Orbassan, non loin de Briqueras
estans foibles, seuls se rendirent à discrétion. Mais Briquemaut1, ne voulant point user de la rigueur des termes, pour n'effaroucher pas le pays (ce qui eust accourci les vivres), il fît conduire les estrangers jusques à veuë de Rivalte et ne fit que repaistre deux heures sans piller.
L'artillerie de Lesdiguières estoit lors à Eschiles2, conquise auparavant et qui estoit comme frontière vers Suze. Et fut chose merveilleuse comment de ce lieu on put faire gagner le canon jusques à la Pérouse, car, les chevaux ne pouvans prendre pied, il falut faire cette maneuvre avec les bras des hommes. Et là, ce chef fit servir à propos l'intérest du peuple, car chasque paroisse faisoit des efforts merveilleux pour se délivrer du train de ces machines et les mettre dans la borne de leurs voisins. Cela dura jusques au treiziesme jour que trois canons de basse batterie et deux de haute arrivèrent dans Briqueras. L'armée receut joye et le pays effroi, quand une volée de canonnade, entendue jusqu'à Turin, apprit au pays que l'artillerie, aux armes de la France, se promenoit. Le lendemain, on eut nouvelle tout à la fois que l'Altesse, avec son armée, campoit autour de Villefranche3, que Gouvernet4 et autres avoyent passé les
1. Le s. de Noyan-Briquemaut, porté dans l'état de la maison du roi de Navarre, pour Tannée 1585, comme gentilhomme de la chambre, de service pendant le quartier de juillet (Lettres de Henri IV, t. II, p. 328, en note).
2. Exilles, situé sur le cours supérieur de la Dora-Riparia, en Italie.