Clément VIII
2. Mathias, fils de Maximilien II, empereur, né en 1557, devint empereur à la mort de son frère, survenue le 10 janvier 1612, et mourut en 1619.
3. Le duc de Savoie arriva à Paris le 19 décembre 1599. Ne pouvant se plier à aucune règle dans sa manière de vivre, il n'accepta pas de logement au Louvre et se retira chez son cousin, le duc de Nemours. Voyez le Journal de L'Estoile, décembre 1599.
qu'ils disoyent avoir tant de fois faussé les communs accords à son profit. Par ce moyen, disoyent-ils, le roi pouvoit recouvrer le marquisat de Salusse, espargnant ses finances, le temps et les vies des soldats françois. Le roi respondit : « J'ai tiré de ma naissance et appris de ceux qui m'ont nourri que l'observation de la foi est plus utile que tout ce que la perfidie promettroit de profit. J'ai l'exemple du roi François, qui pouvoit par la tromperie retenir un plus friand morceau, assavoir Charles le Quint1. Que si le duc de Savoye a violé sa parole, l'imitation de la faute d'autrui n'est pas innocence, et un roi use bien de la perfidie de ses ennemis quand il la fait servir de lustre à sa foi. »
Il fait donc recevoir honorablement le duc par les villes2 et puis par tous les corps de ville de Paris, le mène à Fontainebleau, le fait festiner par tous les princes, le mène à la chasse, lui donne le plaisir des balets, du concert de la musique des deux nations, comme ayant esté l'Italie espuisée des plus experts en cet art, lui fait voir l'excellence de son parlement, lui fait ouïr les plus diserts orateurs sur un procez choisi à propos et dans un siège honorable dressé pour lui
1. En 1539, Charles-Quint, allant à Gand, traversa la France. Il entra à Fontarabie le 26 novembre et le 1er janvier 1540 à Paris. Il se rencontra des conseillers, notamment, dit-on, la duchesse d'Estampes, qui engageaient François Ier à retenir l'empereur prisonnier ; mais il ne semble pas que le roi ait seulement discuté cette trahison. Nous avons raconté le voyage de Charles-Quint en France, d'après des documents nouveaux, dans le Mariage de Jeanne d'Albret, p. 33 et suiv.
2. On conserve dans le fonds français, vol. 15894, f. 387, un discours que Bellièvre adressa au duc de Savoie à son passage à Lyon, qui est un résumé de la négociation (autog.).
en la chambre dorée. Plusieurs ont escrit au long ce plaidoyer. J'ayme mieux dire qu'il lui fit voir son arcenal, dès lors en excellent estât par les diligences du grand maistre Rosni, d'ici en avant duc de Suilli, sans oublier ni diminuer les millions d'or, qui dès lors, par l'espargne du mesme, faisoyent un fonds à la Bastille, chose inouïe de longtemps entre les princes françois.
D'autre costé, le duc faisoit jonchée d'or à la cour, employoit quatre cents mille escus en présents, qui eussent fait du mal s'il en eust obligé vingt mestres de camp et cent capitaines françois. Mais cela s'en alloit en valets de chambre et de garderobe, huissiers, bouffons, nains et fournisseurs de cartes. Il faisoit cercher par tout des trompes de chasse, les demandoit en don aux gentilshommes et puis les payoit plus que si elles eussent esté d'or. Un soir, jouant à la prime au cabinet de Fontainebleau, le roi, ayant cinquantecinq, fist sa reste, qui est oit de quatre mille pistoles. Il la tint, et, ayant veu le jeu du roi, monstra le sien au duc de Guise et à moi, qui estoit un fredon de quatre cinq. Et aussi tost, comme ayant perdu, il les mesla, de quoi nous prismes hardiesse de supplier le roi qu'il ne jouast plus avec lui; et de fait il s'en abstint.
Les complaisances de ce prince passoyent la bienséance, ce que les uns attribuoyent à son naturel, les autres à l'espérance de faire ses affaires par là. Il y en avoit qui donnoyent ces excez à la crainte, veu mesmes les affaires périlleuses qu'il manioit, comme elles se descouvrirent en leur temps. Ce que j'ai dit m'oblige à vous en donner un exemple. Le duc de
Vandosme4 estoit lors principal en faveur du roi, qui le nourrissoit en la connoissance des plus grands affaires du royaume. Le roi s'estant mis à le louer outre mesure, le duc respondit qu'il nourrissoit un de ses enfans curieusement pour lui pratiquer un jour l'honneur d'estre nourri près du duc de Vandosme.