Lesdiguières arriva en vue du Vigon le 3 octobre
per le retour aux ennemis, et, avec sept cents harquebusiers qui lui restoyent, emporta d'emblée les logemens qui estoyent hors le retranchement. Mais là il y eut plus de résistance, car on y fut aux mains deux heures, et en fin tout fut forcé et taillé en pièces, sauf quelques capitaines, qui demeurèrent prisonniers. La mort du collonel Branqueti, qui y commandoit, aida bien à l'estonnement. Dix drapeaux, qui y furent gagnez, furent envoyez au roi. Ses victorieux perdirent vingt-quatre hommes, parmi ceux-là six de commandement.
L'effroi de ce combat estonna tous les lieux foi blés du pays, de façon que tout contribuoit à la nourriture de l'armée1. Le duc de Savoye, ayant lors ses forces en Provence, mit en avant un traité, par le comte de Morette, offrant de rendre au roi Berre, Salon de Graux, Grâce et quelque bicoque de moindre conséquence autour d'Antibes2, qu'il tenoit en Provence3 pour lors. C'estoit seulement pour se donner le loisir de faire passer ses forces en Saluées ; ce qui ne fut pas empesché pour le désir et dessein que prit Lesdiguières de fortifier Briqueras4, tant à cause de son assiette que de sa conséquence. A cela il ne fit pas seulement travailler les pionniers, mais
1. Le 1er novembre 1592, Lesdiguières rendit une ordonnance qui obligeait les sujets du duc de Savoie à prêter le serment de fidélité au roi et à fournir des vivres à son armée. M. l'abbé Truchet a publié (Saint- Jean-de-Maurienne au XVIe siècle, p. 443 et suiv.) de curieux détails sur les réquisitions de l'armée royale.
2. Berre, Salon (Bouches-du-Rhône) ; Grasse, Antibes (Alpes- Maritimes).
3. Le duc de Savoie s'était emparé d'Antibes le 31 juillet 1592.
4. Lesdiguières travailla tout le mois d'octobre 1592 aux fortilications de Briqueras.
tous les soldats et les capitaines et gentilshommes plus apparens1. Par ainsi, Briqueras se trouva, dans trois semaines, fortifiée en exagone et tout en défense, tant la courtine que les bastions.
Son Altesse cependant ramassoit de tous costez ses gens et ses amis et les faisoit couler à Saluées par divers endroits. Les troupes de Provence repassèrent le col de Tende2. Amédée3 quitta la Savoye, entre les mains du comte de Tréfort. De mesme quartier, Dom Olivarez recueillit les bandes, dont il menaçoit les Genevois. Le duché de Milan fut espuisé de ce qu'il avoit, et, joignant quelques forces du Montferrat, laissèrent à leur droite le Pau, et, par la tour Sainct- Georges, gagnèrent Saluce.
A la veuë de ces forces, Lesdiguières apprit, par les courses que ses gens faisoyent de tous costez, comment ceux de Dormesan4, ayans promesse d'estre soustenus, se barriquoyent pour refuser la contribution à laquelle, comme tout ce pays, ce lieu s'estoit taxé. Le Pouet y fut dépesché avec deux cents chevaux, le régiment de Bernon et ceux de Languedoc. Il envoya les sommer, à quoi ils firent les mauvais au commencement. Mais, voyans les troupes disposées pour donner, l'effroi se mit parmi ceux du lieu, et les soldats, qui y estoyent accourus d'ailleurs,
1. Lesdiguières donnait l'exemple et travaillait lui-même aux fortifications de Briqueras (De Thou, liv. GUI).