‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 203 sur 316 · L'alinéa qui suit manque à l'édit. de · texte numérisé non relu

L'alinéa qui suit manque à l'édit. de

4. L'édit de janvier fut discuté et résolu par l'assemblée de Saint-Germain, ouverte le 3 janvier 1562. Nous avons présenté dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. IV, p. 10 et suiv., le détail de cette délibération.

5. La célèbre requête de l'amiral Goligny fut présentée au roi le 21 août 1560 à l'assemblée de Fontainebleau.

couronne, la harangue du premier évesque1 qui parla monstra que le clergé estoit lors disposé à désirer la réformation.

Voilà comment les armes reçeuës par force, et non cerchées, ont esté mises aux mains des réformez. Et ainsi on a fait les patiens défendeurs, la persécution guerre et les agneaux des lions. Jugent les plus estranges nations, lesquels, des uns et des autres, ont le crime de la guerre sur le front.

Mais, à cette guerre, on posa les armes au premier offre de la paix. Vous ne demandastes, disent-ils, que la foi du roi, et depuis vous avez appris à y joindre celle des estrangers. On respond que, si cette foi royale n'a point empesché les désordres que vous voyez depuis les premières jusques aux troisiesmes guerres, qui a invalidé cette foi, qui Ta enfrainte et qui lui a osté de son excellente vertu, ou ceux qui l'ont avilie pour tuer, ou ceux qui l'eussent voulu entière pour n'estre point mis à morceaux?

Voilà pourquoi il a falu joindre la parole des estrangers et la caution de tous les corps de France. Et puis, quand tant de seaux ont esté, brisez par les massacres généraux de la Sainct-Barthélemi, ceux qui ont repris vie dans les cendres du parti, ne voyans plus de foi publique, ont demandé des places de refuge, d'ostages et de seureté, qui sont des noms fascheux, reprochables à ceux qui ont diffamé la France ; mais sans fraude à ceux qui les doivent à la bénédiction de leurs armes et à leur nécessité.

1. Ce premier évêque est Jean de Monluc, évoque de Valence. Sa harangue fut prononcée devant l'assemblée de Fontainebleau le 21 août 1560.

Quant aux autres paritez, ausquelles on peut respondre : Omnia dat qui justa negat, elies sont de mesme estoffe. Et les mémoires et procédures de la ligue, les décrets de Rome et de la Sorbonne, et mesmes les sentences des Jésuites sur les poincts de conscience et les meurtres des rois, tout cela comparé à nos soumissions a monstre au jour qui essayoit de faire un Estât dans l'Estat.

Cet ancien Estât de France, plus de demi transformé en un nouveau, eut besoin de nous à Tours. On nous tendit des mains encores sales de nostre sang. Nous nous jettasmes au secours de nos ennemis, cachez contre les ennemis plus descouverts ; nous sentions à nos eschines les espées et les halebardes rouillées de nos meurtres pour parer l'estomac à celles des liguez. Et, pour bien justifier le mot d'ennemis que nous secourions, il faut savoir que, dans le conseil où le roi délibéra d'appeler le roi de Navarre, d'O et ses partisans dirent plusieurs fois qu'ils aimoyent autant perdre la vie que de la devoir à leurs ennemis.

Le roi Henri quatriesme, parvenu à la couronne, fit voir aux réformez qu'estant leur roi et de leur profession, il ne faloit avec lui traité ni composition, mais confondre toutes les distinctions passées en l'Estat de la royauté, ce qui fut incontinent accepté, les chambres de justice cassées et l'ordre ancien par tout restabli.

Le roi mené par force à son changement, les réformez se remettent en leur distinction à grand regret ; envoyent vers Sa Majesté pour changer leur trefve en paix. Ils furent receus du conseil avec rebuts, risées et mespris ; de quoi on se repentit à la prise d'Amiens. Et lors on travailla à leur paix, condamnée à estre la

dernière, et qui, accordée par les commissaires, fut retranchée par le roi.

Ceux qui traittoyent cette paix ne pouvoyent travailler à haster celle d'Espagne et celle de tous leurs ennemis mortels, et poursuivre, comme ils avoyent fait, l'union de leurs esgorgeurs aux despens de leur gorge, refusez d'avoir part à la tranquillité, sans trahir les biens et les vies que tant de familles affligées avoyent commises entre leurs mains.

Et encor ceux qui les accusent de n'avoir pas fourni au siège d'Amiens selon leur proportion sont mauvais arithméticiens ou ne se souviennent pas de s'estre vantez tant de fois qu'il y a mille catholiques en France contre un réformé. A ce compte, il n'eust falu que quinze des réformez en l'armée, de quinze mille qui y estoyent ; mais il y en avoit plus de quinze cents des plus grands seigneurs du parti, et la besongne la plus difficile fut faite par le régiment de Navarre, duquel moururent plus de trois cents de ceux qu'on accuse et celui qui les commandoit.

Plusieurs raisons m'ont fait passer par-dessus tous respects pour appliquer ici cette response, qui peut estre soupçonnable par ma condition ; mais je cautionnerai ce qui s'est dit du mauvais estât où estoyent les réformez (en laissant plusieurs autres escrits) par ce qu'en dit Baptiste Le Grain, maistre des requestes, au septiesme livre de sa Décade, imprimée avec privilège en l'honneur d'Henri le Grand4.

« Le prince, dit-il en la page 348, est obligé de

1. Legrain, Décade contenant la vie et gestes de Henry le Grand, roi de France et de Navarre, \n-\°. La première édition est de 101 4.

traiter également ses sujets, les aimer et gratifier des charges publiques, bien que de différente opinion au fait de leur conscience. Et si la demeure des Juifs à Rome n'est incompatible avec celle des chrestiens, pour la gloire de Dieu ou quelqu'autre occasion que ce soit, de laquelle nous n'avons que faire, pourquoi celle des calvinistes, etc., le sera-elle en France pour la gloire de la religion catholique, le service du roi, le bien de l'Estat et la paix des subjets? »

Et plus bas :

« Que si ceux à qui la paix de France ennuyé et desplaist veulent dire que les protestants ont trop de liberté en cet Estât, on leur respond qu'ils sont plus à l'estroit et plus subjects à la religion catholique que ne sont à Rome les Juifs et infidèles, lesquels ne sont astraints qu'une fois l'an à la religion chrestienne, estans seulement obligez à certain jour d'assister à la prédication d'un docteur chrestien. Encores il leur est permis de murmurer tout haut, grincer les dents, rouler les yeux en la teste et faire des grimaces quand ils entendent asseurer que le Christ est venu, et, qui pis est, qu'il a esté crucifié par leur nation. Là où les protestans de la France sont obligez plus de cent fois en l'an aux coustumes et observations de la religion catholique ; car il leur est défendu de faire publiquement œuvres de leurs mains au jour des festes commandées ; il leur est enjoint de fermer leurs boutiques en ces jours-là ; n'osent exposer ni faire exposer en vente la chair et viandes deffendues durant la quarantaine, ni es jours de vendredi, samedi, quatre-temps, vigiles, rogations et autres jusnes et abstinences pratiquées en la religion romaine ; ils n'osent faire exer-

cice de leur religion en la ville de Paris en quelque temps que ce soit, ni es villes métropolitaines et maistresses des provinces et plusieurs autres villes ; hors lesquelles ils sont contraints d'aller exercer leur religion, là où les Juifs font leur sabat et tiennent leur synagogue à Rome et autres terres papales, et leur est permis d'y exercer leur religion, impie et détestable, en pleine liberté ; sans entrer en considération qu'ils peuvent tousjours séduire quelque chrestien, comme l'on veut, pour troubler nostre repos. Que nous considérions que les huguenots peuvent pervertir les catholiques, et que nous, enfans de l'Église, soyons plus sages que nos pères. Il n'est pas permis aux protestans d'avoir escoles, pour l'instruction de leur jeunesse en leur religion, là où les Juifs enseignent impunément leur créance en langue hébraïque à leurs femmes, enfans, serviteurs et servantes. Pourquoi donc les rois de France seront-ils contraints de faire la guerre aux protestans chrestiens, par ceux qui ne la font pas eux-mesmes aux ennemis du christianisme et les tolèrent? »

Le Grain s'estend puis après sur le moyen de descoudre le parti des réformez, confus parmi les catholiques, concluant ainsi : « Et, au contraire, l'évesque d'Amiens1 et La Brosse2, envoyez en Escosse par le roi François II, y perdirent la religion catholique par leurs violentes proscriptions et meurtres contre les protestans. Il a esté bon que ce catholique, sans y changer une syllabe, exposast les ruineuses conditions

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