‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 236 sur 316 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

Mariage du roi et paix de Savoye.

Belle-Garde1, grand escuyer de France, avoit esté envoyé à Florence dès la mi-septembre2, avec commission d'espouser Marie de Médicis, au nom du roi, et selon le contract arresté dès le vingt-cinquiesme d'avril3. Les formalitez du mariage, comme elles se pouvoyent par procureur ou vidame, se parfirent le quatriesme d'octobre4, avec toutes les magnificences, despenses et inventions par lesquelles le grand-duc put montrer et sa grandeur et l'amitié envers sa nièce. Là, plusieurs jours furent employez en festins, danses, balets, courses de bagues, joustes, tournois, combats à la barrière, carrosel et balet à cheval. La nièce assise tousjours au-dessus de l'oncle dès la première promesse portée par Alincourt et dès lors qu'elle

1. Roger de Saint-Lary et de Thermes, duc de Bellegarde, né en 1562, mort sans postérité en 1646.

2. Roger de Bellegarde arriva à Florence le 23 septembre 1600. On conserve dans la collection Moreau, vol. 746, f. 233, une relation, datée du 7 octobre 1600, des cérémonies du mariage de Marie de Médicis.

3. Le contrat de mariage de Marie de Médicis a été publié en partie dans le Corps diplomatique de Dumont. On en conserve une copie complète dans le vol. 2748 du f. fr., f. 151.

4. Le duc de Mantoue, accompagné de la duchesse, Eléonore de Médicis, était arrivé à Florence le 2 octobre 1600. Le cardinal Aldobrandin fit son entrée dans la ville deux jours après, et le lendemain eut lieu la cérémonie du mariage.

est receu Frontenac l pour son premier maistre d'hostel.

Le treziesme d'octobre, la roine s'embarqua à Livorne2, accompagnée de la grande-duchesse3, de celle de Mantoue, sa sœur4, de dom Antonio5, leur frère naturel, du duc de Bracciane 6, de deux cens chevaliers de Florence. La galère de la roine estoit toute faite en marquetterie, dorée dedans et dehors et, aux intervalles, enrichie de pierreries, vitrée de cristal fin, meublée par tout de drap d'or et de broderie de perles7. Le convoi fut de six galères de Florence, cinq du pape et cinq de Malte, non sans grande dispute pour l'ordre. Ce qui fut le plus remarquable est que les galères de Malte et quelques autres vaisseaux qui passoyent à leur ombre, et que le temps avoit fait prendre le largue vers la Serdagne, et par ainsi estans veuës de loin hors du chemin par où on les devoit attendre, donnèrent l'alarme et l'effroi à la flotte. Sur quoi il y eut quelques voix pour scier de l'arrière et regagner Orbitelle et Port-Hercole. La roine fit honte à ceux de cette opinion, dit qu'elle vouloit suivre le chemin de la France ou de la mort, commanda qu'on lui despouillast sa robe pour aider à deffendre sa vie

1. Antoine de Buade, s. de Frontenac, ancien écuyer ordinaire de la petite écurie du roi de Navarre.

2. Marie de Médicis, partie de Florence le 13 octobre 1600, embarqua à Livourne le 17 du même mois.

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