‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 122 sur 316 · René de la Grezille, s. de la Tremblaye · texte numérisé non relu

René de la Grezille, s. de la Tremblaye

entreprise qu'il avoit sur Guerrande1, de laquelle le chemin estoit esclairé de plusieurs places liguées et d'ailleurs obligé dans le destroit de deux rivières, Loire à gauche et la Vilaine à droite. Gomme La Tremblaye pensoit loger à Messillac, il trouve dans le pays l'effroi qu'y apportoit la compagnie du marquis de Belle-Isle2, lors très forte, et que le peuple avoit pris pour l'armée mesme. Ce jeune capitaine tint conseil le cul sur la selle, et, contre l'avis des plus vieux, raisonna ainsi : « Si nous tournons visage, nous ne pouvons nous sauver à tirer de longue, harassez comme nous sommes; nous aurons les compagnies de chevaux-légers, qui auront leur département sur nostre chemin, ameutez et en ordre sur nos trousses, et à leur cul la cavalerie de l'armée. Mais, si nous donnons témérairement dedans le logis du général, deux cents harquebusiers et cent vingt maistres que nous avons, pour le moins y porterons-nous de la confusion, avantageuse aux plus foibles, et l'espérance du désespéré. Ceux qui n'y cercheront pas la mort ou la victoire, comme je ferai, s'eschaperont mieux à pièces descousues qu'apelans en gros tout à soi. Pour moi, le dernier avantage que j'y trouve, c'est d'y mourir sans avoir tourné le dos. » Les plus courageux consentent à cela par gayeté de cœur, les autres par compagnie. Ainsi, cent trente maistres du marquis, n'ayans qu'un pied à l'estrié, furent emportez sans ordre et avec peu de meurtre, mais avec quarante prisonniers, deux cents chevaux pris et un grand ati-

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