‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 242 sur 316 · La diète de Soleure s'ouvrit le 25 novembre · texte numérisé non relu

La diète de Soleure s'ouvrit le 25 novembre

3. Vers la fin de janvier 1602 arriva à Soleure le maréchal de Biron, qui hâta le renouvellement de la paix entre la France et les cantons (De Thou, liv. GXXIX).

4. Le maréchal de Biron fut envoyé en Angleterre en août 1601 avec une suite de cent cinquante gentilshommes. Cette mission est racontée dans le Journal de UEstoile, édition Jouaust, t. VII, p. 401, 403 et suiv.

avec l'air. Le mareschal s'aquitta suffisamment de sa charge, comme n'estant point despourveu des dons de l'esprit, non plus que du courage. Nous avons dit en quelque lieu qu'il vouloit faire estimer sa valeur brutale, c'estoit en s'accommodant à la bestise du siècle, où la valeur estoit moins estimée lors qu'elle se voyoit asservie au jugement. Mais enfin, il avoit avec le naturel l'acquis; comme il parut un jour au Fresne, que le roi demandant à quelque maistre des requestes l'interprétation d'un emblesme grec, cetui-ci, à leur défaut, la jetta par-dessus l'espaule et puis passa la porte, comme honteux de l'avoir fait. A cet ambassade s'ajoignit, sans se faire connoistre, le comte d'Auvergne4, qui, aussi bien qu'au voyage, printpart aux desseins du mareschal, ausquels à leur retour ils travaillèrent, comme je déduirai avec des secrets inconnus jusques ici et desquels je puis attester la vérité.

Entre les plus grands de la France, que les compagnons trouvèrent à propos de joindre à l'entreprise, ils jettèrent l'œil sur le duc de Montpensier2, non sans difficulté, n'y ayant point d'apparence de faire aider un prince du sang à la destruction d'un si grand avantage, auquel il estoit né, pour se rendre compagnon, ou peut-estre inférieur à tel que sa nature avoit mis sous ses pieds, et d'ailleurs perdre les obligations qu'il

1. Charles de Valois, comte d'Auvergne, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, né en 1572, mort en 1650, auteur de Mémoires qui ont été réimprimés dans toutes les grandes collections de Mémoires sur l'histoire de France.

2. Henri de Bourbon, duc de Montpensier, fils de François de Bourbon et de Renée d'Anjou, marquise de Mézières, né le 12 mai 1573, mort le 27 février 1608.

avoit acquises sur le roi et le royaume par ses heureux exploits et playes receus en diverses occasions.

Mais on s'estoit desjà servi de ces choses mesmes, opposées aux ingratitudes qu'il recevoit, lors d'une autre conjuration, pour l'en faire chef et lui faire porter au roi un langage si estrange qu'il mérite d'estre sceu.

Lors que le roi, au plus chaud de ses affaires, se trouva menacé du tiers parti, la pluspart des grands de la France, et qui seroyent longs à nommer, se virent ensemble à Sainct-Denis, et, après plusieurs harangues sur l'avarice et ingratitude du roi, conclurent de le forcer, cependant qu'il estoit temps, à leur donner les gouvernemens qu'ils possédoyent ou pourroyent conquérir, en seigneuries et souverainetez tributaires et sous protection de la couronne de France autant que pou voit porter le tiltre de souveraineté. Ce jeune prince en porta la parole au roi et eut pour response : « Mon cousin, si je sa vois qu'une si indigne proposition eut pris sa naissance en vostre estomac, je l'arracherois à coups de poignard, mais, en vous pardonnant, je ferai sauter les testes qui l'ont inventée. » Là-dessus, le roi s'estendit à lui monstrer son aveuglement, la perte qu'il auroit en tel marché, fortifiant le tout de raisons et d'exemples, n'y oubliant pas celui du duc de Longueville1, qui avoit gagné la bataille de Senlis2, et, pressé du roi Henri troisiesme de demander telle récompense qu'il voudroit, au lieu de courir

1. Henri d'Orléans, duc de Longueville, fils de Léonor d'Orléans, né en 1568, tué à Amiens le 29 avril 1595.

2. Le duc de Longueville avait battu les ligueurs à Senlis en mai 1589. Voyez le tome VIII de YHist. universelle, p. 46.

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à l'utile, tourna son cœur vers l'honneur, demandant que la barre des armes de Longueville fust changée en bande, demeurant tousjours les lambeaux d'Orléans pour différence entre les princes du sang1.

Telle hardiesse, entrée au cœur de ce prince, en donna à la bouche des autres pour le convier et faire entrer en leur parti. Mais ils y voulurent bien joindre une pièce plus difficile par une négociation qui n'a point esté descouverte jusques ici.

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