Var. de l'édit. de 1620 : « Affaires des réformez
2. L'assemblée des réformés, à Saumur, s'ouvrit le 22 février 1595 (Hist. des assemblées polit, des réf. de France, par Anquez, p. 68).
changement de tresve en paix et remonstrer que, durant les services notables des réformez, qui portoyent, par toutes les parts du royaume, les plus grands fardeaux de la guerre, il n'estoit pas raisonnable que, sous le règne d'Henri IV, on leur refusast la paix et les mesmes conditions accordées neuf fois par les rois, leurs persécuteurs, que par la trefve, de laquelle le nom seul faisoit présupposer, non seulement distinction à leur désavantage, mais encores inimitié et hostilité. Ils entroyent en une juste crainte que, travaillans pour ceux qui leur refusoyent la paix et qui chérissoyent le tiltre d'ennemi, ils les aprouvassent tels bien tost par effects.
Ces choses remonstrées au roi , il protestoit en secret de sa bonne volonté, et, en parlant à ceux qu'on lui envoyoit, usoit du terme de NOS ÉGLISES. Et, comme telles négociations commencèrent dès un an après son changement, tant que son affermissement fut douteux, il mettoit ses craintes pour excuses. Mais, estant affermi et perdant peu à peu le goust des réformez, il coucha de sa force pour menaces, et commença pourtant à traiter, asseurant les catholiques que la paix des réformez seroit la dernière de toutes.
Le chef de la Ligue, ayant fait la sienne, fut un des plus équitables conseillers pour l'avancement des traittez; ce fut lui qui, dans le conseil, s'opposa à ceux qui traittoyent indignement la réputation des réformez, qui blasma le refus de la paix à ceux ausquels il attribuoit la ruine de son parti. Le roi ne fut pas marri d'avoir un autheur de telles qualitez pour la pacification qu'en efïect il désiroit. Et lors, par sa
permission, fut convoquée pour traiter à bon escient l'assemblée, qui, deux ans entiers, se vid premièrement à Chastelleraut , à Vandosme1, à Saumur2, et puis acheva la paix à Chastelleraut3. Ce fut à Vandosme qu'elle receut les premiers députez du roi, Vie4, conseiller d'Estat, et Calignon5, duquel nous avons parlé ci-devant, lors chancelier de Navarre. Vie fit une harangue à l'ouverture, admirée par les réformez pour une excellente construction de belles paroles, qui mesnageoyent les promesses et menaces, l'espoir et les craintes d'un artifice nompareil. Les choses ne firent que commencer en ce lieu, d'où quelque épidémie chassa la compagnie à Loudun6, et d'où on partit encores pour la commodité
1. L'assemblée des protestants, à Vendôme, eut lieu vers la fin du mois d'octobre 1596 (Anquez, p. 71).
2. L'assemblée des protestants se transporta de Vendôme à Saumur le 5 mars 1597 (Anquez, p. 72).
3. L'assemblée de Ghâtellerault s'ouvrit le 16 juin 1597 (Anquez, p. 73). Elle formula des demandes, des plaintes, des réclamations nombreuses justifiées par l'éclat des services que le parti réformé avait rendus au Béarnais, dont le cahier est conservé en copie, datée du 6 décembre 1597, dans les V° de Golbert, vol. 178. Le roi y répondit le 7 février 1598. Cette réponse est conservée dans le fonds français, vol. 4047, f. 302 (copie). On peut comparer le récit de YHist. univ., touchant l'assemblée de Ghâtellerault, avec celui des Mémoires ou Journal de ma vie de d'Aubigné (édit. Lalanne, 1854, p. 96 et 106).
4. Méry de Vie, conseiller d'État, souvent cité dans les Lettres de Henri I V.
5. Geofroi de Calignon, chancelier de Navarre, natif de Grenoble, mort en 1606. M. le comte Douglas a publié en 1874 la Vie et poésies de Soffrey de Calignon, Grenoble, 1874, in-4°, savant ouvrage qui fait connaître un des plus fidèles serviteurs de Henri IV.
6. Vie et Calignon se présentèrent à l'assemblée de Loudun le
des députez du roi venus à Saumur; c'estoit Chomberg1, le président de Thou2, le secrétaire Villeroi3, qui ne s'y attachoyent pas tousjours, et puis le chancelier Calignon.
Je veux laisser à la mémoire une marque de fidèle partisan en la personne du duc de Thouars4, autrement de La Trimouille, choisi avec Le Plessis5, le ministre Charnier6 et moi, pour contester sur le tapis les matières qui n'eussent peu, sans trop de confusion, estre digérées par le corps de l'assemblée, qui estoit lors de soixante-dix testes et quelquefois de quatre-vingts. Le comte de Chomberg et le président de Thou, estans arrivez les premiers, en attendant les autres deux, prièrent La Trimouille de faire un
22 juillet 1596. On conserve dans le fonds français (vol. 3463, f. 60) l'instruction que le roi leur donna en les envoyant à Loudun.
1. Gaspard de Schomberg, second fils de Wolfgang de Schomberg, naturalisé français en 1570, conseiller d'État, et, en 1594, comte de Nanteuil, mort le 17 mars 1599 [Lettres de Henri IV, t. II, p. 423, en note).
2. Jacques -Auguste de Thou, le plus grand des historiens français.
3. D'Aubigné oublie les s. d'Émery et de Vie. On conserve dans le fonds français l'instruction que le roi leur donna lors de leur premier voyage à Ghâtellerault, en date du 19 juillet 1597 (f. fr., vol. 4047, f. 272), et celle qu'ils reçurent lors de leur second voyage, 6 décembre 1597 (ibid., f. 289).°
4. Claude, seigneur de la Trémoille, duc de Thouars, né en 1566, fils de Louis de la Trémoille et de Jeanne de Montmorency, fille du connétable, mort le 25 octobre 1604.
5. Du Plessis-Mornay. Les Mémoires de la dame de Mornay s'étendent longuement sur ces assemblées des églises protestantes.
6. Daniel Charnier, controversiste protestant, professeur de théologie à l'Académie de Montauban, tué au siège de cette ville le 17 octobre 1621. M. Charles Read a publié en 1858 le Journal du voyage de Charnier à la cour, en 1607.
tour d'allée avec eux, et le président, prenant la parole, dit ainsi1 :
« Vous avez trop de jugement pour ne connoistre bien que, au poinct où les affaires sont et aux choses que nous vous avons concédées, que ce que vous pouvez désirer ne soit à son plus haut degré, et, si on ne recule plustost de vos demandes que d'avancer à vostre faveur, tenez-nous pour gens sans honneur. Donnez quelque foi aux personnes qui vous afferment cela. M. de Ghomberg est luthérien et pas trop esloigné d'un bon huguenot. Pour moi vous connoissez mon âme et vous pouvez avoir seu comment, il y a deux cents ans, que les pupiles de la Trimouille ont eu ceux de Thou pour curateurs. Ne recevez point ce que nous voulons jetter en vostre sein comme d'ennemis. Le roi a seu que vous aviez envoyé quérir vostre cousin, le duc de Bouillon, pour la confection de la paix, et que, par déférence et bon naturel, vous lui quittiez le fruict de vostre labeur de deux ans. Nous ne voulons point vous celer que le roi ne soit irrité contre l'un et l'autre; mais il y met quelque différence, pour laquelle il choisit de vous savoir le gré de ce qui se passe ; et encor souvenez-vous que vos concessions diminueront sous la gestion de ceux que vous cerchez. Arrestons les affaires en l'assiette où elles sont, et voici l'offre que nous avons à vous faire : c'est que vous choisissiez, entre vos confidens, dix mestres de camp et deux mareschaux de camp. Le roi donnera aux premiers mille escus à chacun,
1. Ce discours, que d'Aubigné prête au président de Thou, est de sa composition.
aux autres trois mille escus de pension, payables par vos mains, et à vous le reste de cent mille francs, à quoi se monte l'impost de Charante, qui se paye sous vostre chasteau de Taillebourg. Et afin que vous n'ayez à courtiser personne, on vous donnera un acquit patent de l'impost pour trente ans. En voyant la grandeur de l'offre, voyez-en la facilité et la seureté, et dites qu'outre ce qui vous touche, ce coup est plus avantageux pour vostre parti que dix bonnes places de seureté. »
La responce fut :
« Messieurs, je vous excuse, qui venez de travailler pour esteindre la Ligue, et, ayans trouvé un parti enflé d'intérests particuliers, ne l'avez plustost piqué au lieu plus sensible que vous l'avez réduit à néant. Pour vous monstrer qu'il n'y a rien de tel parmi nous, quand vous me donneriez la moitié du royaume, refusans à ces pauvres gens, qui sont à la salle, ce qui leur est nécessaire pour servir Dieu librement et seurement, vous n'auriez rien avancé; mais donnezleur ces choses justes et nécessaires, et que le roi me face pendre à la porte de l'assemblée; vous aurez achevé, et nul ne s'esmouvra. » Le président, comme nous allions à la séance, me fit ce conte, en demandant si nous avions beaucoup de tels huguenots.
Telle estoit lors l'affection partisane, et puis, quand Amiens fust pris, il n'y eut pas faute de gens, irritez du refus de la paix, qui conseillèrent de trier les armes des réformez d'avec ceux qui la refusoyent. Quelques-uns furent d'avis de se loger à Tours et d'y faire avancer trois mille cinq cens hommes de pied qui s'avouoyent à la Trimouille. Geux-la alléguoyent
qu'une requeste envoyée d'une si bonne ville trouverait que le daté est efficacieux 1 . Mais le plus de voix et les plus saines réduisirent les autres à la patience, et falut aller poursuivre et achever le traité à Chastelleraut, où le duc de Bouillon se rendit, demeurans les gens de pied que nous avons spécifiez dans le Poictou.
Les traittez furent2 encores retardez durant le siège d'Amiens, pour ce que le duc de Mercœur, ayant receu des espérances nouvelles sur la diversion des affaires du roi, esloigna l'accord qu'il avoit commencé. Et la paix des réformez estant condamnée de marcher après la dernière des liguez, le traité de Chastelleraut en esprouva quelque refroidissement. Et lorsque le roi, ayant pris Amiens, marcha pour Bretagne, comme le dernier livre vous a fait voir, lors les députez3 des réformez eurent une crainte que le roi, par un caprice, portast à l'improviste sa personne à Ghastelleraut; et en leur assemblée, il n'est pas à croire l'apréhension qu'ils en prindrent. Et ceux du roi eurent charge de presser les matières et conclurent à la paix, telle que vous la verrez à la fin du livre et du tome. Mais encor falut-il aller cercher l'agréation4 du roi, lors à Nantes, triomphant et se voyant sans enne-
\ . Cette phrase est ainsi présentée dans les deux éditions de
d'Aubigné. Nous l'interprétons ainsi : qu'une requête, datée
de Tours, serait d'autant plus efficace qu'elle serait datée d'une ville où les réformés pouvaient faire avancer les 3,500 hommes de pied de la Trémoille.