‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 237 sur 316 · Virginio des Ursins, duc de Bracciano · texte numérisé non relu

Virginio des Ursins, duc de Bracciano

7. Ce superbe vaisseau était commandé par Marc -Antoine Golicati (De Thou, liv. GXXV).

1600] LIVRE QUINZIÈME, GHAP. X. 339

ou pour sauter dans la mer, plustost que se voir es mains des Turcs.

Tout estant reconnu et joint, ceux de Gennes présentèrent leurs galères à esperie l . La tempeste fit relascher et séjourner neuf jours au port de Fin. De là, passant devant Savonne et Antibe, prit terre à Toulon, et puis se r'embarqua pour arriver à Marseille le troisiesme de novembre. Là elle fut receuë magnifiquement par les ducs de Guise, de Nemours et de Ventadour2, quatre cardinaux3, plusieurs duchesses4 et dames et enfin par le connestable et le chancelier. Quelques jours passèrent en pompes et festins, jusques à l'embarquement des duchesses pour retourner à Florence.

Encor que le loisir d'affaires plus difficiles me rend un peu plus exprès que de coustume, si ne saurois-je spécifier les couleurs des carrosses et des vestemens ni le poil des chevaux, comme d'autres ont fait. Vous vous contenterez de savoir que les entrées d'Avignon 5

1. Esperie, esperis, souffle, esprit. Présenter les galères à esperie, au figuré, mettre à la voile.

2. Gilbert de Levis, duc de Ventadour en 1578, pair de France en 1589, gouverneur du Limousin, puis du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais. Il avait épousé, le 25 juin 1553, Catherine de Montmorency, fille du connétable de Montmorency.

3. Anne d'Escars, cardinal de Givry, plus tard évêque de Metz; François II, cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse; François IV d'Escoubleau de Sourdis, cardinal, archevêque de Bordeaux; Henri de Gondy, cardinal, évêque de Paris.

4. Anne d'Est, duchesse de Guise, et, en secondes noces, duchesse de Nemours. — Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, successivement princesse de Porcian et duchesse de Guise. — Louise-Marguerite de Lorraine, mariée le 24 juillet 1605 à François de Bourbon, prince de Conti.

5. Mario do Médicia, partin de Marseille lo 16 novembre 1600,

et de Lyon4 n'espargnèrent ni soin ni despense pour la recevoir magnifiquement. La roine y remarqua que, parmi plusieurs nations, desquelles les ambassadeurs haranguèrent2, tous fleschirent le genou, horsmis les Suisses et Grisons, qui, par leur privilège maintenu, firent voir leur privilège de liberté3.

Le cardinal Aldobrandin ne voulut point partir de Rome que le duc de Cessa, qui estoit lors ambassadeur d'Espagne, n'eut promis et signé de faire agréer à son maistre tout ce qui se traiteroit pour la paix de Savoye. En passant à Milan, il voulut avoir la mesme asseurance du comte de Fuentes, à quoi il n'eut pas beaucoup de peine, pource que le conseil d'Espagne appréhendoit plus l'approche des François vers l'Italie que ne faisoyent les Italiens mesmes, hormis le pape ; aussi, que plusieurs républiques et souverains avoyent l'œil tourné à favoriser les armes des François, avec lesquels il estoit aisé de toucher à la main, pour ce qui leur appartenoit ; car, en tout cas, ne pouvoyent-ils

arriva le lendemain à Aix. Deux jours après, elle faisait son entrée dans la ville d'Avignon, où elle séjourna trois jours.

1. Marie de Médicis n'arriva à Lyon que le 2 décembre 1600. Le roi, alors occupé au siège du fort Sainte-Catherine, vint l'y trouver le 9 du même mois.

2. A son arrivée à Marseille, où elle séjourna du 3 au 16 novembre, Marie de Médicis fut complimentée par Guillaume du Vair, premier président du parlement de Provence. Du Vair harangua une seconde fois la reine, lors de son passage à Aix. Le premier de ces discours est reproduit par de Thou (liv. GXXV) ; le second se trouve in extenso dans YHist. de France de Mathieu, t. II, p. 381 et suiv.

3. Le 9 janvier 1601, la ville de Paris célébra un Te Deum et alluma des feux de joie en l'honneur du mariage du roi avec Marie de Médicis (Cérémonial de l'hôtel de ville de Paris, f. fr., vol. 18529, f. 172).

avoir de plus rudes voisins, ou maistres, que leur estoyent les Espagnols. Il y eut plus de peine à tirer le consentement du duc, avec deux clauses pour l'extrémité ; l'une desquelles estoit que le marquisat ne se rendroit point et l'autre qu'il y auroit passage pour les armées espagnoles qui marcheroyent aux Païs-Bas.

Arconnas1 et des Alimes2, députez du duc de Savoye pour la paix, viennent trouver le légat, qui estoit lors à Ghambéri, auquel ils donnent asseurance que leur maistre ne le desdiroit en rien; ce qu'on leur fit promettre bien expressément, pource que le duc avoit dit plusieurs fois qu'aucun de ses ambassadeurs ne sauroit le fonds de son intention. Il les présente donc sans lettres au roi qui, les ayant reçeus froidement, remit le légat et eux à Lyon3, où le roi se hasta, pour consommer son mariage. Là, s'estant démeslé de sa troupe, il prit le manteau d'un des siens, et, n'ayant que La Varenne4, se coule dans la presse au souper de la roine, pour la voir sans estre veu. Mais, n'ayant pas changé de visage, comme de manteau, il n'eut pas le loisir de la contempler beaucoup, que la roine, voyant fendre la presse, se douta de ce qui estoit et quitta le reste de son souper pour gagner sa chambre, où le roi la vint trouver. Et, après quelques cérémonies faites par le cardinal Aldobrandin , alla des discours et des cadences au lict.

•1 . François d'Arconat, comte de Touzaine.

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