‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 222 sur 316 · Burprise d'Anvers par le duc d'Anjou, 17 janvier · texte numérisé non relu

Burprise d'Anvers par le duc d'Anjou, 17 janvier

4. Henri de Lorraine, duc de Guise, assassiné le 23 déc. 1588.

voulut parler, et lui monstra par le silence qu'il y estoit le mal venu, jusques à ce que le moins honteux lui expliqua comment la présence du légat excluoit un huguenot du traité. Lui s'oste donc, et, le roi lui ayant demandé compte de ce qu'il avoit fait, il donna pour excuse ce qui s'estoit passé. Le roi, ayant opiniastré qu'il vouloit à cet affaire présent le duc de Suilli, apprit de lui, puis après, que les délais du duc de Savoye estoyent favorisez par la pluspart des députez; à quoi il ne savoit qu'un remède, c'estoit que le roi dist au duc que, pour lui rendre honneur, il désiroit lui faire compagnie jusques à Lion avec escorte de l'armée qu'il avoit lors sur pieds, et, qu'en se séparant sur la frontière, il demandast au duc s'il aimoit mieux tenir les choses proposées ou obliger les François à les aller quérir. Cet avis fut communiqué à quatre seulement, et, deux jours après, le duc, ayant rencontré celui de Suilli, lui dit à l'oreille : « Je vous remercie de vostre escorte. »

De là en avant, le duc pressa celui de Biron à se donner tout entier à lui, lui promet sa fille en mariage1, la Bresse en souveraineté, et, de plus, tout ce qu'il pourrait avancer en la France. Alors, tous les mescontens du royaume prestèrent l'oreille à une nouvelle conjuration, de laquelle j'espère vous rendre compte, après avoir poussé ce qui se présente jusques au retour du duc en son pais.

Les députez, qui estoyent le connestable, le chancelier, le mareschal de Biron, le duc de Suilli et Ville-

1. Marguerite de Savoie, née en 1589, mariée en 1608 à François de Gonzague, duc de Mantoue, morte en 1655.

roi; de l'autre costé le chancelier de Savoye, les marquis de Lulin1 et de Jacob2, les comtes de Morlette se Rassemblèrent pour aduner3 deux thèses différentes, lesquelles, parmi toutes les courtoisies, estoyent tousjours en la bouche des deux contraires. Le roi disant tout le bien qui se pouvoit du duc, pourveu qu'il rendist le marquisat; et l'autre exaltant les courtoisies du roi, pourveu qu'il lui laissast sa prise. À ce traité estoyent joints Bonne- Avanture Calatagirone, qui portoit le tiltre de général des Gordeliers et de patriarche de Gonstantinople. Le premier des deux ayant refusé de porter au roi une parole hardie, le nonce ne fut pas tant scrupuleux; c'estoit : « Puisque le roi veut r'avoir son marquisat de Salusses, et qu'il faut que chacun ait le sien, le duc demandoit qu'il ne lui fust point contraire, mais plustost lui aidast au recouvrement de Genève, qui lui apartenoit. » La response du roi fut : « Qu'il n'estoit point autheur de la protection de Genève, qu'il y avoit trouvé le roi, son prédécesseur, engagé. » A quoi le nonce répliqua subtilement que le duc de Savoye, par mesme raison, ne devoit rendre le marquisat, qu'il n'avoit pas conquis sur le roi, mais sur son prédécesseur. Ce propos revint là que l'usurpation du marquisat de Salusses estoit claire, celle de Genève pleine de bonnes raisons

1. Gaspard de Genève, marquis de Lullin, fils aîné de Guy de Genève et de Catherine de Ray, représenta le duc de Savoie dans toutes les grandes négociations près des diverses cours de l'Europe et mourut le 23 juin 1619 {Lettres de Henri IV, t. IV, p. 1016).

2. Chabot de Jacob, souvent cité dans les Lettres de Henri IV comme ambassadeur du duc de Savoie en France.

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