22 mars 1594. Voyez, sur ce grand événement, une série de pièces imprimées, conservées à la Bibliothèque nationale {Catalogue des imprimés, t. I, p. 387). La déclaration du roi, datée du 28 mars 1594, relative à la soumission de la ville, est imprimée dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 71.
2. Une pièce, datée du 25 février 1594, donne l'état des places
sèment receu par tout où la nécessité commandoit; l'exemple du doux traitement fut bien autant efficacieux que les ordonnances; car, quelques insolences qu'eussent commis les particuliers, nul ne quitta sa patrie, horsmis ceux qui estoyent entachez du crime de lèze Majesté1, au premier chef, et Leclerc2, qui ne pouvoit de bonne grâce comparoistre devant ses prisonniers.
Lesquels, tous assemblez, commencèrent à révoquer par édict public toutes les authoritez données au duc de Mayenne, comme honnestement se desdisans et expians publiquement les diffames prononcez contre le roi mort et contre le régnant. A cela, les réfugiez de Tours3 prenans leur part de la honte en apparence, mais triomphans en honneur par effect.
Rouan prit envie de faire par exemple ce qu'ils faisoyent par nécessité; mais, ayant une citadelle et n'ayant pas son droit entre les mains, elle ne put faire sa paix elle-même4. Il fallut la traitter par les
qui appartenaient encore à la Ligue (f. fr., vol. 3989, f. 100). Le 20 mars, une déclaration du roi amnistia tous les coupables, même les Seize (f. fr., vol. 15591, pièce 75). Le 28, le roi remit en fonctions le Parlement de Paris, qui avait été transporté à Tours (Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 82). Le 30, par arrêt de la cour, tous les actes du Parlement et du conseil de Ligue furent révoqués et les pouvoirs du duc de Mayenne annulés (f. fr., vol. 4019, f. 279).
1. Un édit du roi, daté du 30 mars 1594, condamna à l'exil une certaine quantité de rebelles, dont les noms figurent dans une pièce du temps (f. fr., vol. 4019, f. 275).
2. Jean Bussy Leclerc, un des Seize, ancien procureur, un des assassins de Brisson.