Agréation, agrément
mis. Là les choses concédées et arrestées furent repassées et diminuées par l'authorité du roi. Ce ne fut pas tout , car les parlemens se bandèrent contre la vérification, quoi que s'escriassent les sénateurs plus conscientieux, et notamment ceux qui, fugitifs à Tours, disoyent avoir veu de plus près la fidélité des réformez.
Les1 soupplesses du roi, pour tenir en halène les réformez, ne prendront point ici leur place mal à propos. Premièrement, il gagna et dépescha par toutes les provinces de la France des hommes de toutes conditions instruits d'un pareil langage, qui preschoyent le roi, se faisant faire secrettement quelques presches et prières à l'huguenote, pleurant quand ils parloyent des églises, et, d'autre costé, le faisoyent voir absolu monarque, redoutable à toute l'Europe, et bien instruict aux infirmitez du parti. Ceux-là gagnoyent par tout compagnons pour fortifier ces choses et tenoyent le roi averti des capitaines, qui se gardoyent la créance des gens de guerre, et des ministres, qui preschoyent et sentoyent le vieil huguenot2.
Envers ceux-là, le roi procéda d'une nouvelle façon : c'est que, par quelques gentilshommes qui retournoyent au pais, il leur mandoit, ou à leur consistoire, qu'ils avoyent blasphémé Sa Majesté. Sur tels reproches, les églises boursilloyent pour envoyer leurs pasteurs se purger de la calomnie. Après les avoir escoutez avec bon visage, on les remettoit en lieu secret pour achever leur propos, et là peu ou point se
1. Les alinéas suivants, jusqu'à Durant ces ménagements..., manquent à l'édit. de 1620.
2. En cette année 1598, le roi fit dresser un dénombrement des réformés do France. Voyez le Bulletin de la Soc. de l'hist. du protestantisme français, t. I, p. 123.
sauvoyent sans estre vaincus d'honnestetez et d'utilitez. Sur tout ceste efficace parut es ministres Rotan, Serres, Cahiers, Morlas et de Vaux1. Tout le secret de tels desseins, et notamment de la ruse de Mantes, déclairé par ce dernier, qui alla confesser sa prévarication à plusieurs personnes notables, avecques cris d'espouvantement; et, pourtant, cottant pour marque que Dieu lui pardonneroit la prompte mort qu'il alloit recevoir en son lict ; ce qui arriva le premier dimanche qu'il prescha. A la promenade du soir, il dit adieu à tous ses parens et amis, prit sa femme par la main pour le mener au lict, à l'entrée duquel, après avoir prononcé quatre vers d'un pseaume, il rendit l'esprit. Quelques-uns m'ont dit que ces paroles furent :
Je sçai aussi que tu aimes, de faict, Vraye équité dedans la conscience.
Ce que n'ay eu, moi, à qui tu as fait Voir les secrets de ta grand' sapience.
Je n'ose asseurer ceste particularité, mais ouï bien le reste, pource qu'après avoir déposé sa confession et ses soupirs dans mon sein, il mit entre mes mains trois brevets, l'un de deux mil cinq cents escus, les autres deux un peu moindres, que j'ai rendus à ses héritiers.
Durant ces mesnagemens, les chaires, les escrits et les propos communs prononcèrent plusieurs reproches contre les réformez, et eux y respondirent par les mesmes voyes ; dequoi vous n'aurez pas désagréable de voir un tableau, principalement en un temps où nous n'avons point de coup d'espée à vous conter.
1. Jean-Baptiste Rotan, Jean Serres, Pierre-Victor Palma- Gayet, Bernard Morlaas, ministres protestants déjà cités.