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Chapitre V

Remuement de Savoye A. Voyage du duc.

Avant2 faire mourir entièrement la guerre en l'Europe occidentale, nous avons la demande du marquizat de Salusse, faitte par le roi au duc de Savoye sur les conséquences de l'édit de Vervins. D'un costé la difficulté de reconquérir un pais en telle situation et de l'autre les forces de France redoutables, pour estre deschargées de toute autre occupation, firent qu'il y eut traitté pour laisser ce marquizat à S. A. en payant certaines sommes, à la charge qu'un des enfants de Savoye le tiendroit à l'hommage du roi3. Le premier abouchement qui se fit pour cela estant rompu, il s'en fit un second, pour lequel le comte de Martinangue vint trouver au pont de Beauvoisin Silleri, depuis

du Bois-Malesherbes, fils de Guillaume de Balzac et de Louise d'Humières, père de la célèbre marquise de Verneuil (Lettres de Henri IV, t. V, p. 225, en note).

1. D'Aubigné, pour la rédaction de ce chapitre, s'est inspiré d'une pièce du temps, réimprimée dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 489.

2. Var. de l'édit. de 1620 : « Encor deux fumeaux de guerre, et puis elle est morte entièrement en l'Europe occidentale. C'est la demande... »

3. Le marquisat de Saluées relevait des dauphins de Viennois et plus tard des rois de France. Conquis par l'armée de François Ier en 1536, il fut reconquis en 1552 par les Impériaux et vendu à Charles IX par le marquis Jean-Louis de Saluées. Le duc de Savoie s'en empara en 1588, et, en 1601, Henri IV l'échangea contre la Bresse. Le traité d'échange est conservé en copie dans la collection Moreau, vol. 746, f. 227. La Bresse fut attribuée au ressort du parlement de Dijon (Ordonnance du roi, datée de mai 1601; coll. Moreau, vol. 746, f. 257).

chancelier de France. Le troisiesme abouchement fut à Suze, où le roi donna au duc la nomination des arbitres. Le duc, tirant tout en longueur, ne put enfin refuser le pape1 pour juge, par devers lequel les tiltres d'une part et d'autre furent mis, ceux de Savoye en plus grand'quantité, ceux de France plus clairs.

Le duc, connoissant cela, tire toute chose en délais. Et puis, oyant de toutes parts estimer les courtoisies du roi, se résout de la venir recercher lui-mesmes, en demande la volonté de ce prince, qui, pour la première fois, s'excusa sur un voyage qu'il méditoit en Lorraine pour y conduire Madame, alléguant que de là il donneroit jusques à Lion, à l'approche de cette entre-veuë. Mais comme l'un choisissoit cette ville pour accourcir le traité et le retour et avec cela les négociations qu'il soupçonnoit sur plusieurs avis, l'autre, pour ces mesmes raisons, vouloit voir le roi dans sa gloire de Paris, où il avoit donné rendez-vous à quelques agens de l'archiduc d'Autriche2. Le duc emporta par menées qu'il verroit le roi à Paris, où il arriva à la fin de l'an 15993. Il fut receu avec toutes sortes d'honneurs, parmi lesquels deux vieux conseillers d'Estat se firent autheurs d'un estrange conseil. C'estoit de retenir et violer le sauf-conduit à celui

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